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Afrique du Nord et Sahel : le retour du temps long

L’on ne triche pas avec la géographie. Si nous regardons une carte, nous constatons ainsi que, du golfe des Syrtes, en Libye, jusqu’au lac Tchad, le désert du Sahara est traversé par une pénétrante « verte » jalonnée d’oasis.

 

Cet axe naturel de circulation faisait de Tripoli et de Benghazi les points d’aboutissement d’un grand commerce dont le pendant méridional était axé sur les villes-marchés d’Aouzou, Bilma et Faya. Cet axe était contrôlé par les Toubou, mais également, dans sa partie la plus orientale par les Zaghawa.

Vers le sud, le relais de ces deux populations caravanières et guerrières était pris par les Kanouri qui avaient fondé le royaume de Kanem-Bornou ultérieurement englobé dans le sultanat de Sokoto. Avec eux, nous voilà au cœur de l’actuelle région dévastée par Boko Haram, mouvement dont la base ethnique est précisément Kanouri.

De la Méditerranée au Tchad, existait donc une chaîne de partenaires et d’intermédiaires dont la solidité reposait sur un vaste et complexe système d’alliances ou de connivences. Or, ses survivances sont aujourd’hui utilisées par les trafiquants-jihadistes qui déstabilisent la région.

Aux liens économiques et caravaniers, il importe d’ajouter le phénomène religieux car l’islamisation de la région péri-tchadique qui est ancienne mais qui fut longtemps superficielle, se fit à partir de la Cyrénaïque. Ses étapes sont connues : vers 700 ap.JC des arabo-musulmans étaient présents à Zaouila au Fezzan, dans une région à l’époque uniquement peuplée de Berbères. Cette ville-étape est située sur une route d’accès vers le lac Tchad via Abéché. Au XIe siècle, le pays haoussa qui avait pour cœur les régions de Kano-Zinder commença à être islamisé avec un essor à partir du XIV° siècle. Cette islamisation fut cependant toute relative puisque ce fut pour l’imposer, qu’au XIX° siècle, Osmane dan Fodio déclencha son jihad. Notons immédiatement une donnée rarement évoquée qui est que le principal frein à l’islamisation fut longtemps le florissant commerce esclavagiste car les musulmans ne peuvent être réduits en esclavage.

Ces éléments montrent que la Libye fut toujours au centre de l’éventail tchado-méditerranéen, ce qui permet de mesurer chaque jour davantage les résultats catastrophiques de la guerre faite au colonel Kadhafi.

De par ses origines, le Bédouin Kadhafi avait en effet une culture saharo-sahélienne. Avant la colonisation, sa tribu, les Kadhafa, nomadisait de la Méditerranée au Tchad ; voilà qui explique son attirance pour le Grand Sud et sa politique saharienne qui fut très mal comprise ou caricaturée. Aujourd’hui les nouveaux dirigeants libyens sont des citadins méditerranéens. Avec eux, nous assistons au retour à la tradition ottomane illustrée par un pouvoir émietté dans des villes littorales quasi indépendantes les-unes des autres. Les Ottomans dont les implantations citadines littorales vivaient du commerce à travers le Sahara, assuraient l’ordre le long de la pénétrante saharienne allant des Syrtes au Tchad en sous-traitant la police du désert à certaines tribus ou, plus tard, à la confrérie sénoussite.

Aujourd’hui, le désert n’est plus gardé et s’y est constitué un « libystan » à la fois islamiste et mafieux, les deux éléments ne pouvant être dissociés. Les conséquences de cette situation nouvelle se font sentir dans toute la région tchado-nigériane, zone de forte conflictualité en raison du foyer de déstabilisation constitué autour de Boko Haram au Nigeria, de la question du Darfour et de celle du Soudan.

Autre élément qu’il importe de toujours avoir à l’esprit, le sud de la Libye est le pays des Toubou dont le homeland englobe également le nord du Tchad ; or, toute l’histoire du Tchad septentrional tourne autour des relations-rivalité entre Toubou et Zaghawa avec en arrière-plan le jeu de balance entre les Toubou et les Zaghawa pour le contrôle du pouvoir.

 

De Fès à Tombouctou : l’axe marocain

Dans la partie nord-ouest de l’Afrique, les relations à travers le Sahara étaient traditionnellement axées sur le Maroc en raison de la profondeur historique et de la permanence de cet État.

Le roi Hassan II avait bien posé le problème en une phrase : « Le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d’Afrique, et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents de l’Europe (...) ».

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Article ancien.
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2 Commentaires

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  • #1451632

    Mehmet Talaat Pacha, un des leaders du mouvement des Jeunes Turcs (nationalistes révolutionnaires progressistes, rebelles au sultan Abdülhamid II), premier grand maître de la franc maçonnerie turque, est le principal organisateur du génocide arménien. On lui attribue l’ordre de « tuer tous les hommes, femmes et enfants arméniens sans exception ». Il est soupçonné d’avoir appartenu à la secte millénariste des Donmeh.


  • #1453150

    Excellent article sur le rôle historique du Maroc dans le Sahara et les pays africains musulmans.