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Balles Perdues

Interventions contre l’Emprise totalitaire

Les guerres de territoires sont des enjeux qui mêlent des intérêts bien compris tant au niveau de la religion, des ethnies, de la géostratégie, des classes sociales que des intérêts puissants en place qui les soutiennent et les financent. La guerre en Palestine a permis de comprendre l’imposture de certains penseurs de Gauche qui soutiennent la guerre coloniale, les vertus puissantes et expansionnistes associées historiquement à la Droite. Des mêmes penseurs qui en soutenant Israël, par l’élection d’un peuple victime (paradoxe du principe), soutiennent, sans mal, les causes actuelles du Tibet qui souhaiterait s’affranchir de la tutelle de la Chine. Pour ces penseurs de Gauche, étrangement, le Tibet n’est pas la Palestine, la Chine n’est pas Israël. C’est dans ce sens que nous conduit l’excellent livre de Slobodan Despot. Dans la décennie hallucinée des années 90 qui a cloué la raison aux pilories des vindictes hystériques, des formules banalisées et des paresses historiques.

En 2002, Slobodan Despot écrit cet essai sur le conflit Yougoslave. Trois ans après le scud lancé par Régis Debray dans le Monde Diplomatique (article de juin 1999, Lettre à Chirac contre la pensée unique, vision explosive sur les Balkans et la manipulation des média) contre le « politiquement correct » des tribunes médiatiques et la remise en cause frontale des transpositions qu’opèrent tous les idéologues et penseurs selon les guerres ratées et perdues qu’ils cherchent, en bonne conscience, à reconquérir et gagner, ici et maintenant, dans ce combat-là, celui qui agite. Slobodan Despot, continue la pensée de Debray, en accusant les média, outre d’avoir des guerres de retards, une lecture inculte et désordonnées des faits et des évènements historiques. Dans un style acerbe et très bien formulé, il décode comme Michéa les lacunes du progrès de gauche et les tares de ses jugements. Il expose sa vison du monde dans une totalité historique que des romans slaves, à l’instar de Balzac, transcrivent lucidement. Il en est pour Rebecca West et d’autres encore.

Au-delà de la critique littéraire, Slobodan Despot engage une réflexion sur la manipulation de masse, la propagande comme un réflexe conditionnée par l’image, les chiffres et l’émotionnel. Comment comprendre la guerre au Kosovo sans passer par la guerre de 1389 et « la bataille du champ du Merle » ? Comment comprendre l’histoire de la Serbie sans sa Rome, sa Jérusalem ? Comment pourrait-on comprendre la France sans Chartres ou la Basilique Saint Denis occupée exclusivement par des musulmans ou des juifs ? Du XIVème siècle jusqu’aux batailles vigoureuses des serbes au côté des alliés et de la résistance dès 1941, ce livre retrace la terra sacra du Kosovo. Pour Slobodan Despot, l’enjeu de la guerre repose sur des fondements ethniques, géographiques et spirituels. La reconquête du Kosovo écrit il « incarne aux yeux d’un serbe le même rêve que la reconstruction du Temple aux yeux des Juifs ». Mais la bataille se mène, dit-il, sous le joug de Kouchner et de ses sbires de l’Otan. L’occident et la France s’engagent dans une terrible défaite. Les mythes des « valeurs fantômes » incarnées par le jeu et l’hédonisme d’Harry Potter n’ont rien d’anodin dans ce monde du désir surtout lorsque la magie explique le monde sans sa production, sans les valeurs qu’elle contient. Surtout lorsque le régime communiste de 1945 qui cultivait l’amnésie historique veillait particulièrement à détacher les serbes du Kosovo, mémoire vivante de leur passé : par la répression d’abord puis par une culture frivole, financée par d’énormes prêts étrangers. Les communistes parvenaient, entre 1945 et 1968, à faire oublier l’existence même du Kosovo aux Serbes, devenus « Yougoslaves ».