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Comment la banque et la finance ont détruit le capital

La gauche en rêvait, Wall Street l’a fait

 

Cet article vous est présenté par le Réseau d’économie solidaire d’E&R.

 

 


 

D’un point de vue juridique, le capital d’une entreprise représente les capitaux propres mis à disposition de façon permanente par ses actionnaires sous forme d’apport en espèces ou en nature. Divisé en parts sociales, c’est-à-dire en actions, il matérialise la possession d’une société par ses actionnaires. Bien que cette définition soit la plus répandue et la plus communément admise, elle est trop réductrice et ne permet pas d’appréhender la fonction sociale et économique du capital.

Car le capital, c’est aussi l’ensemble des facteurs de production permettant à l’entreprise de générer un revenu, et ceux-ci sont protéiformes : on parle de capital physique, technique, intellectuel et aussi humain. L’hétérogénéité de ces ressources par leurs complémentarités et leurs synergies constitue la véritable richesse d’une entreprise. Les revenus, appelés profits, doivent permettre à l‘entreprise d’investir pour maintenir ses capacités productives et croître.

L’économiste autrichien Eugen von Böhm-Bawerk définissait l’investissement comme un détour de production, c’est-à-dire le fait de consacrer une partie des ressources de l’entreprise au développement et à l’amélioration des facteurs de production. Friedrich Hayek, un autre économiste autrichien, pensait que plus ce détour était long, meilleur était le résultat, le plus important étant que le capital puisse être maintenu intact en le reconstituant perpétuellement via l’investissement. Dans un cercle vertueux, l’État, via la juste taxation des revenus du capital, investit dans l’éducation de la population et dans les infrastructures, tous deux nécessaires à un environnement favorable pour les entreprises.

Dans les années 70, la science économique a vécu une véritable révolution sous la houlette de Milton Friedman, brillant intellectuel juif américain [1], et de son courant de pensée « l’école de Chicago » du nom de l’établissement où il enseigna. Ardent défenseur de la concurrence et du rôle du marché, Friedman signa une tribune restée célèbre dans le New York Times du 13 septembre 1970 [2] où il redéfinit ce que doit être le rôle social d’une entreprise.

Lutter contre le chômage, augmenter les bas salaires, protéger l’environnement, lutter contre les discriminations, etc., toutes ces actions sociales bénéfiques pour la société ne peuvent se concevoir pour Friedman au niveau de l’entreprise. En effet, selon lui, du fait de son hétérogénéité, il n’existe pas de conscience sociale propre au monde des affaires (business). Selon lui la responsabilité sociale ne peut se concevoir qu’au niveau de l’individu. Or s’il est vrai qu’une entreprise peut être considérée comme un individu d’un point de vue juridique, telle une personne morale, sa responsabilité ne peut être que limitée, artificielle, car c’est ce que Friedman appelle une fiction légale (legal fiction) et elle ne saurait être mise au même plan qu’une personne physique. Un cadre dirigeant dans sa vie privée peut bien entendu avoir des actions sociales bénéfiques pour la société, cependant, dans l’entreprise il n’est qu’un agent au service de celle-ci. La seule responsabilité qui l’incombe est celle qu’il doit envers les actionnaires et l’unique préoccupation de ces derniers est la rentabilité et la productivité de l’entreprise.

Ce préambule permet à Friedman d’affirmer que toute action qui se détournerait de l’objectif de profit ne pourrait se faire qu’au détriment des actionnaires ainsi que de l’ensemble des acteurs de l’entreprise : fournisseurs, salariés, associés, etc. En effet, tous se verraient impactés négativement dans leurs revenus. Les consommateurs, eux, subiraient une perte de pouvoir d’achat du fait de la hausse des prix induite par une baisse de la productivité des entreprises. Une telle affirmation est possible pour Friedman car il évolue dans un paradigme de concurrence pure et parfaite. Le profit de l’entreprise ne peut être que juste et équilibré car soumis aux pressions du marché.

Ainsi, toute action sociale au sein de l’entreprise peut être comparée à une taxe qui viendrait s’appliquer aux différents acteurs de l’entreprise et à ses clients. En agissant ainsi, les cadres de l’entreprise sortent de leur rôle en se substituant à l’État, qui seul est habilité à prélever les richesses pour les redistribuer. En outre, à son niveau, l’individu ou l’entreprise n’est pas en mesure de savoir quelles sont les priorités sociales d’une communauté. Ce qui permet à Friedman de conclure qu’en plus d’être injustes ces actions sont inefficaces.

Une fois la primauté des actionnaires solidement ancrée, l’École de Chicago s’est attelée à s’assurer que les cadres dirigeants de l’entreprise soient bien en adéquation avec cette nouvelle doctrine. C’est ainsi qu’en 1976 deux universitaires, Michael Jansen et William Meckling, deux disciples de Friedman, publient leurs travaux sur la théorie de l’agence [3]. Il existe ce qu’ils appellent un « coût d’agence » entre les actionnaires et les équipes de direction. Il existe le risque que les équipes dirigeantes aient des motivations divergentes de celles des actionnaires. Afin d’y remédier, il convient de mettre en place des incitations afin de s’assurer que « l’agent », c’est-à-dire le cadre dirigeant, travaille exclusivement pour l’intérêt des actionnaires. Ces travaux théoriques connurent un très grand succès et justifièrent les politiques de rémunération « moderne » des équipes de direction. Ainsi naquirent les bonus, stock options et parts variables indexées sur le cours de bourse de l’entreprise.

Consacrées par des prix Nobel d’économie et enseignées dans toutes les grandes universités, les théories des « Chicago Boys » vont connaître un grand succès académique et devenir la doxa de toute une nouvelle génération de cadres dirigeants. Cette évolution de la science économique constitue une révolution dans le sens où la propriété et la responsabilité dans la gestion de l’entreprise ont été totalement dissociées de la notion de production pour ne devenir qu’un droit sur les rendements futurs. Ce qui est traduit par le cours de bourse. L’investissement permettant de régénérer le capital et lui permettre de croître sur le long terme n’est plus la priorité, bien au contraire.

En 1985, le prix Nobel d’économie vient récompenser Franco Modigliani pour ses travaux, en association avec Merton Miller, sur la structure du capital des entreprises [4]. Le théorème qui en découle stipule que sous certaines hypothèses d’efficience des marchés, d’absence de taxe et de coûts, la valeur d’une entreprise n’est pas affectée par la manière dont elle est financée, que ce soit par des capitaux propres ou par de la dette. Mieux, dans un monde avec taxes, la dette permet de maximiser la valorisation du fait de la déductibilité fiscale qu’elle permet. La politique de dividendes versés, elle non plus, n’a pas d’impact dans la mesure où les investisseurs sont à même d’apprécier la meilleure décision entre le versement de dividendes et l’investissement.

D’apparence anodine et malgré des hypothèses non vérifiées dans la réalité, ce théorème va révolutionner la finance d’entreprise et ainsi élever la logique de l’actionnaire-roi un cran plus haut. En effet, il va servir de justification théorique à la substitution systématique du capital par la dette. Phénomène encouragé par la politique de baisse des taux des banques centrales depuis le milieu des années 80.

C’est ainsi que de nouvelles pratiques de gestion apparaissent, telles que les opérations dites LBO (leveraged buyout), qui permettent de racheter à crédit une entreprise en gageant celle-ci au remboursement de l’emprunt. Une minorité de dirigeants crée une holding qui s’endette lourdement auprès des banques pour racheter des grosses entreprises. Leurs revenus sont reversés à la holding qui peut ainsi rembourser l’emprunt. Les revenus servent à enrichir les dirigeants en leur permettant de devenir propriétaires de l’entreprise. La dette contractée engendre pour l’entreprise des remboursements réguliers, constants, obligatoires et prioritaires sur toute autre créance et investissement, à la grande différence des capitaux propres. C’est une perte de flexibilité et de liberté pour l’entreprise qui est prise au piège dans une logique de court terme. Cependant ces opérations ont connu un véritable boom d’abord aux États-Unis puis dans le monde. Le fonds d’investissement KKR [5] s’est fait une spécialité de ce genre d’opération, amassant des milliards. En France, Patrick Drahi, président de la holding Altice, a racheté des fleurons des télécoms comme SFR et Numéricable de cette façon [6].

 

Le LBO expliqué par la CGT :

 

Dans la même veine, à partir des années 80, les politiques de rachat d’actions (corporate buyback) vont se répandre. Afin de profiter de l’opportunité des taux d’emprunt bas pratiqués par les banques centrales, les actionnaires font pression sur les dirigeants afin que l’entreprise s’endette pour racheter ses propres actions. Cette politique de rachat d’actions présente plusieurs avantages : elle permet de rémunérer directement les actionnaires et elle diminue le nombre d’actions en circulation, ce qui accroît artificiellement le rendement du capital.

 

 

Une étude du Harvard Business Review [7] calcula que dans la décennie 2002-2012, les 449 entreprises listées sur le célèbre indice S&P 500 avaient utilisé 54% de leurs revenus, un total de 2,4 trilliards de dollars, pour racheter leurs propres actions. 70% d’entre elles ont eu recours à la dette pour cela. C’est ainsi que Hewlett-Packard a dépensé le double de ses revenus en rachats d’actions, d’autres comme Microsoft, Cisco ou Intel sont même allés au-delà !

 

 

Enfin, l’endettement peut également permettre à des investisseurs de racheter des entreprises entières et ensuite de les revendre à la découpe au plus offrant. Les joyaux de l’entreprise sont ainsi vendus, ce qui augmente les revenus sur le court terme et gonfle le cours de bourse. Des prédateurs financiers comme Bill Ackman [8] ou Carl Icahn [9], deux investisseurs juifs new-yorkais à succès, s’en sont fait une spécialité récoltant là aussi des milliards.

C’est ainsi que le théorème de « Modigliani & Miller », dans la continuité des travaux des « Chicago Boys », a permis l’émergence d’un capitalisme dit de la terre brûlée, extractif, où le capital de l’entreprise, via l’emprunt et des montages financiers complexes, est vidé de sa substance. Converti en cash, c’est-à-dire « liquidifié », il est ensuite reversé au seul bénéfice des actionnaires et d’une minorité de dirigeants jusqu’à son extinction. Les hedge funds sont devenus les nouveaux emblèmes de ce capitalisme nouveau où l’ingénierie financière a remplacé l’ingénierie industrielle. Cette « cannibalisation » du capital par la banque et la finance constitue une évolution majeure dans l’histoire du capitalisme et sans doute est-elle une des manifestations de l’avènement de son stade final tant prophétisé par Marx [10].

 


 

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27 Commentaires

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  • #1572778

    faudrait que les salariés rachètent leurs entreprises sous forme de Scoop, non ?


  • #1572782

    Bonjour/bonsoir,

    Ce n’est pas la banque ou la finance qui détruit tout mais l’argent. La banque n’est qu’un moyen . Si vous voulez détruite les banques et ses corolaires, un seul salut, il faut détruire l’argent...Vous voulez détruire le pouvoir de la monnaie, il faut s’attaquer à la racine du mal qu’est l’argent... J’entends déjà, les arguments des défenseurs de l’argent, il est neutre, c’est ce qu’on en fait...bla bla bla...L’argent est intrinsèquement destructeur. On ne peut servir dieu et l’argent...

     

    • Oulalalala... ce serait tellement simple. A partir du moment où on organise des échanges commerciaux on a recours à l’argent. Même les monastères du Moyen-Age avaient besoin d’argent. Tant qu’on prend l’argent comme un moyen et pas une fin il n’y a pas de problèmes.


    • #1572852

      Il faut surtout impérativement remettre en place l’étalon or. C’est la seule et unique issu. Dans ce cas terminé la planche à billet et autres QE.


    • #1572862

      L’argent est intrinsèquement destructeur



      A vous lire on devrait même utiliser de longue pinces pour mettre ces bout de papier avec des chiffres au feu ou demagnetiser les disques durs.

      Il ya une différence entre utiliser et servir de l’argent. Et curieusement vous ne parlez pas de cette croyance bizarre que l’argent se reproduit.

      Imaginer une banque sans intérêts dépasse sans doute votre capacité d’abstraction.


    • C’est ça et tu vas aller acheter ta voiture avec tes 5 tonnes de tomates que tu auras cultivé dans ton jardin géant, parce que bien sûr tu dois avoir un jardin géant toi pour pouvoir troquer de grosses marchandises.
      Car si tu n’en as pas et bien la voiture, l’écran plat, les fringues, les vacances, internet et ton ordi, le confort minimum pour ta femme et tes gosses, leur éducation, tu oublies !
      Et si tu as le jardin qui va bien tes 5 tonnes de tomates seront pourris avant que tu n’arrives chez le concessionnaire, à moins que tu n’exploites de petites mains pour que tu puisses acheter ta voiture à temps.
      Supprimer l’argent... Non mais sérieux réfléchissez avant d’écrire ce genre d’ânerie...

      L’argent n’est pas une fin en soit (personnellement je n’en ai pas) mais c’est un progrès civilisationnel indéniable, ce qu’il faut c’est empêcher la banque de mettre la main dessus.

      Si demain on élimine l’argent et que tu as ton petit jardin ne t’inquiète pas, tu auras toujours un lobby lambda pour venir te piquer tes tomates, tu seras bien avancé, non seulement tu seras obligé de troquer que de petites marchandises mais malgré tes efforts pour régler ton problème de manque d’argent, tu te feras raser aussi tes tomates.

      Le problème c’est la rapacité de certains hommes (qui s’adapteront aux mécanismes d’échange et trouveront toujours une façon de piller les biens de leurs congénères), pas les outils que nous avons à disposition.

      Faut arrêter de se shooter au marxisme, ça fait des nœuds dans le cerveau.

      Ps : j’adore F. Cousin mais c’est un poète, ses théories sont jolies à écouter mais elles sont utopiques, si l’argent était détruit la nature humaine viendrait rebattre les cartes tôt ou tard pour alimenter l’appétit des plus voraces.
      Notre salut est ailleurs, de l’autre côté, du côté du Christ, ici on sert les dents (et les fesses depuis la gaytisation de nos sociétés)


    • #1572896

      L’argent a été utilisé et il n’ y avait aucun problème lorsque qu’il restait convertible au cours de l’or.Je t’invite à lire du Pierre Jovanovic, il l’explique très bien notamment dans son dernier livre "666".
      Salutations Stephane.


    • #1572962

      Je suis assez d’accord avec vous, ça fait depuis le collège que je me dis ces choses, il faut être réaliste, l’argent est malheureusement nécessaire pour vivre dans ce monde, cependant il provoque guerres, famines, délocalisations, meurtres, rackets et vols en tout genre...Il est aussi la cause du vrai racisme qui au final est bien social malgré ce qu’on veut nous faire croire.
      Le problème n est pas l’argent en lui même certes, mais ce qu’il provoque dans le cœur des hommes, beaucoup vendraient prêts père et mère pour une poignée de dollars, et pire encore parfois.
      Avec suffisamment d’argent on peut passer outre les lois humaines sans jamais être inquiété, commettre les pires saloperies et sortir prix Nobel de la paix, c’est le nerf de la guerre comme on dit, la source de toutes les tromperies, le fait d’en posséder un maximum est un but pour beaucoup, nous autres, nous devons ramasser les miettes afin de nous maintenir en vie, pour pouvoir produire plus et toujours moins cher...
      Je n’aurais pas d’inquiétude si nous n’étions pas aussi nombreux sur terre, qu’arrivera t’il aux inutiles une fois "le grand œuvre" achevé ?


    • En fait, je pense que vous confondez moyen et fin.

      L’argent n’est par définition qu’un moyen d’échange. Que certains veuillent en accumuler est un fait, mais ça n’est pas propre à l’argent : si demain vous supprimez l’argent pour le remplacer par le troc, vous pouvez être sûr que certains chercherons à accumuler des objets facilement trocable.

      D’ailleurs, est ce même l’accumulation qui est mal ? Je veux dire, quand à la fin du mois vous épargnez 10, 100 ou 1000€, c’est bien une accumulation que vous faites pour vous permettre un achat futur ou plus simplement pour pouvoir transmettre quelque chose à vos enfants.
      Le problème n’est donc même pas l’accumulation en tant que telle. Je dirais que le problème, ce sont les moyens mis en oeuvre pour accumuler. Quelqu’un qui travaille, épargne/accumule les fruits de son travail et transmet ce qu’il a à ses enfants n’a rien fait de mal. Quelqu’un qui vole, qui fait voter des règles qui l’avantage au détriment d’autres, et qui accumule sur le dos d’autrui, là ça pose problème. Le vrai problème est donc dans les moyens que certains ont à disposition pour contraindre autrui.

      En fait, ça n’est donc pas tant une question d’argent ou d’accumulation que de : "à partir de quand ce que je fais revient à spolier/contraindre autrui". Ce point devrait d’ailleurs être le rôle même de la loi que de définir ça ; mais ça fait longtemps qu’elle n’a plus ce rôle, trop occupée qu’elle est à accorder des exceptions pour les uns ou les autres, ou à vouloir guider nos vies sur un chemin bien pensant...


    • #1573287

      @ Julien

      Mon point de vue est peut être faussé par le fait que j en ai très souvent manqué (d’argent), aussi loin que je me souvienne j’ai ressenti son manque, quant au fait d’en d’accumuler ça devient de plus en plus difficile, et ce n’est pas en économisant trente euros par mois en se serrant la ceinture que l’on peut espérer un jour s’acheter son habitation, c’est savamment calculé afin que l’on soit obligé de passer par la case crédit.

      Vous avez raison, l’argent est un moyen et non une fin, ce que je lui reproche au fond c’ est de nous ramener vers des valeurs très matérialistes alors que pour moi nous aurions plus besoin de valeurs spirituelles.

      Ce que je trouve vraiment indécent c’est que l’on mettra plus de moyens pour protéger un coffre rempli de billets (ce qui tend à disparaître au profit de coffres virtuels) que pour protéger une vie humaine. Quand aux grands "accumulateurs" qui posséderont bientôt toutes les ressources de la planète, leur façon de faire est évidement critiquable, ils ont le pouvoir de faire leurs propres règles, c’est cette inégalité que je dénonce.

      Si un jour nous arrivions à une redistribution des richesses, connaissant la nature profonde de certains hommes, il y a de grandes chances que cela recommence, en ce sens je pense qu’il serait intéressant de réfléchir à des solutions alternatives basées sur un concept d’égalité.

      Pour résumer, l’argent est le moyen des plus riches pour mettre ceux qui n’en on pas ou peu à genoux, virer ces riches la ne changerait pas grand chose je pense car d’autres attendent déjà leur tour...


    • #1573737

      Si un jour nous arrivions à une redistribution des richesses, connaissant la nature profonde de certains hommes, il y a de grandes chances que cela recommence, en ce sens je pense qu’il serait intéressant de réfléchir à des solutions alternatives basées sur un concept d’égalité



      Il faut réfléchir aux moyens d’accumulation de l’argent. Si l’argent est gagné par le travail les différences entre les personnes va se situer dans une échelle de 1 à 4. Physiquement vous ne pouvez pas travailler beaucoup plus que 4x plus que quelqu’un d’autre. Les journées font 24h pour tout le monde.

      Si quelqu’un est 10x 100x ou 1000x plus riche ce n’est pas par son travail mais c’est par l’accaparement du fruit de travail d’autrui. Le mécanisme derrière cet accaparement s’appelle l’usure ou intérêt. L’intérêt c’est quand l’argent « se reproduit » et ne correspond donc pas à un travail. J’ai un intérêt quand on me paye non pas parce que je travaille mais pour la simple raison que je suis riche !

      Redistribuer les richesses ne permet pas de lutter contre l’usure. En outre lorsque vous redistribuez les richesses vous volez celui qui a davantage travaillé et vous le frappez bien davantage que celui qui a accumulé beaucoup plus d’argent par intérêt.

      La solution est d’interdire l’intérêt.


    • @Bromélia

      "Physiquement vous ne pouvez pas travailler beaucoup plus que 4x plus que quelqu’un d’autre."

      Oui, mais je pense que cette règle empirique ne s’applique justement que pour du travail physique, les capacités physiques de l’homme ayant leurs limites. Or, nous entrons dans une ère d’information ou le travail intellectuel prend de plus en plus d’importance.
      Un mec dans un garage pond un petit programme informatique révolutionnaire auquel personne d’autre n’avait pensé avant lui, avec internet il peut le vendre à n’importe qui dans le monde même pour 2 ou 3€ et se faire des revenus colossaux. On le voit avec les youtubers, à la base ce sont de parfaits inconnus qui font des vidéos (bon, je dis pas que c’est "intellectuel" mais c’est pour illustrer l’idée).
      En fait, vu qu’avec l’internet il devient de plus en plus facile de toucher de plus en plus de monde ; il y a de moins en moins besoin d’intermédiaires et ceux qui font un travail intellectuel qui peut plaire au plus grand nombre peuvent avoir des revenus colossaux sans même avoir spolié du travail à autrui ou pratiqué une forme d’usure. Cela n’était pas possible avant du fait des moyens de communication de l’époque.

      Interdire l’intérêt impactera donc les banques (et ça c’est une bonne chose amha) ; mais ça n’est pas parce que vous supprimerez l’intérêt que vous rééquilibrerez les revenus (ce qui est un faux problème à mon sens). Cela empêchera "juste" d’avoir de très gros revenus basés sur la spoliation. Et ça c’est très bien ; pour moi ce n’est pas l’inégalité de revenus qu’il faut combattre mais celle en droit.

      @Fernando

      "Vous avez raison, l’argent est un moyen et non une fin, ce que je lui reproche au fond c’ est de nous ramener vers des valeurs très matérialistes alors que pour moi nous aurions plus besoin de valeurs spirituelles."

      Vous avez tout dit avec cette phrase, c’est sur l’éducation qu’il faut aller, et non sur l’égalitarisme. Et ça, avant même de passer par une éducation nationale (qui avant s’appelait "instruction publique" pour une bonne raison), ça suppose de responsabiliser les parents/famille ; car on a facilement tendance à vouloir reporter notre responsabilité individuelle vers autrui de nos jours.


  • 1) Contrairement à ce qui est dit, les LBO visent aussi, souvent, des entreprises non rentables, mal gérées, mais avec un potentiel de fort redressement de la rentabilité en cas de restructuration massive, ET/OU d’entreprises qui ont des actifs immobiliers ou mobiliers importants et qui donc peuvent être revendus, en appartements, ou pour une partie, avec plus value : immeubles, marques, brevets etc.

    2) Contrairement à ce qui est dit les buybacks augmentent réellement la rentabilité du capital pour l’actionnaire, car le bénéfice par action qu’il détient augmente réellement. Ce n’est absolument pas artificiel puisque la rentabilité augmente concrètement.

    3) Ce qui n’est pas aussi dit ici, et qui pourtant est essentiel pour bien comprendre les buybacks, c’est que ceux-ci sont aussi utilisés aux US car les bénéfices non taxés à l’extérieur des US ne peuvent être rapatrier sans payer d’impôts. Ainsi on permet une distribution de dividendes supplémentaire aux actionnaires sans avoir à payer l’Impôt sur les sociétés aux US (problématique à laquelle sont confrontées très particulièrement 2 des 4 GAFA : Google Apple qui ont des trésoreries gigantesques à l’extérieur des US.

    Cela permet d’augmenter réellement la valeur de l’entreprise, car celle-ci échappe à l’imposition.

     

  • #1572846

    C’est hallucinant que ces pratiques mafieuses soient légalement autorisées en France et encensées dans les médias.


  • Je suis désolé, mais le capitalisme sauvage néo-libéral est encore loin d’être mort. Dire que le capitalisme d’aujourd’hui trahit celui d’Adam Smith est un non-sens : nous n’avons jamais vécu le capitalisme d’Adam Smith (main invisible et autres conneries).


  • #1572991

    Brillant !
    Mes amis, avec un Français sur mille au niveau de ce camarade,
    notre beau pays est sauvé.


  • #1573116

    En lisant les commentaires je me demande si certains ont bien pris la peine de lire sérieusement et en entier l’article....

     

    • C’est malheureusement le cas pour 95 % des articles et 95 % des lecteurs.

      Lecture rapide, superficielle, orientée par une conviction qu’on cherche à vérifier, excitée par l’envie de se faire un avis ou de clamer celui qu’on a déjà, survol de paragraphes où l’on glane quelques mots-clefs en pensant pouvoir s’affranchir de l’effort de tout comprendre, envie d’en finir au plus vite pour ne pas faire s’éteindre la flamme de la consommation entretenue par le zapping, plaisir ô combien vide et éphémère produit par l’illusion de participer à la marche du monde en ayant une idée (même débile) sur tous les sujets qui font le moment, et au final, on n’a rien appris, et on n’apprendra jamais rien.

      Cf ce que Francis Cousin disait dans son hommage à Emmanuel Ratier. Il y a deux catégories de personnes : celles qui veulent constamment apprendre et celles qui sont "arrivées" (au bout de leur chemin intellectuel). Malheureusement, beaucoup de commentateurs appartiennent semble-t-il à la seconde catégorie. Et encore, c’est pire sur la plupart des autres sites, mainstream et "réinformation" confondus.


    • #1573645

      Je vous avoue que je ne l’ai pas lu cet article, j’ai seulement regardé les vidéos, je lis beaucoup les commentaires par contre car souvent plus accessibles à mon cerveau de travailleur manuel...


    • Avec une telle argumentation, si étayée, on se demande surtout, si vous, vous l’avez lu.

      C’est facile de critiquer les autres, mais développer soit même une argumentation détaillée, c’est déjà autre chose, et cela implique d’être soumis à la critique soit même.

      Allez, faites preuve d’un peu de courage, et montrez nous la pertinence de vos analyses en prenant votre plume, et expliquez nous précisément en quoi je n’ai pas compris le problème, et en quoi les autres (aussi !) ici sont à côté de la plaque.

      Je suis très curieux de lire votre brillance intellectuelle.


  • #1573158

    Est-ce qu’on peut vivre sans argent ? Quand on veut on peut.
    L’argent est-il intrinsèquement mauvais ? Grande question.
    Par contre, une chose est sûre, l’humain est trop faible pour pouvoir utiliser l’argent.


  • #1573544

    Bonjour,

    Ce sujet renvoie au domaine de l’économie où il est nécessaire d’avoir quelques connaissances.

    Cependant,étant assez novice dans ce domaine,je souhaiterais être éclairé sur les termes libéralisme et capitalisme ainsi que la différence entre les deux.

    J’aimerais également savoir,si théoriquement dans une économie vertueuse, l’homme travaille moins qu’à notre époque ?

    J’ai aussi vu beaucoup de théoriciens de la valeur d’un bien (Marx,keynes,Ricardo,Smith,l’école autrichienne...).Quelle est la théorie de la valeur la plus proche de la réalité ?

    Je vous remercie.

    Cordialement.


  • #1573643

    On s’aperçoit combien la science économique est une supercherie. Pour paraphraser Anatole France, la vie économique est gouvernée par des instincts et des mœurs, et toutes les lois dégagés d’Adam Smith à Milton Friedman valent, toute chose égale par ailleurs...

    La théorie de l’agence a été probablement aménagée et élargie. Aujourd’hui, dans beaucoup de grandes entreprises, on propose quasi-systématiquement une partie de rémunération variable sous forme de bonus, options, à un panel élargi de salariés pour plus de productivité.

    Symétriquement, on observe une horizontalité de la responsabilité (pardon d’être pédant). S’est mis en place dans la plupart des entreprises un système où la responsabilité est difficilement imputable, par exemple pour gérer le personnel, ce qui permet toutes les dérives possibles.

    Cela permet de laisser place à un darwinisme d’entreprise ("struggle for wages"), par lequel le plus malin triomphe mais pas forcément le plus compétent, qui souvent aura une morale à l’ancienne.

    Quant aux LBO, s’il est théoriquement un moyen de financement et de développement, voire de sauvetage, des entreprises comme dans le capital-risque, en réalité et comme l’explique ce syndicaliste, il est souvent employé à des fins crapuleuses c’est à dire dépecer l’entreprise rachetée (licenciements, vente d’immobilisations, délocalisation, vente à la découpe) par des fonds scélérats comme le tristement célèbre Carlyle fondé dans l’hôtel éponyme par d’anciens dignitaires américains, par BlackRock...etc pour dégager des profits à courts termes.

    On s’aperçoit encore de l’hypocrisie des pays tels que la France ou l’Allemagne qui jouent aux vierges effarouchées vis-à-vis du Luxembourg car ce type de juridictions a permis d’éviter la législation sur les ratios dettes/capital et de financer à quasi 100% le rachat par dettes d’actifs.

    Le LBO sert également d’éviter les législations de sauvegarde des entreprises, procédures qui permet de "rendre la main" aux vrais patrons et de bloquer le versement de dividendes pour penser investissements. Mais la parade a été trouvée en empilant des sociétés dont les parts de l’une d’elles seront gagées pour permettre d’interrompre cette anicroche.

    L’homme est un être irrationnel ce qui fausse le postulat de départ de la science économique.

    @ Bruno le shares’ buyback crée de la valeur pour les marchés= augmentation des ratios) pas de la richesse. Eviter l’impôt crée surtout un risque et du cash distribué.

     

    • @manou17

      Le buyback crée une vraie valeur pour l’actionnaire, car il évite le paiement de l’impôt sur les bénéfices par l’entreprise qui rachète ses propres parts à partir de bénéfices réalisés dans des paradis fiscaux et qui si ils étaient rapatriés aux us devraient subir cet IS. Donc au final l’IS évité permet une augmentation réelle du dividende distribué à hauteur de cette économie d’IS.


  • Avec ou sans LBO, la rapine ne redistribue rien aux salariés : propriétaire intégralement de son entreprise, sans apport externe, c’est l’avarice, la maladie mentale d’Harpagon qui en est la cause, il veille avec férocité sur son magot, souvent pour combler un manquement affectif.
    Le système de LBO permet de croître plus vite, de dévorer plus rapidement le nouveau marché. Puis le profit n’est plus au rendez-vous, notamment en période de crise, lors de la stagnation des rendements marginaux qui amorce l’étape de décroissance. Alors les associés dépensent leur pognon afin de maintenir la valeur de leurs actions pour éviter de sortir du marché boussier.
    J’ai été témoin de ce cannibalisme des technologies internet dans les entreprises de services en 2 ans de 1999 à 2001, alors que le besoin d’internet ne cessait de croître.

     

    • #1576837
      le 11/10/2016 par Love au dessus d’un nid de coucou
      Comment la banque et la finance ont détruit le capital

      Oh Merde quoi ! On a tous fait psychow.

      C’est bien connu que plus l’insécurité affective est grande et plus l’homme se veut riche.
      Et que plus grande est la présence affective et moins le besoin d’argent se fait sentir.

      Ce qu’il faudrait c’est la fusion d’un fond d’investissement très riche avec une tite entreprise pauvre... ou en voie de développement. Ça créerait l’équilibre et la richesse.

      Seulement, le très riche... On le prend l’organe dans le string qui dit encore que c’est pas sa chose, tellement le déni est grand !

      Alors que la tite entreprise modeste, elle, toujoyours accueillante.


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