Egalité et Réconciliation
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Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

Bien plus profonds que les apparences sectaires : les enjeux politiques

Le discours mainstream se plaît à diviser l’Islam en plusieurs sectes antagonistes. Salah Lamrani, professeur de lettres, rappelle que les causes des conflits sont avant tout politiques.

 

« Depuis notre naissance, nous sommes soumis à l’oppression, à l’intimidation, aux persécutions et à la terreur, au point que même les murs nous faisaient peur. Même les murs ! Y a-t-il quelqu’un qui n’a pas subi l’injustice et l’oppression dans ce pays ? J’ai plus de 50 ans, soit un demi-siècle. Depuis que je suis venu au monde, je ne me suis jamais senti en sûreté ou en sécurité dans ce pays, nulle part, depuis mon enfance. Nous sommes continuellement accusés, menacés et agressés de toutes parts... Nos poitrines resteront nues face à vos balles et nos mains resteront vides (sans arme), mais nos cœurs resteront emplis de foi… Nous n’avons qu’une alternative : vivre sur cette terre en hommes libres et dignes, ou y être enterrés avec les honneurs (après le martyre)… Nous ne cesserons de dénoncer votre oppression et de revendiquer nos droits. »

Nimr al-Nimr, 7 octobre 2011

 

 

Les médias occidentaux et du monde arabe ont largement rapporté l’exécution par décapitation du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr, ainsi que de 46 autres saoudiens – majoritairement sunnites – accusés de terrorisme et/ou de sédition. Ils ont également insisté sur les réactions très virulentes du monde chiite, de Sayed Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique d’Iran, à Sayed Hassan Nasrallah, le Secrétaire général du Hezbollah (qui est allé jusqu’à parler d’un acte de décès pour le règne dynastique des Saoud), en passant par celle de Sayed Ali Sistani, la plus haute autorité religieuse d’Irak. Même si cela a été peu mentionné, d’autres instances, mouvements et personnalités ont condamné cette exécution, en Irak, au Pakistan, en Inde, au Yémen, au Bahreïn et au Liban, notamment le Conseil des Fatwas irakien (sunnite), le FPLP palestinien, ainsi que les organisations de défense des droits de l’homme Amnesty International et Human Rights Watch.

L’accent a surtout été porté sur le caractère sectaire de cet événement, souvent replacé dans le cadre d’une « fracture » croissante entre sunnites et chiites, notamment entre l’Arabie Saoudite, berceau de l’Islam et « cœur » du sunnisme, et de l’Iran, cœur spirituel du chiisme, dans une apparente lutte d’influence pour la domination du Moyen-Orient. Le différend millénaire entre les « sunnites » ou « loyalistes » de l’ « École des Califes » (Compagnons qui ont dirigé le monde musulman après le décès du Prophète) d’une part, et les « chiites » ou « partisans » de l’ « École de la Demeure » (les imams de la lignée du Prophète, figures « d’opposition ») d’autre part, est très souvent présenté comme le sésame qui permet de comprendre les luttes et guerres impitoyables qui déchirent la région. Et ce jusqu’à la coalition américano-saoudienne qui dévaste depuis 10 mois le Yémen zaydite – une branche minoritaire du chiisme –, et la lutte contre Daech auxquelles seraient opposées une alliance « traditionnelle » (Amérique du Nord et Europe alliées à l’Arabie Saoudite et aux autres pétromonarchies du Golfe sunnites) et une alliance « orthodoxe » (Iran, Irak et Hezbollah chiites, Syrie alaouite – une autre branche minoritaire du chiisme – et Russie).

Mais ces analyses, par trop simplistes, traduisent une méconnaissance de l’histoire du monde arabo-musulman et de la géopolitique du Moyen-Orient, et reposent sur des présupposés fallacieux qui ne résistent pas à l’examen. Et, de manière révélatrice, elles ne posent pas même les questions qui s’imposent, à savoir, puisqu’il s’agit au départ de l’exécution d’une importante figure religieuse, celles des motivations alléguées, présumées et/ou probables de cet acte, dans un tel contexte de surcroît, car Nimr al-Nimr était emprisonné depuis juillet 2012 et condamné à mort depuis plus d’un an.

 

 

Qui était donc Nimr al-Nimr ? C’était effectivement une figure religieuse chiite (un « cheikh »), qui avait suivi un cursus de théologie en Iran avant de revenir prêcher dans sa province natale de Qatif, en Arabie Saoudite. Mais dès l’abord, il faut souligner que le seul qualificatif de religieux est insuffisant pour désigner Nimr al-Nimr, car la « laïcité » ne règne pas en terre d’islam, nombre de figures politiques majeures étant des clercs (Hassan al-Banna, Sayed Qutb, Ruhullah Khomeini, Hassan Nasrallah, etc.), surtout après les efforts occidentaux – couronnés de succès – visant à marginaliser et/ou briser les dirigeants et États séculiers (l’Égypte de Nasser, l’Irak de Saddam Hussein, la Libye de Kadhafi, la Syrie de Bachar al-Assad), avec les résultats que l’on connaît. Nimr al-Nimr doit donc être considéré certes comme un prédicateur religieux, mais aussi, indéniablement, comme une figure politique majeure de l’opposition, très populaire au sein de la jeunesse, et ayant un rayonnement bien au-delà de sa secte et de son pays, notamment grâce à son charisme et à son courage face aux injustices criantes de la société saoudienne.

Nimr al-Nimr dénonçait en effet la dynastie des Saoud de manière très virulente et réclamait des réformes et une démocratisation du pays, face à une monarchie médiévale qui, comme chacun le sait, considère les droits de l’homme, les libertés en général et la liberté d’expression en particulier comme des hérésies, et, soulignons-le, punit l’hérésie par le tranchant du sabre voire la crucifixion. Nimr al-Nimr a souvent été emprisonné, et très certainement torturé pour ses déclarations véhémentes et sa participation à des manifestations malgré les violences auxquelles étaient soumis les citoyens, la répression à balles réelles, les arrestations abusives, les tortures, etc. En 2012, le quotidien britannique The Guardian décrivait cette situation comme « le conflit le moins rapporté du Moyen-Orient », expliquant cette omerta médiatique occidentale sur le « Printemps arabe » saoudien par les contrats énergétiques et d’armements faramineux conclus avec cette pétromonarchie par Washington et Londres – et Paris –, dont elle est un allié stratégique.

La situation des droits de l’homme en Arabie Saoudite est décrite en ces termes par Amnesty International dans son rapport 2014-2015 :

« Dans le Golfe, les autorités de Bahreïn, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis ont inlassablement muselé la dissidence et réprimé tout signe d’opposition au pouvoir, avec la conviction que leurs principaux alliés dans les démocraties occidentales ne risquaient guère de soulever des objections… [En Arabie Saoudite,] des restrictions sévères pesaient sur la liberté d’expression, d’association et de réunion. Le gouvernement a réprimé la dissidence en arrêtant et en incarcérant des personnes qui le critiquaient, y compris des défenseurs des droits humains. Beaucoup de ces personnes ont été jugées dans le cadre de procès inéquitables par des tribunaux n’appliquant pas une procédure régulière, notamment un tribunal spécial antiterroriste qui prononçait des condamnations à mort. Une nouvelle loi assimilait réellement au terrorisme les critiques à l’égard du gouvernement et d’autres activités pacifiques. Les autorités ont réprimé le militantisme en ligne et intimidé les militants et les membres de leur famille qui dénonçaient des violations des droits humains. La discrimination envers la minorité chiite persistait ; certains militants chiites ont été condamnés à mort et beaucoup d’autres à de lourdes peines d’emprisonnement. Des informations ont fait état de tortures régulièrement infligées aux détenus ; des accusés ont été déclarés coupables sur la base d’“aveux” obtenus sous la torture, d’autres ont été condamnés à des peines de flagellation… Le gouvernement ne tolérait pas l’existence de partis politiques, de syndicats ni de groupes indépendants de défense des droits humains. Des personnes qui avaient créé des organisations non autorisées ou en étaient membres ont été arrêtées, poursuivies en justice et emprisonnées… Tous les rassemblements publics, y compris les manifestations, demeuraient interdits en vertu d’un arrêté pris en 2011 par le ministère de l’Intérieur. Ceux qui tentaient de braver cette interdiction risquaient d’être arrêtés, poursuivis et emprisonnés, entre autres pour avoir “incité la population à s’opposer aux autorités”. »

On le voit, c’est bien au péril de sa vie – et de celle de ses proches – qu’on s’engage sur la scène politique en Arabie Saoudite.

 

 

Nimr al-Nimr était une figure majeure de ce mouvement de contestation pacifique qui réclamait le respect des droits humains et davantage de libertés, et malgré les provocations et sévices auxquels étaient soumis les manifestants, dont son neveu de 17 ans qui fut également arrêté, torturé et condamné à mort – il attend encore son exécution –, il resta un partisan farouche de la non-violence. Précisons qu’il en va de même pour le mouvement de protestation au Bahreïn qui dure depuis 2011, et dont les dirigeants ont maintenu le caractère pacifique malgré une répression sanglante et l’intervention des forces armées saoudiennes – contre laquelle de nombreuses manifestations ont été organisées en Arabie Saoudite même, avec la participation active de Nimr al-Nimr. Au Bahreïn comme en Arabie Saoudite, les manifestants demandaient avant tout une démocratisation du pays, tout comme les autres mouvements populaires spontanés du « Printemps arabe », en particulier la Tunisie et l’Égypte. Mais alors que ces mouvements ont largement été relayés par les médias arabes et occidentaux, qui dans l’ensemble sympathisaient avec ces revendications légitimes, les mouvements populaires au Bahreïn et en Arabie Saoudite ont été ignorés et/ou dénoncés comme des revendications sectaires, au seul prétexte de la grande proportion de chiites qui y participent. Rappelons que 15% de la population saoudienne est chiite, surtout concentrée dans les zones pétrolières stratégiques à l’Est du pays où elle est majoritaire, ainsi que 60% de la population du Bahreïn, et qu’elles font face à des monarchies wahhabites – branche extrémiste et marginale du sunnisme qui considère le chiisme (et nombre d’écoles du sunnisme) comme des hérésies, plus encore que la démocratie, la liberté, etc.

Les mouvements populaires en Arabie Saoudite et au Bahreïn ne sont pas sectaires, et ne demandent pas plus de droits pour les seuls chiites – bien que ces populations soient particulièrement marginalisées et opprimées – mais pour toute la population, brimée dans son ensemble par des dynasties régnantes tyranniques, les Saoud et les Al-Khalifa. Voilà ce que déclarait Nimr al-Nimr le 7 octobre 2011 :

« Nous avons trois revendications essentielles : des réformes politiques dans le sens de plus de liberté et de dignité pour le peuple, la libération des prisonniers politiques arrêtés pour leur simple participation à des manifestations, dont certains sont emprisonnés depuis plus de 16 ans, et la fin de la répression au Bahreïn. »

Est-ce là une revendication sectaire, une querelle de chapelle ? Certes pas : c’est bel et bien un authentique mouvement en faveur de la liberté et du respect des droits de l’homme. Et il ne pourrait en aller autrement : du fait même qu’ils sont minoritaires dans le monde islamique, et qu’ils sont toujours les cibles et les principales victimes des discours sectaires, les dirigeants chiites sont très vigilants sur ces questions, évitant tout propos sectaire et prônant l’unité islamique et citoyenne, dénonçant tout discours factieux et toute idée de division, de sécession ou de lutte armée, accusations traditionnellement lancées contre eux pour les discréditer auprès du reste de la population et justifier leur répression sanglante.

Il est absurde, indigne et irresponsable de donner une caractérisation sectaire à ces revendications de démocratie pour la seule raison que, de fait, elles permettraient une meilleure représentation des chiites, ce qui est le propre de toute démocratie représentative. À ce titre, toute revendication de démocratie pourrait être caricaturée comme la simple manifestation d’un esprit de parti, car il suffirait de stigmatiser la couleur politique (et/ou religieuse) des manifestants ou porte-paroles de ces mouvements pour en nier le caractère légitime et universel. On pourrait même dire, de manière à peine plus abusive, que cela reviendrait à donner un caractère sectaire à un acte de banditisme après avoir découvert que l’agresseur était sunnite et l’agressé chiite, ou vice versa, même si aucun d’entre eux ne pouvait le savoir et que le mobile était bien évidemment purement matériel. Et même si le détrousseur et/ou meurtrier arguait (à tort ou à raison) de questions sectaires pour rallier des complices crédules, la cause première ne resterait-t-elle pas le gain matériel ?

Nimr al-Nimr ne faisait référence à son appartenance sectaire que pour aller dans le sens de l’unité, comme il le fit dans ce même discours d’octobre 2011 :

« Qui a prétendu que les chiites sont les seuls à être opprimés ? Devrions-nous nous taire parce que nous ne sommes pas les seules victimes des arrestations et de la répression ? Mais c’est pire encore ! En quoi cela serait-il une excuse (pour le régime) ? Devrions-nous tolérer qu’ils arrêtent (injustement) des sunnites ? Sur quelle base ? Pourquoi arrêtent-ils ces milliers de personnes (sunnites et chiites) ? Nous sommes tous victimes (de ce régime). Où est l’argent, où sont les milliards ? Le chômage, l’emprisonnement, le dénuement touchent toute la population… Nous continuerons à réclamer les droits de tous les opprimés. »

Il dénonçait également les allégeances sectaires, rappelant que l’islam abhorrant tout type d’oppression, la responsabilité d’un musulman est de se désolidariser de tout oppresseur, quel qu’il soit : familles Saoud et al-Khalifa en premier lieu, jusqu’à la famille al-Assad, tant les sunnites que les chiites sont innocents des crimes des uns et des autres, et doivent les condamner sous peine d’en être complices, affirmait-il en décembre 2011, en concluant que tous les opprimés doivent s’unir contre leurs oppresseurs. Enfin, Nimr al-Nimr était un défenseur acharné de la cause palestinienne, et appelait son gouvernement à envoyer ses forces armées contre Israël au lieu d’agresser le Bahreïn.

 

 

Certains médias ont parlé du caractère « provocateur » des discours de Nimr al-Nimr, mais ce sont là des « précautions oratoires » absurdes voire indécentes qui semblent faire abstraction de la violence massive et inouïe, physique et non pas verbale, à laquelle ils constituent une réponse. Dans l’un de ses derniers discours datant du 22 juin 2012, deux semaines avant son arrestation, Nimr al-Nimr évoquait la mort du Prince Nayef, Ministre de l’Intérieur et héritier au trône, en affirmant explicitement que la seule réaction possible face à la disparition du meurtrier, tortionnaire et geôlier de leurs enfants – dont des membres de sa propre famille –, était de glorifier Dieu et de se réjouir, seul « l’Ange de la mort » étant capable d’atteindre de tels despotes. Une déclaration tout à fait « proportionnée », pour reprendre un terme cher à nos hommes politiques et médias, et qui ne justifie certes pas l’épithète flétrissante de « provocateur » face à des assassins et tortionnaires de sang-froid : au contraire, dans de telles conditions d’oppression, c’est plutôt sa sagesse et sa modération qu’il faudrait saluer, car il a toujours rejeté les appels à la violence et à la sédition auxquelles on s’évertuait à l’acculer, et a toujours été un avocat ardent de la contestation pacifique.

L’accusation d’être un agent de « l’expansionnisme » perse – bien que l’Iran n’ait commis aucun acte d’agression depuis le XIXe siècle – a également été portée contre lui. Mais sa dénonciation du régime syrien, allié stratégique de Téhéran, est un signe éloquent de son indépendance, maintes fois revendiquée. De plus, Nimr al-Nimr a montré l’inanité et les contradictions de cette accusation non étayée en rappelant que l’oppression contre les chiites, inhérente au wahhabisme, est bien antérieure à la Révolution Islamique. De telles persécutions se sont produites dès l’établissement du premier État saoudien suite à l’alliance de Muhammad Ibn Abd-al-Wahhab et de la Maison des Saoud au XVIIIe siècle, et ont perduré jusqu’à ce jour, s’étendant à toute la population, comme l’indiquait clairement le rapport d’Amnesty International. Et du reste, soulignait Nimr al-Nimr, il sied mal au régime saoudien et aux pays du Golfe, dont le territoire abrite maintes bases militaires américaines et que l’Occident inonde de ses armes, de les accuser d’obtenir une quelconque aide de l’Iran, qui ne peut consister qu’en un soutien moral. Nimr al-Nimr était donc un authentique opposant politique national, au sens le plus noble du terme. C’est pourquoi Amnesty International a clairement dénoncé « un procès politique et inique » et une instrumentalisation de questions annexes :

« Les autorités saoudiennes ont indiqué que les exécutions avaient pour but de combattre la terreur et de préserver la sécurité. L’exécution de Nimr al-Nimr en particulier semble toutefois indiquer qu’elles recourent également à la peine de mort sous couvert de lutte antiterroriste pour régler des comptes et écraser la dissidence. »

Pourquoi le régime saoudien a-t-il décidé d’exécuter Nimr al-Nimr dans ce contexte particulier ? Certainement par dépit face à l’échec de sa campagne au Yémen, qui se révèle un échec spectaculaire malgré 9 mois de guerre sans merci d’une coalition des pays arabes les plus riches – soutenus par l’Occident – contre le plus pauvre d’entre eux, dans laquelle l’Arabie Saoudite ne parvient même pas à défendre son propre territoire contre les frappes et incursions yéménites régulières qui déciment ses troupes. De même, les investissements et espoirs de l’Arabie Saoudite en Irak et surtout en Syrie sont partis en fumée depuis l’intervention russe, Daech – dont Saoud est le père et le wahhabisme la mère – battant en retrait sur tous les fronts. Ces dépenses colossales, conjuguées à la chute des prix du pétrole, grèvent l’économie saoudienne et lui imposent des réformes, tandis que ses dirigeants sanguinaires sont réduits à des actes de vengeance tels que l’exécution de Nimr al-Nimr et davantage de destructions et de crimes contre la population civile au Yémen où Riyad a annoncé la fin du cessez-le-feu, espérant inculquer la terreur à tous et étouffer toute revendication par ce message sanglant.

 

 

Qu’en est-il de la question sectaire et de la « rivalité » entre l’Arabie Saoudite « sunnite » (disons plutôt wahhabite) et l’Iran chiite ? Il est évident que l’Arabie Saoudite, qui, depuis la Révolution islamique d’Iran en 1979, a dépensé des milliards de dollars pour inonder le monde musulman de diatribes antichiites, calomniant sans vergogne les adeptes de cette école et présentant l’Iran comme le principal ennemi du monde arabo-musulman (bien avant les États-Unis ou Israël), n’a cessé de faire tout son possible pour donner cette coloration sectaire aux conflits. La propagande de Daech recrute des « djihadistes » pour combattre en Irak et en Syrie par ces mêmes procédés, en persuadant des brutes conditionnées par des décennies de propagande wahhabite qu’ils défendront la pureté originelle de l’islam contre les « innovateurs chiites et alaouites » qu’il faudrait passer par le fil de l’épée. Ce discours, galvanisé par les desseins de Washington, Londres et Paris au Moyen-Orient et leurs ressources et moyens illimités, a pu toucher des dizaines de milliers de fanatiques au début de la crise syrienne, mais il a beaucoup perdu de son impact au contact de la réalité du terrain, surtout depuis que les crimes indiscriminés des terroristes takfiris ont été révélés au grand jour. La grande majorité de leurs victimes sont en effet des sunnites, et dès le début de la crise en 2011, notamment en Syrie où la majorité de l’armée loyaliste est sunnite, toutes les ethnies, religions et sectes ont combattu Al-Qaïda, Daech et autres côte à côte, de même qu’elles ont coexisté pacifiquement pendant des siècles. Ce nouvel acte barbare de l’Arabie Saoudite pourrait également constituer un acte de provocation visant à raviver ces tensions sectaires, à l’instar de sa rupture des relations diplomatiques avec l’Iran consécutive à l’attaque contre son ambassade à Téhéran.

Quelle est la place réelle de la religion dans tout cela ? Il en va pour ces guerres comme pour toutes les guerres précédentes : la religion n’en est jamais le véritable mobile, mais elle n’est qu’un simple prétexte pour cacher des desseins purement politiques, des luttes d’influence et de pouvoir, entre des aspirations à l’indépendance et à la liberté et des volontés d’hégémonie et de domination, aux échelles des nations, de la région et du monde. Pour se convaincre du fait que la « rivalité » entre l’Iran et l’Arabie Saoudite est de nature politique et aucunement religieuse, il suffit de rappeler que si l’Iran est une République Islamique depuis 1979, elle est chiite depuis le XVIe siècle. Lorsque l’Iran, sous le Shah Muhammad Redha Pahlavi, était le principal allié des Etats-Unis et le « gendarme du Moyen-Orient », n’était-il pas l’allié et même le maître des Saoud ? L’actuel roi d’Arabie Saoudite, Salmane b. Abd-al-Aziz al-Saoud, n’a-t-il pas lui-même accueilli le Shah en dansant au début des années 1970 ? Le Shah n’était-il pas un perse, n’était-il pas prétendument un chiite ? L’Arabie Saoudite n’était-elle pas déjà wahhabite ? Certes si. Mais cela ne posait aucun problème, car l’essentiel était sauf, à savoir les liens de vassalité mutuels envers les Etats-Unis et leur politique impériale et néocoloniale au Moyen-Orient, dont Téhéran et Riyad, tout comme Tel-Aviv, étaient de fidèles agents. Il est donc absurde de prétendre que les questions sectaires constituent la base de la rivalité entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, qui ne date que de 1979, année de la Révolution de l’Imam Khomeini qui a transformé l’Iran en une puissance indépendante, ennemie implacable des États-Unis, tout comme Cuba en 1959, face auxquels Washington craignait un « effet domino » du souverainisme qui a bel et bien eu lieu en Amérique Latine, et qui est en cours au Moyen-Orient. C’est alors qu’il a fallu combattre l’Iran, au prétexte de la lutte contre le chiisme pour l’Arabie Saoudite, de la lutte contre les « Perses » pour l’Irak de Saddam Hussein (la population en étant majoritairement chiite, le prétexte sectaire était impensable), et de la lutte contre le fondamentalisme ou la prolifération nucléaire pour les États-Unis.

Nimr al-Nimr dénonçait vivement cette imposture dans son discours, s’adressant aux Saoud et condamnant leurs politiques séditieuses tant à l’intérieur du pays que dans la région :

« Nous ne voyons aucun problème entre les sunnites ou les chiites, entre les différents pays sunnites et l’Iran. Le seul problème c’est vous, et vous vous moquez du monde [en instrumentalisant cette prétendue rivalité sectaire]. Il n’y a pas de problèmes entre les sunnites et les chiites, ce ne sont que des mensonges et des falsifications dont vous vous servez pour tromper les ignorants d’entre vos partisans et les brutes qui se prétendent “salafistes” : les “salafistes” de Nayef, les “salafistes” des Saoud, qui n’accordent aucune considération à la religion, le “salafisme” qui se base sur le meurtre, le viol de l’honneur, la trahison, la collaborationnisme avec les États-Unis, tel est leur “salafisme”. Tels sont les Saoud. »

Par sa foi en la lutte non-violente et en la force invincible d’une parole de vérité face à la plus rétrograde, à la plus impitoyable des tyrannies, Nimr al-Nimr incarnait de manière exemplaire l’aspiration des peuples arabes à la démocratie et à la dignité. Bien que la condamnation de son exécution ait été assez tiède en Occident, se réfugiant souvent derrière de timides condamnations de principe de la peine de mort, tous les partisans authentiques du droit à l’auto-détermination des peuples et de la liberté d’expression peuvent considérer Nimr al-Nimr comme un martyr et en porter le deuil.

 

Salah Lamrani

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  • #1362271
    Le 5 janvier 2016 à 19:42 par Junius
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Pour prolonger l’analyse de cette recrudescence de la rivalité Iran-Arabie/Chiite-sunnite, on peut également remonter au relatif regain d’influence régionale de l’Iran suite au renversement du régime de Saddam Hussein par l’intervention américaine.
    L’Irak voit en effet au cours de l’année 2006 arrivé à sa tête un leader chiite (Nourik al-Maliki), et un bloc géographiquement continu de puissances chiites commence à paraître : la Syrie alaouite, l’Irak nouvellement gouverné par des chiites, l’Iran. Cet ascendant politique peut sans doute fournir une explication aux soulèvements de populations que connaissent actuellement le Bahreïn et certaines régions d’Arabie Saoudite (composés principalement de chiites), se sentant soutenues par un tiers extérieur.
    L’organisation de l’Etat Islamique fut également créé en 2006, quelques mois après les élections en Irak qui ont porté au pouvoir l’alliance chiite, désignant les chiites comme l’ennemi principal - devenant ainsi un ennemi commun de l’EI et du régime saoudien - dans le but sans doute de déstabiliser et de disloquer cet arc chiite au Moyen-Orient au profit de l’Arabie Saoudite.
    Comme le soulignait cet article, les différends entre sunnites et chiite sont en grande partie fabriqués et maquillent des intérêts géopolitiques et économiques. Cela dit, il se montre bien trop partisan en accablant uniquement l’Arabie Saoudite : l’Iran pourrait également trouver un gain à fédérer autour de lui les communautés chiites du Golfe, qui vivent en majorité sur les zones les plus riches en réserves de pétrole (on peut mentionner l’oasis d’Al-Hassa par exemple).

     

    Répondre à ce message

    • #1362550
      Le Janvier 2016 à 01:11 par Révolutionnaire khoméiniste
      Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

      regain d’influence régionale de l’Iran suite au renversement du régime de Saddam




      Précisons que ce regain d’influence s’est produit contre la volonté étasunienne. A l’inverse des régimes arabes du Golfe, depuis le territoire desquels l’armée étasunienne envahit l’Irak, l’Iran se garde alors de coopérer avec Washington.



      l’année 2006 arrivé à sa tête un leader chiite (Nourik al-Maliki)




      Son prédécesseur, Al-Jaafari, est également chiite. Toutefois, ce n’est pas leur confession, mais l’orientation politique des intéressés qui déclenchera le rapprochement avec l’Iran. Comme le démontre l’exemple d’Iyad Allawi (dont la coalition arrive en troisième position aux élections de 2005), on peut etre chiite tout en étant foncièrement hostile à l’Iran et aligné sur l’axe séoudo-étasunien.



      bloc géographiquement continu de puissances chiites commence à paraître : la Syrie alaouite




      Le fait qu’elle soit dirigée par un président de confession alaouite ne fait pas de la Syrie laique un Etat communautaire (chiite en l’occurrence). La majorité des généraux, des ministres et des élites économiques syriens sont de confession sunnite. L’alliance avec l’Iran ne s’explique pas par l’appartenance confessionnelle d’Assad, mais par des critères purement géopolitiques.



      explication aux soulèvements de populations que connaissent actuellement le Bahreïn et certaines régions d’Arabie Saoudite (composés principalement de chiites), se sentant soutenues par un tiers extérieur.




      Les soulèvements populaires à Bahrein et dans l’Est de l’Arabie ont débuté en 2011, parallèlement aux autres "printemps arabes". Les populations égyptienne ou tunisienne n’ont pas attendu de se sentir soutenues par un tiers extérieur, pourquoi en serait-il autrement des Bahreinis et des Séoudiens ?



      accablant uniquement l’Arabie Saoudite : l’Iran pourrait également trouver un gain à fédérer autour de lui les communautés chiites du Golfe




      L’Iran n’a rien à gagner à ce que l’écran de fumée sectaire s’impose dans les esprits, car cela réduirait ses alliés potentiels aux seules communautés chiites, minoritaires au demeurant, alors que Téhéran ambitionne de mettre un terme à l’hégémonie américano-sioniste touchant l’ensemble de la région (et le monde entier). Meme à supposer que l’Iran ne visait qu’à maximiser son influence dans le cadre d’une compétition avec les Séoud, la prolifération de discours sectaires tendrait à avantager ces derniers.

       
    • #1362638
      Le Janvier 2016 à 09:04 par sagaris
      Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

      J’ajouterai à cela que le regain d’influence de l’Iran est aussi surtout à mettre au crédit de sa ligne pour la justice, la fraternité entre musulmans et un soutien continu et inaltérable au peuple palestinien ainsi que sa lutte anti sioniste.
      La vérité attire, à l’instar d’un Dieudonné et Soral malgré les calomnies.

      N’en déplaise aux politiciens et leaders régionaux, les peuples savent bien que ce n’est pas l’arabie saoudite et ses alliés qui sont sur le droit chemin.
      Et les gens qui vivent sur place savent également qu’il n’y a pas de division sunnite chiite a part celle appuyee par les médias soumis au sionisme.

      Il suffit simplement d’ecouter les 2 camps pour s’en rendre compte.

       
  • #1362401
    Le 5 janvier 2016 à 22:00 par solmed
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Enfin ! C’est la première fois que je lis sur E&R un texte aussi clair et aussi complet sur la réalité des enjeux et des rapports de force. L’écran de fumée, jusqu’à aujourd’hui, a consisté à jouer avec les termes et les concepts et à créer de la confusion, même E&R n’y a pas échappé. Je propose la probable suite de ce qui se passera avec ce texte "La dernière folie des Al Saoud !"

     

    Répondre à ce message

  • #1362456
    Le 5 janvier 2016 à 22:49 par Tante Adèle
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Merci au professeur Lamrani pour cette article de fond très explicite sur la réalité de la situation.

    Le Cheikh Nimr Al Nimr, était visiblement un homme d’une grande intelligence, et d’une non moins grande rectitude morale. Quant on sait que les Saoud, sont dégénérés et pourris jusqu’à l’os, on comprend qu’un tel homme leur fasse peur pour leurs privilèges, et aient oser le tuer pour le faire taire.

    Souhaitons à ce malheureux Cheikh d’avoir trouvé la plénitude éternelle, et la honte soit sur les dirigeants, je dis bien dirigeants mais pas les peuples : saoudiens, et occidentaux, qui ne respectent plus rien ni personne, en dehors de leurs intérêts financiers.

    Souhaitons également qu’un nouveau leader se lève, pour à terme virer les Saoud à coups de pied dans le derrière, et partant les dirigeants occidentaux immondes qui les soutiennent.

     

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  • #1362591
    Le 6 janvier 2016 à 04:14 par ALBERT
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    les jolis alliés que nous avons là , avec qui nous " partageons des visions strategiques" comme disait un premier ministre sur RMC il n’y a pas si longtemps !

    quelle n’est pas ma honte de me faire entrainer dans de telles infâmies

     

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  • #1362635
    Le 6 janvier 2016 à 08:55 par Pierre Ghi
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Droit-de-l’hommisme : j’ai le droit de détruire ce qui ne m’appartient pas.

     

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  • #1362689
    Le 6 janvier 2016 à 11:03 par DD
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Quand je lis la presse européenne je reste dubitatif devant la méconnaissance (un peu suspecte d’ailleurs) des journalistes européens des réalités du clivage Sunnite/Shiite, Ça fait longtemps que je n’ai pas lu une analyse aussi pertinente sur les véritables enjeux politiques qui sont derrière.
    Même étant musulman sunnite, j’ai été très affecté par l’exécution de cet homme, qui s’est longtemps dressé sans violence contre l’injustice (et je ne sais pas ce que c’est qu’un musulman si ce n’est ça).
    Et l’attitude de l’Iran reste ambiguë pour moi. Cet homme est un citoyen Saoudien, jugé en Arabie Saoudite. Une telle ingérence d’un autre état est très mal vue diplomatiquement. Et encore, si au moins c’était pour dénoncer l’exécution d’un opposant politique qui n’a pratiquement jamais appelé à la violence, eh ben non, cet homme a été exécuté avec d’autre opposants « Sunnites » et l’Iran s’est pratiquement offusqué pour l’exécution d’un « Shiite ».

     

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    • #1362989
      Le Janvier 2016 à 17:04 par Haru
      Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

      Je pense qu’ils se sont surtout indignés de l’exécution d’un "haut dignitaire religieux" (chiite certes) et de plus "non violent". Les grands savants chiites sont extrêmement respectés au sein des communautés chiites à travers le monde. Je suppose que l’inverse (savant d’Al-Ahzar + individus chiites) aurait produit une état de fait à peu près similaire dans les pays sunnites (indignation principale pour le religieux, figure de respect). Notons en plus que du point de vue chiite, les grands religieux représentent l’autorité spirituelle jusqu’à l’avènement de l’Imam du Temps (équivalent du Messie), et sont suivis avec attention par leur communauté : bref très grosses responsabilités et très haute position dans la société. => ce qui ajoute à la violence du geste.

       
    • #1363081
      Le Janvier 2016 à 18:26 par solmed
      Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

      @ DD
      « Et l’attitude de l’Iran reste ambiguë pour moi. »
      Ce qui m’étonne est que vous vous interrogiez sur l’attitude de l’Iran mais pas sur celle des gouvernements "champions de la démocratie" à la canonnière !!!
      Or, l’attitude de l’Arabie des Saoud était précisément de "sacrifier" ce sujet/opposant (il n’existe pas de citoyen dans le royaume des sables) en raison de la sensibilité du dossier. Ce que vous ne savez pas est que la minorité chiite a, depuis la création du royaume, été traitée comme un ensemble de faire-valoir et de moins que rien. Mon propre neveu qui travaille dans ce pays m’en a fait un compte rendu affligeant et terrible. Leur salaire est systématiquement inférieur, ils n’ont droit à aucun statut et ne sont, surtout, pas considérés comme faisant partie de la population du royaume mais quasi comme des étrangers avec un statut qui frise parfois l’état de l’esclave. Oui, oui, c’est aussi grave que cela !!!
      L’attitude des wahabis à leur égard est une insulte à l’humanité !!! Aucune commune mesure avec le statut des "chiites" au Koweït par exemple. L’Iran sait tout cela et ne se mêle pas des affaires intérieures de ses voisins mais ne peut rester insensible lorsque sa majorité "chiite" éprouve un lien fraternel avec une population qu’elle sent proche. Pourquoi croyez-vous que des catholiques français puissent éprouver autant d’attachement à une minorité chrétienne martyrisée au Moyen Orient ? Devrait-on reprocher aux uns et aux autres ce sentiment de proximité lorsqu’il y a absence totale de respect de la vie humaine ?

       
    • #1364635
      Le Janvier 2016 à 04:26 par Révolutionnaire khoméiniste
      Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

      Les autres opposants ont été présentés comme affiliés à Daesh, groupe qu’on aurait du mal à faire passer pour non-violent. La sélectivité de l’indignation iranienne n’est donc pas l’expression d’une préférence confessionnelle bete et méchante, mais elle traduit l’écart de légitimité politique qui, aux yeux de Téhéran, sépare le combat mené par des figures comme le cheikh Al-Nimr (quelle que soit leur confession) de celui que mène Daesh, écart qui se reflète tant au niveau des idéaux et objectifs poursuivis que des moyens d’action déployés de part et d’autre.

      D’ailleurs, le fait que les Séoud aient décidé de les exécuter simultanément n’est pas innocent : pour les bourreaux, il s’agissait précisément d’établir une analogie infondée entre l’organisation Daesh et le mouvement essentiellement pacifique d’Al-Nimr, ce qui relève tout simplement de la calomnie, et s’inscrit dans un discours plus large, véhiculé de facon récurrente et conjointe par la propagande séoudienne aussi bien que par les milieux néoconservateurs et sionistes, à l’attention, respectivement, des opinions musulmane et occidentale, consistant à insinuer que le bloc animé par l’Iran, d’une part, et la nébuleuse des mouvances salafistes-"djihadistes", de l’autre, ne constitueraient soi-disant que les deux faces d’une meme pièce, en imputant à tort au premier les attributs caractéristiques des seconds, à savoir : takfirisme et déviationnisme religieux (selon la version séoudienne) ou obscurantisme réactionnaire (selon la version sioniste), velléités expansionnistes et hégémoniques, volonté de subversion de l’ordre établi, recours systématique au terrorisme.

       
  • #1362697
    Le 6 janvier 2016 à 11:19 par zahra
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Très bel hommage, Merci. Puisse la dignité du message du Cheick réveiller les âmes léthargiques dans le monde !

     

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  • #1363182
    Le 6 janvier 2016 à 19:54 par sherif
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Le trio infernal encore frappé persuadé d’être protégé par le grand frère mais le grand frère doute. c’est un aveu de faiblesse toutes ces agressions précipitée.
    Obama doit réagir il doit ramener sa bande de chien galeux .
    C’est difficile d’avaler une cuillère il y a encore plus difficile de la c****

     

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  • #1363466
    Le 7 janvier 2016 à 00:15 par Djams
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Je pense que l’Arabie Saoudite cherche aussi à obliger les Etats-Unis à choisir qui de l’Iran ou des Saoud ils veulent soutenir.
    L’incendie de l’ambassade de Téhéran était sûrement une situation souhaitée par l’Arabie Saoudite, qui ne s’est pas faite attendre pour rompre les relations diplomatiques avec l’Iran. Cette rupture a été très rapide, comme préméditée. Soit les Etats-Unis rejoignent l’Iran et combattent Daech, mais cela nuirait à leur relation libéralo-économique avec l’Arabie, soit ils rejoignent l’Arabie mais cela nuirait leur relation nucléaro-militaire avec l’Iran. Tel est le dilemme, souhaité ou non, par l’Arabie Saoudite.

     

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  • #1368932
    Le 12 janvier 2016 à 04:20 par NP
    Comprendre l’exécution du cheikh Nimr al-Nimr

    Pourquoi suspecte-t-on systématiquement l’Iran de tous les maux ? Pourquoi justifie t-on toujours les méfaits et injustices de certaines puissances occidentales, sionistes et de l’arabie des séoud ? Pourquoi ? Les vrais agresseurs sautent pourtant aux yeux.
    Pourquoi accuse t-on toujours les chiites de l’Irak de discrimination envers les sunnites, alors qu’ils sont à peine au pouvoir après avoir été brimés depuis 1400 ans par les despotes sunnites, en Irak comme dans tout le monde arabe, dominé par des despotes sunnites ? alors aussi que tout en subissant des attentats meurtriers quotidiens de la part de groupes sunnites, il n’y a quasiment pas de riposte, contrairement à ce que fait Israêl ? Pourquoi toujours suspecter les mêmes ? Pourquoi cette haine des chiites ? Propagande religieuse ? Question d’intérêt hégémonique ? Influence de la propagande occidentale et de ses alliés ?

     

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