Egalité et Réconciliation
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Exporter la révolution pour lutter contre l’impérialisme

Hugo Chavez, le président vénézuélien, effectue ces jours-ci une tournée dans 6 pays. Objectif avoué : “démontrer le prestige de la révolution bolivarienne“. Il est actuellement en Iran où il rencontre son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad. Les deux hommes sont particulièrement connus pour l’opposition qu’ils mènent contre les pays occidentaux. Si l’une prend son inspiration chez Simon Bolivar et l’autre dans l’Islam, les révolutions vénézuéliennes et iraniennes se ressemblent pourtant beaucoup. Dans les 2 pays, le combat contre l’impérialisme est devenu une lutte “sacrée“, presque l’objet de la révolution. Il s’agit de se libérer du joug des “puissances hégémoniques“. Celles qui, après la colonisation, ont imposé un contrôle post-colonial sur les ressources nationales des pays du tiers monde et contre lesquels il convient aujourd’hui de se battre.

Les révolutions vénézuéliennes et iraniennes, si elles ne sont pas encore achevées ont au moins atteint leur avènement en ce que les révolutionnaires sont parvenus à prendre le pouvoir. La prochaine et la dernière étape pour ces derniers est alors d’exporter la révolution. A l’image du Che, qui avait sillonné toute l’Amérique latine et le Congo, ils ont pour objectif ultime d’étendre les soulèvements au delà des frontières.

En Iran, dès les années 80, l’Ayatollah Khomeini appelait à “exporter la révolution“. Il souhaitait pour cela promouvoir l’image de la république islamique à travers le monde.

We must make unofficial visits aside from the official ones. If we want to export this revolution, we must do something so that the people themselves take government in their own hands, so that the people from the so-called third stratum come to power. Ayatollah Ruhollah Khomeini, New York Times, 15 octobre 1981

C’est ce souhait qui a poussé les Occidentaux à encourager Saddam Hussein à attaquer la nouvelle république islamique. La peur était grande de voir s’étendre un choc révolutionnaire emportant le Moyen Orient des mains des impérialistes. On sait l’importance stratégique que revêt la région.

Mais la révolution a aussi poussé l’Iran vers de nouvelles réformes économiques et sociales qui ont fait du pays une véritable puissance régionale et aussi la première puissance du monde musulman. Un statut qu’elle cherche y compris à assumer politiquement. La république islamique s’est muée en 30 ans pour devenir le pire ennemi d’Israël. Elle soutient le Hamas et le Hezbollah au Liban où elle est engagée dans une guerre d’influence avec l’Occident et l’Arabie Saoudite. La présence américaine en Irak et en Afghanistan peut également se justifier par la crainte de voir l’Iran étendre définitivement son rayonnement.

Les civilisations brillent aussi par leurs avancées scientifiques et technologiques. L’Iran produit des générations de chercheurs qui travaillent, entre autres, dans le domaine spatial et dans le nucléaire. Le développement du nucléaire civil (et non militaire puisque l’Agence de l’énergie atomique n’a jusqu’à présent trouvé aucune preuve qui irait dans ce sens) est un projet très important pour le pays et il est aussi le symbole de son émancipation vis-à-vis des puissances. Comme pour montrer qu’elles n’ont aujourd’hui plus le monopole sur le progrès technique.

Aujourd’hui, les appels à exporter la révolution émanent toujours de hauts membres du clergé chiite. A l’issue des violences qui ont suivi les élections présidentielles, l’Ayatollah Mohammad Emami Kashani a clairement appelé à s’unir et à oublier les dissensions pour étendre les idéaux de la république islamique. Des déclarations qui ne manqueront pas d’irriter les pays arabes, à majorité sunnite, déjà très inquiets de l’émergence d’un Iran fort. On prête, d’ailleurs, aux dictatures arabes des contacts diplomatiques avec les Européens, les Américains et même les Israéliens pour répondre au “péril chiite“. Un simple exemple. En pleine Opération Plomb Durci au tournant 2008-2009, le Maroc et sa monarchie avaient rompu nettes les relations diplomatiques avec Téhéran après les affirmations d’un responsable iranien selon lesquelles le Barheïn serait une “province iranienne“ (allusion faite à sa forte population chiite). Le président Ahmadinejad avait alors du présenter des excuses auprès de Manama.

Au Venezuela, Hugo Chavez, militaire de carrière, accède au pouvoir à l’issue d’élections libres. Débute alors la révolution bolivarienne. Il accélère les réformes économiques ce qui a le don de déplaire à la bourgeoisie de Caracas qui, poussée par les Etats-Unis, décide de faire chuter son gouvernement. Il parvient cependant à se maintenir grâce au soutien des masses populaires. Aujourd’hui, Chavez poursuit les réformes et au même titre que l’Iran, souhaite porter la révolution au delà du Venezuela. En 2005, il lance l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques. L’ALBA est une organisation réunissant les fameuses démocraties de gauche sud américaines : le Venezuela, Cuba, la République dominicaine, la Bolivie, l’Équateur et le Nicaragua. Le Honduras est également membre de l’organisation. Sa participation est cependant remise en question suite au coup d’État (fomenté par les Américains et la droite hondurienne) contre le président Manuel Zelaya. L’ALBA constitue à l’heure actuelle un véritable front contre l’influence de Washington en Amérique Latine.

Nous expliquions plus haut comment les révolutions iraniennes et vénézuéliennes, aussi éloignées dans le temps et par leur nature peuvent-elles être, se ressemblaient. Les deux États ont bien compris l’opportunité que cela représentait. C’est ce qui les poussent aujourd’hui à s’unir. L’Iran apporte son savoir-faire pour la construction d’un village nucléaire civil au Venezuela. Les deux États coopèrent militairement. Ils ont aussi lancé tout récemment une banque à capitaux bi-nationaux qui doit permettre le financement de projets communs.

En 2007, ils avaient annoncé la création d’un Fond vouée au soutien des pays confrontés aux conséquences de leur opposition à l’impérialisme américain. Lors de sa visite d’aujourd’hui, Chavez, tout en réitérant son soutien à Ahmadinejad pour son nouveau mandat et au programme nucléaire iranien, a réédité ses appels à la formation d’un front anti-impérialiste. Il doit également se rendre en Syrie, en Russie, au Turkménistan, au Belarus et en Espagne.