Egalité et Réconciliation
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Gilles Kepel ou le complot djihadiste mondial

L’autre nom pour le complot oligarchique mondial ?

E&R répond ici aux attaques de Gilles Kepel dans son ouvrage “Terreur dans l’Hexagone”, paru juste après les attentats du 13 Novembre, qui associe nos thèses sociopolitiques aux thèses djihadistes – donc criminelles – par la « congruence » supposée des buts : anti-impérialisme, antiaméricanisme, antisionisme . Un amalgame qui affaiblit, s’il le fallait, la démonstration de cet islamologue sur les origines, les réalisations et les projets du djihadisme mondial et français, une construction de 390 pages qui tient sur un seul homme, aussi nébuleux qu’une légende : Abu Musab al-Suri.

 

 

Au sortir des massacres de janvier et novembre 2015, les premiers en France par l’ampleur et l’effet de souffle médiatico-politique – hormis la vague d’attentats du FLN et de l’OAS dans les années 1950-1960 – se détachent les fameux experts, qui sont le lot des grands événements. Les journalistes des médias principaux se ruent par paresse ou mimétisme sur ces spécialistes, parfois autoproclamés (Cyrulnik), parfois légitimes. Issus généralement du monde universitaire, ils connaissent leur heure de gloire lorsque les journaux écrits ou parlés, qui ont besoin de combler leurs lacunes dans un domaine, se les arrachent subitement.

Depuis un an, le téléspectateur français a donc vu naître sur ses écrans un Monsieur Islam (non musulman), Gilles Kepel, qui suit la progression de la seconde religion en France depuis 30 ans (et l’échec – ou plutôt l’instrumentalisation mitterrandienne – de la marche des Beurs de 1983, qu’il dénonce d’ailleurs), la radicalisation qui touche les Français issus de l’immigration post-coloniale, comme on dit aujourd’hui pudiquement, le basculement du salafisme des mosquées au djihadisme le plus radical, et surtout, l’aveuglement des pouvoirs publics, ou leur hypocrisie, en ce qui concerne ce bouleversement sociopolitique des banlieues.

Armé de ses connaissances, il investit donc les lucarnes – il a été invité littéralement partout, sur toutes les chaînes de télé et stations de radio (le 7 janvier 2016 sur le 20 Heures de TF1, le 23 avril 2015 sur les 4 Vérités de France 2, le 18 novembre 2015 sur le 20 Heures de France 2, le 14 décembre 2015 sur le Direct de France Inter, le 10 janvier 2015 sur RTL, le 27 janvier 2016 sur Europe 1, et on en passe) pour dérouler un discours de plus en plus rôdé, où se détachent des « éléments de langage » qui forment la pensée « Kepel ».

Pour E&R, nous avons lu son dernier ouvrage, Terreur dans l’Hexagone, genèse du djihad français, un titre de film catastrophe à l’américaine, une boutade pas si éloignée de la réalité que ça. 390 pages de voyage dans l’islam et l’islamisme, avec les rapports que cette religion relativement nouvelle en France, à ce stade de développement, entretient avec le politique.

Premièrement, avant même d’analyser cette somme, riche en informations, une petite précision de sociologie des médias, et des médias audiovisuels en particulier : il est une loi d’airain, non écrite, selon laquelle celui qu’on entend le plus dans les médias de masse, dans une période donnée, est celui dont la parole se rapproche le plus de la ligne du moment. Cela semble être une tautologie, mais ça ne l’est pas tant que ça. Par exemple, l’autre personnalité qui se détache, et qui « matche » parfaitement avec les objectifs actuels des médias – qui sont tout sauf neutres, on le sait – c’est le philosophe Alain Finkielkraut. Le pendant de Kepel pour la société civile, dont le discours peut être compris comme une traduction du discours dominant. Ainsi, la paire Kepel-Finkielkraut tient-elle en tenaille la version officielle sur les attentats de 2015 et leurs conséquences. C’est tout logiquement que le très finkielkrauto-compatible Kepel s’est retrouvé invité le 20 février 2016, sur France Culture, dans l’émission Répliques de Finkielkraut.
L’incroyable couverture médiatique dont bénéficie Kepel, et qui bénéficie mécaniquement à son livre, renforce l’impact de sa thèse… Comme si soudain, elle devait passer au premier plan.

Pourquoi celle-ci, et surtout, pourquoi maintenant ?

C’est ce que nous allons essayer de montrer. Il ne s’agit donc pas d’une simple analyse de texte – d’ailleurs, Kepel s’est assuré d’être factuellement inattaquable (à ceci près que la critique peut se déplacer sur le choix des faits) – mais d’une analyse du rapport entre cette thèse (c’en est une, et pas la seule), et le contexte politique. Car c’est le contexte politique, la prise du pouvoir manifeste de Manuel Valls à l’occasion des attentats de 2015, voire depuis l’interdiction du spectacle de Dieudonné en janvier 2014, qui a porté la thèse de Kepel au premier plan. Sinon, il serait resté, comme il le fut pendant près de 30 ans, dans l’ombre relative des médias, ce banc de touche que les universitaires connaissent bien. Et dont il a visiblement souffert. L’amour de la Connaissance ne suffit pas toujours.

 

2005, année djihadique

Le couple thèse/contexte est riche d’enseignements, et révèle en creux la portée politique de ce texte. Qui pourrait tenir en trois pages, tant son architecture est simple. L’articulation qui tient le livre de Kepel est la suivante :

2005 est une année charnière pour le djihadisme français et ce, à deux titres, qui se croisent par hasard. Les émeutes de novembre 2005 ne débouchent pas sur la représentation politique escomptée des jeunes des cités, même si aux élections de 2014, 400 candidats sur les 6 000 qui se présentent sur notre territoire, sont issus de la diversité, comme disent les socialistes avec pudeur. Une décennie après l’état d’urgence décrété par Chirac, qui ne savait plus comment éteindre l’incendie allumé par Sarkozy (en vue de sa réélection, un fait acquis par tous les observateurs politiques sérieux), Kepel note une montée de la candidature de Français d’origine algérienne, preuve que le modèle d’intégration à la française fonctionne.

 

 

Mais, en 2005, se produit selon lui un autre événement majeur, passé sous silence dans les médias et dans la bouche de nos dirigeants, et pour cause, ils ne comprennent rien à la chose religieuse en générale, et à la chose islamique en particulier. Il s’agit de la publication, sur Internet, d’un appel au djihad global signé d’un inconnu nommé al-Suri. Un texte téléchargé des centaines de milliers de fois, qui touchera au cœur les apprentis djihadistes de nos banlieues, faisant basculer de simples salafistes (élevés au biberon des mosquées relativement radicales) dans le djihadisme irakien puis syrien.

« En janvier 2005, un fait, passé inaperçu, sera déterminant. Un ingénieur syrien naturalisé espagnol, Abu Musab al-Suri, met en ligne son “appel à la résistance islamique mondiale”. Quelque 1 600 pages qui deviennent une encyclopédie militante et un mode d’emploi du djihad contemporain, post ben Laden. Via les réseaux sociaux, l’“œuvre” de Abu Musab al-Suri va inspirer toute la génération actuelle des djihadistes. Al-Suri estime que le 11 Septembre, puis les attentats de Madrid ou Londres, n’ont pas permis une mobilisation populaire. Il prône donc un système terroriste “en réseau”, pénétrant par la base et non plus par le sommet, les sociétés ennemies à abattre. » (Entretien de Kepel dans Le Figaro du 14 décembre 2015)

 

 

Donc, selon Kepel, Merah (les sept assassinats de Toulouse) et Nemmouche (les quatre de Bruxelles) seraient les enfants de cette rencontre immatérielle : une frustration politique, arrosée par l’essence d’un texte brûlant, le tout n’attendant plus qu’une allumette (or la très officielle Unité de coordination de la lutte antiterroriste dit que « le déclencheur est dans 95% des cas lié à un contact humain »). C’est le djihad dit de « 3ème génération », après celui de ben Laden, et du cheikh Abdallah Azzam, l’idéologue du djihad afghan des années 80, qui enfantera de son côté le courant al-Nusra. Ben Laden symbolisant l’échec du djihad de « 2ème génération ». Il sera d’ailleurs vertement critiqué par al-Suri, qui préférait une action militaire plus diffuse, à partir de djihadistes difficiles à repérer par les services de renseignements ennemis, c’est-à-dire occidentaux. Le djihad de 3ème génération sera donc plus individuel, plus imprévisible que le précédent, qui selon al-Suri a échoué. Échoué à renverser les régimes impies de l’occident, car c’est le but de toute cette déstabilisation. À ce propos, selon Kepel, l’objectif premier du djihad de 3ème génération (on l’appellera 3G) est de perturber les relations entre musulmans et pays hôtes, de pousser à la guerre civile en augmentant le nombre de musulmans radicalisés, et enfin à abattre les régimes « haram » (illicites).

La méthodologie de Kepel est simple, comme sa thèse : il faut lire et croire tout ce que les djihadistes écrivent et disent. Tout bêtement. En lisant l’arabe, en décryptant leur communication, on remonte le torrent et on en arrive à leur véritable but : la prise du pouvoir finale dans le monde non musulman. Déjà que les islamistes ont du mal à se maintenir au pouvoir dans les pays musulmans… Un autre chercheur, Simon Leys, avait appliqué cette méthode, qui suppose de lire la presse officielle du pays en question, en l’occurrence la Chine. Mais la différence entre Leys et Kepel, c’est l’interprétation : Leys finissait par savoir lire entre les lignes, devinant le jeu des chaises musicales au sommet du pouvoir à Pékin, ce que Kepel ne fait pas. Il en reste à une interprétation littérale, qui expulse d’emblée tout ce qui peut relever de la manipulation, de l’enfumage, voire du complot.

Le mot est lâché : sa thèse est résolument anticomplotiste, dans le sens le plus vigoureux du terme. Pas une once de doute, de possible manipulation, ne serait-ce que dans les écrits tirés du journal du Groupe État islamique (qui vise rien de moins que la prise de « la Perse »... comme l’oligarchie), que ce soit en anglais (Inspire) ou en français (Dar-al-Islam). Tout est à prendre au premier degré. Et comme chez Kepel on ne quitte pas le factuel, il n’y a aucune autre interprétation que celle de la causalité linéaire et chronologique. Pas l’ombre d’une intervention de service, d’un montage ou d’un « travail » sur l’information, comme le fait si bien – c’est un exemple –, le département de la guerre psychologique du Mossad, qui se consacre à la désinformation mondiale. Mais ne sortons pas du sujet.

 

Les attentats de 2015 pour les nuls

Le livre de Kepel en reste donc sciemment à la surface des choses, où les services de renseignement et d’antiterrorisme de tous les pays majeurs n’apparaissent jamais, par définition. Tout faux-semblant a disparu. Il ne reste qu’une unique réalité pour tous, dépouillée de ses pièges, facile à appréhender, et qui suffit largement aux médias dominants, qui la relayent d’ailleurs avec délectation. Il fallait malgré tout un scoop dans le livre, quelque chose à donner aux chiens affamés de l’info, et surtout au grand public, qui a vécu l’angoisse du choc (on ne parle pas des 4 000 victimes, touchées directement et indirectement, morts, blessés et leurs familles) et le déficit informationnel qui va avec. Un appétit d’information qui ne sera pas comblé par le menu « Kepel » : tous les détails, tous les événements annexes qui ne collent pas à la théorie unitaire des attentats (en gros « c’est Daech depuis la Syrie pour les donneurs d’ordre et depuis la Belgique pour les organisateurs ») sont éliminés d’office. Ils n’ont pas l’heur de figurer dans la fresque kepelienne.

 

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Salah Abdeslam, seul "survivant" du commando du 13 Novembre

 

Rappelons-en quelques uns, et pas des moins étonnants : les rapports paradoxaux de la France avec le Qatar, qui finance et arme les islamistes du Mali à la Syrie (sans oublier la visite du Premier ministre du Qatar, al-Thani, le lendemain du 13 novembre), la soumission de notre diplomatie à l’Empire et à ses buts, le suivi serré puis très desserré de la plupart des membres de l’organisation à l’origine des attentats sur le sol français par nos services, sur la même base que les frères Kouachi et Coulibaly, le mélange d’extrême amateurisme (Kepel reconnaît le « niveau intellectuel rudimentaire » du commando du 13 Novembre) et d’extrême professionnalisme dans les mitraillages du Bataclan et des terrasses, les explosions « ratées » du Stade de France (on déplorera un mort tout de même), le temps incroyablement long d’intervention des forces de police au Bataclan – un temps qui se comptera en morts –, la fuite d’Abdeslam qui sera contrôlé trois fois entre la France et la Belgique après les faits, l’élimination du commanditaire présumé des attentats de novembre par un tir de drone américain, sur le modèle de l’élimination du commanditaire des « attentats » de Mohamed Merah en 2011, par un tir de drone américain au Yémen… Les guillemets se perdent, dans cette liste sans fin.

Et on ne parle même pas des bouleversements politiques majeurs et des restrictions de la liberté d’expression qui ont sanctionné, dans une logique pas très claire, les Français après les attentats… ainsi que la mise sur le gril des musulmans français, tout en rappelant avec une hypocrisie majeure la nocivité de tout amalgame. De l’art de dénoncer tout en s’en gardant.

 

De la conséquence au but, il n’y a qu’un pas

C’est là qu’apparaît la véritable conséquence (on n’a pas dit « but ») politique des attentats, le changement brutal dans le rapport musulmans/non-musulmans dans notre pays. Un voile a été déchiré, des musulmans ont été montrés du doigt, désignés à la vindicte populaire. Pas de manière directe, non, insidieuse, puisque le débat se pose, est posé, en termes très clairs, sur tous les plateaux télé, et dans tous les journaux : l’islam est-il indirectement responsable des attentats qui ont touché des vrais Français ?
C’est la grande question, suffisamment grande pour contenir déjà sa réponse.
Conséquence bien réelle : un déchirement de la communauté nationale en deux parties. Ce qui rejoint la conclusion de Kepel sur le but recherché par Daech : porter la guerre civile en France. Sauf qu’il obère la désignation de la communauté musulmane comme coupable, coupable d’héberger en son sein une radicalité meurtrière… Kepel rend responsable la classe politique dans sa totalité, d’avoir ignoré la naissance de cette radicalisation de l’islamisme (Olivier Roy parle lui « d’islamisation de la radicalité », une nuance de poids), et pointe en particulier les errements du président Hollande.

Justement, à propos d’islamophobie, dont la température a singulièrement augmenté depuis un an, Kepel a ce mot de « fantasme ». À l’inverse de l’antisémitisme. Toute sa démonstration découle de ce double postulat. Il ne retient pas l’islamophobie comme mobile des attentats (ce qui pourrait prêter à confusion et à manipulation), ni leur effet destructeur sur la relation entre non-musulmans et musulmans, mais admet que l’intégration des musulmans est menacée par la poussée salafiste. Voici ses mots sur « l’extension du cyberdjihad » : « Leur objet consiste à radicaliser vers l’horizon du djihad des franges beaucoup plus larges, en les galvanisant par la dénonciation de l’oppression que subirait l’islam en France, popularisée sous le nom d’“islamophobie”. »
Entre guillemets, s’il vous plaît. L’oppression que « subirait  » l’islam en France, ou l’islamophobie au conditionnel…

 

 

Les théories plus complexes, plus épaisses ou à tout le moins multifactorielles sur de tangibles organisateurs et les objectifs profonds des assassinats de novembre et de janvier 2015, sont prestement aplaties.

 

La logique religieuse islamique

L’affaire Merah survient au moment où 400 candidats de la diversité se présentent aux législatives de 2012 (avec six députés et six sénateurs élus), et vient casser cette dynamique positive, d’intégration réelle, structurelle. Étonnant, non ? Il y a heureusement une explication kepelienne à cela : c’est parce que l’intégration fonctionne que le radicalisme se durcit… Ou alors les deux événements sont simplement parallèles, sans lien l’un avec l’autre. Autre coïncidence, au niveau européen : les caricatures de Mahomet dans un journal danois sont publiées le 30 septembre 2005, un mois avant les émeutes françaises, sous la baguette d’un ministre de l’Intérieur pompier pyromane, et en plein ramadan. Un an auparavant, Theo Van Gogh, auteur d’un court-métrage très critique envers l’islam, est assassiné aux Pays-Bas de manière particulièrement barbare, par un jeune Hollandais d’origine marocaine de 26 ans, radicalisé dans un groupe très nébuleux (Hofstad). En France, le 15 mars 2004, la loi Stasi coupait l’herbe sous le pied de l’UOIF (l’Union des organisations islamiques de France), qui intentait les procédures pour défendre le voile. Le CRIF des musulmans y perdra sa légitimité.

Mais ce ne sont que des conjectures. Kepel y voit la manifestation d’une logique de progression du salafisme, d’une radicalisation islamique. Une éruption de plus en plus visible, toujours basée sur le canevas idéologique d’al-Suri. Il n’y a, selon Kepel, pas d’autre déterminisme que la déterminisme interne de la radicalisation, qui finit par basculer dans le djihadisme, qui finit lui-même par basculer dans le terrorisme… C’est la théorie des trois paliers de l’islamisation des jeunes Français issus de l’immigration post-coloniale. En cause, principalement, la non-traduction en termes politiques (suite à l’abandon du terrain social par la « nouvelle » gauche sociétale ou anticommuniste) de la révolte du début des années 1980, ainsi que celle de 2005. Une société fermée radicalise ceux qu’elle exclut (Kepel ose à ce propos le parallèle islam/FN entre exclus)… un blocage qui se transforme en terrorisme, quelques années plus tard. Face au refus d’intégration, il n’y a plus que la religion pour apporter, selon Kepel, confort moral et consolation.

 

 

Car la religion, intrinsèquement, c’est l’explication profonde de Kepel, si évidente qu’elle a échappé à tout le monde, sauf à lui. La religion musulmane, s’entend. On n’a pas assez étudié ce monothéisme de « soi-disant » paix (il n’en parle pas en ces termes, mais c’est ce qui apparaît en creux), on n’a pas relevé les signes annonciateurs, les nuages noirs. On a laissé croître un monstre, croisement explosif entre une jeunesse frustrée et une religion exclusive, car on n’y a pas cru. Mais Kepel ne jette pas le social aux oubliettes : c’est le déclassement, à l’origine de la réislamisation des banlieues, qui mènera aux attentats de 2015.

 

Une théorie systémo-compatible difficile à avaler

Concrètement, Mohamed Merah est un vrai guerrier du djihad, formé intellectuellement à distance par al-Suri, entraîné (en coup de vent) en Irak et en Syrie, et qui est passé à l’acte après une rapide phase de radicalisation. Pas un « patsy » manipulé par le renseignement pour servir de couverture à une équipe professionnelle et finir sacrifié, sans la moindre chance de s’en sortir, un soir dans une cité de Toulouse. Pas un pigeon qui croyait à sa « légende », celle que ses supérieurs lui avaient confectionnée…

Mais Merah est un symbole : celui de la 3ème génération musulmane, celle d’Internet, qui a constitué une « islamosphère », et développé un communautarisme basé sur la frontière entre le halal et le haram (licite et illicite). Qui génère ce repli sur soi justement dénoncé par Kepel, qui en oublie l’autre communautarisme, dominant celui-là. Le contact entre cette 3ème génération et la 3ème vague du djihadisme incarnée par Abu Musab al-Suri fera le reste. Kepel l’appelle « la rencontre du 3ème type », « d’où sortiront, 10 ans plus tard, les cohortes de djihadistes français exaltés par le champ de bataille syro-irakien ». Tout en relativisant ce phénomène, qu’il requalifie en « dérive extrémiste de cette 3ème génération de l’islam de France  ». Toujours ces poussées vers l’amalgame, suivies de prudents reculs, sachant très bien que les critiques l’attendent au tournant.

Le Figaro (du 14 décembre 2015) : Les Merah, Kouachi, Coulibaly et les auteurs des attentats du 13 novembre dernier sont les instruments de cette stratégie ?

Gilles Kepel  : « Même s’ils n’avaient sans doute pas lu al-Suri, c’est effectivement leur logiciel. Celui de ce djihadisme de “troisième génération”, après celui des guérillas en Afghanistan, Bosnie, Algérie et celui de Ben Laden. La doctrine d’al-Suri se résume en une formule quasi post-soixante-huitarde : “Nizam, la tanzim” (un système, non une organisation). En d’autres termes, plus de hiérarchie pyramidale, mais des individus qui agissent de façon autonome ou se regroupent en “essaim”, comme on l’a vu lors des attentats de novembre ou de janvier. L’endoctrinement ne passe plus par des imams fondamentalistes et des prêches dans les mosquées, mais par Internet et les réseaux sociaux. Ce djihadisme en réseau est, au début, totalement passé sous les écrans radars des services de renseignement… Son objectif est bien de dresser les communautés les unes contre les autres et de déclencher une guerre civile qui fera imploser la société française. »

Merah aurait donc, comme Abaaoud, entendu l’appel d’al-Suri… Un texte fondateur, mélange de citations opportunes tirées du Coran, de considérations géopolitiques inattendues, et d’encouragements à s’engager. Un texte soi-disant déclencheur qu’on dirait tombé du ciel pour justifier des conversions au djihad violent, qui sert, in fine, les intérêts de l’oligarchie américano-sioniste. Des intérêts supérieurs jamais nommés. Convergents avec ceux des djihadistes comme al-Hakim (issu de la cellule dite « de Stalingrad » puis « des Buttes-Chaumont », qui verra naître les Kouachi-Coulibaly, qui auront pu avant cela communiquer avec le célèbre Beghal en prison à Fleury-Mérogis, là où s’opère naturellement leur incubation terroriste… sur le modèle d’al-Baghdadi, passé avec la colonne vertébrale de Daech dans les prisons américaines de l’Irak, contrôlées par la CIA), par exemple l’assassinat du leader tunisien laïc Mohamed Brahmi en juillet 2013. Version kepelienne : on n’a pas liquidé un nationaliste laïc (comme Saddam Hussein ou dans une autre mesure Mouammar Kadhafi), mais un « kouffar » anti-islamiste. Pratique.

 

La théorie sociale d’appoint

En ce qui concerne la tendance vers l’intégration par le vote des « quartiers », Kepel apporte son soutien à la tentative de récupération trotskiste des émeutes de 2005, sous forme d’une tournée Assez Le Feu dans les villes « chaudes », histoire de transformer en votes et en influence la colère sociale ou ethnique… Où l’on vit Besancenot et Joeystarr (sans carte électorale) improviser des meetings pour inciter les insurgés à voter… pour le Système. Les JT nationaux, truffés de trotskisme résiduel, soutiendront évidemment l’initiative…

 

 

Plus sérieux, le gouvernement répondra par un PRU (Plan de renouvellement urbain) avec la création de l’ANRU et la réhabilitation/création de 200 000 logements. Les élus socialistes se félicitant de ce plan… car il signifiera un surplus de manne de l’État !
Assez Le Feu essayera de devenir un SOS Racisme 2.0, une vingtaine d’années après la marche des Beurs de décembre 1983. L’association pas très spontanée remettra son rapport à l’Assemblée nationale le 25 novembre 2006 après une… marche, guidée par Mohamed Mechmache.

Selon Kepel, sur cet échec – la solution politique s’épuisant – se développera le djihadisme français, qui saura instrumentaliser discrimination, colère et frustration, transformant ce cocktail en explosif. Ce à quoi il faut ajouter le clivage entretenu par Sarkozy, qui choisira l’option d’une droite répressive à l’égard de l’islam. L’immigration deviendra un « problème » dans « l’opinion publique », et Sarkozy brisera le fragile consensus national établi par Chirac, pour qui l’unité du pays (il était partisan de la cohabitation en ce sens) était au-dessus de tout.

Remarque : les attentats attribués à Merah arrivent au moment où les observateurs politiques assistent à un survote des jeunes musulmans… comme s’il fallait bloquer ce processus lent mais sûr de francisation. Qui connaît des sautes, des freins, mais qui paraît inéluctable. Or aujourd’hui, ce processus est bloqué. La nouvelle politique de Manuel Valls, qui a clairement choisi son camp, sa communauté (pas la communauté nationale ni la communauté musulmane), interdit « à la Sarkozy » toute identification du vote musulman.
Le djihadisme meurtrier surgit donc au moment où le vote des banlieues – c’est-à-dire sa politisation – s’exprime enfin et porte Hollande à la magistrature suprême ! Kepel n’explique pas ce paradoxe (à moins que Hollande n’ait été de fait remplacé par Valls), ou cette coïncidence malheureuse… presque tombée du ciel. Comme la date « choisie » par Merah semble aussi tombée du ciel : étonnant de la part d’un ignorant, plus féru de jeux vidéo que d’Histoire, qui arrête pour ses meurtres la date anniversaire du cinquantenaire des accords d’Évian, scellant la fin de la guerre entre la France et ce qui deviendra l’Algérie…

C’est seulement à la fin de son livre que Kepel ouvre timidement la porte à la complexité avec l’irruption du renseignement. Il était temps. Il explique l’échec de Sarkozy en 2012, malgré l’affaire Merah, pourrait-on dire : « L’opinion lui impute la mauvaise gestion policière, les relations complexes et non élucidées des forces de l’ordre avec un individu traité de manière rapprochée par le agents du renseignement ».
Et d’ajouter, sans en tirer le moindre enseignement pour sa théorie simplificatrice : « Tous les acteurs de l’année 2015 sont connus des services de police ou de justice… ils sont fichés à l’antiterrorisme. »

 

 

Un peu de Social ne nuit pas à la culpabilité du Religieux

De manière assez juste, l’auteur ne jette pas complètement le facteur social aux orties, puisqu’il rappelle les dommages irréparables de la fermeture progressive des usines Peugeot-Citroën à Aulnay-sous-Bois : une bombe atomique sociale qui touchera directement et indirectement 100 000 personnes sur une population d’un million et demi d’habitants, dans le 93.
Malgré tout, une question sociale moins fondamentale que la dynamique propre de la religion (musulmane, faut-il le rappeler) dans la responsabilité de la radicalisation des quartiers. Le facteur métapolitique (n’allons pas jusqu’à l’oligarchique) n’aura pas la même petite chance que le facteur social : il sera impitoyablement écarté.

C’est alors que Kepel sort sa carte « Soral », en pointant l’ennemi commun du soralisme et de l’islamisme : l’américano-sionisme. Ainsi, par cet amalgame rétroactif, disons une connivence des buts, il associe artificiellement deux visions du monde qui n’ont rien à voir, mais ce faisant, il tombe dans le piège concomitant : à savoir, qu’il se place de lui-même dans le supposé camp américano-sioniste ! Il tente alors d’assimiler les formules soraliennes à celles du djihad 3G… Une greffe conceptuelle forcée qui ne tiendra même pas le temps de son récit, mais on notera l’effort, soutenu à plusieurs reprises. La conjonction des pensées sur un point parmi d’autres comme complicité objective…

Résumons : de 2005 à 2012, la dépolitisation des banlieues a été compensée par son islamisation, et la naissance d’une radicalité, destinée à compenser l’impuissance politique.
Pas de place pour le complotisme. Malgré toutes les questions qui s’accumulent autour de la série qui va du gang des barbares (épisode non retenu par Kepel) aux commandos Abaaoud, en passant par Merah, Nemmouche, et Kouachi-Coulibaly. Pourtant, le complotisme pourrait ici n’être qu’une théorie supérieure ne rejetant pas les faits écartés par l’islamologue. Qui s’en sort, dans le cas de Merah, par une pirouette :

« La multiplicité de ses déplacements [par exemple son court voyage en Israël, NDLR], les moyens mis à sa disposition, son réseau de relations nourriront après sa mort une théorie complotiste faisant de lui un informateur des services secrets, qui l’auraient fait expressément exécuter au terme du siège de son domicile pour éviter qu’il ne révèle la nature de leurs relations. »

On ne saurait trop recommander à l’auteur la lecture de l’ouvrage du juge Garrison sur l’affaire Kennedy, où le terme de « conspiration » a fini par être retenu officiellement par la justice américaine, il est vrai, après deux bonnes décennies. Pourtant, Kepel fait du complotisme à sa manière, lorsqu’il développe la théorie du grand complot djihadiste mondial, ou qu’il fabrique des preuves de collusion entre E&R et le djihadisme.

 

Égalité & Réconciliation & Djihad, ou le triangle de Kepel

« La porosité entre le grand récit complotiste que décline à longueur de vidéos le site Égalité et Réconciliation d’Alain Soral et la vision du monde de 19HH [les vidéos d’Omar Omsen] est frappante : leur argumentaire de base consiste en une déconstruction des informations télévisées, présentées comme tissu de mensonges délibérés destinés à asservir l’humanité à “l’Empire” américano-sioniste dans un cas, à Ibliss (Satan) dans l’autre. […] Cette conception manichéenne inscrit le propos salafiste dans un discours “antisystème” beaucoup plus vaste, dont il partage la rhétorique et dont il parvient à capter bien des adeptes, y compris non musulmans ou irreligieux au départ… »

Enfin, le chaînon manquant entre Soral et le terrorisme !
Kepel, qui ne croit pas aux liens « artificiels » entre les événements quand ils contredisent sa thèse, (par exemple le surgissement de l’affaire Merah un mois avant les élections présidentielles de 2012, sans même parler de la montée de l’islamophobie politico-médiatique au moment où le gouvernement israélien augmente sa pression en France, voir la vidéo sidérante de Netanyahou plus bas) assène son propre lien artificiel. Et parle de « congruence » du modèle salafiste construit sur le modèle de la demande de changement radical gauchiste. Un gauchisme politique organiquement relié à sa branche terroriste à la manière d’Action Directe ou de la RAF (Rote Armee Fraktion, la bande à Baader) avec l’extrême gauche. Le salafisme se construirait alors comme le gauchisme : mêmes causes, mêmes dérives. Kepel compare le lavage de cerveaux des futurs djihadistes devant les vidéos d’Omar Omsen et des futurs soraliens devant les vidéos d’Alain Soral :

« Arrivé à ce stade [les images du 11/09], l’internaute est devenu un “éveillé”, selon le terme utilisé par les vidéos d’Alain Soral ou les spectacles de Dieudonné. »

Heureusement, Kepel tempère son amalgame :

« Ici, toutefois, la voie diverge entre djihadosphère et fachosphère : là où la seconde dévie vers l’identitarisme français, la première conduit au salafisme djihadiste combattant. »

On évitera les remarques déplacées sur la liquéfaction des cerveaux obtenue par un lavage quotidien au savon de la propagande officielle, qui sourd chaque soir des écrans, à 20 heures… Mais on a bien compris que le tronc conceptuel et le récit fondateur des djihadistes et des soraliens étaient identiques : au fond, la non-croyance dans le 11 Septembre, et la croyance en un diable sioniste. Soit la théorie du complot, qui permettrait à la « dieudosphère d’élargir son attractivité ». Théorie qui serait donc utilisée plus comme un procédé marketing qu’elle ne susciterait de véritable adhésion intellectuelle. Mais on ne sait toujours pas pourquoi le doute persiste sur le 11/09 et pourquoi les interprétations alternatives font autant d’émules… Peut-être que la version officielle s’apparente pour des Français « éveillés » à une insulte à l’intelligence...

 

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Discours prémonitoire d’Alain Soral pour Jean-Marie Le Pen le 20 septembre 2006, dit “discours de Valmy”

 

Or Kepel, adepte des coïncidences spatio-temporelles, ne voit pas de lien entre la décrédibilisation de l’anti-impérialisme et de l’anti-israélisme de la gauche « pure », et l’assimilation de la critique d’Israël au djihad, au salafisme, et finalement au terrorisme. Une façon progressive et sournoise de criminaliser toute entreprise de lucidité sur l’oligarchie, la dominance, ou l’Empire. Au choix.
Il voit probablement encore une coïncidence – il appelle ça une interférence – entre les élections européennes du 25 mai 2014 et l’attentat de Mehdi Nemmouche survenu la veille au Musée juif de Bruxelles… Et là, cerise rhétorique sur le gâteau de la démonstration : « C’est au terme de ce processus que se produit le cataclysme de janvier 2015, avec le massacre perpétré par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Il s’inscrit dans la continuité des actions imputées à Merah et Nemmouche et parachève l’interpénétration entre les djihads français, syrien et universel. »

 

La preuve du complot djihadiste mondial par Kepel

Il y a donc une montée inexorable, une logique paroxystique dans ce que Kepel suppose être une série explicable. Comme si une organisation djihadiste mondiale cachée (complot ! complot !) poussait son curseur en France, afin de faire monter la fièvre antimusulmane (islamophobie !) ici et bombarder les combattants djihadistes là-bas, en Syrie, au Mali et en Irak. Et à nouveau en Libye. Un travail pas très productif pour la cause « islamique »... Par ailleurs, on constate que cette organisation non pyramidale se base pour le cas français sur des repris de justice, peu instruits, et en totale déshérence : des orphelins, des adoptés, des laissés-pour-compte… de la chair à manipulation, diront les mauvais esprits.

Par exemple, Nemmouche, le militant idéal du djihadisme 3G, théoriquement formé par les textes d’al-Suri pour allumer en Europe les feux de la guerre civile, est décrit comme un « sadique » et un « abruti  » ! Ce même Mehdi qui gardera prisonnier à Alep Didier François, un « ancien » de la LCR, cofondateur de SOS Racisme et inventeur du slogan « Touche pas à mon pote », devenu reporter de guerre… On en profitera pour noter l’incroyable facilité pour ces djihadistes 3G à voyager à travers les pays en guerre et, à peine libérés de garde à vue, à s’en aller tranquillement faire leur djihad… Comme un certain Benghalem, le supérieur de Nemmouche à Alep, qui se réjouira en vidéo du massacre de Charlie Hebdo… C’est lors de l’arrestation rocambolesque de Nemmouche à Marseille qu’un premier doute assaillit Kepel : un gars qui se balade avec tout l’attirail nécessaire à une lourde condamnation, à savoir armes, vidéo GoPro, enregistrement audio de la revendication de « ses » actes, et drapeau de Daech par-dessus le marché !
Un « patsy » même pas digne d’un mauvais épisode de série sur l’antiterrorisme…

 

 

Conclusion : ce n’est pas la version officielle qui est claudicante, mais les djihadistes (on n’a pas dit les patsy) qui sont boiteux...
D’ailleurs, si les théories du complot (c’est-à-dire les concurrentes de la thèse officielle ou de la propagande d’État) déplaisent tant à Kepel, elles déplaisent aussi aux djihadistes : « Daech combattra en 2015 ces obsessions conspirationnistes, car elles dévalorisent les “héros et martyrs du djihad” dont il tresse les louanges sur le Web et dans son magazine en ligne “Dabiq”… »

Dernier point de détail : la maigreur de la formation militaire des djihadistes français (en à peine 3 mois) cadre mal avec leur rapide montée dans la hiérarchie de Daech. En effet, ce ne sont pas des abrutis à console que l’armée régulière syrienne affronte, mais bien des mercenaires organisés, financés et armés par la coalisation américano-saoudienne. Il semble qu’il y ait là « collage », entre une « légende » construite par le renseignement et une situation de guerre bien réelle. Sans aller si loin, quand on creuse un peu, on tombe sur de drôles de pierres : comment enrôler de jeunes djihadistes « sincères » contre Israël et l’Amérique, tout en les faisant combattre contre les ennemis d’Israël et de l’Amérique ?

 

Sur le positionnement de Kepel

Ce qui interpelle, c’est la coïncidence que nous avons notée d’entrée de jeu entre la thèse de Kepel – une leçon de professeur un poil critique à l’encontre des gouvernants, mais pas sur le fond – et la propagande actuelle. La thèse de l’universitaire étant forcément plus subtile que le catéchisme islamophobe délivré par les médias dominants. Mais le résultat est le même. Et Kepel ne semble pas se plaindre de l’utilisation post-mortem de ses écrits : elle va dans le sens de ses conclusions, à la fois manifestes, et cachées. Car avec Kepel, beaucoup de conclusions résident dans le non-dit, à l’instar du langage cinématographique, qui ne dit pas tout, mais suffisamment pour que l’esprit fasse le reste du chemin. C’est avec un art consommé de la prudence que Kepel dénonce l’islamisme (cette extension politique de l’islam, comme le sionisme l’est du judaïsme) en tant que responsable foncier des événements tragiques de janvier et novembre 2015. Mais trop habile pour verser dans l’amalgame grossier et la discrimination raciste, qui lui mettrait hypocritement à dos la gauche sociétale et toute sa clique médiatique, il laisse le soin aux bénéficiaires de ses thèses de finir le travail.
Même caché, on devine Kepel accroupi dans les buissons de l’islamophobie ou plutôt, de la culpabilisation de l’islam et, forcément, des musulmans…

« En ce sens, l’usage politique de l’islamophobie par les islamistes fonctionne exactement à la manière de l’antisémitisme par les sionistes, tel du moins qu’il est dénoncé par ses détracteurs : il interdirait toute critique des juifs du fait de la Shoah et justifierait les bombardements de Gaza par l’armée de Benyamin Netanyahou durant l’été 2014 et le massacre des femmes et des enfants palestiniens. »

Le Kepel sociologue revient souvent sur l’exemple de Lunel, cette petite ville de l’Hérault qui a donné plusieurs dizaines de djihadistes à Daech, partis en Irak et en Syrie, dont 10% sont morts là-bas. Il interdit pourtant le parallèle, établi par le responsable de la mosquée locale, entre les jeunes djihadistes du coin passés par ses prêches et les jeunes juifs partis « aider » Tsahal à l’été 2014 à Gaza. Kepel parle alors de l’islamophobie comme d’un « argumentaire », et nie tout parallèle avec l’antisémitisme :

« On se situe ici au cœur de l’argumentaire qui oppose l’islamophobie à l’antisémitisme, et s’insurge, mezza voce, contre le “double standard” bénéficiant aux juifs et défavorisant les musulmans. »

Par « argumentaire  », entendre « fallacieux » dans la bouche de Kepel. C’est donc lui qui décide de la validité des arguments des uns et des autres. Une façon bien involontaire de choisir son camp. À l’occasion de la guerre israélienne contre les civils de Gaza, Kepel revient sur les manifestations qui ont secoué Paris durant l’été 2014. Il en profite pour remettre une couche sur sa greffe en carton, avec « le rapprochement entre islamistes et éléments radicaux de l’extrême droite soralienne, unis par une même détestation du sionisme », et pour refuser à Emmanuel Todd, auteur du remarqué Qui est Charlie ?, l’expression « religion des faibles », à propos de l’islam de France. Encore moins question de parler d’une éventuelle « religion des forts » qui se dessine là encore en creux… Toujours cette congruence larvée, ce double kepelien qui avance dans l’ombre, qui ne se montre jamais, mais qui montre la voie !

 

 

« Quant aux manifs pour Gaza, six mois à peine avant celles du 11 janvier, elles expriment la porosité entre antisémites d’extrême droite, conspirationnistes inspirés par Soral et Dieudonné et islamistes galvanisés par la proclamation du califat à Mossoul par Daech, au détriment des alliances traditionnelles entre la gauche et l’extrême gauche françaises, antisionistes par solidarité avec les souffrances des Palestiniens, et les descendants de l’immigration postcoloniale. Elles culminent dans l’attaque des synagogues et le pillage des commerces juifs et chaldéens à Sarcelles, lesquels posent la question d’une rémanence de l’antisémitisme populaire, qui n’est pas le fait, en l’occurrence, des “catholiques zombies” [expression de Todd, NDLR]. »

On ne peut que donner raison à Kepel, quand il énonce : « Les caricatures de “Charlie Hebdo” ont creusé un profond clivage entre les gauches laïcarde et islamophile. »
Mais, par « laïcarde », ne peut-on comprendre islamophobe, ce concept qu’il persiste à récuser ?

 

Sur la méthodologie Kepel

Analyser l’État islamique sur la base de sa « communication », c’est négliger le fait que cette organisation en rhizome puisse être court-circuitée par un ou des services. Car Daech n’a pas de centre, ce qui est pratique pour sa définition : Daech est partout et nulle part, comme un fantôme, une psychose… une création médiatique mais avec de vrais guerriers, qui font objectivement le sale travail – comme des immigrés – pour les Israéliens et les Américains : éradiquer le nationalisme syrien, si dérangeant pour Israël, renforcer la Turquie (pour en faire le rempart numéro un de l’OTAN contre la Russie), menacer l’Iran (le véritable État « islamique » qui préoccupe l’Empire), fixer le Hezbollah en Syrie pour affaiblir les défenses du Liban et de la Palestine, en attendant de probables incursions israéliennes…

 

 

Kepel raisonne à partir de, et donc croit la propagande officielle de Daech. Tout simplement. Tout devient subitement très clair. Les préceptes wahhabites sont appliqués à la lettre pour prendre Damas, envahir l’Europe et tuer les « kouffar », reprendre les anciennes cités de Toulouse (Talousha pour les moudjahidin, au VIIIe siècle sous domination islamique) et de Nîmes, revenir sur la fausse défaite de Poitiers en 752, etc. Une rhétorique qui explique tout, jusqu’aux attentats parisiens (venger le Prophète, punir Charlie, la France et les apostats, Paris et son « orgie de prostitution »), mais qui laisse de côté toutes les questions dérangeantes. Il ne reste que le péril vert, le péril islamiste, celui-là même que dénonçait Benyamin Netanyahou, quand il parlait d’une France mise en danger par ses « 10% de musulmans » et qu’il appelait les juifs français à la quitter. Le danger intérieur, la 5ème colonne ou le 3ème djihad…

 

 

Tant de science islamologique pour finir par livrer la version officielle, certes améliorée, plus performante en termes de connaissances sociologiques et historiques, mais expurgée de toutes les questions délicates. Les liens entre les tueurs et le renseignement, les tueurs qui ne ressemblent pas aux descriptions officielles (Kepel a un argument tout trouvé contre ses critiques : ce sont des complotistes, des abrutis… tiens, comme les djihadistes), les combattants de l’EI qui s’attaquent aux ennemis d’Israël, les missiles TOW américains qui échouent entre les mains d’al-Nosra ou de Daech, autant d’énormités qui ne semblent pas éveiller la curiosité du chercheur devenu, à la faveur des événements de 2015, l’expert à la mode. Il se trouve que sa thèse arrange le gouvernement Valls, et s’accouple à merveille avec les objectifs du lobby qui pilote l’ambitieux Premier ministre. Ça tombe bien !

À partir de faits visibles et uniquement visibles, Kepel se garde de tout fantasme (de gauche pacifiste ou de droite guerrière), mais ce faisant, écarte toute explication profonde, ou contradictoire. Sa démonstration est plate, au sens propre comme au sens figuré. D’une linéarité et d’une platitude exemplaires où tout s’assemble simplement, pour mener logiquement aux massacres de 2015. Rien ne peut être retenu contre lui, sauf le poids accordé à telle ou telle donnée : par exemple l’importance du texte « fondateur » d’al-Suri. Qui déterminerait les événements actuels – et à venir, semble-t-il – et sur lequel est fondée toute la démonstration kepelienne. En revanche, le facteur métapolitique est tragiquement absent de cette étude, qui ne s’élève jamais au-dessus des faits divers du quotidien. Car quoi qu’il en soit, même horribles, les explosions et autres assassinats restent des faits divers. Mais si l’on admet – assez facilement – qu’ils revêtent une signification politique, alors il faut aller en politique, et en géopolitique. Ce que l’universitaire s’interdit.

 

 

Il ne s’agit pas de reprocher à Kepel de ne pas parler du territoire pétrolier conquis par Daech en Irak, sanctuarisé pendant plusieurs années par l’aviation anglo-américaine (!), mais du centre nerveux de ce djihad mobile et mouvant, qui n’existe apparemment pas.
Si 1 000 jeunes Français partent faire le djihad en Syrie, meurent là-bas ou reviennent, pour s’établir en France, aller en prison, ou tuer des kouffar, cela serait la conséquence d’un malaise social dans les banlieues, un feu attisé par les vidéos du Niçois Omsen, qui suffirait par sédimentation (frustration – salafisme – radicalisme – terrorisme) à faire pousser des microcellules terroristes indétectables, puisque enracinées dans les lieux de bannissement, que la Nation ne veut pas voir.

Ainsi, tout serait vrai dans la parole officielle. Kepel a beau critiquer Hollande et son approche « aveugle » du phénomène, il a la même interprétation des coupables. Et les grotesques oukases du ministre de l’Éducation nationale en matière de lutte contre le complotisme à l’école – une urgence en regard de l’appauvrissement éducatif – vont dans le sens de la refonte de l’instruction (publique) prônée par Kepel. L’islam...ophobie à l’école dès le plus jeune âge, comme en Israël. Tout est simple, clair, limpide. Enfantin.

 

« Aveugle face au djihadisme ? » Le Débat Mediapart du 6 janvier 2016 avec Gilles Kepel, Jean Birnbaum du Monde, et Edwy Plenel :

 

 

Pour ceux qui douteraient encore de la compatibilité ou de la congruence de la thèse de Kepel avec les objectifs de l’oligarchie, ces morceaux choisis :

D’après Jean Birnbaum, du Monde, la responsabilité du religieux est primordiale : « Et la question du “au nom de” n’est pas rien. [...] La religion peut être elle aussi une causalité à part entière, une causalité propre. [...] L’islam joue un rôle central dans tout ça. »

Avec Kepel et son analyse socio-religieuse et a-géopolitique, nous avons donc un terrorisme mondial sans véritable organisation, qui tient tête à toutes les grandes puissances réunies (ainsi qu’à leurs services de renseignement), qui peut frapper n’importe où et n’importe quand en Europe (mais pas aux États-Unis ni en Israël), qui annonce ses « coups », qui durcit les pouvoirs occidentaux contre leurs citoyens « éveillés », et qui sort son magazine :

« Vous regardez la dernière livraison de “Dar al-Islam”, qui est la revue en français de Daech, vous avez un discours qui est totalement salafiste. Qui vous explique que il n’y a pas de démo-cratie car la démocratie ça veut dire le règne du peuple, et c’est donc de la mécréance car le seul souverain, c’est Allah. »

À force d’exclure toute « théorie du complot », on en vient à exclure toute théorie complexe.

 

La « légende » al-Suri

Baptisé par CNN « le terroriste le plus dangereux dont vous n’entendrez jamais parler », al-Suri est extrait par les Américains des geôles pakistanaises en 2005, et livré aux services de… Bachar al-Assad. Avant ce transfert digne d’un footballeur de stature internationale, le leader du djihadisme global a été l’attaché de presse de ben Laden pour les médias occidentaux via un média arabe… Le tout figure sans rire dans sa biographie, Architecte du djihad global, la vie du stratège d’al-Qaïda Abu Musab al-Suri (la version originale est en anglais), publiée en 2008 par Brynjar Lia, un historien norvégien spécialiste du Moyen-Orient qui travaille accessoirement pour... son gouvernement.

 

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Al-Suri et ben Laden dans les années 1990

 

Soupçonné d’avoir été un « témoin » des attentats de Madrid en 2004 (sa femme espagnole lui permettra d’obtenir un passeport européen) et de Londres en 2005, les services le supposent, après sa détention syrienne, planqué en Iran, un Iran accusé de faire office de base arrière pour al-Qaïda après sa quasi-destruction en Afghanistan (après 2001). Les Américains, encore eux, retrouveront la voix d’al-Suri (sur un enregistrement provenant d’un disque dur récupéré à Kaboul en 2001) critiquant ben Laden pour cette stratégie perdante. De même, une réunion au sommet des leaders d’al-Qaïda aurait eu lieu en Iran en 2002, où aurait été prise la décision d’abandonner la structure hiérarchique du djihad pour un système plus horizontal, celui-là même qu’évoque Kepel.

Concrètement, au vu des événements du Proche-Orient depuis une décennie, son « appel à une résistance islamique globale » sonne plutôt comme un « appel à la destruction des nationalismes arabes », l’oligarchie avançant masquée au prétexte de la lutte contre le terrorisme islamiste, qui permet de terroriser les pays pas assez soumis à l’Empire, dans lesquels sont alors injectées des doses de plus en plus massives de violence dite islamiste.

 

Sinon, comment se fait-il que le dangereux al-Suri puisse être en liberté (« on » le dit en Iran ou en Syrie) ?

Selon les Américains, en 2012, Assad l’aurait relâché pour créer de la confusion chez les occidentaux et chez ses ennemis musulmans…
Au bout du compte, un festival de conditionnels, un gros poisson qui file comme une anguille à travers geôles et services, malgré un suivi très serré des Américains qui écrivent sa légende jour après jour…
Le crédit accordé par Kepel à la légende « al-Suri » est un pari très risqué : le château de sa démonstration tient sur ce sable à la fois très pratique, mais très volatile...

Gilles Kepel et son offensive anti-Soral sous couvert de la lutte antiterroriste, voir sur E&R :

L’islam et l’oligarchie sont deux choses différentes,
lire sur Kontre Kulture :

Contre tous les amalgames, militer pour la réconciliation nationale
avec Dieudonné et Alain Soral :

 



Article ancien.
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21 Commentaires

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  • #1402922

    le but est de servir de l’islam comme d’une voiture bélier afin de faire imploser l’Europe et, dans cette Europe post nationale, de redéfinir les identités selon la carte religieuse de chacun ( on ne sera plus français, allemand, marocain ou chinois mais chrétien, juif, bouddhiste ou musulman. )la marche en avant du capital du XXI ème siècle exige de liquider les nations, la carte religieuse étant là un moindre mal aux yeux de l’oligarchie...

     

    • #1403001

      Je crois moi inversement à vous que l’objectif est l’anéantissement à terme de toutes les religions, islam compris. La finalité avec cette irréligiosité mondialisée et l’effacement des nations comme on l’entend encore de nos jours sera la mise en place d’une appartenance de l’humain à une firme multinationale ou autres banques et groupes industriels etc... comme on se dit d’une nationalité ou d’une culture, on se dira qu’on est de chez coca, sony ou la vache qui rit !


    • #1403353

      on se dira qu’on est de chez coca, sony ou la vache qui rit !




      bin oui, dès hier et aujourd’hui même ! il suffit d’observer l’affirmation d’une quelconque appartenance sociétale par l’appareil vestimentaire, par la bagnole, par le langage et,c.... j’en passe et des meilleures


  • #1402991

    Quand on pense que cet enfumeur, ce menteur professionnel est payé par l’Université et par Sciences-Po pour égarer, tromper nos enfants, c’est raide . Il ne doit y avoir que ses "étudiants" juifs qui comprennent toute la farce .

     

    • #1403019

      Autrefois, j’assistais naïvement et de façon très régulière à ses conférences. C’est un gars qui est hyper hypocrite et très menteur.
      il avait l’art d’embobiner. Ce jeu ne lui sert plus. L’opinion public a telement évolué qu’il ne reste plus grand monde à lui faire confiance.


    • #1403281

      pour égarer, tromper nos enfants, c’est raide .




      essayer de penser « par delà le bien et le mal » ça peut aider à l’occasion


    • #1403295

      pour égarer, tromper nos enfants, c’est raide




      essayer de penser "par delà le bien et le mal", si ça fait pas de bien, ça fait pas de mal en attendant.


  • #1403016

    Kepel depuis son petit lopin de terre nous rapporte des choses dont le monde dit musulman n’a jamais entendu parler... Incroyable. - Kepel ou le syllogisme pour attardés méchants...


  • #1403043

    Plenel , Kepel , Birbaum , une belle brochette de la
    société organisée , internationalistes , mondialistes , tous
    contre les Nations et les Nationnaux , ce monde est le
    bras armé des capitalistes .

    Ils sont tous très détestable et dangereux !


  • #1403102

    Je ne suis pas français mais permettez-moi de poser deux questions naïves. Comment se fait-il que presque tous les médias(Télé,Livres etc…) sont dans la main de la communauté organisée ? N’y a pas un français (de souche) riche qui peut ouvrir une télé pour contrer cette communauté organisée qui entraine toute la jeunesse dans un mauvais chemin ? Merci de me répondre.

    Cordialement.

     

    • #1403199

      Mais il y a DES français n’appartenant pas à la communauté organisé qui sont propiétaires de TV, radio et journaux (Bouygues, Pinault, Lagardere, Bolloré, pour ne citer que les plus connus...), mais ils partagent la même vision capitalistique et sont membres des mêmes reseaux que ceux dont tu parles....


    • #1403223
      le 22/02/2016 par contestataire
      Gilles Kepel ou le complot djihadiste mondial

      La télé ne vit que de la publicité qui est aux mains de qui vous savez .


    • #1403282
      le 22/02/2016 par G Dubreuil
      Gilles Kepel ou le complot djihadiste mondial

      L’explication ewt très simple : il vous suffit de lire Faurisson.
      un formidable flash va alors illuminer votre cervelle !
      Courage !


    • #1403310

      @francky

      Merci de m’informer. Je trouve vraiment TRISTE que ces français que vous avez cités ne savent pas c’est quoi être français comme l’aurait dit Mitterand. C’est la haine qui va gouverner la France ? Et à cause de l’argent ces gens sont prêt à faire disparaitre la France ? Les mots me manquent...


  • #1403195
    le 22/02/2016 par Roland Dormans
    Gilles Kepel ou le complot djihadiste mondial

    Article très intéressant.
    Question à l’auteur de l’article.
    Avez-vous les sources de la photo de Al-Suri et Ben-Laden ?
    Elle m’apparaît comme un montage grossier.
    Le sol fortement en pente de l’arrière-plan est trop proche des personnages, qui semblent marcher sur du vide...
    Les mains de Ben-Laden appartiennent à un homme à la peau noire. Sa tête est trop en avant et n’est pas celle d’un homme en train de marcher sur un terrain de montagne. Son turban blanc sans aucuns détails tombe mal sur la veste militaire, mais cache opportunément le cou où s’est opéré le montage.
    Al-Suri ne semble pas marcher. Il est sur le point de saisir son appareil...
    La main gauche de Al-Suri et le bâton de Ben-Laden sont flous alors qu’ils ne sont pas dans le même plan. Profondeur de champ ??
    La lumière est tout aussi incohérente. D’où vient-elle ? Sans parler de l’effet de réflexion de la neige... Et les ombres ?
    D’autres internautes ont-ils la même analyse ? Quelqu’un connaîtrait-il l’éditeur original de cette photo ?
    Merci de partager vos avis.


  • #1403272

    Article remarquablement bien écrit. Je boude généralement les articles un peu long mais celui-ci c’est du nectar !

    Concernant Al-Suri et ce qui se passe un peu partout, je vous invite à lire "le monde en 2020". C est un rapport de la CIA paru en 2004 ou 2005 et qui est dans le domaine public… L’ayant lu à l’époque, et étant donné qu’il est antérieur aux écrits de ce Al-Suri tandis que tout colle, je crois qu’il serait bon qu’une plus grosse partie des patriotes que nous sommes en prenne connaissance.


  • #1403369

    ha bah !!!!! "javions" pas bien vu ce qui fait vraiment rigoler : le petit facteur qui se la pète "berbert" à côté d’un godichon violent et très méchant.


  • #1403642

    Quand E&R nous propose des textes aussi remarquables, je me dis qu’une certaine intellectualité française n’est pas morte...
    Pour aller dans le sens de l’auteur de ce texte, quand il écrit, au début :

    " À ce propos, selon Kepel, l’objectif premier du djihad de 3ème génération (on l’appellera 3G) est de perturber les relations entre musulmans et pays hôtes, de pousser à la guerre civile [...]",

    avez-vous remarqué l’interview donnée par Daniel Pipes au journal Le Figaro d’il y a quelques jours ? Le néo-conservateur américain parle d’une possibilité de "guerre civile" en Europe... dans un style tel qu’on ne sait s’il fait de la prospective ou s’il dévoile une partie du programme pour lequel il travaille depuis tant d’années... ce qui rejoint ce que dit l’auteur du texte sur Sarkozy...

     

    • #1405244

      Oui d’ailleurs Pipes dit dans l’article qu’il a visité les cités du quartier Nord de Marseille en compagnie d’un élu de la ville, donc officiellement. Je me demande bien qui dans le personnel politique de la mairie de Marseille a pu "accompagner" quelqu’un comme Daniel Pipes ??? Il faisait du repérage ou quoi ?


  • #1404326

    L’excellence chez E&R est une marque déposée !
    Malgré la longueur de l’article, je l’ai lu jusqu’au bout, tellement il me tenait en haleine.
    On dirait une correction, presque, d’un devoir bâché...
    Merci


  • #1405179

    Article très dense, assez difficile d’accès, aussi ; c’est la première fois que j’ai eu du mal à suivre et synthétiser le tout.
    Après, "congruence-man" a encore frappé : si son analyse sociologique se tient un peu, il est évident que le refus patent de Kepel de relier le tout à un contexte géopolitique plus global (comme dit susditement par l’article), le rend bien sûr acceptable par les médias.


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