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Identité nationale et armée en Turquie

Retour sur un lien consubstantiel

Article initialement publié sur stratpol.com le 18 novembre 2014

 

La République turque est indissociablement liée à l’institution militaire. En 1923, l’armée pose les fondements de l’État, et l’État engendre la nation. Les élites militaires se sentent naturellement investies de l’identité nationale. La désintégration pitoyable de l’Empire ottoman a conforté en eux une profonde défiance envers les ensembles cosmopolites. L’armée est politique puisqu’elle est l’État. Contre les antagonismes religieux, ethniques, sociaux, elle assure la continuité de l’Etat et sa sauvegarde à travers le temps.

Avec un contingent de 700 000 hommes, en additionnant la gendarmerie, l’institution militaire occupe une place déterminante dans la vie du pays. Preuve de cet enracinement en août 1999, le ministre turc de la culture, Istemihan Talay, (membre du Parti d’Action Nationaliste) déclarait à l’issue d’une conférence de presse : « La nation turque est une nation armée. La figure du soldat renvoie au fondement de notre identité nationale. Tout turc naît soldat. »

Pour comprendre le rôle de l’armée dans la société turque, il faut commencer par renverser les stéréotypes mentaux en cours en Occident. Les sociétés développées ont supprimé tout sens tragique à la vie. La quête d’un bien être artificiel et l’individualisme exacerbé ont évacué le dépassement de soi. La mort synonyme d’anéantissement y est devenue une infamie. Conséquence, elles repoussent dans une commune aversion les deux termes de l’existence : elles ne veulent plus mourir mais refusent également de donner la vie. Le sacrifice est incompris. C’est justement la finalité des armées, qui pour mener à bien leur mission, c’est à dire la défense de l’honneur national, de l’intégrité du territoire, doivent en échange accepter l’effort, la souffrance, la mort. Or les motifs pour lesquels les armées sont rejetées dans les sociétés occidentales sont précisément celles pour lesquelles elles sont respectées en Turquie, parce qu’elles rendent constamment présente l’idée du don ultime de soi.

 

La guerre notre mère

Les nations se construisent par le glaive, et par ce même glaive oeuvrent à la conservation de la paix et du bien commun. L’organisation de la violence source de mort est en même temps l’outil de perpétuation de la vie. La guerre est la genèse du monde sans laquelle il n’y a pas d’avancées. Pour Suat Ilhan, maître à penser de la géopolitique turque et titulaire de la chaire de géostratégie de l’Académie de sécurité nationale (Milli Güvenlik Akademesi) : « La guerre, spécialement les grands conflits, sont l’occasion d’emprunter un certains nombre de traits culturels. La guerre est un produit culturel, l’innovation technologique en découle, elle est cause et conséquence de la modernisation et de l’adhésion aux normes de la civilisation. » En outre, souligne Ilhan, la guerre est aussi révélatrice de l’altérité, de l’essence profonde d’une civilisation. Il cite le discours de Mustapha Kemal commémorant l’anniversaire de la guerre d’indépendance et la libération de l’Anatolie des forces de l’Entente en 1922 : « Au final, ce n’est pas uniquement la force physique, c’est aussi nos ressources morales et culturelles qui assurent notre prééminence. » Les guerres font l’Histoire. Elles sont selon Ilhan, le « meilleur moyen d’appréhender » l’histoire turque. Elles sont consubstantielles au nomadisme des Turcs d’Asie Centrale.

Lire la suite de l’article sur stratpol.com

Voir aussi, sur E&R :

Sur l’armée et les coups de force, chez Kontre Kulture :

Découvrir les corps d’élite de l’armée française
avec Kontre Kulture et Prenons le Maquis :

 



Article ancien.
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3 Commentaires

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  • #1511978
    le 16/07/2016 par Jean Moulin
    Identité nationale et armée en Turquie

    Sans l’Otan pas d’empire Neo-Ottoman, sans le financement des monarchies du golfe avec l’aval du departement d’Etat US.... pas D’AKP...

     

  • #1512816

    Intéressant le paragraphe sur les "stéréotypes mentaux en cours en Occident".
    puis dans le suivant "Les nations se construisent par le glaive, et par ce même glaive oeuvrent à la conservation de la paix et du bien commun. L’organisation de la violence source de mort est en même temps l’outil de perpétuation de la vie. La guerre est la genèse du monde sans laquelle il n’y a pas d’avancées."

    Or l’OTAN est précisément le glaive de l’empire qui détruit les nations (autres que Israel et les USA) et vise à l’étape supérieure de la pyramide c’est à dire le gouvernement mondial, avec évidemment à leur tête ceux qui n’auront pas été morcelés (rappel : en 1914, 59 pays sur la planète contre combien aujourd’hui et combien de structures supranationales proxy ?).

    Je commence à entrevoir les possibles évolutions de ce qui restera de l’humanité grâce à (notamment et dans l’ordre) Pierre Hillard, Lucien Cerise puis Francis Cousin sur les travaux de Marx et Engels et les "penseurs" radicaux...