Dans une interview accordée à Thiesvision, le prédicateur panafricain Kemi Seba revient en long et en large sur son émission "Afro-insolent" qui en quelques mois seulement a réussi à convaincre des milliers d’internautes sur internet.
TVM : Kemi Seba, il y a 5 mois, lorsque tu as annoncé que tu allais produire "Afro-Insolent", un talk show radio panafricain sur le web, très peu croyaient en la réussite de cette démarche à la fois médiatique, et entrepreneuriale.Cinq mois plus tard, contre toutes attentes, ton émission caracole en tête des émissions panafricaines les plus écoutées sur le web. Elle est d’ailleurs régulièrement classée dans le top 10 des émissions les plus entendues sur la plateforme américaine de référence "Blogtalk radio" qui compte plus de 52 000 talk shows référencés. Il est nécessaire aussi de préciser que tu as glané à 3 reprises la place de numéro 1, dépassant la barre des 16 000 auditeurs. Comment expliques-tu ce succès ?
KS : Je répondrai par mon triptyque qui résume mon état d’esprit. Auto-détermination, anti-victimisation et virilité. Arrêter de se plaindre de son sort, et proposer une alternative à ce qu’on estime être négatif. Je ne suis pas une pleureuse. Depuis plus de 7 ans, je suis dépeint médiatiquement comme un raciste noir, un monstre que l’on ne doit pas écouter, pas comprendre. J’ai accepté ce jeu car cette diabolisation faisait partie de ma stratégie pour me faire connaître auprès du public que je visais. Et j’ai, sur ce terrain, plus que réussi mon pari. Après cela, il me fallait passer à l’offensive sur le terrain du débat d’idée, et non plus simplement l’opposition et la dénonciation d’un système, pour se faire, se doter d’une tribune suffisamment puissante et efficace.
TVM :Quelles ont été tes sources d’inspiration pour créer ton émission ?
KS : Ma seule source d’inspiration sur ce terrain de la communication a été le journal Negro World de l’honorable Marcus Mosiah Garvey. Un support informatif planétaire, qui avait touché les Noirs du monde entier (il avait évidemment des millions de lecteurs là où nous n’en avons qu’une dizaine de milliers, mais le plus important réside dans notre capacité à passer le message). Je m’en suis inspiré, mais je n’ai pas simplement voulu répéter cet exploit passé. J’ai voulu innover. Car pour moi, le problème de beaucoup de gens qui se présentent comme panafricains est qu’ils adulent les aînés (Nkrumah, Sankara Cheikh Anta Diop, Marcus Garvey, Khallid Abdul Muhamd etc), passent leurs temps à faire des conférences sur ces derniers, leur vouent un véritable culte comme si ces derniers étaient parfaits, mais ne cherchent jamais à agir en leurs noms propres, et à poursuivre l’héritage. Pour parler crûment, "beaucoup trop de gens comptent sur les couilles des valeureux anciens morts plutôt que de compter sur les leurs". Je ne suis pas meilleur que les aînés. Je suis leurs fils. Je m’inspire d’eux.Mais je ne me limite pas à eux.Je proclame le droit d’apporter ma pierre à l’édifice. Je ne parle pas d’eux toutes les secondes, mais chacun de mes actes parlent pour eux.
TVM : Pourquoi internet plutôt qu’un journal papier comme le faisait Marcus Garvey ?
K.S : Parce qu’il faut vivre avec son temps.C’est aussi ça, la volonté de transcender.J’ai compris la force de frappe que représente internet. Et sachant que la nouvelle génération est plus portée sur l’audio-visuel que sur l’écrit, le support WEB-Radio m’a paru comme providentiel.
TVM : Pourquoi Afro-Insolent ? Pourquoi ce titre provocateur ?
K.S : Parce que c’est ce que je suis. Humble avec les vertueux, et insolent avec ceux qui le méritent. Je ne suis pas un nègre gentil. Je n’ai pas la politesse d’un Farrakhan, ni l’amabilité d’un Nkrumah. Je ne suis pas un modèle sur ce terrain là, et j’ai tenu à prendre ce trait de caractère pour rappeler aux gens que je ne suis pas un saint, un exemple à suivre dans tout. Que ceux qui m’écoutent le fassent pour ce que je dis et fait pour le panafricanisme, car c’est ma spécialité, et je pense exceller en cela. Mais qu’on ne pense pas que je suis l’homme parfait. J’ai trop de défauts pour être un exemple de vertu. Dans ma vie privée, je suis plus proche d’un 2pac moralement que d’un Malcolm X même si ma fonction de prédicateur panafricain et le contenu de mon combat me rapprochent sur le terrain des idées, bien plus du dernier que du premier.
Certains m’adorent où me haïssent car ils pensent que je suis un guide. Ils se trompent des 2 côtés. Je ne suis le guide que de moi même, et le porte-voix de ceux qui se reconnaissent depuis 13 ans dans ma voie uniquement.
TVM : Que dis tu à ceux qui disent qu’Afro-Insolent est une radio noire raciste ?
K.S : Je n’ai même pas envie de les convaincre. Je m’en amuse. Mon génie informatique, qui tient la régie de la radio, Fabien, est un blanc, avec qui j’ai une relation intellectuelle fusionnelle. Ma chargée de communication, Sabrina, est une nord africaine, d’un dynamisme exceptionnel et mes conseillers politiques sont des Noirs, (Hery Djéhuty Séchat, doctorant en sociologie, et Fari Taheruka Shabazz, qui enseigne ici au Sénégal la physique et qui est aussi spécialiste en théosophie).
Je n’ai donc rien à prouver. Ceux qui veulent me traiter de nazi noir à cause de l’image médiatique que le système français m’a collé n’ont qu’à le faire. Une chose est certaine,ils n’ont pas écouté Afro-Insolent (émission que des gens de toutes ethnies écoutent).
TVM : le succès de l’émission ne vient il pas aussi du fait que tu décryptes de manière régulière de quelle façon le système impérialiste dépèce le contient africain ? Beaucoup disent que tu sors de nombreux dossiers sensibles. Qu’en dis-tu ?
K.S : C’est évident que ce travail de recherche long et audacieux intéresse beaucoup de gens. On y met de l’énergie, et de la patience. C’est peut être aussi ça, les clefs de notre actuel succès. Ça nous pousse à continuer.
TVM : Malgré ton côté volontairement provocateur, on te sent beaucoup plus serein, posé, plus tolérant , et j’oserai même dire ’plus dense intellectuellement’. Qu’en dis tu ?
K.S : Je réponds que j’ai commencé l’activisme et la prédication panafricaine très jeune , il y a 13 ans de cela. Et considérant que je suis quelqu’un qui se remet en question perpétuellement, il est normal que je me sois ouvert et densifié au fil du temps.
TVM : Le fait que tu suives une formation accélérée en philosophie donnée par le penseur gabonais Grégoire Biyogo ,disciple de Jacques Derrida et de Cheikh Anta Diop, (tu apprends avec lui en 2 ans le cursus universitaire de philosophie que les gens suivent habituellement en 7 ans) ne t’aide t-il pas ?
K.S : Il est évident que cette formation rigoureuse me pousse au dépassement, à l’amélioration. Je m’enrichis intellectuellement de cet homme qui est actuellement considéré comme l’un des plus grands philosophes africains.
TVM : As tu été honoré lorsqu’il a exprimé publiquement le souhait de faire de toi son héritier direct en philosophie ?
K.S : Cela a réjouit mon cœur, en effet. J’en ai pleuré. Je lis le professeur Biyogo depuis mes 21 ans, et il m’a grandement inspiré dans l’écriture de mon ouvrage "Ma’at Ikh-s Philosophie", paru en Avril 2010, et dont j’avais commencé la rédaction quelques années plus tôt lorsque j’étais incarcéré.
TVM : A côté de tout cela, tu es le Ministre francophone du New Black Panther Party , ( oganisation panafricaine afro-américaine), et le porte parole de la Société Afrikan Mosaique, qui construit un village panafricain sur la terre mère. Comment arrives tu à tout gérer ?
K.S : Tout est lié. "Afro-Insolent" est un relais puissant, qui, je le rappel, m’a permit de faire venir plus de 70% des actionnaires de la Société Afrikan Mosaique. Je fais donc passer via ce support radio ,le message à la fois de la société, et du New Black Panther Party, que je représente dans la sphère francophone. Tout ce que je fais est une passion, pas un fardeau.Dans mes conférences, je passe le message du panafricanisme révolutionnaire, qui englobe le NBPP, Afrikan Mosaique etc.
TVM : Tu n’as jamais fait de radio avant de commencer ton émission, comment expliques tu ton aisance oratoire sur ce support ?
K.S : Tout simplement parce que lorsque vous êtes habitué depuis 13 ans à faire des prêches dans la rue, en prison ou dans des caves en banlieue parisienne, voire dans de prestigieuses salles de conférence, vous ne pouvez que prendre du plaisir dans le confort d’un studio radio.Je dirai même que mon parcours m’a naturellement amené à cela.Je considère mon combat comme de l’art oratoire, agrémenté d’activisme de rue . Je prends du bonheur à parler, à dire mes vérités, et ce de manière hebdomadaire.
TVM : Un dernier mot pour toutes celles et ceux qui te suivent et te soutiennent ?
K.S : Je dirai que je les aime profondément, tout simplement. C’est ensemble que nous réussirons.




