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L’euro contre la France

Notre pays avait approuvé, de très peu, lors du référendum du 20 septembre 1992 sur le traité sur l’Union européenne, dit aussi Traité de Maastricht, le principe de la monnaie unique. Cette dernière est entrée en service d’abord en 1999 (pour ce qui est des transactions bancaires), puis en janvier 2002, pour ce qui est de l’Euro fiduciaire. Cela fait donc aujourd’hui plus de 17 ans que nous vivons sous le régime de l’euro, dont 14 années très concrètement. En fait, il faut même remonter au début des années 1990 car la volonté de « qualifier » la France pour la monnaie unique a pesé lourdement sur la politique économique et ce bien avant le 1er janvier 1999.

Il est temps aujourd’hui d’en tirer le bilan. Le discours en faveur de l’euro prétend se fonder sur des bases scientifiques. Regardons donc ce qu’il en est. Mais, le discours officiel sur l’euro prétend que ce dernier aurait amélioré la situation globale de la France. Vérifions donc aussi cette affirmation. Et surtout, posons nous la question des conséquences politiques de l’introduction de l’euro sur la société française.

 

La « bonne nouvelle » des économistes et l’imposture

Des économistes avaient préparé, dans leurs travaux, la venue de la monnaie unique. Ils sont nombreux mais nous ne présenterons ici que les trois principales contributions, celles de Robert Mundell, de R. McKinnon et de Peter Kennen. Ces économistes, tels les trois rois mages des Évangiles, sont donc venus porter la « bonne nouvelle », et leurs travaux ont eu une influence considérable sur les autres économistes, non pas tant en les convaincant de la nécessité d’une monnaie unique mais en les persuadant que la flexibilité du taux de change était désormais superflue. Pourtant, des travaux récents montrent le contraire. Il faut, alors revenir sur ces travaux théoriques pour tenter de discerner le vrai du faux.

La théorie des zones monétaires optimales (ou ZMO) fut énoncée par l’économiste Robert Mundell en 1961 [1]. Deux ans plus tard, c’est R. McKinnon qui apporta sa pierre à l’édifice théorique des ZMO [2]. Dans son papier, il explique que plus l’ouverture d’une économie sur l’extérieur est importante et plus l’importance du taux de change s’en trouve réduite. En conséquence l’intérêt d’un ajustement par le taux de change est faible. Quant à Peter Kennen [3], il montrait que si l’économie d’un pays était diversifiée, cette diversification réduisait l’ampleur de ce que les économistes appellent des « chocs exogènes », et permettait à ce pays d’être lié à d’autres par un taux de change fixe. De ces travaux, on pouvait donc déduire qu’un pays a intérêt à se lier à d’autres par une monnaie unique sous réserve que le capital et le travail soient parfaitement flexibles (ce que montre Mundell), qu’il soit très ouvert sur le commerce international (McKinnon) et que son économie soit largement diversifiée (Kennen). De plus, les mouvements monétaires extrêmement importants qui s’étaient produits de 1975 à 1990 n’avaient pas induit de changements spectaculaires dans les balances commerciales. Certains économistes en avaient alors déduit que la sensibilité des exportations (et des importations) au prix de ces produits était en réalité faible dans l’économie moderne. S’était alors développée l’idée que le commerce international se jouait essentiellement sur la qualité des produits. Le fait qu’un économiste ait formulé cette hypothèse dans les années 1950 [4] était alors perçu comme la vérification théorique d’un fait validé empiriquement.

D’autres économistes sont venus démontrer, du moins le croit-on, que des pays tireraient des avantages économiques importants d’une monnaie unique. Cette dernière était censée donner naissance à une augmentation très forte des flux commerciaux entre les pays de la zone monétaire ainsi constituée et donc faire croître la production. [...]

On constate ainsi que l’euro fut vendu aux populations (et aux électeurs) sur la base de mensonges répétés, mensonges qui ont été enrobés dans un discours se donnant pour scientifique, mais qui ne l’était nullement. À chaque fois que l’on examine en profondeur un argument dit « scientifique » avancé pour défendre l’euro on constate que soit les bases théoriques sont inexistantes, soit les résultats ont été obtenus par des manipulations des bases de données, soit qu’une comparaison avec la réalité détruit le dit argument, et parfois on assiste à ces trois effets réunis !

Lire l’intégralité de l’article sur russeurope.hypotheses.org

Notes

[1] Mundell R., (1961), « A theory of optimum currency areas », in The American Economic Review, vol. 51, n°5,‎ 1961, pp. 657-665.

[2] McKinnon R.I., (1963), « Optimum Currency Area » in The American Economic Review, Vol. 53, No. 4 (Sep., 1963), pp. 717-725.

[3] Kenen, P.B. (1969). “The Theory of Optimum Currency Areas : An Eclectic View, ” in Mundell R.A. et A.K. Swoboda (edits) Monetary Problems of the International Economy, Chicago, Ill., Chicago University Press.

[4] Machlup, F, “Elasticity Pessimism in International Trade.” In Economia Internazionale. Vol. 3, (Février 1950), pp. 118-141.

Voir aussi, sur E&R :

La domination par la monnaie, chez Kontre Kulture :

 
 



Article ancien.
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10 Commentaires

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  • #1397952
    le 15/02/2016 par le gaulois
    L’euro contre la France

    Bonjour
    1992:j’avais 18 ans.Il y avait peu d’accès à ces travaux théoriques(=internet et réactivité quant aux" informations" passées par le biais de la tv)
    J’avais des amis en terminale "B"(=économie) et eux étaient tout aussi bien informés que moi(=néant)
    Par contre, certains parents étaient convaincus, et ceci en toute bonne foi ,que les perspectives de croissance annoncées étaient fondées
    L’affiche peut prêter à sourire -jaune- face à cette candeur et/ou incompétence des politiques qui ont vendu cela.
    Dans le cas contraire,une vraie campagne diabolique
    J’ai juste le souvenir d’un De Villiers ridiculisé par des imitateurs et un Philippe Séguin bien timoré face à ces projets dont le tissage n’est véritablement apparu qu’ avec le temps ,c’est à dire maintenant.
    Salutations

     

    • #1398427
      le 16/02/2016 par Telecaster
      L’euro contre la France

      J’avais 22 ans en 1992 et j’ai exactement les mêmes souvenirs .


  • #1397996
    le 15/02/2016 par badaud
    L’euro contre la France

    De 1914 à 2000 le Franc a été dévalué... 17 fois, pour relancer les exportations . Aujourd’hui la France ne peut plus dévaluer : elle exporte trois fois moins que l’Allemagne - qui nous a fait un joli cadeau avec SON euro .


  • #1398265
    le 15/02/2016 par Leraviaulit
    L’euro contre la France

    Il est à craindre que l’euro est été "installé", non pour faire le bonheur des peuples comme claironné officiellement, mais plus certainement pour faire la joie et la fortune, d’une petite minorité de financiers sans scrupules.


  • #1398301
    le 15/02/2016 par mimi
    L’euro contre la France

    Sachant que l’industrie française, pour rester compétitive et concurrentielle, devait bénéficier d’une dévaluation tous les cinq ans, les Allemands, pour la torpiller, ont "donné" l’Euro à la France, c’est à dire une monnaie qu’ils ne peuvent pas dévaluer : la manœuvre a réussi au-delà de leurs espérances...


  • #1398451
    le 16/02/2016 par ducegabbana
    L’euro contre la France

    Sapir toujours de gauche et électeur socialiste ? Qu’est-ce qu’il attend pour rejoindre le FN ? Qu’elles descendent ou qu’on lui en greffe ? C’est ça qui tue la France ! Il est fait du même bois que les Gnangnan, Villiers, et les ersatz de patriotes qui pullulent à l’UMP et qui causent sur Radio Courtoisie (les Myard, Pécresse etc..)

     

    • #1399022
      le 16/02/2016 par jojo l’affreux
      L’euro contre la France

      Aux dernières nouvelles le FN ne parle plus de quitter l’Euro, encore l’UE. Marion Maréchal Le Pen a fait des déclarations très claire en ce sens et ensuite quand les journaleux sont aller poser la question à Marine elle a répondu qu’elle n’avait jamais dit ça et que ses propos avaient encore été mal interprété !
      C’est ça le populisme il est inconstant !

      Jacques Sapir essaye d’être non partisan, avec il est vrai une certaine sympathie pour la gauche radicale. On peut le lui reprocher, mais il faut reconnaitre qu’en matière politique monétaire, économique et politicienne, il fait des déclarations étoffées, sourcées, logiques, pédagogiques et surtout constantes. Sa position sur l’Euro n’a jamais variée depuis des années : il pense qu’il faut détruire la monnaie commune pour le bien des peuples européens et il explique pourquoi et comment !


  • #1398487
    le 16/02/2016 par Ladislas
    L’euro contre la France

    M.Sapir parle de crise de la démocratie, mensonges et manipulations des élites, repli communautaire, situation de guerre civile...par l’économie. C’est moi, ou ça ressemble de plus en plus à du Soral ?

     

    • #1398617
      le 16/02/2016 par ducegabbana
      L’euro contre la France

      Oui mais Soral lui, il les met sur la table..Sapir, il attend la greffe miraculeuse..


  • #1399306
    le 17/02/2016 par anonyme
    L’euro contre la France

    L’AMF inflige une lourde amende de 5 millions d’euros à l’opérateur boursier Euronext.
    Cette décision "est particulièrement contestable", a aussitôt réagi Stéphane Boujnah. "Les griefs ne sont pas démontrés", a renchéri Anthony Attia.
    http://www.lavoixdunord.fr/economie...