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Le général Haftar veut être seul maître du jeu en Libye

La guerre Misrata-Haftar se profile

jeudi 15 septembre 2016, Bernard Lugan exposait son point de vue sur la très mouvante carte libyenne. Le Point, quant à lui, pense avoir trouvé l’homme fort d’un pays encore coupé en deux.

 


 

Libye : le général Haftar met en échec le plan de l’ONU et de l’UE

Le 11 septembre 2016, après une offensive aussi soudaine qu’inattendue, l’ANL (Armée nationale libyenne) basée en Cyrénaïque et commandée par le général Haftar, l’ennemi des Frères musulmans de Misrata et des islamistes de Tripoli, a pris le contrôle du « croissant pétrolier » libyen et des ports terminaux de Sidra et de Ras Lanouf. Cette victoire met à mal le plan de l’ONU soutenu par l’UE, qui était de refaire l’unité de la Libye à travers le gouvernement El Sarraj appuyé sur les Frères musulmans de Misrata et sur les islamistes de Tripoli.

Comme de leur côté, les milices de Misrata ont pris Syrte à Daech, il n’y a donc plus de tampon entre les forces du général Haftar et celles de Misrata. Dans ces conditions, la guerre Misrata-Haftar est-elle inévitable ?

 


 

« Dissident  », « incontrôlable  », « impénitent  », « insoumis  », « despotique  », « incontournable  »… Les adjectifs associés au général libyen Khalifa Haftar dans la presse ne font pas dans la demi-mesure, et suggèrent d’emblée le caractère d’électron libre de cet acteur politique. Depuis son retour en Libye en 2011, après 21 ans d’exil aux États-Unis, celui qui fut le compagnon d’armes de Mouammar Kadhafi à la fin des années 60 et chercha à le reverser 20 ans plus tard, semble n’en faire qu’à sa tête.

 

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Des installations pétrolières après une attaque du groupe État islamique, à Ras Lanouf, le 23 janvier 2016

 

Il impose ses vues, marque son territoire, constitue son armée, lance ses offensives. Son dernier fait d’arme : la mainmise sur les ressources pétrolières. En trois jours, entre le 11 et le 13 septembre, et tandis que les regards étaient braqués vers Syrte d’où est en train d’être délogé le groupe État islamique, il s’est emparé des principaux terminaux pétroliers du pays. Un coup de force qui a valeur de défi vis-à-vis du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj installé en avril. Ces nouvelles autorités, appuyées par l’ONU et la communauté internationale, ambitionnaient en juillet de relancer les exportations de brut depuis ces installations qui forment le « croissant pétrolier ». Barrant la route aux efforts de reconstruction du pays par ce gouvernement à qui il dénie toute légitimité, le général Haftar, à la tête de l’Armée nationale libyenne (ANL), incarne l’autre pouvoir. Celui que représente notamment le Parlement de Tobrouk, à l’Est, dans cette Cyrénaïque dont il est natif et qu’il contrôle aujourd’hui partiellement. À 73 ans, Haftar, fraîchement promu maréchal par ces autorités rivales de Tripoli, selon un communiqué de l’armée, continue ainsi d’afficher sa détermination à mener son propre combat en Libye.

 

 

Haftar veut dicter les règles

« Haftar, l’homme fort  », titre le site d’info guinéen Le Djely. « Turbulent et notoirement insoumis, le général Khalifa Haftar vient de démontrer qu’il est aussi et surtout efficace. Une efficacité qui fait que l’interminable bras de fer qui se jouait entre les deux gouvernements rivaux pour le contrôle du pays tourne en faveur de celui banni par la communauté internationale  », peut-on lire sous la plume de Boubacar Sanso Barry, selon qui ces «  autorités parallèles » de l’Est engrangent « une victoire symbolique  ». « Dans un pays comme la Libye, dont le pétrole est la ressource principale, s’assurer le contrôle des quatre grands terminaux (al-Sedra, Ras-Lanouf, Zueitina et Brega) est un atout non négligeable. Avec un argument aussi persuasif, on peut retourner n’importe quel acteur  », poursuit-il.

Précisons qu’entre-temps, la gestion des terminaux pétroliers a été confiée à la Compagnie nationale du pétrole (NOC), mais que les forces du général Haftar continuent d’en assurer la surveillance. Que signifie toutefois pour Haftar ce coup de force, qui, à terme, nous dit Zine Cherfaoui dans El Watan, risque «  de faire voler en éclats l’accord politique fragile arraché par l’ONU aux différents belligérants libyens  » ? Eh bien, cela, précisément : briser cet accord politique-là, en vue de redistribuer les cartes d’un éventuel nouvel État. Dans un article intitulé « le général Haftar cherche à changer les règles du jeu », il explique que l’homme «  n’a jamais caché son aversion à collaborer avec Fajr Libya, l’actuelle force de frappe du gouvernement El Sarraj. (…) Pour lui autant d’ailleurs que pour les membres de l’ancien Parlement de Tobrouk, ce conglomérat de milices n’est pas digne de confiance car constitué en majorité d’islamistes. Pas question donc, pour eux, de travailler ensemble. C’est ce qui, officiellement, empêche d’ailleurs la Chambre des représentants de donner son quitus au gouvernement de Fayez al-Sarraj. Pour s’impliquer dans le processus de réconciliation libyenne, l’Est ne demande rien moins que le contrôle de l’architecture sécuritaire de la Libye.  »

Haftar se veut en effet le rempart contre l’extrémisme islamiste en Libye. Cet objectif présidait au lancement, en mai 2014, de son « Opération dignité ». Pour avoir gain de cause et placer ses hommes dans l’appareil sécuritaire libyen, il cherche donc à inverser les rapports de force, quitte à « étouffer financièrement le gouvernement al-Sarraj  ». Rappelons que le pays dispose des plus importantes réserves pétrolières d’Afrique (environ 48 milliards de barils), et que la production a été divisée par cinq depuis 2010.

 

 

Faut-il avoir peur du général Haftar ?

Tantôt qualifié de « Général de pacotille », d’« homme de la CIA », quand d’autres voient en lui un nouveau Kadhafi ou al-Sissi, à quel point Khalifa Haftar peut-il rassembler en Libye ? Quels sont ses atouts et ses alliés ?

Celui « qui veut imposer son leadership dans toute la Libye  » a «  désormais un plus grand contrôle du terrain que ses adversaires, (…) en plus de contrôler les puits de pétrole du pays », avance encore Zine Cherfaoui dans un autre article d’El Watan, consacré à l’appel au dialogue, ce mercredi 14 septembre, du chef du gouvernement Fayez al-Sarraj. S’agissant des forces d’Haftar, il souligne qu’il dispose de sa propre armée (ANL) et du soutien de la plupart des milices de l’Est. Mais ce n’est pas tout. « Il bénéficie de l’appui d’anciens kadhafistes “excommuniés” par le défunt CGN et qui s’emploient actuellement à rebâtir un service de renseignement. Il n’y a pas lieu de s’étonner aussi de voir certaines régions de l’Ouest le rejoindre », nous apprend le quotidien algérien.

Ajoutons à ces ralliements ceux de deux vice-Premiers ministres du gouvernement d’union, peu après l’opération du général Haftar dans le croissant pétrolier. À l’étranger, Khalifa Haftar peut compter sur les soutiens de l’Égypte, de la Russie, et des Émirats arabes unis. À cet égard, le site d’info tunisien Webdo s’intéresse aux informations divulguées par le portail d’actualités sur le Moyen-Orient Middle East Eye. Ce dernier s’est procuré des enregistrements sonores dans lesquels on entend notamment des échanges entres des soldats fidèles à Haftar et des pilotes d’avions émiratis... Mais pas seulement. Selon ces documents, rapporte Webdo, « des avions militaires émiratis ont pris part, avec d’autres avions français, britanniques et américains, à des opérations d’inspection et même à des offensives  » en lien avec les forces du général Haftar.

Lire la suite de l’article sur afrique.lepoint.fr

 

Sur l’internationalisation du conflit libyen chez Kontre Kulture

La Libye et les appétits internationaux, sur E&R :

 






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