Egalité et Réconciliation
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Les causes de la mort de Guy Moquet et des 50 otages….

Depuis l’invasion de la Russie soviétique par les Allemands, les communistes estimaient qu’une rupture irrémédiable entre Français et occupants ne pouvait se réaliser qu’en multipliant les attentats. C’est dans le cadre de cette stratégie offensive que Gilbert Brustein, Jeune communiste du groupe Klapper — dirigé par Fabien — Guisco Spartaco et Marcel Bourdarias sont arrivés à Nantes en octobre, avec l’intention de tuer un officier allemand : « N’importe lequel. » Au matin du 20 octobre, les trois hommes se rendent d’abord Chantenay pour saboter la voie ferrée. Bourdarias reste sur place. Brustein et Spartaco reviennent dans le quartier Saint-Pierre, et se mettent à l’affût. Il est 7 heures et demie du matin. Il fait encore très sombre. Soudain, plusieurs détonations éclatent à l’entrée de la rue du Roi-Albert. Le colonel Hotz, Feldkommandant de Nantes qui, selon son habitude, se rendait à pied son bureau, vient d’être abattu par Brustein coups de revolver tirés dans le dos. Avant de tomber, il a eu le temps de crier  : Die Schufte (les misérables).

Le capitaine Seiger qui l’accompagnait a échappé de peu au même sort, l’arme de Spartaco n’ayant pas fonctionné.

La nouvelle se répand très rapidement. Malgré le bouclage de la ville par l’armée allemande et la police française, Brustein, Spartaco et Bourdarias parviendront à s’enfuir. Le maire, Gaëtan Rondeau, vient exprimer l’indignation de la municipalité aux autorités allemandes, leur affirme que l’assassin ne peut être un Nantais, et leur assure que tout sera mis en œuvre pour le retrouver. Il est indéniable que dans son ensemble, la population réprouvait cet attentat. Si l’hostilité grandissait de jour en jour contre l’occupant, Karl Hotz se distinguait nettement des nazis par son humanité et sa compréhension envers les Nantais. Ce Bavarois âgé de soixante-trois ans, très cultivé, imprégné de culture française, était venu à Nantes en qualité d’ingénieur entre 1920 et 1930 et avait participé au percement du tunnel qui avait permis d’assécher l’Erdre en aval du Pont-Morand, et de créer un nouveau boulevard. Les hasards de la guerre l’ayant ramené dans une ville où il s’était fait des amis, dès son entrée en fonctions, il avait dit à M. Edmond Dumeril, directeur de l’Institut des lettres, nommé interprète par la préfecture auprès de la Kommandantur : « Nous nous trouvons tous deux dans une situation que nous n’avons pas voulue ; nous essaierons de nous en tirer au mieux des intérêts de nos deux peuples. » Quelques jours avant sa mort, il était intervenu sans succès pour faire libérer Jean-Pierre Glou, Michel Dabat et d’autres jeunes gens du réseau Max Veber emprisonnés à La Fayette. En apprenant l’assassinat du colonel Hotz, M. Dumeril, qui tenait chaque jour son journal, écrivit : « Je perds un appui sûr auprès des Allemands. Un homme juste, intelligent, nullement hitlérien auquel plus de quinze mois de rapports quotidiens m’ont attaché. »

En ce 20 octobre 1941, une atmosphère de lourde anxiété régnait sur la ville dans l’attente angoissée des représailles que ce meurtre pouvait provoquer. Ces craintes n’étaient que trop fondées. Le lendemain matin, Hitler exigeait l’exécution de cent otages en deux vagues. Par voie de presse et d’affiches von Stulpnagel, commandant en chef en France, annonçait : « En expiation de ce crime, j’ai ordonné de faire fusiller cinquante otages. Étant donné la gravité du crime, cinquante autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés d’ici le 23 octobre 1941, à minuit. » Une récompense de quinze millions était offerte à ceux qui contribueraient à la découverte des meurtriers.


LES EXÉCUTIONS D’OTAGES

9Le 22 octobre, vingt-sept otages, tous communistes ou syndicalistes, pris au camp d’internement de Choisel près de Châteaubriant, sont emmenés dans la carrière de La Sablière et fusillés par des SS venus d’Angers. Rappelons les noms des victimes de cette sauvage répression : Michels, Poulmarch, Timbaud, Vercruysse, Granet, Gardette, Grandel, Auffret, Guéguen, La Forge, Bastard, La Panse, David, Moquet, Pourchasse, Rennelle, Tenine, Barthélemy, Tellier, Bourhis, Bartoli, Kerivel, Houynk Guong, Lalet, Pesque, Delavaquerie, Lefebvre. Parmi eux, Bastard et Lalet n’avaient que vingt et un ans, Delavaquerie et David, dix-neuf ans, Guy Moquet, de Paris, étudiant, fils de Prosper Moquet, député de la Seine, dix-sept ans...

L’abbé Moignon, curé de Béré, qui partagea leurs derniers instants, a relaté avec quel courage ils surent mourir. A la prison La Fayette, c’est l’abbé Fontaine qui annonça aux treize otages nantais leur condamnation.
Blot, Jost, Fourny, Blouin, Birien, anciens combat¬tants de 14-18, Grassineau, trente-quatre ans, et des jeunes gens dont le plus âgé, Ignasias, avait vingt-deux ans, d’autres vingt et un ans, Allano, Grolleau, vingt ans, Creusé, Dabat, Platiau, furent exécutés sur le terrain du Bêle. Tous affrontèrent la mort avec héroïsme. Leurs dernières recommandations à leurs familles resteront parmi les pages les plus émouvantes de l’histoire de Nantes. Aucune de ces familles n’ayant été prévenue, c’est par le journal que d’infortunés parents apprirent leur exécution.

A Paris, cinq autres otages, Caldecott, Hevin, Labrousse, Ribourdouille et Saunier étaient fusillés au mont Valérien. Un seul des otages voués à la mort survivait comme par miracle. Gardé l’Hôtel-Dieu par la Gestapo. Après une grève de la faim, l’avocat Fernand Ridel avait été oublié ! Ses jours n’en restaient pas moins en danger, car il figurait sur la seconde liste des condamnés.

Les Nantais de toutes tendances ont ressenti comme un deuil personnel ces affreuses représailles. Le choix des victimes, des jeunes gens, des combattants de 14- 18, provoquait l’indignation et la colère.

Le maréchal Pétain expose son intention de se livrer. Son entourage l’en empêche. Il lance un appel pathétique aux Français. Pour détendre la situation entre Vichy et Berlin, Hitler ordonne de surseoir aux nouvelles exécutions, accordant un délai de trois jours pour retrouver les meurtriers. Dès lors, tout est mis en œuvre pour empêcher une nouvelle tuerie. Le gouvernement et même le groupe Collaboration, interviennent auprès de l’ambassadeur Abetz. Des suppliques sont adressées au remplaçant de Holz, le colonel von Hodman, d’origine française, antinazi qui accepte de les faire parvenir et se rend à Angers pour conférer avec les généraux Médicus et Neuman. Toutes les autorités civiles et religieuses, le préfet, le maire, l’évêque Mgr Villepelet, le pasteur Raoul-Duval, le professeur Dumeril, la mar¬quise de Sesmaisons conjuguent leurs efforts... Il faut rappeler les offres de sacrifice de volontaires qui voulurent sauver leurs compatriotes au prix de leur propre vie. Gaétan Rondeau. M. Lemoine, commissaire central, M. Baudouin, grand invalide, M. de Bodard, les abbés Chauvat et Py, Mme Maton, Mlles Landois et Benoît.

Le 26 octobre, M. Glou, dont le fils Jean-Pierre avait été fusillé, prit l’initiative d’une pétition signée par des parents des victimes exécutées condamnant le meurtre du colonel Hotz et faisant appel aux autorités allemandes « dans l’espoir que leur attitude obtiendrait la grâce des cinquante otages ». Ce geste émut Seiger et von Bodman. Le colonel allemand promit de faire parvenir le document à Berlin. Il faut encore rappeler l’activité déployée par Mme de Sesmaisons aidée de son interprète Mme Schnei¬der. En forêt de Paimpont, au camp d’aviation de Gaël, cantonnait le brigadier-général Ernst, sénateur du Reich¬stag, dignitaire important du nazisme, très lié avec Hitler pour l’avoir connu à ses débuts. Ayant pu obtenir une rencontre avec ce puissant personnage, Mme de Sesmaisons sut si bien plaider la cause des condamnés qu’il téléphona en sa présence à Berchtesgaden*.

Le mardi 28 octobre, la presse publia une proclamation signée de Von Stulpnagel, faisant part de la mansuétude du Führer. L’exécution de cinquante nouveaux otages était annulée.
De Londres, le Il novembre 1941, le général de Gaulle, citait la ville de Nantes à l’ordre de la Libération : « Ville héroïque, qui depuis la capitulation a opposé une résistance acharnée à toutes les formes de collaboration avec l’ennemi. Occupée par les troupes allemandes et soumise aux plus dures mesures d’oppression, a donné aux Français, par de nombreuses actions individuelles et collectives, un magnifique exemple de courage et de fidélité. Par le sang de ses enfants martyrs, qui vient d’attester devant le monde entier la volonté française de la libération nationale.

*Lors de sa comparution au procès de Nuremberg, Ernst, dans sa défense se prévalut d’avoir usé de son Influence sur Hitler pour épargner les cinquante nouveaux otages.


Par ARMEL DE WISMES « Les grandes heures de Nantes » édition Perrin (pages 260 à 265)