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Les dévots de la religion démocratique provoqueront-ils le chaos dans toute l’Afrique ?

Le 20 mars, des élections présidentielles se tiendront au Congo Brazzaville et au Niger dans un climat lourd d’orages.

Au Niger, Mahamadou Issoufou [photo ci-dessus], premier président élu au suffrage universel, a remporté le premier tour avec 48% des voix à l’issue d’un scrutin surréaliste. L’opposition ayant décidé de boycotter le second tour, le climat est plus qu’explosif. La farce électorale laissera des traces dans un pays extrêmement fragile, au contact de plusieurs foyers jihadistes et dans lequel l’armée a une longue habitude des coups d’État.

Au Congo Brazzaville, le président Sassou Nguesso est au pouvoir depuis trente ans à la suite d’une féroce guerre civile. En Europe, les « grandes consciences » en sont émues. Comme le président est Mbochi, il a contre lui les Kongo qu’il évinça il y a trois décennies. Mais, comme les Mbochi sont moins nombreux que les Kongo, ces derniers estiment qu’ils ont donc pour eux la légitimité ethno-mathématique… Or, le Congo, voisin de la Centrafrique, est une pièce essentielle dans la stabilité de l’Afrique centrale et nul n’a intérêt à voir ce pays replonger dans la guerre civile.

Les mêmes problèmes commencent à se poser au Tchad et au Cameroun, deux pays-pivots dans lesquels il est également vital pour l’intérêt de l’Afrique d’empêcher l’installation du chaos. Or, des élections présidentielles s’y profilent et, toujours au nom de la démocratie, les illuminés d’Europe y soutiennent des opposants qui, à l’imitation des Sirènes, ont su les charmer de leurs chants.

Après avoir semé le chaos en Tunisie, en Libye, au Mali, en Somalie, en Centrafrique, au Burundi et bien ailleurs en Afrique, les dévots de la religion démocratique réussiront-ils à faire exploser les derniers pays à peu près stables du continent ? Ils s’y emploient avec constance…

Dans les Afriques où la criante nécessité d’États forts est une évidence, l’impératif démocratique décrété à la Baule par le président François Mitterrand le 20 juin 1990 a eu des conséquences désastreuses. Le multipartisme y a en effet affaibli des États en gestation et réveillé les luttes de pouvoir à travers des partis qui ne sont, dans leur immense majorité, que des habillages ethniques. C’est pourquoi il importe :

- De permettre à l’Afrique de reprendre au plus vite ce « raccourci autoritaire » qui traumatise tant les démocrates européens, mais qui, seul, est susceptible de provoquer une coagulation nationale.
- De répudier le système électoral fondé sur le destructeur principe de « un homme une voix ». Donnant automatiquement le pouvoir aux peuples les plus nombreux, ce dernier transforme en effet les membres des ethnies minoritaires en citoyens de seconde zone ; d’où d’incessantes guerres civiles.
- D’encourager l’Afrique à réfléchir à des modes électoraux communautaires et non plus individuels.

En un mot, les Africains doivent se décoloniser mentalement pour en revenir à la culture du chef. Leur salut en dépend. Tout le reste n’est que balivernes européocentrées. À commencer par le mythe du développement [1].

Notes

[1] Voir à ce sujet mon livre « Osons dire la vérité à l’Afrique ». Le Rocher, 2015.

Bernard Lugan sur E&R :

 
 



Article ancien.
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5 Commentaires

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  • Bonjour,
    Pour le cas du Niger, la situation est évidement problématique et la France cautionne malheureusement cette farce électorale. Nous sommes en droit de nous poser la question de savoir si la France ne voudrait pas trouver une opportunité pour envoyer des troupes de ce pays pauvre...
    Par contre Monsieur Bernard Lugan doit savoir que Mohamadou Issoufou n’est pas le premier président élu au suffrage universel au Niger. Malgré au moins 4 coups d’états, il y a eu aussi au moins autant d’élections libres, transparentes et démocratiques au Niger (Mahamane Ousmane en 1993, Tandja Mamadou en 2001 et 2005, Mahamadou Issoufou en 2011).


  • Israël contrôle absolument tout : il a inventé tous les fanatismes délirants et massacreurs qu’il jette sur ceux qui lui résistent, mais aussi leur contraire, c’est à dire l’athéisme, la laîcité et la "démocratie" : ubiquiste, il est des deux côtés de l’échiquier .


  • Au Congo Brazzaville, le président Sassou Nguesso est au pouvoir depuis trente deux ans pour être précis. De 1979 à 1992 à la suite d’un coup d’État militaire, et de 1997 à 2016, toujours à la suite d’un coup d’État. Il avait en effet renversé, en 1997, le seul président élu démocratiquement au Congo Brazzaville, à savoir le professeur Pascal Lissouba. Bernard Lugan parle des Kongo, ce qui n’est pas tout à fait exact. Il y a en effet les Mbochis, qui forment l’une des ethnies du Nord du pays, parmi tant d’autres, comme les Kouyous, les Tékés etc. Et dans le Sud du pays, il n’y a pas que les Kongos. Dans le Sud on trouve, en fonction des régions, les Tsanguis, les Vilis, les Bembés, les Kongos etc. Pour ce qui est du vote ethnique, là aussi une petite précision. Sassou Nguesso, le président actuel avait renversé en 1979, à la suite d’un coup d’État militaire, un président d’une ethnie du Nord du pays. Aujourd’hui, l’opposant le plus populaire, le Général Jean-Marie Michel Mokoko est du Nord. Il est même plus populaire dans le Sud du pays que la plupart des candidats issus du Sud. Ce qui contredit sérieusement la logique du vote ethnique. Il est vrai que les années passées, le vote y était très ethnicisé ; quand élections il y a eu.


  • "Le multipartisme y a en effet affaibli des États en gestation..."

    Le multipartisme affaiblit TOUS les États, pas seulement ceux en gestation. Quant à "l’impératif démocratique" dont parle Bernard Lugan, c’est en réalité un impératif républicain, donc antidémocratique. Comme les Français, les Africains ne sont pas souverains puisqu’ils ne votent pas eux-mêmes pour ou contre les projets de loi. C’est pourquoi la France comme l’Afrique est la proie d’une multitude de maux. Rappelons que Bernard Lugan déteste la démocratie, comme tous les républicains.


  • Ils ont déjà du mal à chopper Joseph Kony recherché depuis 20 ans et qui a un mandat d’arrêt international.