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Mort de Shimon Pérès, l’homme de "paix" qui aura apporté la Bombe (française) à Israël

Avec Shimon Pérès (né en 1923 en Pologne), une conscience mondiale s’éteint. Le monde est en deuil. Militant infatigable de la paix israélo-palestinienne pour la galerie, homme de la bombe atomique et du surarmement israéliens dans l’ombre. Un des grands talents de Shimon Pérès aura été d’abuser la naïveté du grand public occidental, dite aussi « l’opinion mondiale », croyant avoir affaire à un Juste parmi les Justes. Le département de la « guerre psychologique » du Mossad aura fait du bon boulot. En réalité, un pilleur de secrets militaires, un magouilleur hors pair, un homme de guerre mondiale. Realpolitik, quand tu nous tiens.

 

 

Comparativement à Elie Wiesel, qui avait bâti sa notoriété et son commerce personnel sur une escroquerie à la Shoah, Shimon Pérès était un homme sérieux et intelligent. Et il fallait l’être pour, dans les années 1960, arriver à séduire et les services de renseignement français, et tout l’état-major militaire, bref, exploiter l’israélophilie ambiante (post-Shoah) dans le but de (faire) construire la bombe israélienne, au nez et à la barbe des Américains. Kennedy n’en voulait pas, De Gaulle a laissé faire.

Naturellement, le communiqué lyrique de la Maison Blanche évite de parler du vrai rôle de Pérès. Les Américains n’ont pas fini de croire les mensonges de leurs dirigeants :

« Il existe peu de personnes avec qui nous partageons ce monde qui changent le cours de l’histoire humaine, non seulement grâce à leur rôle dans les événements humains, mais parce qu’ils élargissent notre imagination morale et nous obligent à exiger plus de nous-mêmes. Mon ami Shimon était une de ces personnes. »

La « morale », tiens donc. Maintenant, passons à la realpolitik. Dans Les Guerres secrètes du Mossad, Yvonnick Denoël écrit :

Yitzhack Shamir, ancien chef des opérations du groupe extrémiste Stern (groupe qui avait été autrefois vigoureusement combattu par les Français !), est à Paris le nouveau responsable du Mossad au début des années 60… Après 1965, ce sera au tour de Schlomo Cohen d’occuper le poste parisien, le plus important en Europe de l’Ouest. En effet, c’est depuis Paris que son gérés la plupart des agents et sources en pays arabes, notamment en Égypte et en Syrie. La collaboration entre les agences françaises et israéliennes reste étroite dans les années 1956-1965.
[…] En France, menace russe mise à part, la guerre d’Algérie demeure la préoccupation essentielle. Le retour au pouvoir du général de Gaulle semble d’abord marquer un durcissement dans la lutte contre les indépendantistes algériens et les renseignements glanés par le Mossad et le Aman [le renseignement militaire israélien] restent appréciés de la centrale du boulevard Mortier.

 

Pourquoi 1956 ? Parce que lors de la crise de Suez, où Britanniques et Français ont voulu, avec l’appui des Israéliens, renverser Nasser qui voulait nationaliser le canal, les soviétiques ont fait rentrer tout le monde à la niche avec la menace nucléaire. Le centre de gravité géopolitique du monde avait définitivement basculé du Vieux Monde au Nouveau Monde (les deux blocs). Mais à l’époque, les intérêts étaient communs aux trois pays. La France et la Grande-Bretagne avaient même envisagé, avec l’Italie (et des ingénieurs allemands), de construire la première bombe atomique européenne. Une sorte de défense commune avant l’heure. Mais l’imbrication trop étroite entre les États-Unis et la Grande-Bretagne aura raison de cette option : le général de Gaulle choisira la voie « atomique » française indépendante, lâchant les Britanniques. Ces derniers lui refileront bien le chaînon manquant – sous la forme d’un précieux ingénieur – qui permettra de créer la bombe H (la génération d’après la bombe A), basée sur la fusion plutôt que la fission nucléaire, afin dit-on, d’amadouer le Général qui refusait l’entrée des Anglais dans le Marché commun. Peine perdue : les Français réussiront enfin à mettre au point la bombe H, qui explosera en août 1968 sur un atoll polynésien (Fangataufa), y consacrant plus d’un tiers de leur budget militaire, et lâcheront les Anglais. La doctrine française était née.

Voilà le cadre des relations privilégiées entre la France et Israël dans les années 50-60. C’est dans ce cadre qu’un homme, Shimon Pérès, va s’épanouir, dans une fonction non officielle mais hautement précieuse, voire vitale, pour le jeune État d’Israël : ramener, sur la base de ses excellentes relations avec les Français, la bombe atomique à Tel-Aviv. Ce sera fait en moins de 10 ans. Précisément, c’est lors de la conférence de Sèvres, qui se tiendra du 22 au 24 octobre 1956, que le ministre des Armées, le très israélophile Maurice Bourgès-Maunoury, et le président du Conseil Guy Mollet (un socialiste) donneront à Pérès le trésor tant convoité, qui sanctuarisera Israël au milieu des pays arabes logiquement hostiles. Ce qui n’empêchera pas les guerres conventionnelles de 1967 et 1973. Réacteurs et stocks d’eau lourde seront donc envoyés à l’usine très secrète de Dimona, située dans le désert du Néguev. Notons que c’est par le truchement de la Norvège que les Français et les Israéliens réaliseront le transfert de « l’eau lourde ». La Norvège servira d’ailleurs de plaque tournante au Mossad pour le « vol » des vedettes de Cherbourg par la suite (Noël 1969)… C’est en Norvège que ce service de renseignement créera des sociétés écrans qui serviront à camoufler les mouvements de matériels sensibles au bénéfice d’Israël.

En 1961 déjà, d’après Denoël, la CIA est au courant qu’il se trame quelque chose de louche. Une note déclassifiée dit : «  Il y a de nombreuses preuves que la France fournit les plans, les matériels, l’équipement, une assistance technique, et forme le personnel israélien. » Alors, de Gaulle était-il anti-israélien ou pas ? La réponse réside probablement dans son entourage, qui était pro-israélien à 90%, comme par exemple son Premier ministre Michel Debré, petit-fils du Grand rabbin du même nom. Le rôle de Pérès consiste à accélérer l’achèvement du programme nucléaire national, en exploitant à fond ses relations avec la crème politico-militaire française. À tel point que le Général s’en émouvra : non pas à cause de la bombe israélienne, qu’il aura laissée construire, mais à cause des conséquences de cette infiltration extérieure jusqu’aux plus hauts niveaux de notre politique, que ce soit dans le domaine militaire ou du renseignement.
Dans Histoire secrète de la Ve République, le collectif d’auteurs dirigé par René Faligot et Jean Guisnel écrit :

En 1956, la proximité des Français et des Israéliens est stupéfiante. Abel Thomas, le directeur de cabinet de Bourgès-Maunoury, a pu raconter comment Shimon Pérès était chez lui à l’hôtel de Brienne, siège du ministère des Armées, dans lequel « il entrait par une porte dérobée comme un discret ami personnel, pour ne pas alerter gendarmes mobiles et aides de camp ». La relation entre Pérès et Thomas a commencé le 3 septembre 1955, grâce à Joseph Nahmias, le collaborateur de Pérès installé en permanence à Paris. La liaison s’est faite par l’entremise de Jean Couiteas de Faucamberge, un personnage très haut en couleurs en relation avec le SDECE [le contre-espionnage français qui deviendra la DGSE en 1982]. Les Israéliens cherchent alors à acquérir à tout prix des armes françaises. Ils veulent tout : 100 chars AMX13, 40 obusiers automoteurs de 105 mm, et des avions à réaction dernier cri en quantité, 60 Mystère IV-A, la toute dernière merveille de Dassault, 60 Mystère IV-B, 24 Ouragan, 12 Vautour… Les armes seront effectivement livrées en quantités considérables. Dans le plus grand secret, les usines française vont alors commencer à tourner en plein rendement au profit d’Israël.

Il n’est pas écrit comment ce très jeune État, pas encore assis à tous points de vue, financera cet afflux de matériels de haute qualité. Cependant, les informations apportées par les infiltrés israéliens ou israélo-arabes dans les pays amis de l’Algérie (Égypte) s’avéreront précieuses pour les Français.
À la fin des années 50, donc, les Français veulent la Bombe depuis le fiasco de l’épopée de Suez, car la « simple » menace nucléaire russe (un bluff, mais qui a marché) a mis un terme à une opération conventionnelle de grande envergure, tandis que les Israéliens veulent « leur » bombe pour sanctuariser un territoire arraché aux Arabes et aux Nations unies en 1947. Les deux pays joueront donc la même partie, contre les Russes et les Américains. C’est peut-être la raison de l’israélophilie provisoire du Général, la bonne entente se terminant en juin 1967 lors de l’attaque « préventive » israélienne contre l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. Cette agression ne passera pas, que de Gaulle avait pressentie, et à propos de laquelle il avait sermonné le dirigeant israélien Ben Gourion. Qui passera outre.

Voici la conférence de presse de Charles de Gaulle qui fit tant de bruit en 1967. Il y explique en substance que la victime israélienne est devenue un agresseur, renversant le capital sympathie accumulé en sa faveur. Et que la militarisation d’Israël annonçait ses « gains » de territoires futurs :

 

Le Shimon Pérès homme de paix, il repassera. Il était le pivot du réarmement ou plutôt de l’armement israélien, et des guerres qui en ont découlé. Il a bénéficié de la complicité au plus haut niveau des dirigeants français, puis américains (après 1970), qui laisseront des « sociétés israéliennes » sur leur sol leur emprunter quelques secrets militaires essentiels, toujours dans le domaine de la haute technologie… Complicité volontaire ou « aidée », seuls les protagonistes le savent. Toujours est-il qu’en 1959, c’est le président de l’association France-Israël (déjà !), qui devient le ministre des Affaires atomiques du gouvernement de Michel Debré, nous dit Faligot. Seul Maurice Couve de Murville, le ministre des Affaires étrangères, ambassadeur au Caire pendant l’épisode de Suez, s’opposera durement à ce lobby pro-israélien installé au plus niveau de l’État.

 

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Le Mirage IV, porteur de la bombe atomique

 

La bombe israélienne était née (en 1966 ou 1967, soit un an avant la bombe H française), Shimon Pérès avait rendu un service inestimable à Ben Gourion et à tous les Israéliens, il ne manquait plus, après avoir obtenu la bombe des Français, qu’à trouver les « vecteurs », c’est-à-dire les avions ou les missiles capables de porter dans un grand rayon d’action (500 km, soit les grandes villes arabes) ces têtes nucléaires. Là encore, les Français accepteront de livrer quatre puis quinze Mirage IV à partir de 1961 ; quant aux missiles, c’est Shimon Pérès qui les « demandera » personnellement à Pierre Messmer. Les ingénieurs Dassault mettront un an seulement à livrer ce missile à longue portée.

Ce reportage explique (en anglais non sous-titré) la portée des différentes générations de missiles Jericho :

 

Le missile israélien, baptisé Jericho, tiré de la remorque d’un camion ou d’une base fixe, sera donc un bébé français. Il traversera même l’embargo français de 1967 dû à la guerre des Six-Jours. En tout, la France livrera 10 missiles longue portée à Israël jusqu’en 1970. Au début de l’opération, Marcel Dassault en personne rendra compte au Général de l’avancement de l’arme.

Shimon Pérès, Premier ministre de 1984 à 1986 puis de 1995 à 1996, prix Nobel de la Paix 1994 pour sa contribution aux accords d’Oslo (encore la Norvège) n’aura eu de cesse d’obtenir ce feu nucléaire. La grande œuvre de sa vie. C’est pendant la guerre du Kippour (où les Égyptiens auront appris de leurs erreurs de 1967) en 1973, acculé, que le régime israélien, enfoncé par la coalition arabe, lancera un ultimatum aux Américains : le feu nucléaire ou une aide massive. L’aide massive américaine sera « votée » dans la nuit.

Les médias du monde entier chantent les louanges de ce Mensch, qui n’aura eu de cesse de se battre pour la paix entre Palestiniens et Israéliens. Le Monde du jour relaye les communiqués des grands de ce monde, en commençant par les époux Clinton :

[Ils] ont regretté la disparition d’un « ami véritable et précieux ». Ils le décrivent comme « un génie avec un énorme cœur qui a su utiliser ses dons pour imaginer un avenir de réconciliation, non de conflit ».

George W. Bush, lui, a sans doute été aidé pour pondre ça :

« Par son humanité innée, sa décence, Shimon Pérès a inspiré le monde et contribué à suffisamment paver le chemin vers la paix pour que les générations futures puissent y marcher un jour côte à côte. »

Chez nous, des Laurel et Hardy de la géopolitique de la dépendance (à l’axe américano-israélien), ce mot magnifique :

Le président français, François Hollande, a quant à lui salué en Shimon Pérès un des « plus ardents défenseurs de la paix ». Il « appartient désormais à l’Histoire, qui a été la compagne de sa longue vie », a poursuivi le chef de l’État. De son côté, Manuel Valls a qualifié l’ancien président israélien de « conscience pour l’humanité, un bâtisseur de paix infatigable ».

On croit rêver ! Seul Netanyahou, l’opposant politique du « socialiste » Pérès, fera dans le moins faux-cul :

« Shimon a dédié sa vie à la renaissance de notre peuple. C’était un visionnaire tourné vers l’avenir. C’était aussi un champion de la défense d’Israël dont il a renforcé les capacités de multiples manières »

 

Analyser la politique israélienne avec Kontre Kulture

Le vrai Shimon Pérès, sur E&R :

 
 



Article ancien.
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