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Multiculturalisme, repentance, féminisme : un Québécois décrypte le malaise français

À l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Le multiculturalisme comme religion politique, Mathieu Bock-Côté a accordé un entretien fleuve à FigaroVox. L’intellectuel québécois y proclame son amour de la France et fait part de son angoisse de voir le multiculturalisme détruire les identités nationales.

 

[...]

En tant que Québécois, quel regard portez-vous sur la société française ?

Je m’en voudrais d’abord de ne pas dire que j’aime profondément la France et que j’hérite d’une tradition très francophile, autrefois bien présente chez nous, qui considère encore un peu votre pays comme une mère-patrie. La France, en un mot, ne nous est pas étrangère. Vous me pardonnerez ces premiers mots, mais ils témoignent de mon affection profonde pour un pays avec lequel les Québécois entretiennent une relation absolument particulière. En un mot, j’ai le sort de la France à cœur !

[...]

 

En France, le multiculturalisme semble moins agressif ...

Il domine aussi l’esprit public mais n’est pas nécessairement revendiqué par les élites, qui entretiennent, à travers la référence aux valeurs républicaines, l’idéal d’une nation transcendant sa diversité. On sait bien que la réalité est autre et que la référence républicaine s’est progressivement désincarnée et vidée de sa substance nationale depuis une trentaine d’années.

En fait, la France fait une expérience tragique du multiculturalisme. Elle se délite, se décompose sous nos yeux, et la plupart de mes interlocuteurs, ici, me confessent avoir une vision terriblement pessimiste de l’avenir de leur pays. J’ajoute, et je le dis avec tristesse, que les Français semblent nombreux, lorsque leur pays est attaqué, à se croire responsable du mauvais sort qu’ils subissent, comme s’ils avaient intériorisé pleinement le discours pénitentiel occidental, qui pousse nos nations à s’autoflageller en toutes circonstances.

Le multiculturalisme s’est imposé chez vous par une gauche qui, depuis le passage du socialisme à l’antiracisme, au début des années 1980, jusqu’à la stratégie Terra Nova, en 2012, a été de moins en moins capable de parler le langage de la nation, comme si cette dernière était une fiction idéologique au service d’une majorité tyrannique désirant écraser les minorités.

Il s’est aussi imposé avec l’aide des institutions européennes, qui sont de formidables machines à dénationaliser les peuples européens.

La droite, par ailleurs, toujours prompte à vouloir donner des gages au progressisme, a peu à peu abandonné aussi la nation, ou s’est du moins contentée de la définir de manière minimaliste en en évacuant l’histoire pour retenir seulement les fameuses valeurs républicaines.

Le multiculturalisme est la dynamique idéologique dominante de notre temps, et cela en Amérique du nord comme en Europe occidentale. Chez les élites, il suscite la même admiration béate ou la même passion militante. Il propose toujours le même constat : nos sociétés sont pétries de stéréotypes et de préjugés, elles sont fermées à la différence et elles doivent se convertir à la diversité pour enfin renaître, épurées de leur part mauvaise, lavées de leurs crimes. Pour emprunter les mots d’un autre, le multiculturalisme se présente comme l’horizon indépassable de notre temps et comme le seul visage possible de la démocratie.

La gauche européenne, en général, y voit d’ailleurs le cœur de son programme politique et idéologique.

Je note autre chose : le multiculturalisme est partout en crise, parce qu’on constate qu’une société exagérément hétérogène, qui ne possède plus de culture commune ancrée dans l’histoire et qui par ailleurs, renonce à produire du commun, est condamnée à entrer en crise ou à se déliter. Lorsqu’on légitime les revendications ethnoreligieuses les plus insensées au nom du droit à la différence, on crée les conditions d’une déliaison sociale majeure.

Mais devant cette crise, le multiculturalisme, loin de s’amender, loin de battre en retraite, se radicalise incroyablement. Pour ses thuriféraires, si le multiculturalisme ne fonctionne pas, c’est qu’on y résiste exagérément, c’est que les nations historiques, en refusant de s’y convertir, l’empêchent de transformer pour le mieux nos sociétés selon les termes de la promesse diversitaire.

Il faudra alors rééduquer les populations pour transformer leur identité et les amener à consentir à ce nouveau modèle : on cherche, par l’école, à fabriquer un nouveau peuple, ayant pleinement intériorisé l’exigence diversitaire. On cherchera à culpabiliser les peuples pour les pousser à enfin céder à l’utopie diversitaire.

C’est la tentation autoritaire du multiculturalisme, qui est tenté par ce qu’on pourrait appeler une forme de despotisme qui se veut éclairé.

 

Quels sont les points communs et différence avec la France ?

L’histoire des deux pays, naturellement n’est pas la même. La France est un vieux pays, une vieille culture, une vieille civilisation qui se représente généralement comme un monde commun à transmettre et non comme une utopie à exporter, même si la révolution française a eu un temps cette tentation.

En un mot, la France a des ressources inouïes pour résister au multiculturalisme même si elle ne les mobilise pas tellement le discours culpabilisateur inhibe les peuples et les convaincs que l’affirmation de leur identité relève de la xénophobie et du racisme.

Mais encore une fois, il faut le dire, c’est le même logiciel idéologique qui est à l’œuvre. Il repose sur l’historiographie victimaire, qui criminalise les origines de la nation ou réduit son histoire à ses pages noires, sur la sociologie antidiscriminatoire, qui annihile la possibilité même d’une culture commune, dans la mesure où elle n’y voit qu’une culture dominante au service d’une majorité capricieuse, et sur une transformation de la démocratie, qui sera vidée de sa substance, dans la mesure où la judiciarisation des problèmes politiques et le transfert de la souveraineté vers le gouvernement des juges permet de désarmer institutionnellement un peuple qu’on soupçonne de céder au vice de la tyrannie de la majorité.

En un mot, si l’idéologie multiculturaliste s’adapte à chaque pays où elle s’implante, elle fait partout le même diagnostic et prescrit les mêmes solutions : c’est qu’il s’agit d’une idéologie, finalement, qui pose un diagnostic global et globalement négatif sur l’expérience historique occidentale.

[...]

 

En France, vieux pays jacobin qui a fait la révolution, le multiculturalisme reste contesté malgré la conversion de la majorité de nos élites …

Il est contesté partout, il est contesté au Québec, il est contesté en Grande-Bretagne, il est contesté aux États-Unis, il est aussi contesté chez vous, cela va de soi. Sur le fond des choses, le refus du multiculturalisme repose sur le refus d’être dépossédé de son pays et de voir la culture nationale transformée en identité parmi d’autres dans une citoyenneté mosaïque. Il serait quand même insensé que la civilisation française devienne optionnelle sur son territoire, certains pouvant s’en réclamer, d’autres pas, mais tous cohabitant dans une fausse harmonie que de vrais propagandistes nommeront vivre-ensemble.

Le drame de cette contestation, c’est qu’elle est souvent inhibée, disqualifiée ou criminalisée. La simple affirmation du sentiment national a longtemps passé pour de la xénophobie plus ou moins avouée, qu’il fallait combattre de toutes les manières possibles. D’ailleurs, la multiplication des phobies dans le discours médiatique, qui témoigne d’une psychiatrisation du débat public : on veut exclure du cercle de la respectabilité démocratique ceux qui sont attachés, d’une manière ou d’une autre, à l’État-nation.

On ne sortira pas de l’hégémonie multiculturaliste sans réaffirmer la légitimité du référent national, sans redonner ses lettres de noblesse à un patriotisme enraciné et décomplexé.

[...]

 

Depuis quelques années, on observe également en France la percée d’un féminisme identitaire qui semble tout droit inspiré de Judith Butler. Quelle a été son influence au Québec et plus largement en Amérique du Nord ? Ce féminisme est-il une variante du multiculturalisme ?

Ce féminisme est dominant dans nos universités et est particulièrement influent au Québec, surtout dans une nouvelle génération féministe très militante qui voit dans la théorie du genre l’expression la plus satisfaisante d’une certaine radicalité théorique qui est pour certains une drogue dure. La théorie du genre, en d’autres mots, est à la mode, très à la mode (et elle l’est aussi plus généralement dans les universités nord-américaines et dans les milieux culturels et médiatiques), et il est mal vu de s’y opposer. Il faut pourtant dire qu’elle est portée par une tentation nihiliste radicale, qui entend tout nier, tout déconstruire, au nom d’une liberté pensée comme pure indétermination. C’est le fantasme de l’autoengendrement. La théorie du genre veut éradiquer le monde historique et reprendre l’histoire à zéro, en quelques sortes, en abolissant la possibilité même de permanences anthropologiques.

Lire l’intégralité de l’entretien sur lefigaro.fr

Voir aussi, sur E&R :

 



Article ancien.
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24 Commentaires

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  • Les élites ne sont pas seules responsables, les individus, pris un par un, le sont aussi, par leur renoncement, leur ’je m’en foutisme’, leur prise de distance avec l’action ’ civique’ et les zélites font ce qu’ils veulent parce que justement le peuple leur laisse le champs libre"


  • Multiculturalisme ? Qu’apporte les Africains à la France sinon leur force de travail ? La culture africaine ? Une plaisanterie, c’est placer les ridicules "remèdes" de leurs sorciers au niveau de la médecine occidentale . Il n’y a qu’une culture qui soit valable et qui aie fait ses preuves dans le monde, c’est la culture occidentale dont l’origine se trouve dans "le miracle grec", c’est à dire en fait l’invention révolutionnaire de l’athéisme et donc de la science .

     

    • Tant de sottises en 5 lignes, c’est un miracle !

      La civilisation égyptienne, mésopotamienne, amérindienne, chinoise ?? Ca n’existe pas, c’est de la merde ? Ils n’ont rien apporté ?

      Sinon, les grecques n’étaient pas athés mais polythéistes. Et la naissance de la science occidental vient en grande partie du sud de la méditerranée, via les échanges entre civilisation catholique et islamique ( du 10ème au 12ème ), ce qui a d’ailleurs été une des causes de la renaissance.

      Un peu de lecture, et un peu moins d’écriture, parce que là vous démontrer sincèrement une grande méconnaissance de l’histoire.


    • Pas du tout d’accord
      Les remèdes de médecine naturelle sont largement meilleurs que la chimie imposée par la médecine occidentale à la botte des multinationales pharmaceutiques. La médecine chinoise dépasse largement le niveau de la médecine occidentale.
      Les Africains ont leur chamane qui peuvent communiquer avec les esprits de la nature, comme ce l’était chez les celtes plus près de nous. Eux savent ce que les autres croient ou prennent pour des contes !
      L’athéisme est une attitude ou une doctrine qui nie l’existence de quelque dieu ou divinité que ce soit, contrairement à l’agnosticisme qui considère que personne ne peut répondre à ces questions. Croire ou ne pas croire signifie ne pas savoir.
      Quant au miracle grec c’est amusant quand on pense à Platon qui savait car communiquait avec les Dieux http://www.persee.fr/doc/phlou_0776...
      La science n’est bonne que quand elle est au service de l’humanité. Au fait il existe des appareils scientifiques qui peuvent capter les énergies subtiles que voient les clairvoyants.
      Seule la multidimentionnalité pourra réconcilier les hommes !


    • A Marc, vous oubliez les sumériens, les premiers d’entre tous...Quant au commentaire initial, n’importe quoi...


    • Qu’est ce que ton message apporte a la France si ce n’est tant de sottises.
      Pour infos, les grecs dont tu te gargarise fièrement, ils ont puisé dans la science de l’Égypte pharaonique Negre. C’est une vérité historique et anthropologique irréfutable. Thales de Millet a été larbin auprès des prêtres égyptiens qui lui ont enseigné la science.
      Il faut lire les écrits, les vrais et non pas la falsification historique dont bon nombre de nos intellectuels sont spécialistes.


    • Tout le monde sait que le père d’Aristote était un rabbi . Quant à Pythagore sa mère était une soudanaise . Hérodote - de sinistre mémoire - avait une mère Peul . On a retrouvé la tête en marbre d’Homère, que des érudits du Caire ont authentifié : ses trait étaient nettement négroïdes . Ne croyez pas tous les ragots de l’histoire officielle, écrite par des leucodermes narcissiques .


  • En France, quand on organise un spectacle ou un festival à caractère régional, j’ai toujours l’impression, que les organisateurs, se sentent obligé d’inviter des chanteurs ou des groupes étrangers, pour ne pas être taxé,de crypto-xénophobe (c’est l’impression que j’en ai)

     

  • On pourrait même préciser que la fête du travail du 1er mai est plutôt devenue la fête du multiculturalisme quand on voit les défilés qui y ont participé, comme on peut le voir dans la première partie de cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=pNP...


  • Je termine actuellement Nous n’attendrons plus les barbares de Jure George Vujic, qui analyse de manière très savante le sujet de culture dominante et de Kontre Kulture, intéressant, l’avant-propos est percutant.

     

  • Je suis d’accord quand l’auteur dit " pour ce qui est du multiculturalisme, on ne peut bien y résister qu’à condition d’assumer pleinement sa propre identité historique, ce qui permet de résister aux discours culpabilisants et incapacitants. Il faut donc redécouvrir l’héritage historique propre à chaque pays et cesser de croire qu’en l’affirmant, on bascule inévitablement dans la logique de la discrimination contre l’Autre ou le minoritaire "
    La France a longtemps eu une politique d’intégration qui a cessé progressivement quand le nombre d’étrangers n’était plus assimilable. Mais pire on a favorisé les communautarismes par la discrimination positive tout en interdisant aux Français de souche de se rattacher à la culture de leurs ancêtres.
    La plus grande discrimination s’est en réalité faite par la destruction systématique du peuple catholique, celui-ci basé sur le principe d’amour et de fraternité. Nous imposer la religion de l’avant-garde haineuse et si peu spirituelle ne fera pas reculer le désastre.


  • Multiculturalisme, repentance, féminisme,... République, athéisme, libéralisme, individualisme, etc en décroissant, tout cela partant d’un fait : la mort du Roi ! Le meurtre de la société traditionnelle tripartite.


  • Je n’avais jusqu’alors jamais lu un condensé aussi brillant de tout ce que pense et ressens ; bravo à ce monsieur d’avoir su le mettre en phrases claires !
    ... (Les esprits chagrins diront encore qu’il ne remonte pas aux vrais responsables de ce multiculturalisme, mais ce n’est le propos ici : le seul constat suffit).

    Son paradigme final est d’ailleurs on ne peut plus convaincant : le conservatisme est l’acceptation de notre héritage contre nos pulsions les plus destructrices (sublime définition, non ?), et le corollaire principal du multiculturalisme est toujours la fin de notre enracinement (donc de notre équilibre, via un fond commun qu’il nous faut avec notre environnement direct), ce qui est toujours la voie royale vers l’aliénation de l’individu (ce qui est le TOTAL inverse de notre destinée, selon moi !)

    Merci à mr Bock-côté ; cordialement, FB.

     

  • @kagemi

    " la science de l’Égypte pharaonique Negre"

    C’est quoi ce délire ? Depuis quand l’Egype était nègre ? Je suppose que tu dois être un des ces adeptes des théories de Cheikh Ante Diop et qui traite touts les autres Noirs, comme moi, de complexé qui n’adhèrent pas à ces idioties. Mais il y a encore mieux comme délire : le bouquin Black Athena qui prétend que la civilisation grecque aurait des origines africaines. Ce livre a bcp de succès chez les pro-Black américains et tout aussi complexé comme toi. Bonne lecture.


  • Seul gros hic comme d’habitude, il n’évoque aucunement les gens très nombreux en France a porté allégeance a un pays étranger(Israël) et a imposer les intérêts de ce pays étranger a la France !
    Mais bon il est vraie que les patrons de ce merdier sont intouchables et bénéficient d’une omerta non-négociable dans les merdias de masses !


  • Et lorsqu’il parle des musulmans(tiens donc) il n’évoque étrangement pas ceux qui les font rentrer en masse, les mêmes qui vouent une allégeance non négociable a Israël !


  • Pour votre info, un Trump ou même un Zemmour feraient passer Bock-Côté pour un néocon sioniste pur et dur. Bock-Côté est un fan de Finkielkraut et du magazine Causeur d’Elisabeth Lévy. Il est très compatible avec la revue Valeurs Actuelles, si vous voyez le genre. Il tape sur les musulmans et le porte du voile, mais jamais sur la LDJ qui est pourtant installée près de chez lui à Montréal.


  • On dirait que les analystes de la société française sont moins cons outre-atlantique qu’en France.


  • Une société multi-culturelle est multi-conflictuelle.


  • Judith Butler est membre de la communauté qu’on n’a pas le droit de nommer.

    Pourquoi ne suis-je pas surpris ?


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