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"Nintendo Switch" : du virtuel pour tous les instants de l’existence

Le jeu vidéo à l’avant-garde du capital

Toi, oui toi qui es au bout du rouleau, toi qui n’en peux plus d’entendre parler de chômage, de migrants, de politique et de football, réjouis-toi ! En mars 2017, Nintendo aura enfin ce qu’il te faut : la nouvelle console Switch.

 

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Une fenêtre vers un monde meilleur à emmener partout avec soi

 

Switch, ça veut dire interrupteur, commutateur, transfert ou changement. Le changement c’est (encore) maintenant, le changement c’est pour bientôt, le changement qu’il est beau avec Nintendo, si beau qu’on l’a en vidéo : petite analyse d’une grosse publicité.

 

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Rien de subversif ne surgira de ce canapé. Il aurait au moins fallu qu’il soit rouge.

 

À première vue, ça ressemble à une console de salon tout à fait banale. Le mec est posé dans son canapé et on suppose que tous ses amis se trouvent dans une configuration semblable, ici ou là en Occident.

Puis voilà que le clebs a envie de sortir. Jusqu’à maintenant, il fallait lui envoyer un bon coup de pied pour qu’il nous foute la paix jusqu’au prochain point de sauvegarde. Mais avec la nouvelle console Switch, plus besoin de taper son chien ! On connecte les contrôleurs de jeu à un écran portable et hop ! sans même interrompre la partie, on peut sortir tout en gardant son esprit enfermé.

 

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Du chien qui court dans l’herbe ou de son maître, lequel a la vie la plus trépidante ?

 

Et avec Nintendo, quelle que soit l’horreur du monde moderne, peu importe ! Ça va switcher toute la journée où que tu te trouves, et même la blonde que tu croiseras à l’aéroport ne sera plus rebutée par ton chômage ou ton acné puisque les personnages des écrans feront écran aux personnes.

 

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– Salut ! comment tu t’appelles ?
– KittyChaton658, et toi ?

 

Puis, une fois arrivé à l’hôtel (sans la blonde), retour à la configuration initiale : le canapé. D’ailleurs, à l’avenir, pourquoi s’emmerder à construire des maisons et des chambres d’hôtel autour des canapés ? On se le demande. Tant qu’il y aura des écrans en face, on aura beau les mettre dehors, sous la pluie, dans des décharges publiques ou dans des fosses aux lions, les gens iront s’asseoir dessus.

Et bien entendu, avec Nintendo, le jeu vidéo c’est pas macho : c’est aussi pour les filles. Le geek mâle tout pâle, tout moche et tout seul, c’est un vieux cliché dont les marchés ne veulent plus entendre parler.

 

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Après avoir obtenu le salariat et la cigarette, la femme moderne aura droit au canapé et à la virtualité. Parce que sinon c’est pas juste.

 

Et puis là, comme on est bientôt sur la fin du sketch, bouquet final : tout le monde est joyeusement réuni autour de l’écran. Les filles et les garçons, les Blancs et les Beurs... Voilà que la modernité s’offre à nous dans la pureté absolue de son spectacle enfin réalisé : égalitarisme, multiculturalisme, virtuel et Coca-Cola. Ouf ! L’évolution de la civilisation nous a inquiétés quelques temps, mais nous voilà rassurés.

 

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Le vivre-ensemble, ce fameux projet du mourir-isolé : Nintendo valide.

 

Puis, pour que l’indistinction se réalise définitivement, Nintendo nous invite à devenir de vrais faux compétiteurs sportifs. Le présent et l’absent, le beau et le moche, le réel et le virtuel, le sport et la glandouille... tout est réduit en bouillie et, de cette purée marchande, tel un phénix (version poulet KFC aux hormones transgéniques, sans plumes, qui louche, cancéreux du cloaque), surgit le concept du siècle : le e-sport, ou sport électronique. Nos warriors de la modernité se pointent dans un stade, font apparaître leurs avatars virtuels sur écran géant et voilà que le public en liesse applaudit... on ne sait qui, on ne sait quoi. D’ailleurs, une fois que Nintendo aura distribué des écrans à tout le monde, pourquoi en planter un nouveau dans un stade pour qu’on aille l’applaudir ? Là aussi, on se le demande.

 

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Avec le e-sport, comme dirait Guy Debord, tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation (pour les compétiteurs comme pour les spectateurs)

 

La Switch devrait coûter dans les 460 euros... Allez, faites pas vos difficiles. Ce n’est pas si cher payé, pour oublier les effets de l’argent.

 

Adrien Sajous, novembre 2016

 

 

Le monde de demain avec la Nintendo Switch :

 

Plutôt que de s’y oublier, comprendre le virtuel avec Adrien Sajous,
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66 Commentaires

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  • #1599489
    Le 12 novembre à 00:52 par L’étrangère
    "Nintendo Switch" : du virtuel pour tous les instants de l’existence

    J’ai beaucoup apprécié l’article mais je trouve ces considérations un peu trop graves et profondes pour un fait qui n’est pas aussi sérieux en soi. Je peux en témoigner : j’étais une enfant lorsque Super Mario est né en 1990 avec la Nintendo et j’étais super fan ! Finalement, je n’étais qu’une petite fille normale qui aimait jouer avec des personnages mignons, Mario, Peach, Toad, Luigi.... C’est extrêmement addictif certes, mais cela apprend aussi une certaine maîtrise de soi pour déjouer les pièges qui se trouvaient sur la route du plombier japonais. Je peux vous assurer que je ne fuyais aucunement le monde réel, c’était juste du bon temps avec mes héros, rien de plus.

    Tous les enfants ont des héros virtuels ( Schtroumpfs, Bécassine, Superman, Mandrake...) C’est quand même beaucoup moins grave que de s’adonner à des jeux cruels dans les cours de récré : des enfants s’asphixient, se frappent, se brûlent, se violent, se mutilent à la lame de rasoir dans les écoles... et ça, c’est pas du virtuel !

     

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    • #1599559

      Dans "Shining" de S. Kubrick, la porte de la chambre du petit garçon est constellée d’auto-collants illustrant des personnages de conte de fées, des "compagnons" imaginaires en quelque sorte.
      Kubrick choisit de symboliser l’accès du petit à un stade de conscience supérieur par la suppression de l’un de ces personnages (simplet en l’occurrence).
      Je pense que c’est exactement ça : il faut savoir se défaire de ces fausses représentations du monde pour mieux en appréhender la réalité. Le tragique prend trop souvent le pas sur la raison en la matière, notamment pour l’addict qui se complait dans cette virtualité en pataugeant quotidiennement dans des jeux stériles.

       
    • #1599818
      Le 12 novembre à 15:21 par L’étrangère
      "Nintendo Switch" : du virtuel pour tous les instants de l’existence

      Le parallèle que vous faites est intéressant. J’avais lu que ces autocollants sur la porte du petit Danny dans Shining symbolisaient un programme de domination mentale, MK Ultra et Monarch. Kubrick nous fait également comprendre à demi mot que Jack Torrence (interprèté magistralement par Nicholson) a abusé de son fils.

      Le petit Danny se serait donc créé un ami virtuel avec qui il parle tous les jours , Tony, ce dernier lui sauve tout de même la vie en lui révélant le massacre et le bain de sang à venir dans l’hôtel Overllook. Un film terrifiant qu’on a pas encore fini d’analyser. Si vous avez d’autres éléments, ou des sources, je serais ravie de pouvoir fignoler mes recherches sur ce film.

      "Patauger dans le virtuel" reste tout de même une chose normale chez les enfants, ça développe l’imagination aussi ! Personnellement j’avais créé un personnage qui s’appelait "Monsieur Corbeau", c’était mignon et j’écrivais ses aventures. C’est donc tout à fait sain pour la créativité d’un enfant.

      Mais au final, quand on est devant notre écran de PC, ne pataugeons-nous pas tous dans le virtuel ?

       
    • #1600063

      Un film terrifiant qu’on a pas encore fini d’analyser. Si vous avez d’autres éléments, ou des sources, je serais ravie de pouvoir fignoler mes recherches sur ce film.

      Sans doute avez vous déjà vu room 237 un docu-fiction qui propose une déconstruction de shining et une interprétation des intentions de Kubrick à partir des éléments du décor, des images subliminales, des incohérences voulues etc.
      Le doc ne fait pas l’impasse sur les flots de sang qui renverraient aux crimes de masse, aux génocides juifs et indiens, mais il est aussi question de la mission Apollo 11 qu’aurait filmé Kubrick en studio. De la s’en suivent des hypothèses à propos d’informations secrètes détenues par le cinéaste, qui aurait connu une sorte de rédemption en offrant les clés à ceux de ses spectateurs les plus méritants afin de lever le voile sur une réalité bien sombre.

      Il est clair aussi qu’à notre échelle d’individu la réalité est rarement tout rose et que cela apaise de virtualiser nos quotidiens par la lecture, le cinéma les jeux ou le net.
      Surfer de temps en temps n’est pas patauger, même si ça arrive, je n’ai pas de sablier sous les yeux. Certains liens vous font atterrir sur des sites piégeux et chronophages. Un peu comme...bref.

       
    • #1600653
      Le 13 novembre à 16:12 par L’étrangère
      "Nintendo Switch" : du virtuel pour tous les instants de l’existence

      Alunisson,

      J’ai trouvé une source en Anglais que l’on peut consulter sur le web, cela s’appelle le "Kubrick´s code" et l’auteur rejoint ce que vous dites puisqu’il dit " the nidden messages are not so hidden" . Que Stanley soit un repenti qui rachète son âme en nous dévoilant les secrets de ce monde est extrêmement excitant en soi. Les briques jaunes du Magicien d’Oz nous montrent la voie pour comprendre comment ce monde à basculé vers les forces du Mal.

       
  • #1599507

    Drogues digitales

     

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  • #1599546

    Aucun jeu ne vaudra une promenade sur la plage avec mon chien et un freesbee .

     

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  • #1599583
    Le 12 novembre à 08:32 par Lumpenprolétariat
    "Nintendo Switch" : du virtuel pour tous les instants de l’existence

    Et la réalité virtuelle qui arrive à grand pas...

     

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  • #1599601

    Une époque con-nectée...

     

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  • #1599651

    C’est surtout qu’il faut garder un certain recul par rapport à tout ça.
    Je suis joueur, j’ai 35 ans, j’ai commencé depuis les tous premiers jeux vidéos, en grandissant je joue toujours bien sur mais avec un détachement qui vient naturellement.
    Je veux dire par la qu’il faut savoir faire autre chose de ses journées. Plus facile à dire qu’à faire c’est sûr, mais bon.
    Après j’ai toujours pensé qu’entre un mec qui picole à longueur de temps au bistrot du coin et un joueur, j’ai tendance à plus "m’intéresser" au joueur ...
    Etant informaticien en plus ..
    Pour en revenir à Nintendo et au sujet évoqué, et comme souligné dans certains commentaires, Nintendo à l’image de la convivialité et par rapport à ça chapeau même si personnellement je suis plus "PCiste".
    Dans une société où le coût de la vie devient exorbitant pour de plus en plus de gens, où peu d’alternatives existent pour se sentir épanouis et "exister", le jeu vidéo à un avenir radieux.

     

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    • #1601188

      salut
      Parallèle avec toi, j’ai 36 ans, informaticien réseau de formation (même si je ne travaille plus dans le secteur aujourd’hui)

      J’ai commencer à jouer a 6 ans et à 8 je programmer mes jeux sur mon CPC 464 (ordinateur Amstrad à K7 audio). J’habitais à l’époque en Banlieux parisienne.

      Unique blanc de ma classe, heureusement qu’il y avait les jeux vidéo pour pas péter un plomb !
      A 25 ans gros, jouez d’E.-sport
      Aujourd’hui à 36 ans détachement total des jeux vidéo (que je trouve inintéressant) Les jeux vidéo sont un truc, une drogue de gamin.
      Le vrai problème ce n’est pas Nintendo (une compagnie qui répond à la demande du marché)
      De plus Nintendo nous pond toujours des jeux attractifs sur d’autres concepts que la violence, des consoles conviviales qui invitent à appeler des copains.

      Le vrai problème c’est le monde actuel et sa culture du DJEUN, traduisez par attarder de 30 ans avec 12 ans d’âge mental qui vie toujours chez maman...
      Avent nous aïeux se marier à 16 ans et avais des familles déjà complètes à 20 ans. La dureté et la réalité de la vie les rendaient moins cons, car ils vivaient dans le monde réel
      (aujourd’hui, attendre 40 ans pour faire une famille et des gosses c’est presque la norme)
      Le jeu vidéo n’est pas le problème, mais un médicament pour faire passer la nullité de ce monde de merde.

       
  • #1599677

    Bonjour,

    Sujet vaste et intéressant.Bien que le monde capitaliste et libéral offre un échappatoire face à la dure réalité du monde,je ne pense que la critique binaire (bon/mauvais) de ce type de divertissement soit constructive.

    En effet,si je mets de côté le salariat et je prends un individu qui fait des recherches sur les sujets politiques,historiques,géopolitiques,économiques,religieuses...Il arrive un moment où la nature humaine reprend ses droits et impose à cette personne un besoin de décompresser et se vider la tête.

    De ce fait,exclure certains divertissements et en banaliser d’autres n’est pas non plus quelque chose de judicieux car le choix de jouer à des jeux vidéos relève aussi des goûts de la personne.

    Cordialament.

     

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  • #1600073
    Le 12 novembre à 20:56 par Pornographeduphonographe
    "Nintendo Switch" : du virtuel pour tous les instants de l’existence

    J’ai pour ma part 24 ans, je suis un joueur assez régulier et je tiens à dire que les jeux vidéo sont un divertissement et un sujet complexe et qu’il est bien trop facile de cracher dessus, tout comme l’enjoliver. Comprenez par là que oui c’est un divertissement dans l’air du temps, c-est-à dire qu’il est soumis au modèle capitaliste, qu’il coûte affreusement cher et qu’il pousse au désir d’achat, il est également virtuel et donc éloigne l’individu de la réalité en isolant et plongeant ce dernier dans autre monde avec d’autres normes. Cependant, ce loisir est comme tout le reste des activités virtuelles ou non, il ne faut pas en abuser et il faut garder les pieds sur terre ; aussi celui qui sait faire la part des choses peut très bien prendre les jeux vidéo pour ce qu’ils sont, des jeux tout simplement. Il est vrai que les nouvelles technologies facilitent l’immersion et l’addiction avec un accrochage visuel et une facilité d’approche déconcertante mais, cela n’est qu’une évolution et il faut comme ici avec la switch faire la part des choses ; jouer aux jeux de sociétés nous plongent entre amis dans un univers fictif comme un mario kart et on s’amuse énormément tout comme lire un bon roman ou regarder un film nous isole comme le fait un jeu d’aventure. Je ne parlerais pas des jeux en ligne ou de la réalité virtuelle ici ça pourrait être long et je comprend et suis en accord sur de nombreux points avec ceux qui sont contre ça, tout comme l’e-sport. Mais s’il vous plaît ne faites pas preuve d’un manichéisme trop simpliste merci.
    Sur ce désolé pour les fautes d’orthographe et bonne soirée à tous !

     

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  • #1600829

    C’est vrai que sur ER on est pas du tout dans le virtuel

     

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  • #1601196

    Ok le spot est très maladroit, c’est une espèce de cliché gnan-gnan, mais c’est plus pour montré les capacités de la console plutôt que des situations "réelles". En temps normal, si je me pointe a l’apéro avec une console portable, je me fais vilipendé en 3 secondes montre en main, et a raison, et même après la commercialisation de cette Switch. Et c’est exactement pareil pour absolument TOUT le monde un tant sois peu socialisé ... Le mec qui ne décroche pas de son canapé n’en décrochera pas plus avec une console de "salon".

    Je trouve l’argumentation de cet article franchement limite, avec un parti pris assez virulent ponctué d’une psychologie de PMU. Durant la lecture, je me suis cru sur un journal mainstream, dur dur.

     

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