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Pourquoi Israël a occulté l’histoire de la survie de Nazareth en 1948

Ben Dunkelman, un "Juste" pour les Palestiniens

Une histoire peu souvent mentionnée de la guerre de 1948 – qui vit la création d’Israël – a trait à la survie de Nazareth. C’est la seule ville palestinienne dans ce qui constitue aujourd’hui Israël à n’avoir pas subi d’épuration ethnique au cours des combats qui durèrent toute une année. D’autres villes, comme Jaffa, Lydd, Ramleh, Haïfa et Acre, ont aujourd’hui des populations palestiniennes restreintes, qui vivent généralement dans des conditions semblables à celles d’un ghetto, dans ce qui est devenu des villes juives. D’autres encore, comme Tibériade et Safad, n’hébergent plus un seul Palestinien.

 

Nazareth ne fut pas seulement une anomalie, ce fut une erreur. Elle était censée être nettoyée de sa population palestinienne, tout comme d’autres villes palestiniennes aujourd’hui en Israël. Au grand regret d’Israël, elle est devenue une capitale non officielle pour les 1,6 million de citoyens palestiniens d’Israël, soit un cinquième de la population du pays.

La raison de la survie des Palestiniens de Nazareth réside dans les actions d’un seul homme. Ben Dunkelman, un Juif canadien qui commandait la Septième Brigade blindée de l’armée israélienne, désobéit aux ordres de chasser les résidents de Nazareth.

Le rôle de Dunkelman a largement été occulté dans la narration de cette histoire – et pour une bonne raison. Israël préférerait que les observateurs retiennent une hypothèse infondée, à savoir que si la Nazareth « chrétienne » a survécu, au contraire de nombreuses autres villes palestiniennes, c’est parce que ses dirigeants étaient moins militants ou parce qu’ils avaient préféré se rendre. L’histoire de Dunkelman prouve que ce ne fut pas du tout le cas.

Le fait qu’un important journal canadien, le Toronto Star, ait examiné à nouveau le rôle de Dunkelman à Nazareth est donc un développement bienvenu, même si son journaliste, Mitch Potter, a contribué à sa façon à la construction d’un mythe autour de Dunkelman dans un article intitulé «  L’homme de Toronto qui a sauvé Nazareth ».

 

Des mémoires expurgés

Il vaut la peine de se rappeler, quand on se penche sur les attaques qu’ont subies les villes palestiniennes en 1948, à quel point ces questions étaient sensibles pour Israël. Aussi bien Dunkelman qu’un autre commandant, Yitzhak Rabin, qui allait devenir Premier ministre plus tard, ont écrit leurs mémoires, dans lesquels figuraient leurs expériences de la guerre de 1948.

Sous la pression des autorités militaires israéliennes, tous deux ont supprimé de leurs comptes rendus les passages qu’ils avaient écrits sur les attaques menées contre les villes palestiniennes sous leur propre responsabilité. C’était parce que ces comptes rendus étaient la preuve, longtemps rejetée par Israël et ses partisans, que les dirigeants israéliens avaient bien eu l’intention, en 1948, de procéder à l’épuration ethnique de la majeure partie de la population palestinienne.

Quelque 750 000 Palestiniens – sur les 900 000 vivant à l’intérieur de ce qui allait devenir le nouvel État juif – furent forcés de s’en aller tout en se voyant refuser le droit au retour. En fait, le taux d’expulsion fut bien plus élevé que le chiffre connu de 80%. Sous les pressions du Vatican, Israël permit à de nombreux réfugiés chrétiens de revenir ; en 1949, il procéda avec la Jordanie à un échange de terres qui ramena plus de 30 000 Palestiniens dans le nouvel État ; et de nombreux réfugiés palestiniens parvinrent également à s’infiltrer et à regagner des communautés survivantes comme celle de Nazareth, puis à se fondre dans la population locale en préparation d’un retour espéré dans leurs villages.

Rabin dirigea les assauts contre les villes palestiniennes de Lydd et de Ramleh, près de Tel-Aviv, qui sont devenues aujourd’hui les villes à majorité juive de Lod et de Ramla. Selon la partie manquante de son autobiographie, publiée plus tard dans le New York Times, Rabin demanda à David Ben Gourion, le premier Premier ministre d’Israël, ce qu’il fallait faire des 50 000 habitants de Lydd et de Ramleh. Rabin raconta : « Ben Gourion agita la main dans un geste disant : “Chassez-les !”  » C’est exactement ce que fit Rabin, après un terrible massacre de centaines d’habitants qui s’étaient réfugiés dans une mosquée locale.

Ben Gourion, comme l’a fait remarquer l’historien israélien Ilan Pappé, qui traita de cette époque dans son ouvrage, Le nettoyage ethnique de la Palestine, prit garde à ne pas laisser de trace écrite prouvant qu’il avait commandé l’expulsion des Palestiniens. En lieu et place, Israël allait promouvoir le mythe selon lequel c’étaient les dirigeants arabes voisins qui avaient donné l’ordre de s’enfuir à la population palestinienne.

Relevé de son commandement

Nous ignorons si Dunkelman eut une rencontre similaire avec Ben Gourion. Ce que nous savons, et le compte rendu du Star le confirme, c’est qu’il fut notifié clairement à Dunkelman qu’il était censé expulser les habitants de Nazareth. Dunkelman désobéit et permit à la ville de se rendre. Le lendemain, il était relevé de son commandement à Nazareth.

Le Star parle d’une page faisant allusion à l’attaque contre Nazareth et expurgée des mémoires de Dunkelman, en 1976, Dual Allegiance (Double allégeance). Nous le savons, parce que son « nègre » littéraire, le futur journaliste israélien Peretz Kidron, tenta d’intéresser le New York Times à l’histoire de Dunkelman, en guise de contrepartie à celle de Rabin. Le Times publia le récit de Rabin, mais ignora celui de Dunkelman.

Il vaut la peine de noter que Dunkelman garda si secret le compte rendu de son rôle dans l’attaque contre Nazareth que, selon leurs dires dans le Star, ni son fils ni son éditeur chez Macmillan n’étaient au courant des faits.

Dunkelman écrit qu’il avait été «  choqué et horrifié » par l’ordre de dépeupler Nazareth. Il dit à son supérieur, Haim Laskov : « Je ne ferais rien de ce genre. » Il exigea que son remplaçant donne «  sa parole d’honneur » que les habitants seraient autorisés à rester, et conclut :

« Il semble que ma désobéissance ait eu quelque effet (…) Elle semble avoir donné au haut commandement le temps de revenir sur sa décision, ce qui l’amena à conclure que ce serait en effet une erreur de procéder à l’expulsion. On ne parla plus jamais du plan d’évacuation et les citoyens arabes de la ville y ont toujours vécu depuis. »

Lire la suite du récit sur pourlapalestine.be

Sur Nazareth, voir aussi :

 

70 ans après l’expulsion des Palestiniens, rien n’est réglé, voir sur E&R :

 



Article ancien.
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