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Précarité et pauvreté : une bombe à retardement ?

Un mot chasse l’autre : on évoque désormais la précarité plutôt que la pauvreté ? Les deux mots désignent-ils la même chose ?

 

La pauvreté touche une fraction de la population, la précarité tend à devenir un statut général. On compte en France officiellement 8,6 millions de pauvres, le seuil de pauvreté correspondant à 60 % du salaire médian (à ne pas confondre avec le salaire moyen), soit environ 1 000 euros par mois. Les chômeurs ne sont pas les seuls concernés. S’y ajoutent les bénéficiaires du RSA (deux millions de personnes qui perçoivent moins de 500 euros par mois), des retraités (plus d’un million de personnes) et même certains salariés (les « travailleurs pauvres », près de deux millions de personnes), car avoir un emploi ne protège plus automatiquement de la pauvreté. On compte aussi 3,8 millions de mal-logés et 3,9 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire.

L’inquiétant est que la situation s’aggrave. À l’époque des Trente Glorieuses, la classe moyenne s’étendait constamment parce que les enfants parvenaient en général à obtenir des emplois meilleurs et mieux payés que ceux de leurs parents. C’est le contraire qui se produit aujourd’hui. Le chômage structurel entraîne une baisse ou une stagnation des salaires, nombre d’enfants vivent moins bien que leurs parents et la classe moyenne n’a d’autre ressource que de s’endetter pour maintenir son niveau de vie. L’ascenseur social s’est mué en descenseur. La précarité, qui est étymologiquement liée à la dépendance (en droit romain, est précaire ce qui n’est octroyé que grâce à une concession révocable à tout moment par celui qui l’a accordée), s’accentue depuis le milieu des années 1980, constituant une trappe qui se resserre sur la population la plus vulnérable. Dans un monde liquide, où rien ne s’inscrit plus dans la durée, elle devient une norme, un horizon indépassable, liée à l’idéologie de la « flexibilité » et de l’adaptation permanente aux exigences du Capital.

 

Une fraction croissante du peuple français se sent abandonnée, socialement et culturellement. La demande de protection est donc forte ?

Oui, mais la protection sociale a beaucoup évolué ces dernières années. Traditionnellement, les libéraux lui reprochent de coûter trop cher et de freiner la dynamique économique. Les États, confrontés du fait de la mondialisation à un risque de dumping social et fiscal, cherchent eux aussi à remettre en cause les acquis sociaux, alors même que les programmes d’austérité qu’ils ont mis en œuvre pour faire face à leur endettement ont pour effet de détériorer la situation sociale du plus grand nombre.

Lire la suite de l’article sur bvoltaire.fr

Retrouvez Alain de Benoist chez Kontre Kulture :

Sur la situation sociale française, lire chez Kontre Kulture :

Alain de Benoist, sur E&R :

 
 



Article ancien.
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7 Commentaires

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  • #1575762

    Si les sans-dents ne sont pas assez mordants.... qu’ils bouffent leur soupe populaire avec une paille !!!...


  • #1575865

    Ils arriveront à gérer cela. Il leur suffit juste de patienter que les "vieux" (les plus de quarante ans) se rappelant encore des fastes du passé et ayant certaines attentes dans leur vie passent l’arme à gauche pour que les choses deviennent beaucoup plus simples à gérer. Les jeunes d’aujourd’hui, tu leur offres une piaule de 20 m², bien chauffé l’hiver, une connexion internet, un abonnement satellite, un accès à quelques loisirs (club de sport, muscu, McDo, Disneyland...), du cannabis et un RSA ("Revenu universel")...et tu les tiens au calme indéfiniment. Le problème c’est juste les vieux cons exigeants qui se rappellent d’un temps où un homme rêvait d’un emploi stable, d’un salaire lui permettant d’acheter une maison ou un appartement et de fonder une petite famille...tout ça de nos jours c’est "old school", suranné...
    Quant à la révolte de la classe moyenne entrepreneuriale ils attendront patiemment que la classe entrepreneuriale disparaisse d’elle même comme ils l’ont fait avec la paysannerie. Le tout c’est de trouver un équilibre subtile, faire en sorte à ce que les entrepreneurs installés vivotent à un niveau juste suffisant pour qu’ils ne se révoltent pas trop, attendre qu’ils prennent leur retraite et empêcher leur remplacement par des nouveaux arrivants...


  • Il n’y a pas d’explosion quand les pauvres s’enfoncent tous les jours un peu plus. Vidés, endettés et sans projet, ils meurent dans l’anonymat le plus total. Le pouvoir fait en sorte que rien n’apparaisse en occupant le reste de la populace à coup de luttes et de faits divers. "Si tu veux, du travail y’ en a !" qu’ils répètent avec leurs yeux fuyant. Le renouvellement du pauvre optimiste et enthousiaste, le salarié en or, ne peut venir que de l’extérieur. Camps de travail et bordels aux alentours, elle est là la bombe à retardement.


  • On ne dit pas assez aux enfants que presque tout va dépendre de leur travail à l’école : en France tout est pratiquement joué dès 20 ans : si par exemple on a réussi l’examen de première année de médecine, si on a réussi à intégrer une "grande école", c’est gagné, on fait ipso facto partie des "riches". En même temps que le diplôme c’est comme si la société reconnaissante vous remettait un joli chèque d’un million minimum qui vous sera débité mois après mois toute votre vie, et évidemment même pendant la retraite . Sinon toutes les statistiques le prouvent, quand on merde à l’école, on merdera toute sa vie . D’innombrables exemples démontrent que, même si on nait dans un foyer pauvre, les études permettent de nous en sortir, la pauvreté de l’adulte est le résultat, presque toujours, de son laisser-aller .

     

    • #1577277

      Tout se joue à la naissance.

      T’as ceux qui naissent chez des fortunés, d’autres chez des indigents et toute la latitude sociale entre les deux.

      Après, parfois, ça fourche dans la destinée.

      Puis, je connais des médecins qui ne sont absolument pas riches, et des connaissances de connaissances qui a 40 piges ne savent pas encore écrire correctement mais ont des centaines de milliers d’euros de côté « grâce » à la came.


  • #1577488

    ASSOMMONS LES PAUVRES ! - Charles Baudelaire

    Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des livres à la mode dans ce temps-là (il y a seize ou dix-sept ans) ; je veux parler des livres où il est traité de l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-quatre heures. J’avais donc digéré, — avalé, veux-je dire, — toutes les élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, — de ceux qui conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu’ils sont tous des rois détrônés. — On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.

    Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée, quelque chose d’infiniment vague.

    Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.

    Comme j’allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l’esprit remuait la matière, et si l’œil d’un magnétiseur faisait mûrir les raisins.

    En même temps, j’entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je reconnus bien ; c’était celle d’un bon Ange, ou d’un bon Démon, qui m’accompagne partout. Puisque Socrate avait son bon Démon, pourquoi n’aurais-je pas mon bon Ange, et pourquoi n’aurais-je pas l’honneur, comme Socrate, d’obtenir mon brevet de folie, signé du subtil Lélut et du bien-avisé Baillarger ?

    Il existe cette différence entre le Démon de Socrate et le mien, que celui de Socrate ne se manifestait à lui que pour défendre, avertir, empêcher, et que le mien daigne conseiller, suggérer, persuader. Ce pauvre Socrate n’avait qu’un Démon prohibiteur ; le mien est un grand affirmateur, le mien est un Démon d’action, ou Démon de combat.

    Or, sa voix me chuchotait ceci : « Celui-là seul est l’égal d’un autre, qui le prouve, et celui-là seul est digne de la liberté, qui sait la conquérir. »

    ...


  • #1577490

    ASSOMMONS LES PAUVRES ! - Charles Baudelaire

    ... Suite...

    Immédiatement, je sautai sur mon mendiant. D’un seul coup de poing, je lui bouchai un œil, qui devint, en une seconde, gros comme une balle. Je cassai un de mes ongles à lui briser deux dents, et comme je ne me sentais pas assez fort, étant né délicat et m’étant peu exercé à la boxe, pour assommer rapidement ce vieillard, je le saisis d’une main par le collet de son habit, de l’autre, je l’empoignai à la gorge, et je me mis à lui secouer vigoureusement la tête contre un mur. Je dois avouer que j’avais préalablement inspecté les environs d’un coup d’œil, et que j’avais vérifié que dans cette banlieue déserte je me trouvais, pour un assez long temps, hors de la portée de tout agent de police.

    Ayant ensuite, par un coup de pied lancé dans le dos, assez énergique pour briser les omoplates, terrassé ce sexagénaire affaibli, je me saisis d’une grosse branche d’arbre qui traînait à terre, et je le battis avec l’énergie obstinée des cuisiniers qui veulent attendrir un beefteack.

    Tout à coup, — ô miracle ! ô jouissance du philosophe qui vérifie l’excellence de sa théorie ! — je vis cette antique carcasse se retourner, se redresser avec une énergie que je n’aurais jamais soupçonnée dans une machine si singulièrement détraquée, et, avec un regard de haine qui me parut de bon augure, le malandrin décrépit se jeta sur moi, me pocha les deux yeux, me cassa quatre dents, et avec la même branche d’arbre me battit dru comme plâtre. — Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l’orgueil et la vie.

    Alors, je lui fis force signes pour lui faire comprendre que je considérais la discussion comme finie, et me relevant avec la satisfaction d’un sophiste du Portique, je lui dis : « Monsieur, vous êtes mon égal ! veuillez me faire l’honneur de partager avec moi ma bourse ; et souvenez-vous, si vous êtes réellement philanthrope, qu’il faut appliquer à tous vos confrères, quand ils vous demanderont l’aumône, la théorie que j’ai eu la douleur d’essayer sur votre dos. »

    Il m’a bien juré qu’il avait compris ma théorie, et qu’il obéirait à mes conseils.