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Quels liens entre l’euro et la crise écologique ?

À l’occasion de la sortie de mon nouveau livre L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe, j’ai donné une interview à Laurent Ottavi de la revue Limite.

 

Vous écrivez que l’euro a donné un coup d’accélérateur à la financiarisation de l’économie : il « a établi la prééminence des banques et des banquiers dans la société française, a mis les logiques de la production au service de cette finance et de ces financiers ». En quoi l’euro tel qu’il a été conçu et financiarisation vont-ils nécessairement de pair ?

C’est quelque chose que l’on comprend en regardant l’article 63 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne qui stipule que : « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites » [1]. Non seulement l’UE interdit les restrictions entre les pays membres, ce qui pourrait – à l’extrême rigueur – se comprendre, mais elle les interdit entre les pays membres et des pays non-membres, ce qui relève clairement de l’abus de pouvoir. Les règles de l’Union Économique et Monétaire, ce que l’on appelle la « zone euro », sont des règles qui visent à enraciner la financiarisation dans nos économies. Ces règles correspondent assez largement à ce que voulait l’Allemagne, dont on oublie un peu vite qu’elle est passée d’un modèle d’économie industrielle à un modèle d’économie financière dans les années 1990. Les grandes banques allemandes ont été très actives dans la spéculation internationale, plus que les grandes banques françaises, et aujourd’hui elles en payent le prix, comme on peut le voir avec la quasi-faillite de la Deutsch Bank.

Au-delà de cette anecdote, l’impact de la crise des subprimes, qui fut à l’origine une crise du système hypothécaire américain, sur la zone Euro est très significatif de cette financiarisation accélérée engendrée par l’euro. Si les banques européennes ont été aussi sensibles à cette crise, c’est parce qu’elles avaient massivement acheté des titres qui se sont révélés « toxiques » quand cette crise a éclaté. Là aussi, il convient de rappeler que les banques allemandes furent particulièrement touchées [2]. L’euro, ou plus précisément l’UEM, organise l’interconnexion totale et sans entrave entre les pays membres et la finance internationale, dont on a pu mesurer toutes les influences négatives [3].

Cela a des conséquences importantes sur le fonctionnement de nos économies, en déformant leurs structures au profit d’activités spéculatives et en en raccourcissant l’horizon. Le fait que les entreprises soient obligées de penser exclusivement dans le court terme, alors que leurs activités nécessitent de penser dans le moyen et le long terme est un facteur extrêmement important de dysfonctionnement du système économique.

 

On parle beaucoup des effets néfastes de l’euro sur l’industrie des pays du Sud mais quels sont ceux sur l’agriculture ?

L’Euro impose à toutes les agricultures d’être compétitives avec des agricultures des pays de l’Europe du Nord, qui emploient des travailleurs sous-payés (le cas des travailleurs polonais employés à 700 euros par mois) et qui ont des pratiques qui sont très peu écologiques (les fermes laitières géantes en Allemagne par exemple). Si nous avions des taux de change flexibles, entre la hausse de la monnaie allemande et la dépréciation de la monnaie française, nous aurions un écart de 25 %. Cela signifierait un accroissement du prix du lait (exprimé en « nouveaux » francs), par exemple, de 25 % pour les producteurs français. On voit immédiatement les conséquences sur la solvabilité des exploitations.

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Notes

[1] http://ec.europa.eu/finance/capital...

[2] Voir Sapir J., « From Financial Crisis to Turning Point. How the US ‘Subprime Crisis’ turned into a worldwide One and Will Change the World Economy » in Internationale Politik und Gesellschaft, n°1/2009, pp. 27-44.

[3] Ocampo J.A., Palma J. G. « Dealing with Volatile External Finances at Source : The Role of Preventive Capital Account Regulations » in J. E. Stiglitz et J. A. Ocampo (sous la direction de), Capital Market Liberalization and Development, Oxford, Oxford University Press, 2007.

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