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Robespierre : entre vertu et terreur

La conversion des pays communistes à l’économie de marché a précipité la disparition de l’horizon révolutionnaire qui avait nourri en Occident deux cents ans de vie politique. La vertueuse Terreur de Robespierre est remisée aujourd’hui, aux côtés de la dictature du prolétariat, au cimetière des paradigmes monstrueux d’une époque révolue. Faut-il toutefois se résoudre à ce que la démocratie ne soit qu’une collection d’individus, unis par les seules valeurs marchandes ? La capacité de prendre des décisions collectives pour infléchir le cours des choses a-t-elle été anéantie avec la foi dans la Vérité, qu’incarna un temps Robespierre l’Incorruptible ?

Au cœur de la guerre de Robespierre, La Fayette est suspecté, il entame des négociations secrètes avec les Autrichiens en pensant renverser la dictature bourgeoise à Paris. En juin 1792, Robespierre dans une déclaration sur les fortunes franchit un pas décisif. Il réalise la jonction du politique et du social-économique, il se rend compte que la défense des droits politiques du peuple ne suffit pas. Parce que ce sont des mobiles économiques qui poussent les ennemis du peuple à étouffer la Révolution comme les Feuillants. En comprenant que la « propriété » compte plus pour les Feuillants et les brissotins que l’intérêt général, la nation et les exigences du salut public, Robespierre va développer une pensée nationale et une action pré-marxiste.

L’insurrection du 10 août 1792 reste sa victoire. S’il n’est pas allé se battre et tremper son sang, son engagement, ses discours, sa prise de conscience socio-économique ont permis d’unir et de fédérer. Le 20 septembre 1792, au cri de « Vive la Nation », les soldats de Kellermann font reculer la meilleure armée de l’ancien régime à Valmy. Le 19 novembre, Goujon, déclare l’incompatibilité de prétentions commerciales et libérales avec la République. Le 29 novembre, Saint-Just prononce son « Discours sur les subsistances » pour redistribuer de la nourriture. Face à la démagogie qui gagne dans les rues que relaie les « Enragés » Robespierre contre-attaque en déclarant que « ce n’est pas du pain seulement que nous devons au peuple français (les despotes en donnent à leurs sujets), c’est la liberté cimentée par des lois humaines, c’est la dignité des citoyens, c’est la jouissance des droits sacrés de l’humanité et l’exercice de toutes les vertus sociales que la République développe »

Robespierre était le seul nationaliste, il agissait comme un homme d’état qui cherchait à sauver, à préserver la France attaquée de toute part. Certains ont reconnu, dans l’action de Robespierre, la seule attitude nationale possible (Alain Decaux). Pour les hommes d’Etat d’après les règles ordinaires de la morale, entre 1793-1794, il s’agissait de sauver le corps social ; il s’était prouvé que Robespierre n’y est fait dresser des échafauds de la terreur que pour abattre les factions, et il serait injuste de voir Robespierre comme un homme cruel et l’appeler « tyran ». Pour Louis XVIII, il faut plutôt voir en lui, une forte tête, un haut personnage, un grand homme d’état. Au fond, Richelieu (le bon criminel de robes), le grand sabre bourgeois, aurait sans doute fait plus que Robespierre s’il s’était retrouvé dans une situation semblable. Se rejoint à Louis XVIII, Charles Péguy, pour qui, « c’est Richelieu qui est humain, c’est Robespierre qui est humain, rien n’est humain comme la fermeté, je ne mets rien au-dessus de Robespierre sous l’ancien régime ». C’est une vue d’homme d’état pour Louis XVIII et non une vue d’esprit.

Ces combats, ces guerres contre les factions et les trahisons sont les mêmes que nos traitrises socialistes et le mépris des élites au pouvoir. Lutter contre l’empire dominant revient aujourd’hui à défendre ses frontières, l’Europe, au sens protectionniste de pays souverains, la France au sens du désengagement de Gaulle en mars 1966 (retrait du commandement militaire de l’OTAN) contre l’emprise américaine. Le Figaro et l’Aurore hurlaient au retour du « stalinisme » et du « péril russe ». Seul l’Humanité approuvait le bon sens de la démarche. Chirac (1995) puis Sarkozy auront forcé les portes du retour et renié définitivement toute la politique étrangère gaulliste. Sous couvert de "démocratie ", écrivait Pasolini, le nouvel ordre culturel impose les vertus de la "consommation " et du « crédit » comme progrès, et sous le concept de "tolérance ", il affirme "le conformisme le plus dégradé et plus délirant". Ce sont ces contradictions de la démocratie moderne, égarée entre rêve de pureté et volonté d’ordre, entre volonté d’efficacité et tentation d’exclusion, qu’explore Slavoj Zizek dans ce texte sur la violence divine de la Révolution. Et le paradoxe qu’il défend ici au travers les discours de Robespierre d’un rare panache, avec ce sens de l’analogie qui l’a rendu célèbre, c’est qu’il appartient peut-être au solitaire Robespierre de réapprendre au citoyen désabusé d’aujourd’hui les vertus de la décision et de la responsabilité collectives.

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Editions : Stock

Année : 2008

 
 



Article ancien.
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1 Commentaire

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  • #953207
    le 03/09/2014 par unpeudesérieux
    Robespierre : entre vertu et terreur

    Assez aberrant cet article. J’aimerais rappeler que le "bon Robespierre" a fait en l’espace de 10 mois seulement décapiter près de 16 000 personnes, dont une écrasante majorité de gens du peuple.

    Quant au "nationaliste" qui défend ces frontières, ne pas oublier que ce sont les révolutionnaires qui ont attaqué l’Europe et non l’inverse.