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Sergueï Lavrov : la Russie ne demandera pas à Bachar al-Assad de démissionner

Cela risque de tuer le suspense – et d’attrister un peu plus Alain Juppé – mais le chef de la diplomatie russe vient de le réaffirmer : Moscou ne demandera pas au président syrien de quitter le pouvoir.

S’exprimant mardi après-midi 31 janvier depuis Sydney en Australie où il était en visite diplomatique, Sergueï Lavrov a ainsi motivé la position de son pays sur la Syrie, et plus particulièrement sur son chef : « La politique russe ne consiste pas à demander à quelqu’un de démissionner. Le changement de régime n’est pas notre profession » a-t-il déclaré à la chaîne australienne ABC.

Cette mise au point du ministre russe des affaires étrangères ne constitue en aucun cas une surprise. Mais c’est une mise au point qui vient, si l’on peut dire, à point, juste avant la réunion de ce soir à New York du Conseil de sécurité, où doit être examiné le plan arabe – « amélioré » et approuvé par les Euro-américains – pour un soi disant règlement de la crise syrienne.

On rappellera que la clef de voute du dit plan était le départ du pouvoir de Bachar au profit de son vice-président, lequel serait chargé de négocier avec l’opposition CNS, et de former avec elle un « gouvernement d’union nationale ». Eh bien, la Russie vient, par la bouche de Sergueï Lavrov, de mettre un nouveau « feu rouge » à ces dernières petites habiletés diplomatiques arabo-occidentales. Il ne doit pas y avoir d’ingérence, militaire ou pseudo-politique, dans les affaires intérieures de la Syrie.

Opposition réelle contre opposition radicale ?

En parallèle, on doit signaler cette déclaration faite mardi 31 par l’ambassadeur de la Syrie en Russie Riyad Haddad au cours d’une interview accordée à la radio moscovite Ekho Moskvy. Le diplomate syrien affirme que des représentants de ce qu’il appelle « l’opposition réelle » seraient d’accord pour entamer des pourparlers avec le gouvernement : « Nous sommes prêts à mener un dialogue avec l’opposition, qui existe actuellement l’intérieur de la Syrie et qui a donné son accord pour mener un tel dialogue avec le gouvernement syrien », a dit l’ambassadeur.

Qu’entend-il par « opposition réelle » ? Evidemment l’opposition modérée qui veut la réforme plutôt que la révolution et la guerre civile. De telles forces existent, trois ou quatre partis s’étant créés en Syrie depuis l’été dernier, qui sont souvent animés par des opposants politiques confirmés, ayant même fait pour certains de la prison sous Hafez ou Bachar al-Assad.

Mais on pense aussi à Haytham Manaa, figure de proue d’une Coordination nationale rivale du CNS, opposant radical au départ mais ayant critiqué depuis l’inféodation du CNS à des puissances étrangères et condamné le rôle des groupes armés islamistes (voir notamment notre article « Le divorce est consommé entre le CNS et la Coordination nationale« , mis en ligne le 14 janvier).

A propos de ces derniers, l’ambassadeur Haddad explique que le gouvernement syrien ne considère pas les groupes armés actuellement en action dans le pays comme une opposition réelle : « Ce n’est pas une opposition, mais une bande armée, qui exécute des ordres de l’étranger« . Haddad a ajouté que ces groupes armés ont renoncé a mener un dialogue avec le gouvernement actuel et « obéissent à l’ordre américain de garder les armes. »