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Soudan du Sud : quand Le Monde prend ses lecteurs pour des pigeons ou des demeurés

Jean-Philippe Rémy, qui est journaliste au Monde, vit en Afrique depuis 1998. Dans le numéro du 11 juillet 2016, il signe un article dont le titre est : « Soudan du Sud : qui se bat contre qui et pourquoi ? »

Attiré par cette accroche, le lecteur curieux se précipite afin de connaître enfin les causes et les implications d’un conflit mystérieux qui a fait, et qui continue de faire des milliers de victimes. Mais une fois l’article lu, il n’a rien appris. Quoi d’étonnant quand, à la question : Qui sont les belligérants, Jean-Philippe Rémy répond :

« Après l’indépendance en 2011, deux hommes ont vu leur rivalité grandir au point de menacer l’équilibre : le président, Salva Kiir, et son vice-président, Riek Machar. En décembre 2013, (…) Riek Machar a fui pour éviter d’être tué (…) Sous forte pression internationale, les deux ennemis et leurs troupes ont tenté de cohabiter dans la capitale (…) les tensions sont allées en crescendo ces jours derniers sans que quiconque ne semble en mesure de les arrêter »

Qui sont Salva Kiir et Riek Machar ? Quelles sont leurs origines ? Pourquoi se battent-ils ? Le journaliste ne donne aucune information à ses lecteurs… si ce n’est que le président Salva Kiir est contesté par son vice-président Riek Machar. Nul besoin de lire Le Monde, journal officiel de la pensée unique française, pour l’apprendre…

Aurais-je eu l’incommensurable privilège doublé du bonheur quasi céleste de faire partie de la caste d’êtres supérieurs composant la rédaction du Monde, que j’aurais écrit différemment cet article :

Soudan du Sud : qui se bat contre qui et pourquoi ?

« Les terribles massacres qui ensanglantent le Soudan du Sud depuis l’indépendance de 2011 sont la conséquence de la guerre que se livrent Dinka et Nuer, les deux principales ethnies du pays. Le président Salva Kiir est Dinka alors que Riek Machar, son vice-président, est Nuer.

De 1956 à 2005 les populations chrétiennes et animistes de la partie méridionale du Soudan luttèrent contre le pouvoir nordiste musulman de Khartoum. Cette guerre d’indépendance fut menée par les Dinka. Quant aux Nuer, ils changèrent constamment de camp, rejoignant tantôt les Dinka, tantôt épaulant les forces de Khartoum. De telles tergiversations ont laissé des souvenirs mitigés aux indépendantistes dinka.

L’ethno-mathématique électorale explique la suite. Comme les Dinka sont plus nombreux que les Nuer, c’est donc tout naturellement, en bonne logique démocratique, qu’après l’indépendance, quand il fallut désigner un gouvernement, les premiers en prirent naturellement le contrôle. Mais l’hégémonie dinka fut combattue par les Nuer. Le gouvernement de Khartoum attisa le conflit en soutenant les Nuer afin de demeurer présent dans cette région riche en pétrole. »

Voilà ce qu’en quelques lignes, Jean-Philippe Rémy aurait pu écrire s’il était libéré de ce pesant carcan idéologique qui emprisonne les journalistes du Monde. Tout au contraire, dhimmi de l’idéologie de l’universalisme, du « vivre-ensemble », du « village-terre » et de la négation des différences, il est « par essence », contraint de nier le réel ethnique.

Ce faisant, il prend ses lecteurs-pigeons pour des demeurés. Voilà pourquoi s’effondrent les ventes d’un quotidien nourri de nos impôts et qui aurait depuis longtemps disparu des kiosques si nous vivions dans une économie concurrentielle.

Bernard Lugan

 

À lire également : « Près de 300 morts au Sud-Soudan ces dernières heures : le pays rebascule dans le chaos » (RT)

Voir aussi, sur E&R :

 
 



Article ancien.
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10 Commentaires

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  • Dans le torche-cul "le Monde" il ne faut surtout pas, de près ou de loin, évoquer "le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes", en l’occurrence le droit d’un peuple majoritaire à être... majoritaire . Il faut toujours laisser entendre que le seul droit "légitime" est "celui des sionistes à disposer des peuples" .


  • Monsieur Lugan, merci. Et merci au ciel de vous avoir permis de ne pas appartenir à cette caste incommensurablement supérieure.


  • Effectivement...combien de fois les journalistes disent le strict minimum quand la vérité n’est pas trop "Charlie".

    Après il y a deux catégories de lecteurs :
    celui qui sent bien qu’on ne lui dit pas tout et arrête de s’informer dans ce média et va voir ailleurs, mais il y a pire :
    Il y a le lecteur qui se dit que s’il ne comprend pas c’est parce qu’il est surement trop inculte... alors que c’est justement parce qu’on ne lui explique rien qu’il ne comprend pas grand chose.
    Donc ce lecteur là, lui, non seulement ne va plus lire ce média mais risque de ne plus lire aucun média du tout et ainsi devenir un type complètement apolitique sans aucun avis, sauf peut être l’avis ambiant, celui du Charlie de base.


  • Bernard Lugan y déchire ! C’est un boss de l’histoire africaine. ;)
    Et en plus il sait taper du bâton ( du sage ).


  • et vous vous attendiez a de la neutralité et de l’indépendance dans un journal appartenant au milliardaire Drahi ?

     

  • Les journalistes étaient persécutés et emprisonnés dans la pensée unique qu’on leur imposait.
    Mais au fil des générations de journalistes, ils se reproduisent dans cette prison.
    Et aujourd’hui c’est fait, cette prison est leur monde naturel.


  • Excellent !

    petites questions toutefois, tant qu’à essayer de comprendre, autant y aller à fond, parce que là c’est un peu plus complexe que dans Le Monde :

    La guerre d’indépendance fut donc gagnée alors. Comment s’appelle les deux nouveaux pays ? Soudan du Sud et Soudan du Nord ?

    Les Dinka font-ils partie des Chrétiens ou des animistes (ou autre) ? Comment se fait-il que ces deux catégories religieuses s’entendent mieux entre elles qu’avec les Musulmans du Nord ?

    Et les Nuer ? et qu’est-ce qui explique qu’ils passent d’un camp à l’autre ? Religion, ethnie, géographie, histoire (...) ? Pourquoi pas un pays pour eux tout seuls ? Vu la logique démocratique, leur avenir est sombre, donc soit un coup d’Etat soit une cission seraient leurs meilleures solutions.

    Quelle est l’ethnie musulmane qui a le pouvoir à Karthoum ? Comment l’a-t-elle obtenu ? L’ethnie dans ce cas a-t-elle un rôle à jouer aussi important ou la religion passe-t-elle d’abord pour ceux-là ? En cas de guerre civile dans un autre pays comme ça pris au hasard, la religion musulmane servirait-elle de ciment plus que la couleur de peau et l’ethnie à votre avis ?

    Merci beaucoup M. Lugan, ça fait du bien d’être traité autrement que comme un pigeon. J’aime beaucoup vos vidéos aussi, je commande un de vos livres immédiatement.


  • Clair, direct, précis : merci M. Lugan.


  • La réponse de Monsieur Lugan est incomplète. On sait qu’il s’agit en apparence d’un conflit ethnique. Mais qui a intérêt à ce que ce conflit existe et perdure ? la population ? je ne crois pas. Khartoum ? peut être un peu. Mais qui a soutenu l’indépendance du Soudan du Sud à l’ONU et peu partout ? Qui avait intérêt à morceler le Soudan afin que la région du sud pétrolifère échappe au contrôle d’Omar Béchir. Les mêmes qui ont soutenus l’indépendance du Soudan du sud ce sont eux qui attisent la guerre entre les partisans du président et ceux du vice président de ce pays. Tout ce chaos résulte des actions de certaines multinationales soutenues par des banques, bref l’oligarchie financière, l’Empire. Appelez George Clooney, ce grand défenseur de l’indépendance du Soudan du sud, qui martelait partout où il passait la nécessité d’aider cette région du Soudan à faire sécession, c’est lui qui traitait le chef d’état soudanais de tous les noms, il disait qu’après l’indépendance tout serait beau, parfait ; c’est ainsi que les médias mensonges occidentaux lui donnaient la parole encore et encore. Où est-il maintenant, où est-il ? pourquoi il ne parle plus sur le sujet ?