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Syrie : conflit américano-russe et hécatombe d’officiers du renseignement

Depuis le début du dit « printemps arabe », nombre d’officiers du renseignement de la région ont été écartés ou assassinés. D’où une question lancinante : coup du destin et pure coïncidence, ou bien signes d’une lutte secrète préparant l’élaboration des nouvelles lignes de la politique internationale au Moyen-Orient ?

Hier [lundi 5 novembre, ndlr], en Arabie Saoudite, le prince Mohammed ben Nayef a été nommé ministre de l’Intérieur suite à d’importantes mutations au sein des services du renseignement saoudiens dirigés par le prince Bandar ben Sultan. Ceci, dans le contexte d’une suite d’attentats survenus dans le royaume et dont certains sont restés secrets ou gardés sous le boisseau pour détourner les soupçons.

Les tendances du prince Mohammed ben Nayef en matière de sécurité sont notoirement connues. Il a été lui-même la cible à abattre par des extrémistes islamistes. Mais on ne sait pas grand-chose de ce qui se prépare pour la prochaine étape, sinon qu’il existe une précipitation vigoureuse à dominer les vents du changement qui soufflent sur le royaume tout en en essayant de calmer les esprits, car le ressentiment ne se limite pas à la région Est du pays. D’autant plus, que la mauvaise santé du roi Abdallah et l’absence de deux princes influents, Sultan et Nayef, exacerbent une situation des plus tendues.

Au Liban, le Général Wissam al-Hassan a été liquidé et il est absolument impossible d’exclure que cette liquidation ne soit pas en rapport avec l’axe qui relie l’Arabie Saoudite au Liban, à la Jordanie, aux États-Unis, et à certaines capitales de l’Occident et des Pays du Golfe. Une telle suspicion est partagée par nombre d’observateurs, car Wissam al-Hassan était directement impliqué non seulement dans l’incendie qui consume la Syrie, mais aussi dans les conflits internationaux et régionaux.

Cet assassinat a été précédé du décès du chef des renseignements et vice-président égyptien Omar Suleiman ; de l’assassinat du sous-ministre de la Défense et de responsables de la Sécurité en Syrie [attentat du 18 juillet 2012 à Damas, NdT] ; suivi de la mise à l’ombre d’Ali Mamlouk, chef du bureau de la Sécurité nationale syrienne, pour suspicion de complot dans l’Affaire Michel Samaha au Liban ; tandis que Hakan Fidan, directeur adjoint du Renseignement turc était assassiné à son tour ; et que Mohammed al-Zahabi, ancien chef du Renseignement jordanien, était arrêté pour corruption financière.

Il est difficile de comprendre ce qui se passe sans lier ces événements à quatre dossiers principaux ; ceux de l’Iran, de la Syrie, des mouvements salafistes, et de la concurrence politique et économique entre la Russie et les États-Unis. Le conflit entre les différentes coalitions régionales et internationales est à son comble. L’Occident, l’Arabie Saoudite, le Qatar, ainsi que d’autres pays du Golfe ont substantiellement soutenu certains partis de l’opposition syrienne. Rien que pour le Qatar, on parle de 11 milliards de dollars. Le nombre d’insurgés armés et les tonnes d’armes passées en Syrie ont ainsi atteint un niveau qui empêche la Russie de récolter les fruits de son soutien au gouvernement du président Bachar al-Assad, mais qui néanmoins reste insuffisant pour le renverser.

Entretemps, plusieurs ministres russes, tels ceux de la Défense et des Affaires étrangères, n’hésitent plus à déclarer haut et fort leur soutien aux autorités syriennes et leur refus de laisser tomber le Président al-Assad. Moscou est devenu une sorte de bouclier du gouvernement syrien. Elle accuse l’Occident, critique l’opposition, répète inlassablement qu’il n’y a de solution que par la négociation, le président syrien devant en rester partie prenante. Finalement, jusqu’ici elle a réussi à contrarier les projets occidentaux visant à modifier le pouvoir en Syrie.

Washington, profitant de la crise syrienne, a réussi son escalade agressive contre l’Iran. Elle a durci l’ensemble des sanctions à son encontre, a étranglé son économie, et a contribué avec certains de ses alliés à exacerber le sectarisme confessionnel contre ce pays et le Hezbollah libanais à la fois. Mais, M. Obama est arrivé en fin de mandat sans obtenir la chute du président syrien qu’il appelle de ses vœux depuis plus d’un an et demi. Al-Assad est toujours en place et l’armée syrienne se bat depuis près de deux ans.

D’un autre côté, la même coalition anti-syrienne s’est arrangée pour atteindre son objectif consistant à compromettre la Turquie dans sa guerre contre la Syrie ; laquelle a réagi en laissant la bataille l’atteindre à ses frontières et même en son cœur, à travers les Kurdes, les Alaouites et la province du Hatay.

Les chances de compréhension entre les pays du Golfe et les autorités syriennes sont désormais réduites à néant. Il se dit que l’émir du Qatar s’est rendu à Gaza pour rétablir sa popularité parmi les Arabes à travers la cause palestinienne, après en avoir perdu une bonne partie dans « les pays du printemps arabe ». Mais, il se dit aussi que cette visite devrait servir de couverture à la préparation d’une opération prochaine, politique ou militaire, en Syrie. L’opération pourrait débuter dans le nord par la création d’une zone tampon avec augmentation du niveau de l’armement de l’opposition et formation d’un gouvernement en exil. De plus, l’émir du Qatar aurait promis à ses alliés occidentaux de calmer les ardeurs du président palestinien Mahmoud Abbas, pour la reconnaissance d’un État palestinien par l’ONU.

Du côté opposé, l’Iran, la Syrie, et la Russie ont, dans une large proportion, réussi à attirer l’Irak dans leur camp. Des préoccupations, externe et interne, ont été suffisantes pour ramener la Jordanie à une neutralité minimale ; tandis que le Liban s’enfonce dans les répercussions de la guerre contre la Syrie et risque de payer un prix encore plus élevé si la guerre se prolonge.

Au plus fort des tentatives d’étranglement de l’Iran par l’économie, et de la Syrie par les armes, trois pays voient leur sécurité interne menacée : l’Arabie Saoudite, le Bahreïn et la Turquie. La situation politique pose problème en Jordanie. Le ton monte encore aux Émirats arabes par la voix du chef de la police de Dubaï qui s’en prend aux Frères musulmans ; tandis que nombre de décideurs invitent à plus de précautions à leur égard dans les Pays du Golfe, et que d’autres s’inquiètent de l’expansion iranienne au Yémen et aux limites de l’Arabie Saoudite.

Par conséquent, il est probable que nous ayons assisté à une guerre entre les différents services de renseignement, mais il est certain que la région est au bord de la guerre. Personne n’ose appuyer sur la gâchette le premier, mais la situation atteint l’intolérable. Il est difficile de s’imaginer que l’Iran puisse rester silencieux alors qu’il est asphyxié économiquement. Il est encore plus difficile de s’imaginer que la Syrie reste sans réagir en attendant l’arrivée des missiles anti-aériens entre les mains des insurgés armés sévissant dans tout le pays. Sans oublier que l’Occident commence à sérieusement s’inquiéter pour ses intérêts, et ceux d’Israël, devant l’élargissement du mouvement salafiste djihadiste de l’Irak à la Syrie, via la Jordanie et le Nord Liban, vers le Sinaï égyptien !

Il faut donc une guerre ou un accord. Les deux sont plus que jamais possibles, surtout depuis que les USA ont élu leur nouveau président. Nul ne peut se permettre un échec dans cette bataille des coalitions, car celui qui échouera pourrait tout perdre !

Traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original (en arabe) : As-Safir

 



Article ancien.
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7 Commentaires

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  • Je te tiens, tu me tiens par la barbichette orientale. Tu me déstabilises, je te déstabilise.
    Seul l’effondrement économique rapide de l’Occident peut sauver le Moyen-Orient et plus généralement l’Eurasie (jusqu’à Pétaouchnok...).
    La Russie et la Chine freinent des quatre fers pour ne pas tomber dans le piège USraëlien qui dans ses rêves les plus fous voudrait les voir s’impliquer directement afin de les affaiblir et les déstabiliser profondément. Ordo ab chao. Rien de nouveau sous le soleil d’Horus.
    Mais cela ne durera pas cinq ans de plus. Impossible ou ce sont vraiment des "dieux" dans leur domaine. Piero San Giorgio a raison, mais les autres aussi. Accélérations et ralentissements vont se succéder dans une chute sans fin.



  • Hakan Fidan, directeur adjoint du Renseignement turc était assassiné à son tour



    Hakan Fidan n’est pas mort...


  • Très intéressante analyse puisque révélant nombre d’informations inconnues ou cachées par la grosse presse. Concernant la synthèse : l’analyse des politiques US et Britannique avec le recul de plusieurs siècles montre bien que le statu quo n’est jamais une fin en soi pour ces 2 pays. C’est toujours un palier pour asseoir leur politique impérialiste des 30 années suivantes. Raisonnablement : on n’a que 2 choix : on s’asseoit sur notre liberté et accessoirement sur notre niveau de vie, ou bien on se prépare à une 3GM de plus de 40 ans. Si la Russie et le monde asiatique veulent promouvoir UN NOUVEAU MONDE, il devront 1) continuer le combat unis pendant 2 générations, 2) ne jamais céder que provisoirement, et surtout 3) obtenir le soutien des peuples de l’USROPAEL en respectant leurs principes démocratiques actuellement piétinés par l’Oligarchie Financière.

     

  • Vladimir Poutine avait bien laissé entendre, tant que la Russie vivra, cette guerre civile durera longtemps et ne fait que commencer. Plus aucun pays dans la région avec ces hostilités ne peuvent dormir tranquille maintenant, il l’ont bien chercher. Quant la chute de l’économie américaine fera domino sur ces pays du golf, leur milliard dans les banques US n’existeront plus.


  • Et si le cheik Hossein avait tout compris les arabes islamosionistes sont les pires ennemis des autres arabes ils vont s’entretuer pour une stupide guerre d’imposture religieuse en apparence !
    Mais en réalité pour un nouvel ordre mondial un pax judaica pour mettre en place le grand Israël ;les monarques du golfe ont négociés leurs postes de sultans vassaux et leur protection (croient ils..) ,à mon avis toutes les parties impliqués n’ont d’autre choix qu’une grande guerre régionale les coalosionistes ayant tout comploté et se retrouvant dépassé par leurs monstruosités ne peuvent laisser une telle instabilité menacer leurs intérêts à terme voir les terroristes qu’ils ont recrutés rester désœuvrés au risque qu’ils se retournent contre eux ; ils doivent donc disparaitre en se battant contre les russes et les iraniens et c’est là le rôle des visites des dirigeants occidentaux en Arabie un ultimatum pour que les saoud ne cesse pas de financer les terroristes et finissent le job coûte que coûte les attentats récents sont des avertissements pour le saoud si jamais il lâche le plan ils seront les dindons de thanksgiving !

    et de leurs côtés les russes et les iraniens ne pourront laisser l’emprise des islamosionistes s’etendre contre eux sans lutter contre ce fléau leur survie en dépend !

    et pour désamorcer une énorme charge tous les démineurs savent que l’explosion à distance est la meilleure solution surtout si ça se passe au proche orient eux sont loin les coalosionistes n’auront que des profits à en tirer tous les pays du proche orient vont être anéantis sans armée ni directions et finiront tribalisés et arriérés la condition optimale à une néocolonisation efficiente et bon marché !

    bref vous l’avez compris quand le vin est tiré il faut le boire !


  • "En 2010 […] les États-Unis ont maintenu leur position dominante dans la foire globale de l’armement, signant pour 21,3 milliards de dollars d’exportations d’armes. […].La Russie occupait la deuxième position, avec des ventes d’armements à hauteur de 7,8 milliards en 2010,[...] contre 12,8 milliards de dollars en 2009. [...] L’année dernière, les exportations d’armes des États-Unis ont totalisé 66,3 milliards de dollars, [...]. Bien qu’étant en deuxième position, la Russie était loin derrière, enregistrant des ventes à hauteur de 4,8 milliards."

    "Des 66,3 milliards de dollars d’exportations d’armes US en 2011, plus de la moitié était destinée à l’Arabie saoudite, ce qui représente 33,4 milliards de dollars."

    http://www.voltairenet.org/article1...

    En 2011 donc, les séoudiens ont acheté plus d’armes que les US en ont exporté en 2010 et plus que ce les russes ont exporté durant les deux dernières années... Bien que la part séoudienne doit-être soulignée, elle n’explique pas a elle seule le triplement des exportations d’armes US en un an seulement. US 1984 "la paix (chez soi) c’est la guerre(chez les autres)"
    La Russie en deux ans à divisé ces exportations par trois, vous avez entendu parler de faillite et de chômage dans ce secteur russe. Jusqu’à ce quelqu’un me donne cette info je conclu que la Russie a vu l’US-1984 depuis au moins 3ans et se réarme en conséquence.

    Je n’ai pas la tendance 2012 mais je crois que ces entreprises ne connaissent pas la crise.