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Trois questions à Paul Dautrans

Scriptoblog est une dynamique maison d’édition apparue il y a maintenant quelques années. Elle est principalement connue pour éditer l’oeuvre prolifique de Michel Drac. D’autres auteurs peut-être moins connus, mais tout aussi intéressants, y sont édités comme Paul Dautrans. C’est par l’intermédiaire d’une présentation lors d’une de nos réunions que nous avons découvert le "Manuel de l’hérétique" (kontrekulture.com), second livre de Paul Dautrans publié en 2010. Une lecture à la fois pertinente et hautement subversive.

Paul Dautrans a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Nous voilà partis pour une interview très politiquement incorrecte.

E&R Midi : Pensez-vous que la parole puisse se libérer dans le système actuel, ou le politiquement correct est-il inhérent à notre système ?

Paul Dautrans : Si par système vous entendez le système médiatique contemporain, la réponse est non. Les médias sont aux ordres des réseaux d’influence constitués principalement par et pour le Capital. Le Capital fabrique une forme de volonté collective, la volonté des capitalistes si vous voulez. Le travail des médias est de faire en sorte qu’aucune parole ne puisse émerger, qui remette vraiment en cause l’exercice de cette volonté.

La liberté qu’on vous laisse est de l’ordre de la liberté carnavalesque des villes médiévales, et encore. Même ça, on ne vous l’accorde que du bout des doigts. Oh, bien sûr, vous avez pleine liberté sur les petites choses. C’est incroyable le nombre d’options qui vous sont ouvertes quand on vous demande de choisir entre une version du système et une autre version du système. Et vous avez toute latitude pour transgresser à peu près tous les tabous que les cultures humaines, jusqu’à une date récente, considéraient comme indiscutables, « de nature » en quelque sorte. Mais toutes ces libertés infimes ne servent qu’à vous faire oublier la liberté, la vraie : celle de n’obéir qu’à votre conscience.

D’ailleurs, votre conscience, même, on va vous l’enlever. TF1 ne vous laissera aucun temps de cerveau disponible. Vous ne penserez qu’à travailler chez Bouygues pour vous acheter une maison Bouygues, et dans le salon, vous regarderez TF1 avec votre femme et vos enfants, qui eux-mêmes étudieront pour gagner l’argent qui permet d’acheter une maison Bouygues.

Si vous vous révoltez, ce conditionnement qui fait de vous une « Précieuse », un cerveau femelle fécondé symboliquement par le phallus du Capital, on l’oubliera, et on mettra à la place des formes plus dures de la domination, tartufferie institutionnalisée, chasse aux sorcières... C’est là que le politiquement correct méchant intervient : il sert à vous signaler le point à partir duquel il peut y avoir une mine à chaque fois que vous posez le pied.

L’antiracisme et le féminisme à la rescousse du capitalisme : entre les machines d’indifférenciation, il existe une harmonie spontanée, comme dirait l’Autre. C’est un dispositif fonctionnel indispensable pour solidifier le politiquement correct mielleux.

Ça a été très bien étudié, tout ça, et comme expliqué dans mon Manuel, c’est la forme modernisée des anciens systèmes de contrainte religieuse, ni plus ni moins. Sauf que l’Inquisition papale et les rôtisseurs de sorcière puritains, au moins, prétendaient sauver les âmes, alors que là, on prétend juste que ça va être « cool ». Vous allez crever comme un con sans avoir jamais connu la liberté : c’est cool.

La seule chose qui vous délivrera, c’est la faillite de Bouygues.

Dieu soit loué, c’est pour bientôt.

E&R Midi : Dans votre livre, vous donnez des solutions pour combattre le politiquement correct au niveau individuel, mais pensez-vous qu’il y ait des solutions collectives ?

Paul Dautrans : Oui : les sectes, les religions structurantes du social, d’une manière générale les groupes qui se dotent d’un cadre mental collectif spécifique. C’est pour ça que la machine les combat, d’ailleurs.

Nous vivons sous l’emprise d’une secte, la secte des riches qui adorent le Dieu Dollar. Cette secte fait tout son possible pour que les autres sectes soient fragiles, petites, et si possible, qu’elles disparaissent. Le reste, c’est-à-dire le vaste papotage tendance sur la défense de la liberté individuelle, c’est du sketch. Que penser d’un système où on trouve scandaleux que les religieux captent l’esprit des fidèles par des rituels obsédants, mais où on ne voit rien à redire au 4 heures de téloche quotidiennes du Français moyen ?

Le fond de l’affaire, c’est que le spectacle a remplacé le rituel, comme méthode numéro un pour tenir les esprits.

Alors forcément, dans ces conditions, tout rituel devient une forme de combat contre le politiquement correct. Tout espace extérieur à la sphère consumériste, en fait – mais pour l’essentiel de la population, ça se limite à la mystique ; la philo, c’est pour cinq pour cent des mecs, faut pas se leurrer.

E&R Midi : Quel est pour vous le politiquement correct le plus gênant au quotidien ?

Paul Dautrans : Le mou. Celui qui ne dit pas son nom. Celui qui paralyse les esprits sans les agresser, parce qu’il n’en a même pas besoin.

Le politiquement correct du mec qui n’ose pas draguer une fille parce qu’il ne veut pas se la jouer macho (alors que très probablement, la fille ne demande que ça).

Le politiquement correct du Blanc qui se laisse insulter par le Noir parce qu’il ne veut pas passer pour raciste (alors que très probablement, le Noir respecterait toute attitude virile).

Le politiquement correct de l’employé qui fait semblant de prendre au sérieux la « culture d’entreprise » de sa boîte de com (alors que très probablement, personne ne la prend vraiment au sérieux, pendant les slides du consultant, il suffirait que quelqu’un éclate de rire pour que tout le monde ricane en mettant sa main devant sa bouche).

Au quotidien, le « PC » qui me tape sur les nerfs, c’est celui-là. Surtout, ce qui le rend dur à supporter, c’est ce qu’il dit sur la nature humaine : la plupart des gens sont lâches, et c’est pour ça que la tyrannie s’impose.

 

Se procurer l’ouvrage chez Kontre Kulture


Le Manuel de l’Hérétique
de Paul Dautrans
 



Article ancien.
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2 Commentaires

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  • #9932
    le 18/04/2011 par djon
    Trois questions à Paul Dautrans

    mmm... je suppose que par "capitaliste" il entendait "élite neo-liberaliste"... ? Les coiffeurs, les couvreurs, les ébénistes, les épiciers sont aussi des capitalistes mais ne font ch*** personne, et leur voix n’est de toute facon pas représentée dans les médias...

     

    • #37108
      le 11/08/2011 par wizzz
      Trois questions à Paul Dautrans

      Bien sur il parle du grand capital.
      Un coiffeur, un ébéniste, un plombier ou un patron de bistrot n’est en rien un capitaliste, c’est quelqu’un qui est propriétaire de ses moyens de production et qui vit de son travail contrairement aux capitalistes qui eux ne travaillent pas mais s’engraissent en exploitant le peuple.