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Un jour en France : vendredi 13 mai 2016

Intermittents, pédocriminalité, Justice

Alors qu’ils venaient tout juste d’obtenir satisfaction (le 28 avril), après avoir occupé le très emblématique théâtre de l’Odéon et fait du tintouin dans les rues, voilà que les intermittents, cette armée d’ouvriers de la culture protégés par un statut spécial – et tant mieux pour eux, car c’est le fruit d’une lutte – menacent de bloquer les festivals de l’été. Ils mettent la pression sur le Medef, qui doit appliquer l’accord trouvé pour l’assurance chômage avant le 1er juillet. Sinon, c’est la guerre.

Il semble que les Français ne font plus trop confiance au gouvernement et à la Justice pour régler leurs problèmes. L’été socio-culturel sera chaud.

 

 

Action de groupe en famille

Il avait agressé sexuellement petit-fils et petit neveu, âgés aujourd’hui de 44 et 43 ans. Lors de son procès à l’automne dernier, il avait été condamné à un an de prison avec sursis, les faits établis étant quasiment tous prescrits. Mais les enfants, devenus grands, n’ont pas oublié : un soir, ils l’ont tabassé, et le vieux est finalement mort de ses blessures.

L’élimination d’un prédateur à enfants ne choquera pas grand monde. Certes, il aurait fallu livrer ce prédateur à la justice, mais quand on voit le sort très enviable des pédophiles par rapport aux braqueurs de banques, par exemple, sans même parler des criminels de la pensée, on se dit, bon, les enfants violés n’ont peut-être pas une grande confiance dans la justice. On a vu tant de juges étouffer des procès de réseaux et de pas réseaux qu’une certaine méfiance s’est installée. Cela ne justifie pas un meurtre, aussi « juste » soit-il, et on n’écrit pas cela pour se laver les mains : tout homme, même la pire des charognes, mérite un jugement équitable. On n’est pas à Nuremberg, n’est-ce pas. Cependant, toute la question est là : dans un Système qui justifie la prédation (économique, sociale, interhumaine), le prédateur sexuel n’est pas à proprement parler un monstre, pour les professionnels de la justice. Et ne parlons pas des pédocriminels de la politique et des médias, qui coulent des jours heureux. Une tolérance doublement dégueulasse. Sempiternelle question :

 

Peut-on se faire justice tout seul ?

La Justice l’interdit. Sinon ce serait l’anarchie, le cycle infernal des vengeances et contre-vengeances (voir la Corse, la Sicile). Mais s’il n’y a pas de justice, ou un semblant de, comment fait-on ? On attend que Dieu ou le Destin règle les choses ? C’est risqué.
Aide-toi et le ciel t’aidera, a probablement dit le Christ. Tout ne tombe pas du ciel, à part la pluie et les bombes. Donc là où elle vient à manquer, les hommes prennent la justice en charge. Avec plus ou moins de délicatesse. Ça donne le lynchage à l’américaine (les voleurs de chevaux, les Noirs des plantations, les Chinois du rail, et bien sûr les Indiens ou Natives), puis la vengeance instinctive s’institutionnalise dans ce qu’on appelle « les procès », un peu plus équilibrés, qui deviennent progressivement la norme sur terre (enfin, pas encore partout).

Malheureusement, le conflit dominants/dominés vient dérégler le jeu : la justice ne peut par définition exister, dans une forme relativement pure ou impartiale, puisque les revendications du bas ne peuvent être admises par le haut. On finit toujours dans le ou la politique. À moins de refiler gentiment le pouvoir au peuple – ce qui est du domaine de la blague de fin de Nuit Debout –, la démocratie n’existe pas. En revanche, il existe des formes démocratiques, censées calmer les foules. Sauf que ça ne marche pas éternellement, les limites du dispositif apparaissent et les sceptiques bien informés du troupeau commencent à gronder. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons.

 

Se faire justice à plusieurs

Mais il n’y a pas que la vengeance pour obtenir justice ou satisfaction (passagère). Le combat social, la lutte syndicale sont des éléments qui entrent en ligne de compte dans le rapport de forces dominants/dominés.
Quoiqu’on en pense, l’organisation des dominés a changé la donne, depuis Marx. Se pose alors la question de la lutte légitime, et de l’intérêt d’une lutte corporatiste pour tout le corps social : les intermittents se battent-ils pour tout le monde ou pour eux-mêmes ? D’après l’évolution de la protection globale du salarié français, et le développement de l’auto-entrepreneuriat par rapport au CDI, il est à craindre que les intermittents ne soient en première ligne. En même temps, diront les grincheux, ou les antigauchistes primaires, ces salauds de gauchos ont un super job et en plus ils sont payés quand ils ne foutent rien.

Ce n’est pas aussi simple. N’oublions pas que la France s’en sort économiquement, entre autres, grâce à son patrimoine culturel, à ses spectacles, qui sont assurés par les intermittents et les artistes. On va raisonner en ultralibéraux pour défendre les intermittents, ça va changer des arguments classiques. Évidemment que le trou de l’Unedic n’est rien par rapport au profit à la fois symbolique et matériel de la production culturelle nationale. Le milliard d’euros que « coûte » selon la droite libérale le régime des 100 000 intermittents (qui cotisent un pour recevoir trois) sont une paille devant les 20 milliards annuels de la fraude fiscale ou la défiscalisation antisociale des grandes entreprises. Dans ce cas, ceux qui hurlent contre le technicien de plateau devraient aller passer les grands patrons de nos « chères » multinationales et leur acrobates financiers au lance-flammes. Mais en face, c’est pas la même puissance de feu.

Ne jamais se tromper de combat. Les cibles faciles, ou mal protégées, servent toujours de bouclier aux cibles plus dangereuses, et, de fait, mieux protégées. La mauvaise réputation, que chantait Brassens, ce sont toujours les mêmes qui la font, et les mêmes qui la subissent.

 

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6 Commentaires

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  • #1465366
    le 14/05/2016 par Juste un com
    Un jour en France : vendredi 13 mai 2016

    L’expression marche ou crève ...

    il y a ceux qui le scandent parce que ça fait Rebel .

    il y a ceux qui en souffrent en silence parce que personne ne les entend ... Qui crèvent et se relèvent sans cesse parce que c’est pas des grandes gueules . Des faibles .. Oui dans cette société . Des anges aussi.
    c’est la vérité qui ne tolère plu les demis mots.


  • #1465478

    Si les intermittents du spectacle reçoivent autant, c’est parce que les autres reçoivent moins, non ? Une injustice que l’on justifie n’en devient par juste pour autant.
    N’oublions pas que la plupart des "spectacles" sont largement subventionnés et donc à la charge de "ceux qui reçoivent moins" !
    Accepter l’injustice entre vous (les pauvres) et vous accepterez plus facilement l’injustice d’avec les plus riches...
    D’autre part, doit-on se réjouir que la France soit devenue un "parc à touriste" ?


  • #1465491

    La réponse à la question de savoir s’ils défendent uniquement leurs intérêts se trouve dans la période annuelle de revendication : juste avant le début des "festivités"...
    J’ajouterai qu’ils font partie des "nervis" du pouvoir car qui plus qu’eux (à part les étudiants) ne dispose d’autant de temps libre pour grossir les rangs des manifs gaucho-antifa, zadistes, nuit debout... ?
    Des raisons suffisantes, me semble-t-il, pour ne pas les soutenir !


  • #1465583

    Franchement, en tant qu’ ancien Intermittent, j’ en ai un peu marre d’ entendre tout et n’ importe quoi sur les intermittents. Je parle surtout des commentaires. l’ article lui étant plutôt bien fait :

    1 - D ’abord être intermittent c’ est loin d’ être la panacée. Plein de gens, ne supportent pas cette vie précaire où votre sécurité d’ emploi est limitée à un an.

    2 - Vous connaissez beaucoup de salariés qui payent en cotisations quasiment le montant de leur salaire. Pour un cachet de 1000 € vous êtes assujettis à a peu prés 1000 € de charges salariales et patronales.
    Allez trouver des contrats déclarés avec autant de charges pour le patron de bar qui vous emploi !

    3 - L’ unedic est peut être déficitaire Mais d’ une broutille par rapport à ce que rapportent en valeur ajoutée ces fainéants d’ Artistes et techniciens du spectacle.
    Rien que 21 Milliards en 2015.

    Voici un lien avec un résumé en INFOGRAPHIE :

    http://www.lemonde.fr/culture/infog...

    De toute manière c ’est toujours bon pour le système de diviser le peuple entre eux :
    Les fonctionnaires, les intermittents, les agriculteurs, etc .. ;


  • #1465722
    le 14/05/2016 par paramesh
    Un jour en France : vendredi 13 mai 2016

    cette armée d’ouvriers de la culture protégés par un statut spécial – et tant mieux pour eux, car c’est le fruit d’une lutte



    bof la rédac aurait peut être mieux fait de ne pas aborder le sujet.
    Ces aparachicks de la dictature culturelle ont reçu leur paye en grattant sur le dos de leurs concitoyens (les autres régimes moins déficitaires)
    les intermittents ?
    — des techniciens dont l’état paye la part patronale de l’industrie du spectacle. (Télévision comprise) c’est bon pour les profits privés
    — des speudo artistes fonctionnarisés et assistés qui sont les pires putains propagandistes du système et qui bien sûr ne produisent pratiquement que de la merde.
    ah oui pour eux les luttes ça rapporte , on comprend pourquoi.


  • #1465825

    L’ultra libéralisme est souvent évoqué, et il faudrait vraiment comprendre ce que cela signifie. Pour cela il suffit de regarder ce qu’il se passe chez les Yankees ;
    1) Si tu es viré de ton boulot tu perds illico toutes tes années de cotisation pour ta retraite !
    Retour à la case zéro !
    2) tu peux pas négocier ton emprunt à taux variable, t’es illico Sdf !

    3) Tu peux pas payer tes soins : tu crèves !
    4) Tu as un très bon boulot, mais tu tombes malade grave, style cancer+chirurgie+chimio+...
    Tu payes tes soins, mais à l’arrivée ... Tu es ruiné quand tu en es à la rémission (toujours passagère)...
    Cherchez l’erreur !
    Moralité : C’est où qu’elle est la belle vie dans le cauchemar libéral ?