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Une guerre directe entre la Russie et les États-Unis est-elle crédible ?

Sept clichés populaires sur la guerre moderne

« À quoi ressemblerait une guerre entre la Russie et les États-Unis ? » Ce doit être la question qu’on me pose le plus souvent. C’est aussi la question à propos de laquelle j’entends les réponses les plus bizarres et les plus mal informées.

 

[...]

Tout ce que je propose aujourd’hui, est de déconstruire quelques clichés populaires sur la guerre moderne en général. Mon espoir est que, par ce travail, vous puissiez vous emparer de quelques instruments indispensables pour vous frayer un chemin dans les absurdités que les médias commerciaux aiment à nous présenter comme des analyses.

 

Cliché No 1 : l’armée US a un immense avantage conventionnel sur la Russie

Tout dépend de ce que vous entendez par avantage. Les forces armées étasuniennes sont beaucoup plus importantes que les russes, c’est vrai. Mais, contrairement aux forces russes, elles sont réparties sur toute la planète. Dans la guerre, ce qui compte, ce n’est pas la taille de votre armée, mais quelle part de celle-ci est effectivement disponible pour combattre sur le théâtre des opérations militaires (TOM, zone de conflit). Par exemple, si sur un TOM donné, vous n’avez que deux aérodromes capables chacun de soutenir des opérations aériennes pour, disons, 100 avions, cela ne vous servira à rien d’avoir 1000 avions disponibles. Vous devez avoir entendu la phrase « les civils se concentrent sur la puissance de feu, les soldats sur la logistique ». C’est vrai. Les armées modernes sont gourmandes en soutien logistique, ce qui signifie que pour un tank, un avion ou une pièce d’artillerie, vous avez besoin d’une ligne d’approvisionnement immense et complexe, pour permettre au char, à l’avion ou à la pièce d’artillerie d’opérer de manière normale. Pour le dire simplement, si votre char manque d’essence ou de pièces de rechange, il s’arrête. Donc cela n’a aucun sens de dire, par exemple, que les États-Unis ont 13 000 avions et la Russie seulement 3 000. Ce pourrait bien être vrai, mais c’est aussi non pertinent. Ce qui importe, est seulement combien d’avions les États-Unis et l’Otan peuvent engager au moment du lancement des opérations de combat et ce que serait leur mission. Les Israéliens ont une longue histoire de destruction des forces aériennes arabes au sol plutôt que dans les airs, dans des attaques surprises qui sont la meilleure façon de dénier l’avantage numérique d’un adversaire. La réalité est que les États-Unis auraient besoin de nombreux mois pour rassembler en Europe occidentale une force qui aurait même un espoir marginal de l’emporter sur l’armée russe. Une autre réalité est que rien ne pourrait forcer les Russes à rester assis à observer, alors qu’une telle force est en train d’être rassemblée (la plus grande erreur commise par Saddam Hussein).

 

Cliché No 2 : un attaquant a besoin d’un avantage de 3 contre 1 ou même de 4 contre 1 sur le défenseur

Bon, c’est un peu vrai, en particulier au niveau tactique. C’est souvent utilisé comme une règle générale empirique, qu’être en position de défense vous donne un avantage de 3 contre 1, ce qui signifie que si vous avez un bataillon en défense vous pourriez avoir à peu près trois bataillons en attaque pour pouvoir espérer une victoire. Mais en regardant les choses à un niveau opérationnel ou, même plus, stratégique, cette règle est totalement fausse. Pourquoi ? Parce que le camp défensif a un immense désavantage : c’est toujours l’attaquant qui peut décider de quand attaquer, où et comment. Pour ceux qui sont intéressés à ce sujet, je vous recommande vivement le livre Surprise Attack : Lessons for Defense Planning de Richard Betts, qui, bien que relativement ancien (1982) et très centré sur la Guerre froide, propose une discussion très intéressante et approfondie sur les avantages et les risques d’une attaque surprise. C’est un sujet passionnant que je ne peux pas discuter en détail ici, mais permettez-moi seulement de dire qu’une attaque surprise menée avec succès, nie presque totalement l’avantage des rapports de force théoriques pour le défenseur. Je vous donne un simple exemple : imaginez une ligne de front de 50 km, sur laquelle chaque tronçon de 5 kilomètres est défendu des deux côtés par une division. Donc chaque camp a 10 divisions, chacune responsable de la défense de 5 km de front, d’accord ? Selon la règle des 3 contre 1, le camp A a besoin de 30 divisions pour vaincre les 10 divisions en défense, c’est juste ? Faux ! Ce que le camp A peut faire, est de concentrer 5 de ses divisions sur un front large de 10 km et de mettre les cinq autres à la défense. Sur ce front de 10 km côté attaque, il a maintenant 5 divisions attaquantes contre 2 en défense tandis que sur le reste du front, le côté A a 5 divisions en défense contre 8 divisions attaquantes (potentielles). Notez que maintenant le côté B n’a pas un avantage de 3 contre 1 pour vaincre les défenses du côté A (la proportion actuelle est maintenant de 8 contre 5). En réalité, ce que fera B est de lancer davantage de divisions pour défendre l’étroit secteur de 10 km mais cela, à son tour, signifie que B a maintenant moins de divisions pour défendre le front entier. À partir de là, vous pouvez faire plusieurs hypothèses : le côté B peut contre-attaquer au lieu de défendre, il peut défendre en profondeur (à divers échelons, 2 ou même 3), le côté A pourrait aussi commencer par faire semblant d’attaquer sur un secteur du front pour ensuite attaquer ailleurs, ou le côté A peut envoyer, disons, un bataillon renforcé pour se déplacer très rapidement et créer le chaos profondément dans la défense de B. Ce que je veux dire ici, est simplement que cette règle des 3 contre 1 est purement tactique et que dans la guerre réelle, les rapports de force (normes) exigent des calculs plus développés, en y incluant les conséquences d’une attaque surprise.

 

Cliché No 3 : la haute technologie l’emporte

C’est une affirmation extraordinairement fausse, et pourtant ce mythe est érigé en dogme parmi les civils, en particulier aux États-Unis. Dans le monde réel, les systèmes d’armes sophistiqués, aussi précieux soient-ils, présentent aussi une longue liste de problèmes, le premier étant tout simplement leur coût.

Lire la suite de l’article sur lesakerfrancophone.fr

Voir aussi, sur E&R :

 



Article ancien.
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10 Commentaires

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  • Article très instructifs.

    Les paragraphes 1,5 et 6 ont été particulièrement instructifs en ce qui me concerne.


  • déjà il faudrait cesser avec le cliché (comme sur votre dessin) d’un affrontement ou nous serions au milieux d’un vol incessant de missiles venant de la droite et de la gauche car si on accepte que la terre est ronde il leur serait plus facile de s’envoyer des missile intercontinentaux en passant par le détroit de Béring plutôt que de survoler l’atlantique (bien sur, que les bons américains (que je n’aime pas trop ) ont déjà installés tout un réseaux de missiles aux portes de la méchante Russie (que j’apprécie beaucoup ) dans les pays limitrophes mais quand même, cette représentation ou ils s’affronte en passant par la France à fait croire à des générations que c’était le seul itinéraire , à tel point qu’ils ne croient pas qu’il y à moins de 100 kilomètres entre les deux continent (à moins que la terre soit plate mais la c’est un autre débat :-) )

     

  • Merci pour l’article, très intéressant.

    Je me permet de citer un morceau vers la fin, pour moi le plus important :

    "Mais si Hillary réussit à entrer à la Maison Blanche en novembre, alors les choses vont devenir vraiment effrayantes. Vous vous souvenez que j’ai dit qu’aucun président des États-Unis ne sacrifierait jamais une ville américaine pour défendre une ville européenne ? Eh bien, cela présuppose un président patriote, qui aime son pays. Je ne crois pas que les néocons aient quoi que ce soit à cirer de l’Amérique et des Américains, et ces fous pourraient bien penser que sacrifier une ville américaine (ou plusieurs) le vaut bien, si cela leur permet de larguer des bombes nucléaires sur Moscou. 2 "

    A mon avis s’il y a une 3ème guerre mondiale, elle sera nucléaire et probablement rapide. Après une 20 aine de villes vitrifiées je pense que tout le monde serait calmé, l’humanité traumatisée pour des centaines d’années.
    Clinton cette dingue serait peut être bien capable de déclencher les hostilités nucléaires. Il suffit que le pays se dise que ses défenses antimissiles sont efficaces pour ça...
    La question c’est : est-ce qu’on va s’en prendre une chez nous. Et qu’est ce qu’il se passerait dans le chaos qui s’ensuivrait.


  • Très bonne analyse militaire autant que politique où il s’agit bien au final d’envisager que des barjots peuvent déclencher une guerre par fanatisme idéologique.


  • Merci ER. Génial.


  • Avant de lire cet excellent article, j’avais déjà compris une chose, si la cinglée cocue est élue, je vous conseille de trouver les coordonnées de l’abri anti-atomique le plus proche de votre domicile.....


  • Je suis totalement contre la politique américaine, mais aussi contre la politique russe sur certains dossier. Je trouve qu’il sous estime la puissance américaine dt sur estime la Russie. La plus grande erreur des japonais a été de sous estimer les USA et les japonais l’ont payé très cher. Beaucoup s’imagine que le GI se cache derrière sa technologie etc. Les américains sont très très patriotique, ils sont capable de fanatisme autant que d’autres sur terre. J’ai vu des documentaires qui parlait des kamikazes japonais ou plusieurs vétérans américain disaient qu’ils y en avait plein de fous dans leur rang qui étaient capable de faire la même faute chose que les japonais. Il faut pas oublier que chaque île du pacifique prise aux japonais c’étais par le combat au corps à corps. Et il n’y a pas plus méchant adversaire au corps à corps que le japonais. Sous estimer son ennemi c’est la plus grande erreur que quelqu’un peut faire.


  • Personne n’ose parler en détails des nouvelles technologies russes à ce que je vois.


  • Il n’est pas écrit dans Ezéchiel 38 que les russes et les perses seront alliés de Gog et Magog à la fin des temps. ?