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17 janvier 1991 : début de l’opération "Tempête du désert"

L’empire trahit Saddam et commence la destruction méthodique des nations arabes

L’opération Tempête du désert, initiée par Washington à la chute du Mur de Berlin, il y a exactement 25 ans, ne s’est jamais terminée. Elle marque la fin d’un monde bipolaire, celui de la Guerre froide, et le début d’une ère dominée par les seuls États-Unis, qui n’a pris fin que le 30 septembre 2015, avec le retour de l’armée russe sur la scène internationale (opération anti-terroriste en Syrie). Cette guerre US avait été précédée d’une autre, fomentée par les USA mais réalisée par les seuls Irakiens, contre la Révolution iranienne. À l’issue de ces 35 ans de conflit ininterrompu, il apparaît que la domination états-unienne vise d’abord à empêcher le développement des peuples du Proche-Orient et, pour cela, passe par la destruction méthodique de leurs États.

 

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L’ordre états-unien règne dans le monde : le 11 mars 2006, Slobodan Milošević est assassiné au centre de détention des Nations unies de Scheveningen (Pays-Bas), à l’issue d’une parodie de procès Saddam Hussein est pendu le 30 décembre 2006, tandis que Mouamar el-Khadafi meurt sous la torture le 20 octobre 2011.

 

Il y a vingt-cinq ans, aux premières heures du 17 janvier 1991, commence dans le golfe Persique l’opération « Tempête du désert », la guerre contre l’Irak qui ouvre la phase historique que nous sommes en train de vivre. Cette guerre est lancée au moment où, après l’écroulement du Mur de Berlin, vont se dissoudre le Pacte de Varsovie et l’Union soviétique elle-même. Cela crée, dans la région européenne et centre-asiatique, une situation géopolitique entièrement nouvelle. Et, à l’échelle mondiale, disparaît la superpuissance en mesure de faire face à celle des États-Unis.

« Le président Bush [père] saisit ce changement historique », raconte Colin Powell. Washington trace tout de suite « une nouvelle stratégie de la sécurité nationale et une stratégie militaire pour la soutenir ». L’attaque irakienne contre le Koweït, ordonnée par Saddam Hussein en août 1990, « fait que les États-Unis peuvent mettre en pratique la nouvelle stratégie exactement au moment où ils commencent à la rendre publique ».

Saddam Hussein, qui devient « ennemi numéro un », est celui-là même que les États-Unis ont soutenu dans les années quatre-vingt dans la guerre contre l’Iran de Khomeiny, alors « ennemi numéro un » pour les intérêts états-uniens au Proche-Orient. Mais quand, en 1988, se termine la guerre conte l’Iran, les USA redoutent que l’Irak, grâce aussi à l’assistance soviétique, n’acquière un rôle dominant dans la région. Ils ont donc recours à la traditionnelle politique du « diviser pour régner ».

Sous régie de Washington, change aussi l’attitude du Koweït : il exige le remboursement immédiat de la dette contractée par l’Irak et, exploitant le gisement de Rumaila qui s’étend sur les deux territoires, porte sa production pétrolière au-delà du quota établi par l’Opec. Il porte ainsi préjudice à l’Irak, sorti de la guerre avec une dette extérieure de plus de 70 milliards de dollars, dont 40 dus au Koweït et à l’Arabie Saoudite. En ce point Saddam Hussein pense sortir de l’impasse en « ré-annexant » le territoire koweïtien qui, sur la base des frontières tracées en 1922 par le proconsul britannique Sir Percy Cox, barre l’accès de l’Irak au Golfe. Washington laisse croire à Bagdad qu’il veut rester en dehors du contentieux. Le 25 juillet 1990, tandis que les satellites du Pentagone montrent que l’invasion est désormais imminente, l’ambassadrice états-unienne à Bagdad, April Glaspie, assure Saddam Hussein que son pays désire avoir les meilleures relations avec l’Irak et n’entendent pas interférer dans les conflits interarabes. Saddam Hussein tombe dans le piège : une semaine après, le 1er août 1990, les forces irakiennes envahissent le Koweït.

Washington, ayant formé une coalition internationale, envoie alors dans le Golfe une force de 750 000 hommes, dont 70 % sont états-uniens, aux ordres du général Schwarzkopf. Pendant 43 jours l’aviation US et alliée effectue, avec 2 800 avions, plus de 110 000 sorties, larguant 250 000 bombes, dont celles à fragmentation qui diffusent 10 millions de sous-munitions. Participent aux bombardements, avec celles des USA, les forces aériennes et navales britanniques, françaises, italiennes, grecques, espagnoles, portugaises, belges, hollandaises, danoises, norvégiennes et canadiennes. Le 23 février les troupes de la coalition, comprenant plus d’un demi million de soldats, lancent l’offensive terrestre. Elle se termine le 28 février avec un « cessez-le-feu temporaire » proclamé par le président Bush. À la guerre succède l’embargo, qui provoque dans la population irakienne plus de victimes que la guerre : plus d’un million de morts, dont environ la moitié sont des enfants.

Immédiatement après la guerre du Golfe, Washington lance à ses adversaires et alliés un message sans équivoque :

« Les États-Unis restent le seul État avec une force, une portée et une influence dans toute dimension —politique, économique et militaire— réellement mondiales. Il n’existe aucun substitut au leadership américain. »

(Stratégie de la sécurité nationale des États-Unis, août 1991)

La guerre du Golfe est la première guerre à laquelle participe sous commandement états-unien la République italienne, violant ainsi l’article 11 de la Constitution. L’OTAN, tout en ne participant pas officiellement en tant que telle à la guerre, met à disposition ses forces et structures pour les opérations militaires. Quelques mois plus tard, en novembre 1991, le Conseil atlantique promulgue, dans le sillage de la nouvelle stratégie US, le « nouveau concept stratégique de l’Alliance ». La même année, est promulgué en Italie le « nouveau modèle de Défense » qui, renversant la Constitution, indique comme mission des forces armées « la tutelle des intérêts nationaux partout où c’est nécessaire ». Ainsi naît avec la guerre du Golfe la stratégie qui conduit les guerres successives sous commandement états-unien, présentées comme des « opérations humanitaires de maintien de la paix » : Yougoslavie 1999, Afghanistan 2001, Irak 2003, Libye 2011, Syrie depuis 2013, accompagnées dans le même cadre stratégique par les guerres d’Israël contre le Liban et Gaza, de la Turquie contre les Kurdes du PKK, de l’Arabie Saoudite contre le Yémen, de la formation de Daesh (ÉI) et autres groupes terroristes fonctionnels de la stratégie des USA et de l’OTAN, de l’utilisation de forces néo-nazies pour le coup d’État en Ukraine servant à la nouvelle Guerre froide contre la Russie.

Prophétiques, mais au sens tragique, les mots du président Bush en août 1991 :

« La crise du Golfe passera à l’histoire comme le creuset du nouvel ordre mondial. »

Voir aussi, sur E&R :

 



Article ancien.
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17 Commentaires

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  • Amis de E&R
    triste anniversaire.
    A cette époque les chrétiens d’orient morts sous les bombes ont s’en foutaient.
    CQFD.
    Ne varietur.
    Lavrov.

     

  • C’est honteux , les pays arabes à cause de leurs richesses
    pétrolière et minerais ont vraiment soufferts , ils sont les
    cibles de l’Empire et leurs alliés depuis des décennies ,
    en fin de compte c’est pas de chance d’être sur un sol riche ,
    cela à généré tant de convoitises féroces .

    Les dominateurs faiseurs de moral , n’ont eut aucun scrupule ,
    ils leur a fallu beaucoup mentir pour en arriver là....

     

  • Pourquoi déshonorer, prostituer, avilir ce beau mot d’ "Empire", qui évoque Rome et Napoléon, en lui faisant désigner l’ignoble, l’abjecte mafia sioniste ?

     

    • Donc pour vous tuer , écraser pour dominer , c’est bien..... ?

      Que ce soit l’empire d’avant ou l’empire d’aujourd’hui , ce n’est pas mieux
      chacun chez soit avec entr’aide autant que possible afin que tout le monde
      évolue ensemble et selon ses racines , c’est quand même plus humain .

      De toute façon , tout ce qui est acquis malhonnêtement ne marche pas ,
      il y a toujours un mauvais retour.....que sont devenus vos empires du passé... ?


  • L’Histoire ne laissera rien aux Anglo-Saxons... C’est que pendant la Haute Antiquité, il y a déjà des Hommes qui ont mis la barre bien haut !

    « Les États-Unis restent le seul État avec une force, une portée et une influence dans toute dimension —politique, économique et militaire— réellement mondiales. Il n’existe aucun substitut au leadership américain. »

    Délire de fou. Continuez à bien valoriser Johann Chapoutot, c’est un Français qui au pays du blé, crève de faim...


  • 25 années de destructions massives orchestrées par les USA pour faire progresser leur ambition hégémonique en profitant de l’absence temporaire de véritable contre puissance dans le monde. Et on voudrait nous faire croire que ce bordel arabique n’est qu’une affaire de rivalités religieuses entre différentes obédiences coraniques. Cet aspect est secondaire et utilisé pour masquer le rôle des collaborateurs de ceux qui veulent s’établir à jamais comme les maîtres du monde, l’oligarchie américano-sioniste.
    Ne parlons plus ni de sunnisme, ni de chiisme, ni même de wahhabisme ; parlons plutôt des saoudis, qataris et de leurs légions de mercenaires prétendument islamistes (Daech) qui font la guerre aux nations arabes tous supplétifs politiques ou militaires du nouvel ordre mondial américano-sioniste. Des traitres à la cause des peuples arabes qu’ils maintiennent ou font revenir à un état de misère et de soumission totale en usant de la violence, de la division et de la corruption dont ils se partagent les profits avec ceux qu’ils servent et qui les protègent.
    La situation a néanmoins changé récemment avec le retour de la Russie sur la scène internationale. Il n’est pas impossible qu’on assiste (l’histoire est pleine de revirements d’alliances) à une modification des rapports de force à la faveur d’une fissure au sein du bloc intégriste (autoritaire et violent) entre les commanditaires (Arabie Saoudite et Qatar) et les exécutants (Daech). De nouvelles perspectives apparaîtraient le jour où l’Arabie Saoudite deviendrait à son tour un terrain d’affrontement. Espérons que les forces spéciales et de renseignement s’activent sérieusement à cette tâche. Il n’est pas impossible que les frappes relativement mesurées sur l’EI (et plutôt concentrées sur les milices rebelles diversement reliées aux USA et à leurs alliés occidentaux) de la part des forces russes ne soient que l’illustration de la mise en oeuvre d’une stratégie de cette nature.

     

  • Et le plus tragique, c’est qu’aujourd’hui, les hommes qui étaient avec Saddam ont rejoint l’État islamique...

     

  • « Le 25 juillet 1990, tandis que les satellites du Pentagone montrent que l’invasion est désormais imminente... »
    Maintenant que l’on sait que les satellites n’existent que dans l’imaginaire des auteurs de science-fiction, cette phrase assez récurrente dans les infos internationales, prend un aspect humoristique du genre dormez bien profondément braves gens. Ne devrait-on pas plutôt dire "avion de haute altitude" ?
    2016, année de la révélation de la Terre plate ?
    https://www.google.fr/trends/explor...


  • "Il n’existe aucun substitut au leadership américain. "
    Rome se croyait étérnelle...