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Afghanistan : Washington va parler aux talibans qui ouvrent un bureau au Qatar

Les États-Unis et les talibans vont renouer le dialogue dans les prochains jours, un évènement historique après 12 ans de conflit en Afghanistan et qui coïncide avec l’ouverture mardi au Qatar d’un bureau des talibans pour faciliter des négociations de paix avec Kaboul.

Ces annonces surviennent aussi le jour où le gouvernement afghan a officiellement repris le contrôle de la sécurité de son pays à la place de la force de l’Otan (Isaf), laquelle retirera la grande majorité de ses 100 000 soldats d’ici la fin 2014.

Le chemin de la paix s’annonce toutefois long et semé d’embûches, tant les positions de Kaboul et de ses alliés occidentaux, d’une part, et celles des talibans, d’autre part, restent incompatibles, notamment sur le futur régime afghan et sur la présence militaire américaine après 2014.

"Les États-Unis auront une rencontre officielle, la première depuis des années, avec les talibans dans quelques jours à Doha", a annoncé un responsable américain à Washington, admettant que cette réunion marquait le "début d’un parcours très difficile".

L’envoyé spécial des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan, James Dobbins, se rend cette semaine dans ces deux pays et s’arrêtera d’abord en Turquie et au Qatar, a annoncé le département d’État, sans préciser si, et éventuellement où, le diplomate rencontrerait des talibans.

En tout cas, à Doha, des représentants du Qatar et une dizaine de talibans afghans ont ouvert "le bureau politique de l’émirat islamique d’Afghanistan (le commandement taliban, ndlr)". Un drapeau blanc frappé de la profession de foi musulmane était dressé dans la salle où s’est tenue une conférence de presse. Le secrétaire d’État John Kerry a salué cette "bonne nouvelle".

"Nous sommes très satisfaits de ce qui arrive", a-t-il commenté au département d’État.

Les talibans avait eu des contacts début 2012 avec les Américains, mais ils ont toujours refusé de participer à des négociations de paix tant qu’il resterait des soldats étrangers "envahisseurs" en Afghanistan.

Mais en janvier 2012, ils s’étaient dits prêts à avoir un bureau politique hors du pays pour faciliter des pourparlers de paix. Doha s’est imposée et des représentants talibans s’y sont installés.

Ce bureau est destiné à favoriser "le dialogue et l’entente avec les pays du monde", a déclaré à la presse un porte-parole des talibans à Doha, Mohamed Naïm.

Dans un communiqué, les insurgés islamistes, en guerre depuis fin 2001 contre Kaboul et l’Otan, affirment rechercher "un règlement pacifique de nature à mettre fin à l’occupation de l’Afghanistan et à établir un régime islamique indépendant".

Volontaristes, ils s’engagent à "n’autoriser personne à utiliser le territoire afghan pour menacer la sécurité des autres pays", un signe adressé à Washington. Les Américains ont en effet toujours promis de ne pas quitter l’Afghanistan tant qu’ils représenteraient une menace, comme lors des attentats du 11 septembre 2001 échafaudés par Al-Qaïda alors hébergé par le régime taliban afghan.

Les talibans n’ont toutefois pas dans leur communiqué mentionné explicitement Al-Qaïda, qui reste leur allié historique.

La porte-parole du département d’État Jennifer Psaki a d’ailleurs laissé entendre que la rupture des relations talibans/Al-Qaïda n’était pas une condition préalable et serait "un aboutissement du processus de négociations".

Le porte-parole du bureau taliban à Doha a confirmé des contacts à venir avec les États-Unis.

"Nous allons commencer prochainement le dialogue avec la partie américaine", a dit M. Naïm. La question des dirigeants talibans détenus à Guantanamo "sera parmi les principaux dossiers à discuter en vue d’un règlement", a précisé M. Naïm.

Le président afghan Hamid Karzaï a également annoncé qu’il enverrait au Qatar des émissaires du Haut Conseil pour la paix (HCP), une instance qu’il a créée pour tenter de négocier avec les insurgés.

"Nous espérons que l’ouverture de ce bureau (...) permettra d’entamer dès que possible des discussions entre le HCP et les talibans", a ajouté M. Karzaï, tout en soulignant que toute discussion de paix devrait ensuite se poursuivre en Afghanistan.

Depuis le sommet du G8 en Irlande du Nord, les présidents américain et français, Barack Obama et François Hollande, ont dit appuyer d’éventuels pourparlers entre Afghans. "C’est un pas important vers la réconciliation mais un tout premier pas", a commenté M. Obama, prévoyant "encore de nombreux obstacles sur ce chemin".

M. Naïm est d’ailleurs resté dubitatif sur l’amorce d’un dialogue avec le gouvernement Karzaï, que les talibans accusent d’être une "marionnette des États-Unis".

"Rien (n’est prévu) pour le moment, mais ce sera selon les circonstances", a-t-il dit.

M. Karzaï s’exprimait lors d’une cérémonie à Kaboul qui a marqué la reprise en main officielle de la sécurité du pays par le gouvernement afghan et ses quelque 350 000 membres des forces de sécurité, à qui l’Otan a cédé mardi le contrôle des derniers districts qu’elle contrôlait encore.

L’Isaf n’aura en théorie plus qu’un rôle de soutien, notamment aérien en cas d’attaque sérieuse, et de formation des forces afghanes.

Mais les violences des talibans se poursuivent et nombre d’observateurs doutent que les forces locales puissent assurer seules la sécurité, faisant craindre une nouvelle guerre civile après le retrait occidental.

Juste avant la cérémonie mardi, une bombe a explosé à Kaboul près de la maison de Mohammed Mohaqiq, un influent allié du président Karzaï, tuant trois civils et blessant 24 autres.

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