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Burundi : les autorités veulent bâillonner l’opposition

Les autorités burundaises, qui tentent d’enrayer les protestations contre un éventuel troisième mandat du président, Pierre Nkurunziza, ont partiellement coupé mercredi l’accès aux réseaux sociaux à Bujumbura.

Le Sénat a de son côté saisi la Cour constitutionnelle sur la légalité de ce mandat et le procureur général a annoncé la création d’une commission chargée de traduire immédiatement en justice les responsables des manifestations, qualifiées de « mouvement insurrectionnel ».

Dans la rue, des face-à-face tendus se poursuivaient mercredi entre manifestants et policiers, l’armée s’interposant pour faire baisser la pression, notamment dans le quartier de Musaga, dans le sud de la capitale, théâtre d’affrontements depuis dimanche. Les violences ont fait cinq morts depuis dimanche.

À la demande de l’Agence de régulation et de contrôle des télécoms (ARCT), les opérateurs téléphoniques ont bloqué l’accès, sur les téléphones mobiles, à Twitter, Facebook et WhatsApp, qui restaient accessibles sur Internet via certains fournisseurs. Face à la détermination des opposants à un troisième mandat du président, le gouvernement avait déjà coupé la très populaire radio indépendante RPA, accusée de relayer les appels à descendre dans la rue.

Nombreuses arrestations

Des centaines de personnes ont été arrêtées, dont une figure de la société civile, Pierre Claver Mbonimpa, ensuite libéré, et un mandat d’arrêt contre le principal organisateur du mouvement anti-troisième mandat, Vital Nshimirimana, a été lancé.

Parallèlement, le Sénat burundais a saisi la Cour constitutionnelle pour interpréter les articles de la loi fondamentale burundaise au coeur de la controverse sur le troisième mandat. Cette saisine était attendue : pour faire taire l’opposition et la société civile qui réclamaient depuis des mois que M. Nkurunziza renonce à se présenter, le gouvernement ne cessait de répéter qu’il reviendrait à cette juridiction de trancher la légalité de la candidature.

Opposition et société civile sont pour le moins sceptiques sur le processus. « C’est comme si le Sénat avait demandé à Nkurunziza lui-même d’interpréter la Constitution », a réagi Jean Minani, le président du parti d’opposition Frodebu Nnyakuri.

Faisant remarquer que ce sont « des sénateurs du parti Cndd-FDD qui ont demandé la saisine de la cour » et estimant que cette cour « est composée d’enfants chéris de Pierre Nkurunziza qui n’ont rien à lui refuser », M. Mbonimpa, défenseur des droits de la personne réputé au Burundi, a lui affirmé que la société civile ne l’accepterait pas comme arbitre. « Nous continuons à soutenir les manifestations », a-t-il annoncé, appelant le pouvoir à accepter de dialoguer pour parvenir à un compromis avec l’opposition.

Un mandat qui ne compte pas !

Les opposants qualifient d’inconstitutionnelle une candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat, la loi fondamentale du Burundi limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, mais le camp présidentiel assure que son premier mandat (2005-2010), en tant que premier président post-transition élu par le Parlement et non au suffrage direct, ne doit pas rentrer dans le décompte des deux mandats.

Mercredi, le procureur général du Burundi, Valentin Bagorikunda, a annoncé que les responsables des manifestations seraient identifiés et jugés rapidement. La porte-parole du parquet burundais, Agnès Bangiricenge, a précisé que toutes les personnes déjà « arrêtées dans le cadre de ces manifestations depuis dimanche ont été inculpées de participation à un mouvement insurrectionnel ».

Sur les campus, des étudiants ont dénoncé la fermeture des restaurants universitaires de Bujumbura, destinée selon eux à faire rentrer chez eux, dans les provinces, les étudiants qui participent en nombre aux manifestations. « C’est une façon de nous chasser des résidences universitaires », a estimé Célestin, étudiant à l’Institut de pédagogie de l’Université du Burundi.

Depuis des mois, la communauté internationale met en garde contre une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza, de peur qu’elle ne débouche sur des violences à grande échelle dans le petit pays d’Afrique des Grands Lacs. L’histoire post-coloniale du Burundi a déjà été marquée par des conflits et massacres interethniques. Le pays se remet encore à peine d’une longue guerre civile, qui a fait près de 300 000 morts entre 1993 et 2006.

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