La distinction entre intérêt et dividende
Supposons que j’ai besoin de cinq mille euros pour améliorer mon potager mais ne les ai pas. Mon voisin les possède et n’en a pas besoin d’ici quelques semaines. Il me les prête. Je crois qu’il sera convenable pour moi de lui marquer ma reconnaissance en lui passant une petite partie des produits que j’obtiens grâce au capital producteur que j’ai ainsi pu me procurer. C’est mon travail qui a rendu son capital profitable, oui. Mais ce capital lui-même représente du travail accumulé. Nous sommes donc deux, dont les activités passées pour lui, présentes pour moi, font surgir de la production. Le fait pour lui d’avoir attendu à tirer sur la production du pays en récompense de son travail, m’a permis à moi d’obtenir des moyens de production que je n’aurais pas possédés sans cela.
Nous pouvons donc diviser les fruits de cette collaboration. La production due au capital est à déterminer, par l’entente et par l’équité. Ce que mon prêteur va retirer dans ce cas est, à proprement parler, un dividende (nous avons divisé les fruits de la production). Le dividende est parfaitement justifiable, lorsqu’il y a production fructueuse. Et par conséquent l’argent peut réclamer des dividendes lorsqu’il y a fruits. Autrement, non. Mais pour permettre cela, il faut que l’augmentation de la production crée automatiquement une augmentation d’argent. Sinon, le dividende, tout en étant parfaitement dans l’ordre, devient impossible à satisfaire en pratique. Dans l’exemple des cinq mille euros qui ont servi à acheter par exemple des outils, le prêteur a droit à une partie des résultats, puisque la production a augmenté grâce à son prêt : s’il accepte d’être payé en produits, pas de problème. Mais si c’est de l’argent qu’il demande, c’est une autre affaire puisque, même si la production a augmenté, il n’y a pas eu d’augmentation correspondante d’argent en circulation. Le système du crédit social (1), qui fait naître l’argent nouveau sans intérêt, au rythme de la production nouvelle, règlerait le problème.
Notre-Seigneur a chassé les changeurs d’argent du Temple. Notre soumission avilissante n’est pas conforme à l’Évangile du Christ. N’est-il pas temps de chasser les financiers internationaux et leur système prédateur d’argent-dette, et d’installer un système d’argent honnête et sans dette, un argent émis par le travail de tous ? Nous sommes prisonniers d’un faux système inhumain dominé par l’argent-dette : ce réel mensonger doit être dénoncé au nom du Christ et de son Évangile.
Quelques citations des autorités catholiques :
« Les banquiers, qui ont le pouvoir de créer l’argent, ne sont en droit que les dépositaires et gérants du capital financier. Ils veulent nous mener au point où, pendant la moitié de l’année, nous vivons de ce crédit, et l’autre moitié, travaillons pour les taxes. Par-là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer. » Pie XI, Quadragesimo Anno, n° 106.
« L’État… est tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument de toutes les passions et de toutes les ambitions de l’intérêt. » Quadragesimo Anno, n°109.
« Un peu partout, au nom des lois du marché, on oublie les droits de l’homme. Ceci survient par exemple lorsque l’on estime que le profit économique justifie la perte du travail pour quelqu’un qui, en plus du travail perd la possibilité de vivre et de pouvoir faire vivre sa famille. Ceci survient aussi lorsque, pour augmenter la production, on refuse à celui qui travaille le droit de se reposer, de s’occuper de sa famille, de programmer sa vie de tous les jours. C’est toujours ainsi lorsque la valeur du travail est définie non pas en fonction de l’effort de l’homme mais du prix du produit, et ceci a également pour conséquence que la rémunération ne correspond pas à la fatigue. » Jean-Paul II, Sosnowiec, Pologne, le 14 juin 1999.
« La société occidentale n’est-elle pas devenue un gigantesque développement de la parabole biblique du riche qui festoie et du pauvre Lazare ? L’ampleur du phénomène met en cause les structures et les mécanismes financiers, monétaires, productifs et commerciaux qui, appuyés sur des pressions politiques diverses, régissent l’économie mondiale : ils s’avèrent incapables de résorber les injustices héritées du passé et de faire face aux défis urgents et aux exigences éthiques du présent. » Jean-Paul II, Redemptor Hominis, n° 16.
La position de l’Islam sur le prêt à intérêt
Le Coran condamne l’usure, tout comme la Bible chrétienne. Mais les musulmans ont pris ces paroles au sérieux, et ont établi, depuis 1979, un système bancaire en accord avec les règles du Coran : les banques prêtent sans intérêt, et au lieu de payer des intérêts aux déposants, elles les associent aux projets dans lesquels elles investissent : si ces projets font des profits, les banques partagent ces profits avec leurs déposants. Comparé au système usuraire actuel, c’est une tentative plus qu’honorable de mettre le système bancaire en accord avec les lois morales.
En Islam, tout prêt à intérêt est prohibé, quel que soit son taux. L’interdiction du prêt à intérêt (Riba), dont la pratique différencie principalement le système bancaire international actuel du système bancaire islamique, est considérée comme l’ultime barrière au développement ultime du mondialisme financier.
À l’époque de l’invention du Coran (NDLR : de son apparition), la pratique du prêt à intérêt était très répandue dans les sociétés arabes. Au sujet de l’usure : « Ô croyants ! Craignez Dieu ; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part de Dieu et de Son messager. Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne, et vous ne serez point lésés. » Coran, Sourate II, versets 278 et 279.
« Ceux qui mangent [pratiquent] de l’intérêt usuraire ne se tiennent (au jour du Jugement dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé. Cela, parce qu’ils disent : “Le commerce est tout à fait comme l’intérêt” Alors qu’Allah a rendu licite le commerce, et illicite l’intérêt. » Coran, Sourate II, verset 275.
Les théologiens musulmans ont déduit que le croyant musulman ne devait donc pas prêter son argent à intérêt, ni même avoir recours au prêt à intérêt. Devant l’apparition des nouvelles pratiques bancaires judéo-protestantes, au cours du XXe siècle, les savants musulmans se sont interrogés. En 1979, une commission de juristes musulmans venus de 36 pays s’est réunie en Égypte, à al-Azhar, afin de statuer sur la question de l’intérêt. Ils confirmèrent unanimement cette prohibition.
Le principe du rejet du prêt à intérêt est une caractéristique fondamentale du système bancaire islamique mais il diffère du système bancaire judéo-protestant (2) à d’autres titres et notamment par le rapport particulier que joue la banque islamique dans ce système. En effet la banque islamique n’est pas un simple pourvoyeur de fond intéressé uniquement aux garanties offertes par les emprunteurs, encore moins un simple coffre de dépôt de valeurs, mais un véritable partenaire de l’entrepreneur emprunteur. La banque islamique offre à ce titre des nombreux services de gestion à ses clients, afin de les soutenir dans leur entreprise et assurer ainsi une activité économique saine et profitable aux deux partenaires.
Nous nous trouvons ici en face d’un système bancaire finalement plus proche de la doctrine sociale de l’Église catholique que le système judéo-protestant.
(1) Le système du crédit social est en accord avec la doctrine sociale de l’Église catholique. Il semble donc que les propositions financières du crédit social permettraient de sortir de ce cercle vicieux. Ces principes nous permettront de comprendre et la situation dans laquelle nous sommes enfermée et apporteront des solutions qui incarneront le catholicisme dans la vie économique. Ce crédit libre de dette est la seule sortie possible si l’on veut éviter aux générations futures l’esclavage généralisé.
(2) La notion protestante puritaine affirmant qu’il est mal de recevoir « quelque chose pour rien », même s’il s’agit des dons gratuits du Créateur, n’est pas catholique. Selon cette logique puritaine, nous devrions « mériter » ce que nous recevons par la « sueur de notre front » dans un emploi, quel qu’il soit. Ne peut-on pas dire que sans doute une bonne partie de ceux qui occupent un poste pour occuper un poste devraient plutôt s’occuper de leur maison et de leur famille, cultiver leur potager, donner un coup de main aux voisins ou autres personnes de leur entourage ?
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