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Chantage à l’antisémitisme : Haaretz en veut aux "progressistes anglais qui célèbrent Gilad Atzmon"

Note de la rédaction

Un article traduit par E&R.

Pourquoi les progressistes anglais
célèbrent encore un grotesque antisémite et un négationniste ?

 

Quand un centre communautaire financé par l’État accueillit le « haïsseur de juifs » Gilad Atzmon, il bloqua les antiracistes sur Twitter qui contestaient cette décision. Pour beaucoup à gauche au Royaume-Uni, le déni de l’antisémitisme est devenu un réflexe.

 

Le week-end dernier, la petite ville anglaise de Reading (156 000 âmes dont 355 juifs) fut le lieu de promotion d’un livre du musicien jazz d’origine israélienne et depuis longtemps antisémite Gilad Atzmon. Après que la salle eut ignoré les plaintes du rabbin local et du conseiller municipal, l’évènement fut contesté par les conseillers du Labour et les membres de la congrégation juive de Reading.

Les manifestants firent remarquer que Atzmon était un négationniste et un raciste avéré. Le Community Security Trust (qui surveille les menaces contre les juifs anglais) a décrit son livre précédent comme « probablement le livre le plus antisémite publié dans ce pays ces dernières années ». Cet ouvrage prétend que la judéité (et non pas le sionisme) est néfaste et que Hitler sera vengé par l’Histoire.

Lors d’un événement à l’Université Exeter, Atzmon a été signalé avoir dit « Hitler avait raison » et « l’antisémitisme n’existe pas ». Sur son blog et son compte Twitter, Atzmon a récemment critiqué les juifs pour l’incendie tragique de la Tour Grenfell à l’ouest de Londres ; son tweet titrait le slogan néo-nazi « Les goyim savaient ». Dans une interview cet été, il a déclaré : « L’industrie de la musique est essentiellement une vaste organisation juive ».

Ses réseaux sociaux l’ont vu ces dernières semaines retweeter et discuter avec de vrais négationnistes. Son dernier livre, qu’il promouvait à Reading, est une attaque contre la nature « tribale » des juifs et de la pensée « jérusalemite », et repose sur la pensée du philosophe (nazi) Heidegger.

C’est donc sans surprise que ses écrits circulent largement sur les sites d’extrême droite, comme Veterans today ou celui du leader de l’ex-KKK David Duke. Ou qu’ils sont largement condamnés par les juifs ou les anti-racistes.

Un journaliste socialiste dans le Guardian a décrit ses écrits comme « des propos violemment complotistes, associés à un mépris pour les juifs ». Un groupe d’auteurs de gauche ont dit à leur éditeur, qui publiait aussi un des livres d’Atzmon, que « la finalité du travail d’Atzmon est de normaliser et légitimer l’antisémitisme ». Le réseau de la communauté palestinienne américaine a publié une lettre signée par plusieurs activistes palestiniens le condamnant pour sa négation de l’Holocauste et son antisémitisme, pendant qu’une autre lettre écrite par plusieurs activistes anti-sionistes de premier rang disait la même chose. La Campagne anglaise de solidarité pour la Palestine s’est désolidarisée de lui.

Pas de surprise non plus que ses apparitions soient contrecarrées par les juifs et les anti-racistes, ou que les salles où il doit s’exprimer déclinent ses demandes de l’accueillir en découvrant ses opinions.

Il y a quelques mois, son apparition au festival de jazz de Vienne a été annulée quand le conseil municipal, le principal financeur du festival, a constaté que ses opinions étaient aussi contraire à leur charte contre le racisme. En mai, des salles de spectacle à Newcastle et Édimbourg ont supprimé les événements de promotion de son ouvrage.

N’accusons pas ces salles d’accepter ses demandes de réservation, sa réputation n’est pas assez grande concernant son racisme auprès du grand public. Ils ont fait la bonne chose, en revanche, en admettant rapidement leur erreur en découvrant ses positions.

Mais le RISC de Reading, le centre de solidarité financé par le public qui accueillit son plus récent événement, et l’Albion Beatnik Books à Oxford, qui organisa un de ses débats de cet été, choisirent une approche opposée : refusant de répondre aux critiques, ils persistèrent à défendre leur décision.

Ils ne peuvent utiliser l’ignorance comme moyen de défense. Une simple recherche Google fournit plus qu’assez d’informations sur leur intervenant. Et quand les salles ont été confrontées aux campagnes anti-racistes sur Twitter, le RISC a répondu en les bloquant et l’Albion Beatnik en se moquant d’eux.

Est-ce que ces salles se soumettent aux négationnistes ? Cela semble improbable. Dès lors, pourquoi des personnes apparemment progressistes ignorent les plaintes des juifs et des antiracistes au sujet de l’antisémitisme de Atzmon ?

Il me semble que l’explication tient dans la culture de l’ignorance de l’antisémitisme qui s’est construit parmi les gens de gauche en Angleterre.

Depuis le début de la seconde Intifada, qui vit un pic d’incidents antisémites en Angleterre, les débats sur le racisme anti-juif ont été surdéterminés par les tensions politiques entre Israël et la Palestine, et dépassés par la difficulté de tirer des lignes claires entre antisémitisme et antisionisme.

L’intensité des sentiments engendrés par le conflit – pour la plupart des juifs anglais, pour qui Israël est le centre de leur identité juive, aussi critiques qu’ils puissent être de la politique gouvernementale israélienne ; et pour beaucoup à gauche, pour qui Israël est devenu la cause morale de notre époque, au même titre que l’apartheid des années 80 ou la guerre civile espagnole des années 30 – signifie que toute discussion au sujet de l’antisémitisme dérive rapidement en conflit israélo-palestinien.

Les supporters d’Israël sont prompts à voir de l’antisémitisme derrière toute critique de l’État juif, mais les antisionistes se sentent libres d’ignorer toute accusation d’antisémitisme comme étant un argument de mauvaise foi afin de prévenir toute critique légitime. À la place du réflexe de soutenir la victime pour laquelle la gauche à juste titre réagit aux allégation d’autres formes de racisme et d’oppression, beaucoup à gauche ont fabriqué un réflexe de déni quand il s’agit d’antisémitisme.

Depuis 2015, sous la direction du Labour Party par le militant vétéran de la solidarité avec la Palestine Jeremy Corbyn, qui a créé une forte division à gauche, ces arguments sont devenus encore plus difficiles, alors que beaucoup des acolytes de Corbyn virent les accusations d’antisémitismes à gauche comme étant utilisées comme une arme par ses opposants. Alors que la droite a profité avec enthousiasme de chaque phrase de la gauche judéophobe pour diaboliser toute la gauche, trop de gens de gauche prirent ça comme un permis de reléguer les inquiétudes des juifs à de la simple diffamation.

Pour trop de gens, il n’y a jamais assez de preuves quant est constaté de l’antisémitisme, comme avec Gilad Atzmon, sous le prétexte d’antisionisme.

Atzmon a depuis longtemps cessé de se voir comme un juif. Il a tweeté de façon infamante : « Je ne suis plus juif. En effet, je méprise le juif en moi (bien que de gauche) ». Mais son passé juif permet facilement d’éviter les accusations contre lui. Et c’est très pratique pour les suprémacistes blancs comme David Duke, qui utilise les « likes » de Atzmon à la fois comme alibi et comme drogue introductive à son racisme inconditionnel.

Comme l’a noté récemment l’écrivain new-yorkais Arwa Mahdawi, « l’extrême droite a réalisé qu’agiter stratégiquement quelques homosexuels fonctionne comme une sorte de pschitt fondamentaliste qui dilue la puanteur de leur haine ». De la même manière, les antisémites apparemment juifs comme Atzmon – même s’il méprise sa propre judéité – permettent de se débarrasser du parfum de la haine du juif et du négationnisme.

Ben Gidley [1]

 

Retrouvez Gilad Atzmon lors de l’étape parisienne du Tour anniversaire E&R !

Notes

[1] Ben Gidley est maître de conférence senior à Birkbeck, université de Londres, et auteur (avec Keith Kahn-Harris) de « Turbulent Times : The British Jewish Community Today » et éditeur (avec James Renton) de « Antisemitism and Islamophobia in Europe : A Shared Story ? »

Retrouvez Gilad Atzmon chez Kontre Kulture Musique :

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Gilad Atzmon, entre musique et politique, sur E&R :

 






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