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Chronique d’un krach annoncé

Seuls quelques naïfs s’en sont étonnés : Sergueï Mavrodi, créateur de la plus importante pyramide financière de Russie, a annoncé la semaine dernière que son système, baptisé MMM-2011, était dissous et ne serait pas en mesure de rendre les sommes versées par les investisseurs crédules.

"Dans la situation actuelle, il faut regarder la réalité dans les yeux : la poursuite de MMM-2011 est impossible", a déclaré Mavrodi sur son blog. "Dans la pyramide, dans MMM-2011, il n’y a pas assez d’argent pour tout le monde, alors MMM-2012 viendra à la rescousse. On va utiliser l’argent de cette dernière, qui avant servaient, à cette… à la pub", a poursuivi dans la plus grande confusion l’ancien député de la Douma.

MMM, acronyme de "Nous pouvons beaucoup" : tel est le nom du projet lancé en janvier 2011 par Sergueï Mavrodi. Une pyramide en bonne et due forme, qui a connu, malgré la triste renommée de son créateur, un succès inattendu en Russie. Elle promet aux investisseurs une rentabilité de 20% par an, et jusqu’à 30% pour les retraités. Un taux démentiel quand on a à l’esprit que les dépôts des plus grandes banques russes proposent au maximum une rentabilité de 8,5% par an, niveau déjà astronomique en regard des analogues européens. Selon le site de M. Mavrodi, l’arnaque aurait attiré 35 millions de personnes au total. Un chiffre certainement exagéré, mais qui se compte dans tous les cas en millions.

Il y a environ trois semaines, les versements aux participants avaient été gelés, simultanément avec la création de MMM-2012, ce qui laissait pressentir le krach imminent de ce schéma de Ponzi pur et dur. Les bureaux MMM ont fermé les uns après les autres, notamment le siège situé dans le nord de Moscou.

Bis repetita

Sergueï Mavrodi, parfois appelé "Madoff russe" en référence à l’escroc américain condamné à 150 ans de prison, est un affairiste qui a déjà prouvé sa capacité de nuisance. Entrepreneur et financier, il avait créé dans les années 1990 l’entreprise MMM, une pyramide dont avaient été victimes entre 10 et 15 millions de personnes.

Condamné à quatre ans et demi de prison ferme pour escroquerie, il a retrouvé la liberté en mai 2007 avant d’écrire un livre. Un film a récemment retracé sa carrière tumultueuse. Très sûr de lui, l’arnaqueur a même proposé au président Biélorusse Alexandre Loukachenko de remettre en selle l’économie du pays grâce à MMM…

L’homme est pourtant rusé. Dès le départ, l’escroc avait prévenu que toutes les opérations liées à MMM-2011 auraient lieu entre investisseurs, sans participation directe de l’intéressé. "Moi je ne touche à rien, je n’en ai d’ailleurs pas le droit. Je me contenterai de diriger le processus", avait indiqué M. Mavrodi afin de contourner la législation russe, qui encadre strictement la constitution de comptes rémunérés.

Calcul réussi : le médiatique escroc a pu officier en toute sérénité pendant près d’un an et demi avant d’être vaguement inquiété par les autorités. La justice n’a lancé des poursuites que le 7 juin dernier pour "escroquerie à grande échelle" contre des "personnes non identifiées" liées à l’arnaque. Depuis, Mavrodi est introuvable : "Grattez-vous pour me trouver !" a-t-il lancé sur son blog. Rien n’indique d’ailleurs que les poursuites permettront de condamner Mavrodi et ses complices. "Tout ce qu’il fait, c’est de donner des consultations. Il ne le fait qu’en tant que personne privée, et ce qu’il dit n’a qu’un caractère de recommandation", a indiqué un juriste interrogé par RIA Novosti.

L’arnaque évidente de la pyramide MMM cache un autre problème : l’impuissance des autorités russes, tant financières que judiciaires, à prévenir la répétition d’un krach annoncé, susceptible de générer des remous sociaux importants. Dès le lancement de la pyramide en 2011, les déclarations indignées s’étaient multipliées au sommet de l’Etat, sans que les autorités parviennent à prévenir une répétition de la célèbre arnaque des années 1990. Les différents services s’étaient contentés de se renvoyer la balle, sans réussir prendre la moindre décision efficace.

A la différence de la Russie, qui a laissé prospérer l’arnaque en toute impunité, la Biélorussie n’y est pas allée par quatre chemins : le KGB de ce pays a de son côté arrêté toutes les personnes impliquées. Etat de droit plus développé que chez le voisin biélorusse, mais législation lacunaire : Moscou n’est pas parvenu à gérer l’affaire avec la même efficacité.

18 ans après la première édition de la funeste arnaque, il serait grand temps pour les autorités russes de se doter de normes efficaces afin de protéger les citoyens contre de telles supercheries. Le projet MMM, très médiatisé du fait de la personnalité de son créateur, n’est en réalité que le sommet de l’iceberg, dans un pays où la frontière entre dépôt bancaire et pyramide financière est parfois floue.