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De la Marne aux Mistral : l’alliance franco-russe

par Alexandre Latsa

L’année franco-russe semble finalement avoir tenu ses promesses. En tant que français de Russie, le renforcement des liens entre ces deux pays me tient bien sur particulièrement à cœur. Comme nombre de mes concitoyens mais également d’observateurs lucides, j’ai été extrêmement satisfait par la signature vendredi dernier au forum de Saint-Pétersbourg du contrat d’acquisition par la Russie des deux premiers Mistral.

Cette signature n’est pas un simple accord commercial entre deux états souverains, elle est le symbole d’un embryon de coopération militaire entre deux pays qui occupent les façades ouest et est du continent, et sans doute aussi la fin d’une forme de méfiance entre ce qu’on peut appeler l’ouest, tout du moins l’ouest de l’Europe, et la Russie. Une méfiance qui était avant tout une réminiscence de la guerre froide. Il faut noter qu’alors que français et russes ont donc visiblement dépassé cette barrière psychologique, outre atlantique, des officiels Américains ont eux rapidement commenté la transaction sur les Mistral comme représentant une menace pour les intérêts des Etats Unis dans la région.

L’année franco-russe finalement semble avoir porté ses fruits d’un point de vue économique puisque de nombreux autres contrats sont signés entre russes et français et que la collaboration entre nos deux pays semble à tous niveaux passer à la vitesse supérieure. Hormis le Mistral, de nombreuses collaborations ont abouti ou sont en cours de réalisation, que ce soit au niveau politique, culturel ou économique. Le resserrement des liens entre les deux pays était l’objectif de l’annee franco-russe et en ce sens on peut dire que cette année a été un grand succès.

Mais l’année franco-russe pour beaucoup de français et de russes avait un autre objectif : celui de faire tomber les barrières qui perdurent entre nos deux pays. Les quelques 300 événements culturels, organisés des deux côtés et qui ont couvert la quasi-totalité des territoires des deux pays y étaient destinés. Bien sur le rapprochement entre les peuples est long et il faut du temps pour apprendre à se connaître, mais l’amitié franco-russe ne se résume pas à des contrats économiques ni à des échanges de compagnies de ballets ou d’artistes, elle a des fondements bien plus profonds, historiques et civilisationnels.

Cette alliance franco-russe résulte d’une longue histoire commune que Léonid Rechetnikov, le directeur de l’Institut des Recherches Stratégiques à Moscou, définit comme forgée par les guerres. Elle ne se résume cependant pas à l’offensive de Bonaparte contre la Russie mais également à des moments un peu moins connus de l’histoire de nos deux pays, au cœur de la guerre civile Européenne de 30 ans (1914-1945), qui a frappé notre continent au siècle dernier. Bien sur presque tous les français connaissent l’histoire de l’escadrille Normandie-Niemen, qui combattit en Russie en 1943 aux côtés des escadrilles soviétiques. Mais l’histoire militaire commune franco-russe comporte un autre grand moment, plus méconnu encore, tout au moins en France.

En 1916 l’Etat-major russe envoya d’Arkhangelsk et de Vladivostok, quatre brigades, composées chacune de deux régiments, chacun de ceux-ci comptant trois bataillons. Elles furent transportées pendant la Grande Guerre sur les fronts français et macédonien. L’effectif total de ces troupes russes était de 745 officiers et de 43.547 soldats. Ces quatre brigades étaient commandées, respectivement, par les Généraux Lokhvitzky, Dieterichs, Marouchevsky, Léontiev et Taranovsky. Les 1ère et 3ème brigades furent dirigées vers l’est de la France, et les 2èmes et 4èmes sur le Front français de l’Armée d’Orient, sous le haut commandement du Général Sarrail.

Les quelques 20.000 hommes qui aboutirent en France participeront au défilé du 14 juillet 1916. Ces soldats russes combattront à l’est de la France en Champagne jusqu’en 1917. Cette année là, ils participeront à l’offensive Nivelle au sein de la 5ème armée du général Mazel, attaquant les positions allemandes près de Reims. Subissant les premières attaques chimiques de l’armée Allemande lors de la bataille de la Marne et prenant part à des combats acharnés, les pertes russes seront lourdes final, puisqu’elles dépasseront les 5.000 hommes.

En 1917, année de la révolution russe, ces brigades ont été dissoutes mais plus de 1.000 volontaires se sont alors engagés dans les troupes des Alliés. Un site internet entretient la mémoire de ce corps expéditionnaire russe qui a combattu en France. Hier mardi 21 juin un monument au Corps expéditionnaire russe a été inauguré hier à Paris. "Sa construction était supervisée par le premier ministre russe Vladimir Poutine et son homologue français François Fillon", a indiqué l’architecte du projet Vladimir Sourovtsev. En septembre 2010, déjà, un monument au Corps expéditionnaire russe avait déjà été inauguré à Reims, région principale des activités des forces russes jusqu’en 1917.

La visite du premier ministre russe s’inscrit donc dans un réel contexte de lune de miel entre les deux pays, puisque par exemple le commerce bilatéral a augmenté de 31,5% en 2010. Lors de sa visite en France, Vladimir Poutine doit notamment se rendre au salon du Bourget mais également rencontrer des membres de l’association "Dialogue franco-russe" qui a pour objectif de développer le partenariat des deux pays en multipliant les contacts dans le domaine des affaires, des investissements, de la science, de la culture et de l’enseignement.

Cette alliance franco-russe face ne repose pas que sur des intérêts géostratégiques éphémères mais également sur l’appartenance commune de ces deux pays à une seule et même civilisation européenne et chrétienne.

Eurasienne dirons certains, puisque la France et la Russie s’étendent de l’océan l’atlantique à l’océan pacifique et que cet immense territoire, qui va de Brest à Vladivostok, est géographiquement à la fois en Europe et en Asie. L’amitié franco- russe, ce n’est donc pas seulement des contrats, ni des territoires, ni même une mémoire commune, c’est surtout et avant tout l’appartenance à une civilisation commune, qui se doit d’être unie et soudée pour défendre ses valeurs.

 






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4 Commentaires

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  • #26280
    Le 23 juin 2011 à 00:27 par Crylovitch
    De la Marne aux Mistral : l’alliance franco-russe

    Pour continuer sur la relation Franco-Russe ,une expo au musée de Normandie a Caen,réalisée en collaboration avec l’Institut d’histoire de la culture matérielle de l’Académie des Sciences de Russie a découvrir a partir du 25 Juin.http://www.musee-de-normandie.caen....

     

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    • #26331
      Le Juin 2011 à 09:12 par basta !
      De la Marne aux Mistral : l’alliance franco-russe

      ouh la ! ca fantasme un maximum !

      la realité est a des années lumieres :

      Deux Mirages 2000 interceptent un A-50 Mainstay et 2 Su-27 Flanker

      Le 30 mai dernier, une patrouille de deux Mirage 2000 RDI a intercepté au dessus de la mer baltique, un HVAA russe (High Value Air Asset ) moyen aérien de grande valeur composé d’un Beriev A-50 Mainstay et de 2 chasseurs Sukhoi-27 Flanker.

      Mis en alerte à 11h40, les deux chasseurs français décollent rapidement de la base aérienne de Šiauliai en Lituanie pour contrôler un aéronef effectuant la liaison aérienne Saint-Petersbourg/Kaliningrad.

      Les radars des Mirage 2000 détectent une présence sur la position indiquée par les contrôleurs aériens de Kaunas. Cependant, cinq plots différents sont visualisables sur la VTB (écran monochrome de visualisation tête basse qui présente les échos radar au pilote) alors que les deux pilotes français s’apprêtaient à contrôler un seul aéronef.

      En effet, le plan de vol déposé par l’équipage du Beriev A-50 mentionnait un seul appareil de type AWACS (Airborne Warning And Control System : système aéroporté de détection et de contrôle), mais pas les deux Su-27 en escorte. De plus, deux JAS-39 Gripen suédois étaient déjà en train d’effectuer une surveillance en arrière de cet imposant dispositif. Les deux Mirage 2000 prennent le relais des Gripen pour accompagner les trois appareils russes jusqu’à la limite de l’espace aérien balte.

      L’A-50 Mainstay , construit à partir de la cellule de l’Iliouchine 76-MD Candid (avion cargo équivalent du C-141 Starlifter américain), est un avion russe d’alerte et de contrôle aérien avancé.

       
  • #26332
    Le 23 juin 2011 à 09:20 par basta !
    De la Marne aux Mistral : l’alliance franco-russe

    Dans le cadre d’une mission de l’OTAN et intitulée « Air Baltique 2010« , la France assure la sûreté aérienne de l’espace aérien des pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) depuis le 4 janvier 2010. L’effectif aérien est de 4 Mirage 2000 C RDI de l’Escadron de chasse 01.012 Cambrésis de la base aérienne 103 de Cambrai.

    Les pays baltes, membres de l’Alliance atlantique depuis 2004, n’ont pas de moyen propre de défense aérienne. Pour répondre à un besoin exprimé par ces états, l’OTAN avait accepté d’assurer la mission d’assistance et de police du ciel. Cette dernière, confiée à tour de rôle aux pays volontaires, consiste à mettre en place un dispositif aérien cohérent pour garantir à ces pays souverains l’intégrité de leur espace aérien.<
    ==================

    en fait l’alliance franco-russe est du plus parfait wishful thinking, qui ne repose sur absolument rien de concret

    dégrader l’Otan cela passe par une alternative crédible, celle d’une armée Française forte capable de défendre le reste de l’Europe aussi bien voir même mieux que les Etats-Unis (surtout que maintenant qu’ils ont mieux à faire que de mettre des moyens militaires en Europe)

    la France ne peut pas compter sur l’Allemagne sur ce plan là pour des raisons politiques internes, pas non plus sur le Royaume-uni grand gagnant européen du système de l’Otan, enfin une alliance avec la Russie qui avait été tenté par l’ancien président de la république nous mettrait l’est de l’Europe à dos (d’ailleurs n’aurait on pas de nouvelle sur la proposition de Poutin de faire un chasseur de 5ème génération en commun)

    l’Espagne n’est pas assez grande pour être ce partenaire qu’en à l’Italie le principal problème serait sa stabilité politique, comment mettre en place une politique avec un pays qui change d’avis tout les deux ans

     

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  • #27437
    Le 27 juin 2011 à 17:41 par MG 42
    De la Marne aux Mistral : l’alliance franco-russe

    en tant que Normand je suis profondément dégouté de voir le drapeau de mon pays récupéré par des nostalgiques du bolchevisme... :)

     

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