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Décomposition impériale

Moins spectaculaire que les guerres américaines ratées, moins médiatique que les tentatives de putsch qui ne prennent plus, le mouvement tectonique du reflux de l’empire suit son cours, inexorable. Le schéma est classique, presque mécanique...

 

Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.

Années 2000 (ère Bush) : victime d’hybris, il s’engage dans un certains nombre de fiascos coûteux et retentissants (Irak, Afghanistan), et provoque la résurgence de ses rivaux (Russie, Chine, OCS).

Années 2000-2010 (ère Obama) : sentant le vent tourner, ils s’arc-boute sur ses fondamentaux (Europe totalement vassalisée, presstituée noyautée comme jamais) pour tenter de durer, au risque d’imploser.

À bien des égards, la géopolitique ressemble à la physique pure. Plus un corps, soumis à une pression intense, se comprime, plus il est instable et susceptible de provoquer des réactions en chaîne. C’est ce qui finit par arriver...

Qui aurait imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir le système impérial US se décomposer aussi rapidement ? Certes, il y avait eu des signes avant-coureurs : crise grecque, montée des « « populismes » » (entre huit guillemets) en Europe, multiplication des voix discordantes concernant la politique anti-russe (Hongrie d’Orbán, Italie, Slovaquie, République tchèque, Grèce, industriels allemands, etc.), record d’impopularité des hommes de paille de Washington (Flamby Ier rejoignant les rois fainéants mérovingiens dans le palmarès des dirigeants les plus détestés de l’histoire de France)...

Mais l’année 2016 restera comme l’apothéose de ce détricotage. En mai dernier, avant le sommet du G7 à Tokyo, un eurocrate envisageait le « scénario de l’horreur » :

Imaginez si, au lieu de Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi, nous avons Donald Trump, Marine Le Pen, Boris Johnson et Beppe Grillo.

Un mois plus tard, le scénario tant honni commençait à se mettre en place, au grand dam de Washington, Bruxelles et de leurs relais médiatiques. Le Brexit envoya des ondes de choc (...) Ce n’était pourtant rien en comparaison de ce qui allait se passer trois mois plus tard, au cœur même de l’empire, la deuxième étape du « scénario de l’horreur », le changement tectonique représenté par l’élection du Donald.

2016 fut en effet le début de la fin : Brexit, Trump, guerre pétrolière américano-saoudienne, perte ou trahison des alliés, dédollarisation, fiasco ukrainien, dégringolade de la branche médiatique... Ce qui avait été patiemment bâti au cours de longues décennies se défaisait à vue d’œil. Et si le Deep State réussissait à sauver quelques meubles, par exemple en récupérant partiellement le Donald, plus rien ne serait comme avant. Comme la marée basse laisse sur le sable les traces de son passage, le reflux de l’empire mettait à jour ses contradictions criantes et ses dysfonctionnements inhérents.

Les éléments, auparavant maintenus sous la chape (de plomb) du manteau américain, étaient désormais livrés à eux-mêmes. Certains, comme les euronouilles, complètement perdus, couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête. D’autres, tel le sultan, jouaient les électrons libres et se rapprochaient dangereusement de l’autre camp. Partout, l’unité faisait place à la dissension. Sur le Vieux Continent :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là mêmes qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber.

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les États-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux Continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux États-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schröder...)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler... Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça...

Il n’avait pas non plus prévu ce qui allait se passer dans le Golfe en juin 2017 :

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques. (...)

Le Conseil de coopération du Golfe est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? À Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges... Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus l’organisation. (...)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, État profond US divisé... Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire.

Il n’en fallait pas plus à CNN pour accuser... les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c’est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.

Les groupies de l’hégémonie américaine ne peuvent maintenant que constater les dégâts :

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, s’il en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

À Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rohani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, État observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. À Bichkek, on a parlé multipolarité, routes de la soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez...

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’interaction et la confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient, dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rohani, Erdoğan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les routes de la soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIe émerge sous nos yeux...

Ce qui nous amène aux délectables nouvelles de ces derniers jours, qui remuent encore un peu plus le couteau dans le cœur des petits génies de Washington. Au Royaume-Uni, l’énième report du Brexit par les manigances des députés a poussé le Premier ministre Johnson à organiser des élections générales, prévues dans cinq semaines. Sans surprise, elles mettront aux prises les conservateurs de ce même Johnson et le Labour de Jeremy Corbyn. Si certains articles versent allègrement dans l’hyperbole, parlant de « lutte pour l’âme britannique », un aspect fondamental n’est pourtant jamais abordé : l’accélération du détricotage de l’empire.

Johnson est en effet favorable à l’OTAN mais ne peut, on le sait, voir en peinture l’Union européenne et fut l’un des principaux leaders de la campagne du Leave. À l’opposé, Corbyn est un de ces européistes indécrottables mais a toujours été très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain et favorable à un rapprochement avec la Russie. S’il ne réclame plus l’abolition de l’Alliance atlantique, comme c’était encore le cas en 2012, nul doute que la politique étrangère de Londres prendrait un tour nouveau s’il était élu.

OTAN contre UE, alors que ces deux piliers de l’hégémonie américaine en Europe étaient auparavant synonymes, Brexit ou OTANxit (ou du moins une sérieuse prise de distance). Heureusement que McCain n’est plus là pour voir ça...

Et puisqu’on parle d’elle, les déclarations tonitruantes de Macron affirmant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » ont jeté un énorme pavé dans la mare, provoquant les cris d’orfraie de Berlin et de Bruxelles, la fébrilité dans les salles de rédaction et l’amusement de Moscou, qui a d’ailleurs tout lieu de se réjouir des appels du même à « rouvrir un dialogue stratégique avec la Russie ».

Ce n’est pas la première fois que l’actuel président français s’écarte de la ligne vassale de son prédécesseur. S’il n’a pu s’empêcher d’y retomber en certaines occasions, par exemple lors du false flag chimique n°3, l’occupant de l’Élysée est capable de faire montre d’une relative indépendance, comme nous le relations il y a plus de deux ans :

Alerte dans les officines du système impérial, la plaque européenne commence à dangereusement se rapprocher de sa consœur russe et nos hypothèses se voient une nouvelle fois confirmées. Après la réception de Poutine par Macron à Versailles, nous écrivions :

D’abord, pourquoi inviter Poutine, dans les fastes de Versailles qui plus est ? Notons que, mis à part le traditionnel voyage du 15 mai à Berlin pour retrouver Merkel, c’est le premier dirigeant étranger que rencontre Macron dans un format bilatéral (les discussions avec Trump, Trudeau, Erdoğan & Co ayant eu lieu en marge des sommets de l’OTAN et du G7). Relevons également que la somptueuse réception du « tsar de toutes les Russie » au château du Roi-Soleil n’a pas été du goût des habituels thuriféraires du système impérial.

Ainsi, le président français était demandeur, ce que l’enguirlandement médiatique fanfaron tente d’occulter (...)

Un reset franco-russe, qu’évoque également le peu russophile Financial Times, serait donc dans les tuyaux à la demande de Paris. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au-delà des pathétiques flonflons médiatiques et du sauvetage de face macronien sur des questions aussi existentielles que les LGBT de Tchétchénie ou les méchants médias russes, on a furieusement l’impression que Bobobankster s’est aligné sur Poutine.

Sur la Syrie, « l’objectif absolu est la lutte contre le terrorisme, l’éradication des groupes terroristes, en particulier Daech ». Tiens, il y aurait des modérés pas si modérés que ça finalement et Assad ne doit plus partir... Plus intéressant encore, la fameuse phrase sur les armes chimiques que toute la MSN saoudisée a rapportée, persuadée qu’elle est dirigée contre Damas, mais que personne n’a pris la peine de décrypter :

« J’ai indiqué qu’une ligne rouge très claire existe de notre côté : l’utilisation d’une arme chimique par qui que ce soit fera l’objet de représailles et d’une riposte immédiate. »

Les mots importants sont en gras. Ainsi, Assad ne serait pas le seul à disposer et à être susceptible d’utiliser des armes chimiques... Est-ce une reconnaissance en creux du false flag de Khan Cheikhoun ? À noter que le soir même, Vladimirovitch a répété dans une interview destinée au public français qu’il n’y avait aucune preuve de l’implication du gouvernement syrien dans cette attaque. Pour mieux appuyer ce qu’il a dit, voire prouvé, quelques heures plus tôt à Macron sous les lambris versaillais ?

Concernant l’Ukraine, Poutine a pris le bâton, déclarant que c’était une affaire intérieure à ce pays et qu’il fallait tenir Kiev pour responsable des atteintes aux accord de Minsk, le tout sans être contredit par son hôte. Et je ne mentionne pas les formules répétées sur « le rôle indispensable de la Russie »...

Assiste-t-on à un changement de direction de l’euronouillerie, désormais orpheline de son maître américain ? Si Macron dit tout haut ce que Merkel pense tout bas – et il y a de bonnes raisons de croire que le premier est le porte-parole de la seconde –, on est peut-être en train d’assister à un rééquilibrage du Vieux Continent. L’avenir nous le dira... Mais on comprendrait mieux alors la flagornerie de la caste médiatique, cachant sous les épithètes dithyrambiques une redirection peu glorieuse pour elle.

On en prend le chemin... Dans la foulée de la visite du réaliste Le Drian à Moscou, c’est en effet une véritable bombe qu’a lancé Macron dans un entretien à huit quotidiens européens paru aujourd’hui. Dans le texte :

Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Personne ne m’a présenté son successeur légitime. Assad est un ennemi de son peuple [tous les éléments de langage n’ont pas disparu du jour au lendemain, ndlr] mais pas de la France. Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Deux : la Syrie ne doit pas devenir un État failli [failed State]. Nous avons besoin de la coopération de tous pour éradiquer les terroristes, en particulier de la Russie.

Dios mio, McCain, Barack à frites, Flamby, l’hilarante, le Seoud et autres joyeux lurons de la clique impériale doivent s’arracher les cheveux. L’imMonde est vert de rage et la presse israélienne rapporte l’info pour le moins fraîchement.

Le président Macron semble en passe de devenir nettement plus sage que le candidat Macron. Un Trump inversé en quelque sorte... Si le Donald a tout le mal du monde à contrer le Deep State, c’est néanmoins son élection qui a permis le détricotage de l’empire dont les composantes s’égaillent maintenant dans la nature.

En plein dans le mille. Le reflux américain a laissé sur la grève les composantes du système impérial qui, nouvellement autonomes, s’éparpillent et prennent des directions inimaginables il y a peu encore.

Pire ! les propres pions de Washington arrivés fraîchement au pouvoir se mettent eux aussi à tourner casaque, notamment en Amérique latine. Au Brésil, Bolsonaro a fait un flip flop digne d’une grande patineuse en allant courtiser les investissements chinois. Ce n’est pas une surprise pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, car certains signes étaient annonciateurs :

Un mot encore sur le traditionnel sommet des BRICS en marge du G20. Il était intéressant de voir le comportement de l’américanolâtre néoprésident brésilien dans cette structure de facto opposée à Washington. Les bruits alarmistes et peut-être inventés sur une possible exclusion du Brésil ne se sont pas traduits dans les faits et les oreilles de Bolsonaro ont dû quelque peu sursauter en entendant Poutine appeler à la dédollarisation ou défendre le Venezuela, point sur lequel le leader brésilien a préféré éviter de polémiquer avec son homologue russe. Bolsonaro, que d’aucuns pensaient il y a quelques mois qu’il mettrait des bâtons dans les roues des BRICS, a même partiellement épousé les discours sur le multilatéralisme en critiquant le protectionnisme unilatéral d’un certain pays...

Entre un Bolsonaro qui met de l’eau dans son maté et un Lula qui vient de sortir de prison et pourrait reprendre le chemin du pouvoir, l’expérience « américaine » du Brésil a peut-être tourné (très) court. L’occasion de redonner un regain d’énergie aux BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des États-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

... et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39 %-30 %). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47 % contre 32 %. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois...

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

 

(Vidéo en espagnol, non sous-titrée)

 

Le renouveau de la multipolarité qui se prépare en Amérique du Sud va de pair avec le rôle jamais vu qu’y joue Moscou, au grand dam du Deep State dont les think tanks sonnent le tocsin :

« Il est clair que la Russie est en Amérique latine pour y rester et qu’elle étend son influence – notamment en essayant d’assurer les moyens de menacer les USA au sein même de l’hémisphère occidental. Le désarroi de la politique étrangère américaine a clairement facilité cette évolution. Étant donné l’actuel chaos à Washington [ ! ], il faudra un temps considérable avant que les États-Unis ne puissent établir une stratégie coordonnée visant à contrer ou, au moins, atténuer ces menaces. L’Amérique latine est devenue un théâtre d’opérations réel pour les Russes à cause de la négligence des États-Unis et de leurs politiques erronées. (source) »

Au-delà de l’alarmisme peut-être exagéré de l’establishment impérial, trop longtemps habitué à l’hégémonie et qui voit surgir avec horreur son rival là où il ne l’attendait pas, une chose est sûre : en Amérique, comme en Europe ou au Moyen-Orient, l’empire US recule terriblement...

 

Voir aussi, sur E&R :

 






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15 Commentaires

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  • #2320511
    Le 12 novembre à 19:20 par Alkali
    Décomposition impériale

    Trop Fort un article sur la géopolitique mondiale et pas une seule fois Israël n’a été cité.
    Bon après tout c’est une habitude sur chronique du grand jeu il suffit de regarder sur le site le nombre d’occurrences liées à Israël pour comprendre pour qui il travaillent.

     

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    • #2320609
      Le 12 novembre à 21:26 par G. HAUTIER
      Décomposition impériale

      Effectivement, cela jette le trouble sur l’argumentaire.

       
  • #2320566
    Le 12 novembre à 20:16 par Bayinnaung
    Décomposition impériale

    Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.



    Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. Le grand public a en effet eu l’illusion que l’Historie avait bel et bien pris fin et que les U.S.A. devenaient l’horizon indépassable pour toujours.
    Et pourtant, la déconfiture de l’URSS n’a en rien gommé les échecs patents de l’occident au XXème siècle que ce soit en 1929, dans la décolonisation post-seconde-guerre-mondiale ou l’obligation de passer du dollar-or au pétro-dollar en 1973.

    Comment est-ce qu’un empire occidental affaiblit en Asie par la guerre du Vietnam et au moyen-orient (via la révolution Iranienne ou la guerre au Liban) a-t-il pu tenir plus longtemps que l’URSS après la crise des années 70-80 ?
    Tout simplement en s’alliant à la Chine.
    Sans les délocalisations de masse vers la Chine, le transfert de l’Usine-monde occidentale vers l’Asie : l’occident aurait été dans la même situation de reflux qu’il est aujourd’hui.
    Les élites ont sacrifié les masses d’Europe et d’Amérique du Nord à la fois pour faire taire toute velléité d’opposition interne (du moins jusqu’à l’avènement du populisme) et ont fait monter la Chine afin de pouvoir abattre la Russie, tout en pensant que la Chine resterait sagement muselée grâce à une innovation technologique miracle (qui n’est jamais survenue) et grâce à la mise en coupe réglée du pétrole du moyen-orient pour menacer la Chine (comme la Russie avait été condamnée à la régression économique à la suite de la crise pétrolière des années 80)...stratégie battue en brèche par l’échec Irakien.

    ... et aujourd’hui, à quoi assiste-t-on ? Un rétro-pédalage (notamment avec Trump) qui consiste à faire monter la Russie pour contrer la Chine (inverser la politique décidée dans les années 70 lorsque Nixon a rencontré Mao Zedong.

    Les USA n’ont pas été la seule grande puissance des années 90 : qui a résisté à la grande vague des printemps anti-communistes (place Tien An Men) ? Quelle a été la seule puissance asiatique à résister à la crise asiatique ? A qui a été rétrocédé HK ? Toute la consommation plastique des années 90 était made in qui ?

    La grande victoire de l’occident en 89, était une victoire sino-occidentale...c’est là où réside le grand mensonge dans lequel on a vécu pendant 30 ans.

     

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  • #2320614
    Le 12 novembre à 21:36 par listener
    Décomposition impériale

    L’imagerie populaire, en particulier les républicains de l’époque de Jules Ferry, ont perpétué et accentué à travers l’école publique la perception négative de ces rois dits "fainéants", se déplaçant mollement dans de lourds chariots bâchés tirés par des bœufs.

    L’historiographie républicaine très hostile à la monarchie en fait des souverains paresseux confortablement allongés sur des coussins moelleux. Et alors ? En réalité, il s’agissait d’une coutume germanique : après son élection, le roi devait parcourir toutes ses terres à la rencontre de son peuple sur un char rituel.

    « La lecture de cette période est particulièrement tributaire des sources carolingiennes, cherchant à légitimer rétrospectivement tant le principat de Charles Martel puis de Pépin, que le remplacement dynastique effectué par Pépin le Bref, couronné roi », ce qui incite « à nuancer le sentiment d’éclatement et de décadence » sous le règne des rois fainéants. Donc nuançons.

    Le premier roi qualifié par la suite de « fainéant » fut Thierry III (673-691), qui se laissa gouverner d’abord par Ébroïn puis par Pépin de Herstal (son père Clovis II et son frère aîné Clotaire III ont bénéficié de reines fortes et de maires du palais respectueux de l’autorité mérovingienne, et son autre frère Childéric II s’était montré particulièrement caractériel). Les suivants furent Clovis III, Childebert III, Dagobert II, Chilpéric II, Thierry IV et enfin Childéric III.

    Mais à leur décharge il faut remarquer que le territoire était démesuré. Clovis a régné sur un royaume immense. Pas facile de le parcourir en chariot rituel. En tous les cas épuisant. Les anciennes voies romaines étaient en mauvais état.

    Réhabilitons ces pauvres princes déposés assez brutalement sur de faux prétextes par des fonctionnaires intriguants et qui ont été décriés par des moines félons et des historiographes obséquieux, jaloux et factieux manipulant un pape prêt à tout pour asseoir sa puissance sur le monde germanique. Si on en était resté au mérovingiens, les francs régneraient tranquillement sur le monde occidental.

    Quant à leurs popularité, outre que les sondages d’opinion étaient encore dans les limbes, le fait de ne rien faire n’est nullement décisif : la reine d’Angleterre qui en fait certainement moins que Dagobert II, est très populaire. Si Macron n’en foutait plus une rame, cela serait plutôt bon et pour lui et pour le pays.

    Le légitimisme bien pensé devrait faire quelque chose en faveur des mérovingiens

     

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  • #2320634
    Le 12 novembre à 22:01 par Snayche
    Décomposition impériale

    Le Chili et la Bolivie prouvent qu’ils sont encore là perversement et exaspéramment au niveau des révolutions colorées...

     

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    • #2320796
      Le 13 novembre à 08:30 par VIVACHAVEZ
      Décomposition impériale

      C’est logique puisqu’un animal blessé n’en est que plus dangereux.

       
  • #2320653
    Le 12 novembre à 22:16 par Zadiste et gilet
    Décomposition impériale

    Fin de l’empire américain et de la domination du dollar certes.
    Mais ce n’est pas pour autant la fin de la domination des banquiers de la city qui vont passer à l’aboutissement ultime de leur plan à savoir une monnaie mondiale avec la collaboration des russes et des chinois.
    C’est dans cette perspective qu’il faut lire le Bréxit comme une volonté de la city de s’émanciper du dollar et de la domination américaine. Le Qatar étant lié à Londres, sa volonté de s’émanciper de l’Arabie saoudite et de travailler avec les nouveaux partenaires de la city est aussi logique.

    L’a seule restant de savoir si la Chine de xi va fpoursuivre sa collaboration ou s’émanciper de la banque anglo-saxonne en jouant sa propre partition.

    Ainsi on assiste à une lutte intraoligarchique entre la faction des "euro mondialistes" qu’on devrait plutôt nommer "sinomondialistes" et les atlantosionnistes qui sont en train de voir qu’ils l’auront dans le baba les banquiers mondialistes apatrides n’ayant pas d’attaches et se servant des empires pour leurs propres fins.

     

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  • #2320667
    Le 12 novembre à 22:50 par Jacques
    Décomposition impériale

    L’effondrement est en fait plutôt lent et destructeur en dégâts collatéraux, les tours n’ont pris que quelques secondes. Ils ont encore beaucoup de bombes atomiques et quelqu’un comme la Clinton pourrait les balancer sans problème. Ils sont tous vieux et l’avenir ne les intéresse pas.
    L’Europe de l’ouest est mal barrée, elle est envahie pas des troupes de choc sudiste venues au nom de l’empire pour la détruire. Les pays qu’il évoque n’ont guère subi telle invasion.

     

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  • #2320668
    Le 12 novembre à 22:50 par Antoine
    Décomposition impériale

    Tous ceux qui aspirent ardemment à une fin la plus rapide possible de l’hégémonisme étatsunien devraient se garder de tomber dans un optimisme béat suite à la lecture de cet article.

    Tout n’est pas rose, loin de là.

    1) Consécutivement à la perte par les urnes de l’Argentine, les yankees viennent de récupérer par un coup d’Etat la Bolivie. En Amérique du Sud pour eux, aucune débâcle, c’est un partout.

    2) En Syrie, les USraël n’ont pas réussi a faire tomber le Docteur B El Assad afin de le remplacer par un président fantoche, mais ils ont néanmoins réussi à détruire une énorme partie du pays, et ceci tout en lui subtilisant ses puits de pétrole.
    Sans la manne pétrolière la reconstruction du pays risque de prendre des décennies.

    3) L’arraisonnement récent d’un tanker iranien au large de Gibraltar n’a en rien soulevé de vague d’indignation, pas plus que la moindre représaille.
    Ils sont toujours les maîtres du commerce maritime et pour probablement encore très longtemps.

    4) Certes Trump n’était pas leur candidat de premier choix, mais ce dernier est complétement inféodé à Jérusalem. Ce qui n’était pas le cas de " Barack à frire".

     

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  • #2320720
    Le 13 novembre à 00:29 par Sedetiam
    Décomposition impériale

    Lire cela et avoir l’impression de vivre une épopée : voilà qui redresse la colonne vertébrale alors que l’on semblait en avoir plein le dos, plein les épaules...
    Jusqu’à regretter l’époque du bon vieux sabre au clair.

     

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  • #2320883
    Le 13 novembre à 11:17 par Louis Delga
    Décomposition impériale

    Et tout ça pour servir la folie destructrice d’une grosse poignée de cons. Car oui, l’Empire mondialiste est dirigé depuis des décennies par des cons, des cons avides, cupides, belliqueux, des cons puissants, égoïstes, diaboliques, mais des cons.
    Tout système à une fin, et ces abrutis égocentrés sont incapables de mesurer l’impact de leurs décisions sur le long terme, car ils en ont même oublié que nous vivions tous sur la même petite planète fragile, cette Terre qui les nourrit et les abrite et dont on ne pourra jamais s’échapper, oublié la force et la détermination des russes, des peuples, du Bien.
    Le (très) prochain cataclysme financier finira d’achever ce paradigme mortifère, et nous en paierons tous le prix très très cher, tout ça pour assouvir la satisfaction infantile d’une poignée de cons.

     

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  • #2320963
    Le 13 novembre à 12:51 par anonyme
    Décomposition impériale

    Je voudrais ajouter que ce n’est pas seulement l’empire américain qui est en décomposition, mais quasiment tous les États et (ex-)empire le sont aussi.
    (Certes il y a quelques élites qui ne le sont pas parce qu’ils ont les moyens, la connaissance et la sagesse).

    Je précise que je parle de l’État comme concept défini et traité par les vrais philosophes et les grands historiens.

    Par définition, Homo sapiens sapiens est un être politique & social & en Évolution. L’organisation est passée du petit groupe à la tribu, à l’État-Nation... Il y aura autre chose. Certains osent parler même d’une nouvelle espèce ou sous-espèce "humaine".

    En tout cas, je crois que l’humanité est déjà entrée en une nouvelle époque majeure.

     

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    • #2321250
      Le 13 novembre à 19:20 par Silence Radio
      Décomposition impériale

      La prochaine étape sera d’admettre qu’on ne sait que mesurer notre ignorance. Homo Sapiens Non-Sapiens

       
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