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Égypte : vers un avenir de plus en plus sanglant

Des centaines de milliers de personnes se sont rendus hier autour de la mosquée de Rabaa au Caire pour protester contre le coup d’Etat en Egypte, tandis que des centaines de milliers d’autres se déversaient dans la place Tahrir pour soutenir leur général favori , Abdel Fattah El-Sisi, qui a organisé le "coup-d’état-que-nous-ne-devons-surtout-pas-appeler-coup-d’état".

Grotesque, sans précédent, bizarre. Appelez ça comme vous voulez. Mais, d’un côté, les hélicoptères plongeant joyeusement au-dessus Tahrir, et de l’autre, la ligne de la police anti-émeute avec leurs casques à visière et les troupes debout en face des barricades des Frères Musulmans, deux histoires différentes. Les journalistes ne devraient pas être des marchands de malheur, mais les choses n’avaient pas l’air trop bonnes au Caire hier soir.

La chose la plus triste – le plus tragique, si vous voulez -, c’est que les foules dans Nasr City, à proximité de la route de l’aéroport où se situe la mosquée, étaient aussi gais et accueillants que les masses dans Tahrir qui considèrent leurs homologues comme des « terroristes » plutôt que des partisans de Mohamed Morsi, le Président légalement et démocratiquement élu de l’Egypte qui a été renversé par l’armée il y a trois semaines. Les dizaines de milliers d’Egyptiens traversant les ponts sur le Nil ou transpirant sous une chaleur de 40°C sur la route de l’aéroport étaient aussi heureux que s’ils se rendaient à un match de football.

Mais la gaieté s’arrête là. Les Frères musulmans, hommes et femmes, avaient amené des photos de Morsi et avaient peint des étoiles de David sur la caserne militaire près de la mosquée. Ils avaient empilé des milliers de sacs de sable autour de leur campement de tentes et des tas de pierres à lancer à tous ceux qui essaient de les déplacer. Mais les soldats sur la route – eux aussi, il faut le dire, gais et très amicaux – tenaient des armes automatiques à côté de véhicules blindés français et de fabrication américaine, et des matraques en bois, et étaient flanqués de policiers en uniformes noirs de mauvaise qualité.

Il semblait qu’ils n’étaient qu’à quelques heures du moment où ils allaient charger les frères musulmans, et peu importe combien d’hommes barbus étaient en train de lire le Coran sur la chaussée – ce qu’ils étaient effectivement en train de faire – et il était difficile d’imaginer les heures qui allaient venir autrement que mortelles.

Un point qui se distingue – et ce n’est peut-être pas à la mode de dire ça -, c’est que les partisans des Frères musulmans étaient généralement pauvres et avaient l’air pauvres dans leurs abayas sales et sandales en plastique. Certains des manifestants de la place Tahrir, qui étaient vraiment révolutionnaires contre Moubarak en 2011, ont paradé sur les ponts du Nil brandissant des affiches du général al-Sisi. Et il faut dire, aussi douloureux que cela puisse être, que la vue de gens bien nantis brandissant la photo d’un général en lunettes de soleil – quoique merveilleux et très démocratique général – était profondément déprimante. Qu’est-il vraiment arrivé à la révolution du 25 Janvier 2011 ?

« Nous aimons les soldats, mais nous n’avons pas besoin du général", a crié une femme en foulard près de la mosquée Rabaa, mais Sisi est maintenant un visage bien connu, l’homme qui va faire revenir l’Egypte dans sa véritable voie révolutionnaire, si vous pouvez oublier pour le moment que le premier président réellement élu dans l’histoire égyptienne moderne est probablement incarcéré dans une de ces baraques que nous longeons si allègrement sur ​​la route de l’aéroport.

Mais l’Egypte a besoin d’un gouvernement. En revenant de Nasr City pour me rendre au centre du Caire, ce soir, ma voiture a été bloquée dans un embouteillage parce que les familles rivales se battaient dans une fusillade à travers l’autoroute. Environ 1 000 Cairotes s’y étaient joints en jetant des pierres à partir d’une passerelle. Deux miles plus loin, une femme d’âge moyen avait été traînée par une moto et était allongée, souffrante, sur la chaussée. Bon nombre de conducteurs qui l’ont vue ont continué leur chemin, le nez de leurs familles pressées contre la vitre pendant que cette dame gisait bras et jambes écartés sur l’autoroute dans sa robe noire. Le proche avenir se présente mal.

Sur les « printemps arabes », chez Kontre Kulture :

 



Article ancien.
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6 Commentaires

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  • #477973

    Au moins citez l’auteur : Robert Fisk


  • Est-ce pertinent de placer ce livre « Arabesques » dans toutes les actualités ayant trait de près ou de loin au monde arabe ? Ce livre dont le titre parait un peut condescendant (on est en présence de guerre civiles et de tueries, on imagine pas un livre politique sérieux sur la France titré « Fromageries » ou sur les US titré « Américaneries »), semble tout traiter sur le mode du jeu de mot et de l’humour poétique. En fait on aurait aimé une présentation plus approfondie du livre (conseils de lecture de septembre dernier je crois) afin de se faire une meilleure idée du contenu. Aucun commentaire sur Amazon ni nulle part.

     

    • #478187

      Amyn, les arabes feront-ils pire que les européens et leurs tueries modernes comme les 80 millions de morts uniquement lors de l’effroyable 2ème guerre mondiale ?.
      Les causes sont cependant les mêmes : crise grave du capitalisme, un système qui s’est imposé aujourd’hui à tous les peuples de la planète comme seule voie conduisant au bonheur.


  • #478046

    "Mais l’Egypte a besoin d’un gouvernement".
    Tant que cette supercherie n’est pas dévoilée les peuples croiront toujours avoir besoin d’un Gouvernement (et de tous les parasites qui y sévissent) pratiquant à leur encontre une violence "légitime" et leur disant le bien et le mal.
    Et ils continueront à s’entretuer au nom d’un des dictateurs (ou d’un dieu, car le dieu d’Abraham, sous quelque nom qu’on l’adore, est aussi un Gouvernement usant de violence "légitime") qui se propose de les oppresser avec leur approbation.
    Tandis que s’ils prenaient leurs responsabilités et s’arrangeaient entre eux pour organiser la société, les mafias politiques et religieuses seraient derechef éliminées.
    Je sais, ce n’est pas demain la veille.


  • #478117

    Toutes ces Fausses Révolution Arabe sont des coups d’Etat manigansés par l’occident ... le but de tout "çà" est de rendre comptatible l’appareil d’état Egyptien au Nouvel Ordre Mondial ... Que ce soit ce Général militaire ou les Frères Musulmans, C pas important ... Depuis la chute du président Hosni Moubarak, les jeux sont fait ! ... L’Egypte est entré dans une "nouvelle ère", un "Nouvel" ordre mondial, et si ce Nouvel Ordre Mondial passe, les monstres leaders ne s’arrêterons pas en si bon chemin ... ils vous parleront de "Nouvel Homme" à mettre en place sur la planète ...


  • #478127

    l’idée de l’Empire n’est plus de déclarer les guerres, comme il y a peu, mais de détruire les nations "à problèmes" de l’intérieur, grâce au terrorisme entre autres...à quand le tour du Maghreb ? gouverner par le chaos est finalement une bonne chose pour l’Empire : ça coûte bien moins cher que d’envoyer des bombardiers et des troupes au sol, les responsabilités finales retombent sur les populations concernées, qui, cerise sur le gâteau, privilégient le combat horizontal plutôt que vertical...bientôt, les différentes communautés se retrouvent rivales les unes des autres, incapables de s’unir contre l’ennemi commun( la Banque), la terreur imposée par les bandes armées fait fuir les élites du pays ; lequel pays retombe rapidement( voir l’Irak) à l’âge de la pierre- ou peu s’en faut !