Egalité et Réconciliation
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En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

En réaction, c’est un nouveau format d’entretien qui fait réagir mon intervenant aux citations que je lui propose. Réaction inconditionnellement libre !

 

Arthur Sapaudia : Salut Lucien ! Une seule citation. Elle provient de la préface du livre d’Abel Bonnard, Éloge de l’ignorance (1926). Cette préface date de 2019 et a été rédigée par Yves Morel. Voici l’extrait :

Comme Nietzsche, Bonnard pense que l’homme n’est pas destiné à vivre suivant sa raison, selon le modèle socratique, matrice de la philosophie et de la science, et n’est donc pas appelé à un « progrès indéfini » vers la félicité universelle, mais est voué au mythe et à la tragédie.

Il pense que l’homme est fait pour sublimer et transfigurer poétiquement le monde et ses secrets, non pour les élucider, les transformer en objets de savoir et en informations, et, en définitive, les réifier (les réduire à des choses, comme le fait Durkheim des faits sociaux), et, finalement, les tuer. L’homme est un être pulsionnel, tragique, sentimental, rêveur, un poète, au sens étymologique du terme (un créateur), non un savant… ou un citoyen. Il est un être d’âme, de cœur et de tripes avant d’être un sujet rationnel socratique, cartésien ou kantien. La connaissance est une sorte de violence faite à la nature. Le savoir résulte d’un colossal effort pour percer les mystères du monde et s’affranchir jusqu’à un certain point des effets les plus asservissants des lois de la nature. Mais ses acquisitions restent en nombre limité, et la nature demeure la plus forte… ainsi donc que l’ignorance.

 

Lucien Cerise : Cette citation résume bien la dialectique entre nature et culture qui structure la condition humaine, ainsi que l’histoire des idées. Ce clivage recoupe aussi celui entre les passions et la raison, dans le vocabulaire de la philosophie morale classique. Au XIXe siècle, la psychologie reformulera cette dualité dans les termes d’un affrontement entre l’inconscient et le conscient. Et au XXe siècle, l’école structuraliste a montré qu’il s’agissait plus précisément d’un clivage fondateur entre la chose et le mot qui la représente, entre le territoire et sa carte. Plus les êtres vivants ont une culture développée et plus la carte menace de remplacer complètement le territoire, menaçant également de s’éloigner de la nature au point de la nier dans des modes de vie antinaturels.

Cependant, dans un premier temps, la culture est une imitation schématique de la nature. Dans le champ technoscientifique, les premiers outils et artefacts sont biomimétiques, calqués sur des modèles naturels. Les récits fondateurs religieux sont également anthropomorphiques, ils imitent la nature humaine car ils ont pour fonction de stabiliser le lien social en stabilisant le sens des mots utilisés dans un groupe humain, pour que tout le monde soit d’accord sur le sens des mots et partage le même code de communication. Mais pour y parvenir, il faut que le groupe s’identifie émotionnellement au récit, d’où de multiples points de repères repris du monde naturel. Les grands récits polythéistes et monothéistes mettent en scène des êtres supérieurs, des titans, des dieux et demi-dieux dans lesquels l’humain moyen peut se reconnaître malgré tout car leurs motivations sont humainement déchiffrables et leur mode d’existence est compréhensible. Par exemple, dans le christianisme, un dieu va jusqu’à naître dans une famille humaine. Quant aux dieux juif et musulman, ils s’adressent à leurs fidèles comme un père à ses enfants, avec un mélange d’autorité et d’affection.

Après avoir été au service de la nature, la culture propose, dans un deuxième temps, un encadrement de la nature. Un domptage, une domestication, un tuteurage. Dans la Bible, Genèse 1.28, Dieu crée Adam et Ève, puis il leur demande : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui rampent sur la terre. » De manière quelque peu contradictoire avec cette injonction divine, le thème biblique de l’arbre de la connaissance et du fruit défendu fait écho à la mythologie grecque et à la figure de Prométhée, devenue quasiment synonyme de « progressisme », mais avec une connotation parfois négative. Quelques siècles plus tard, Descartes s’en fait le continuateur avec sa petite phrase du Discours de la méthode nous exhortant à devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature ».

On saisit mieux la signification concrète de ce moment conceptuel avec la différence entre le jardin à l’anglaise, qui essaye de reproduire un modèle organique de développement décentralisé, asymétrique et sans lignes droites, comme le parc des Buttes Chaumont, et le jardin à la française, dans le style de Versailles, qui enferme, discipline et redessine le règne végétal à l’intérieur de formes géométriques rigoureuses.

Hegel décrira le sens de l’Histoire comme ce processus de rationalisation du monde par la conscience réflexive, soit la connaissance et la pensée consciente s’extrayant de la nature.

Au XXe siècle, Martin Heidegger proposera le concept de Gestell, que l’on pourrait traduire par « arraisonnement », « réification », « chosification », pour qualifier les dérives de la pensée rationnelle dans le rationalisme, le positivisme et le scientisme, dont le dénominateur commun est de placer la pensée consciente à l’origine et au-dessus du monde. Avec son « Je pense, donc je suis », Descartes avait identifié l’être à la pensée consciente, le cogito.

Au XIXe siècle, les trois « penseurs du soupçon », Marx, Nietzsche et Freud, montreront que les idées conscientes ne sont que la superstructure symptomatique d’une infrastructure inconsciente ou semi-consciente, de type économique, émotionnelle ou organique. La critique formulée par Nietzsche à la métaphysique est avant tout un effort pour recadrer les prétentions de la pensée consciente à vouloir se faire plus importante qu’elle n’est en réalité.

Pour les métaphysiques spiritualistes – platonisme, aristotélisme, monothéismes – l’esprit précède la matière. En termes cartésiens, la res cogitans précède la res extensa. Dans cette tradition, Dieu, ou son équivalent, crée le monde, et pas l’inverse. Au début est l’esprit, au début est la pensée consciente, au début est le Verbe. À l’opposé, dans la tradition naturaliste, ou matérialiste, au début est la matière inconsciente. La pensée consciente et réflexive n’en est qu’une émergence tardive et superficielle. Au début est la nature, la culture arrive après. Au début est la chose, le mot n’arrive qu’en second. Au début est le territoire, la carte n’en est qu’une représentation. Le Verbe, c’est-à-dire la pensée consciente, est un épiphénomène de la matière inconsciente. En inversant la hiérarchie entre nature et culture, la métaphysique, étymologiquement ce qui est au-dessus de la nature, physis en grec, mais aussi le spiritualisme, l’idéalisme, l’essentialisme et le réalisme des idées – la croyance que les idées existent objectivement – ont préparé le terrain au transhumanisme, c’est-à-dire à la théorisation d’une forme de vie purement culturelle et détachée de l’ordre naturel. Tout comme les spiritualistes, les transhumanistes veulent en finir avec la primauté de la matière inconsciente, ainsi qu’avec ses processus inconscients de sélection naturelle, pour essayer de prendre le contrôle de l’évolution en plaçant la pensée consciente, le Verbe, l’esprit, le savoir, à l’origine de la sélection des formes de vie.

Dans un troisième temps, la culture est donc un meurtre de la nature. La culture devient un projet de destruction de la nature, ou du moins consistant à surmonter la nature et à la remplacer par une nouvelle nature entièrement réécrite, revue et modifiée par la culture, rendue indépendante des conditionnements et déterminismes naturels. La nature deviendrait alors obsolète, dépassée, ringardisée, par un nouveau mode d’être, une nouvelle réalité, une nouvelle normalité, une nouvelle nature augmentée et transformée par la culture.

Ce vaste programme est soutenu par le sommet du capitalisme (FMI, forum de Davos, GAFAM, etc.) qui l’a baptisé la Grande Réinitialisation (Great Reset). Ce nouvel ordre culturel pourrait s’établir en contradiction avec les cohérences organiques de la sélection naturelle. Nous y sommes avec le transhumanisme, qui donne des idées au lobby LGBT, les deux cherchant à façonner le monde à leur image, ce qui suppose de mettre fin à la sexualité reproductive, c’est-à-dire de mettre fin à l’hétérosexualité et à la fertilité naturelle. Comment ? Par la stérilisation du vivant sous divers prétextes, sanitaires, climatiques ou autres.

Yuval Harari parle de mettre fin à la sélection naturelle et de développer une nouvelle forme de vie non biologique, donc en rupture avec un processus d’émergence naturelle, et issue d’un projet réfléchi, donc d’un projet culturel (Intelligent Design). Mettre fin à la sélection naturelle, c’est mettre fin à ce qui marche, à ce qui a été sélectionné par un processus d’adaptation de la forme vivante à son environnement pour être nativement fonctionnelle et viable dès son origine. Cette nouvelle forme de vie non biologique, non viable d’un point de vue biologique naturel, serait donc nativement dysfonctionnelle, issue non d’un processus inconscient d’ajustement de paramètres et de sélection de ce qui marche, mais issue d’un projet conscient essayant de reproduire une simulation du vivant, mais tout en parvenant à s’extraire des conditions réelles du vivant, notamment la reproduction par voie sexuelle.

En combinant Jean Baudrillard et Renaud Camus, c’est ce que l’on pourrait appeler le grand remplacement du vivant par le pseudo-vivant. Le pseudo-vivant pourrait se passer de la reproduction sexuelle puisqu’il serait conçu non par accouplement et fusion d’un code génétique mâle avec un code génétique femelle, mais par construction non biologique, purement épigénétique, artefactuelle et artificielle. Une forme de pseudo-vie dotée d’une sexualité non reproductive pourrait alors s’établir et devenir dominante sur Terre. L’homosexualité pourrait alors supplanter totalement l’hétérosexualité.

Le transhumanisme porte en lui le projet d’en finir avec la reproduction naturelle et l’hétérosexualité pour les remplacer par une nouvelle humanité homosexuelle, ou plus largement LGBT. L’arrachement complet de l’espèce humaine, et du vivant en général, à la nature, ne peut germer que dans des esprits eux-mêmes déjà partiellement sortis du vivant, purs produits du stade final du capitalisme, de la tertiarisation à outrance et d’un mode de vie post-naturel essentiellement urbain. Ce mode de vie ne serait que l’extension et la normalisation du mode de vie jugé contre-nature adopté au cours de l’histoire par certaines minorités actives et fondé sur un mécanisme de compensation et de sublimation, biologiquement stérile mais intellectuellement hyperactif. Naturellement stérile, mais culturellement créatif. Une forme de vie non viable biologiquement, puisque biologiquement stérile, pourrait alors dominer le monde, malgré tout, par son investissement dans la culture et la technoscience.

Violence ultime faite au réel, mais au nom de l’amour et du progrès. Donc double violence : 1) violence physique, par l’anéantissement de la vie sur Terre, et son remplacement par une pseudo-vie post-naturelle, et 2) violence symbolique, par le mensonge qui cherche à justifier ce génocide. Et même triple violence, avec l’effondrement total qui s’ensuivrait et le suicide prévisible de cette forme de pseudo-vie transhumaniste.

En effet, l’artificialisation du vivant nous conduit vers le pseudo-vivant. Une pseudo-nature imitant la nature originale, donc une simulation, une parodie. Une nature zombifiée. Une définition du zombie : c’est un être déjà mort, mais qui bouge encore. Le zombie subsiste donc dans un registre crépusculaire qui n’est ni la vie, ni la mort, mais la pseudo-vie, un peu comme la créature de Frankenstein. La tendance à l’artificialisation du vivant pour en faire du pseudo-vivant est mondiale mais l’Occident est à l’avant-garde, ce qui induit un stress général du vivant, face à ce qu’il ressent intuitivement comme pire qu’un génocide. En effet, l’extermination de la biomasse se réalise non pas au nom d’un objectif avoué, mais au nom du mensonge de la protection de la biomasse et de l’écologie, subterfuge d’ingénierie sociale qui ajoute une couche de stress car la biomasse ne comprend pas ce qui lui arrive et doit même y consentir en reniant son intuition organique et son propre instinct de conservation.

Le grand remplacement du vivant par les organismes génétiquement modifiés et les zombies pseudo-vivants avance masqué. Le stress provoqué par la rupture des cohérences naturelles au prétexte de les sauver dans une cohérence culturelle supérieure induit une souffrance et une tension intérieure permanente, aboutissant à une dislocation psychique et à une montée du désordre mental et de l’incohérence dans les esprits et dans la société. C’est la fin du sens. Les raisonnements illogiques, les propos incohérents et les comportements aberrants et anormaux se généralisent, se banalisent, se normalisent. Le mensonge et l’hypocrisie recouvrent tout, la simulation et les simulacres ont tout envahi jusque dans le moindre recoin institutionnel, plongeant le monde occidental dans une duplicité générale, une dissonance cognitive permanente et une non-cohérence globale entre la pensée et les paroles.

La société ouverte et l’immigration sans limites contribuent à ce déracinement général et à cette division entropique infinie en multipliant les codes de communication, ce qui pousse le langage dans ses retranchements et jusqu’à son point de rupture. Nous baignons dans les informations, les messages et les récits contradictoires ou incompréhensibles, la situation d’ensemble devient illisible, il n’y a plus de structures.

Les formes hybrides se multiplient, notamment avec l’apparition de mouvances idéologiques comme l’islam inclusif et les identitaires wokistes, pro-Union européenne et pro-OTAN. L’Ukraine, qui a inventé le judéo-bandérisme (жидобандеризм), soit le judéo-nazisme, et créé sur son sol un bataillon de soldats LGBT, en est le laboratoire.

L’Occident et ses colonies deviennent un immense hôpital psychiatrique où les malades font la loi et qui explose de toutes les façons possibles et imaginables : explosion des troubles mentaux et comportementaux, hyper-narcissisme, hystérisation des relations, vagues de paranoïa et d’accusation d’opposition contrôlée, reconstruction psychotique, c’est-à-dire subjective, du réel à partir des médias et d’Internet, mais aussi explosions de violence physique aveugle, libération totale des pulsions de mort sadomasochistes, émeutes urbaines, insécurité galopante, guerre civile larvée, avec pour toile de fond les quotients intellectuel et émotionnel en chute libre, conduisant à une disparition progressive du langage humain, une montée de l’incompétence et un effondrement socio-économique complet.

Dans le même temps, la technoscience est toujours plus invasive, l’encadrement informatique du vivant ne cesse de progresser, au prétexte de réguler des comportements toujours plus anormaux, mais ce tuteurage numérique de type « crédit social » sera lui-même de plus en plus dysfonctionnel. Notre avenir n’est pas une dictature informatique qui marche, mais qui multiplie les bugs et les pannes. Notre avenir, c’est Matrix et Idiocracy ensemble. Une prison numérique où rien ne fonctionne, mais dont on ne pourra pas sortir.

Concluons. Les spiritualités appartenant à l’ensemble culturel gréco-monothéiste sont impuissantes contre le transhumanisme car les premières partagent avec le second la croyance en une primauté de l’esprit sur la matière. Seul un matérialisme bien compris permettrait de dresser des garde-fous contre le mythe du « progrès indéfini », afin d’admettre que la nature et l’ignorance seront toujours plus fortes, comme le disent Abel Bonnard et son préfacier dans l’extrait commenté.

La sagesse du matérialisme vient de ce qu’il s’agit d’une discipline pour le moi conscient. L’ego doit reconnaître ses limites, diminuer ses prétentions et se mettre à l’écoute de ce qu’il ne maîtrise pas, au lieu de fantasmer sur une maîtrise totale de soi-même et du réel. L’éthique du matérialisme se résume ainsi : l’esprit n’en finira jamais avec la matière, la culture n’en finira jamais avec la nature, la raison n’en finira jamais avec les passions, il restera toujours un noyau d’irrationnel, d’inconscient et d’inconnaissance incompressible échappant au savoir conscient et à ses fantasmes de toute-puissance.

 

Retrouvez Abel Bonnard chez Kontre Kulture

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14 Commentaires

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  • #3214376

    "Notre avenir n’est pas une dictature informatique qui marche, mais qui multiplie les bugs et les pannes. Notre avenir, c’est Matrix et Idiocracy ensemble."

    +1 !!!

    ça c’est du "punch-line" !

     

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  • #3214579

    Le bug initial est le dualisme Nature-Humain dans lequel s’est enfermée la Philosophie grecque (autres déclinaisons : physique-psychique, matière-forme, corps-esprit, sensible-intelligible etc.)

    La sensation de corrélation intelligente au réel était la force de l’explication philosophique face à la satisfaction animale des besoins de soumission qu’offre l’explication religieuse et ses entités psychiques alpha-dominantes. L’explication philosophique aurait dû faire disparaître l’explication surnaturaliste mono-psychique de la religion.

    Mais il n’y avait pas de corrélation, la dualité Nature-Humain étant grossièrement erronée, la réalité étant à l’évidence à trois catégories car constituée d’objets matériels, d’objets vivants et d’objets de pensée.

    Ne tenant pas ses promesses, la pensée philosophique et la civilisation européenne gréco-romaine qui la réalisait ont été facilement abattues il y a 2000 ans par un grotesque surnaturalisme oriental ultra-totalitaire et ultra-toxique, qui définit et contrôle l’Humain sur cette planète depuis. On est passé du cosmologique et troublant "Connais-toi toi-même" au fronton du principal temple des grecs à des incantations surnaturelles de supériorité ethnique d’élection surnaturelle, de virginité surnaturelle ou de resuscitation...

    La vie sans Pensée a continué dans les immenses ruines humaines de la civilisation gréco-romaine, masquant cette disparition : nous nous imaginions en grecs mentaux alors que nous étions en réalité esclaves d’autres imaginations et d’autres plans...

    Maintenant 2000 ans après, tout est arasé et le néant constitutif de ce surnaturalisme oriental grotesque et ultra-toxique apparaît partout, la défaite de la Pensée et sa disparition sont maintenant partout évidentes.

     

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  • #3214693

    Excellent texte de Lucien Cerise, à partir d’ne toute aussi excellente question. Avec cependant une faiblesse ou du moins un paradoxe, la conclusion qui fait un retour au matérialisme… après s’en être débarrassé. Le matérialisme est fils du Léviathan Progrès, vecteur de chaos et de catastrophes, dénoncées son temps par Heidegger, la « technique déchaînée « , ou Bordiga, le révolutionnaire misonéiste, au grand effarement (et incompréhension) de ses camarades scientistes et progressistes de parti — voir comme caricature la trajectoire du groupe italien « n+1 », pour qui la révolution sera cybernétique ou ne sera pas, démontrant que révolutions capitaliste et communiste ne sont que variantes du même monstre.
    Merci à E&R et à l’auteur pour nous avoir fourni ce document de grande qualité.

     

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    • #3214797
      Le Juillet 2023 à 11:42 par Lucien Cerise
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      Je propose une nouvelle théorie et pratique politique : le matérialisme conservateur. Ce serait un archéo-futurisme (G. Faye) ou un archéo-modernisme (Douguine), modelé sur l’exemple soviétique. En pratique, le capitalisme et le communisme sont totalement opposés. Pour le comprendre, il faut observer les modes de vie concrets qu’ils ont déterminés. Le communisme atteint sa vitesse de croisière et propose son véritable projet de société entre 1945 et 1991. Il faut le juger dans ce laps de temps qu’on appelle aussi la guerre froide. Avant, c’est la Grande guerre patriotique, et encore avant, c’est la préparation à la guerre. Pendant ce temps de guerre froide qui dure 2 générations, le communisme offre à ses populations un mode de vie archéo-futuriste, c’est-à-dire progressiste sur le plan industriel et scientifique, mais aussi conservateur sur le plan des moeurs. Les pays du bloc communiste n’ont pas été contaminés par la "révolution sexuelle" des années 1960, avec son jeunisme, ses mouvements étudiants, sa pop-culture toxicomane, car les dirigeants ont réprimé ce qu’ils ont tout de suite perçu comme un phénomène de société issu de la droite bourgeoise. Par contre, dans le bloc capitaliste, les sociétés ont été transformées à tout jamais par ce mouvement de mode qui forme aujourd’hui la toile de fond individualiste et libérale-libertaire de l’Occident. L’armée de zombies qui a provoqué les émeutes raciales et consuméristes de ces dernières semaines est une conséquence directe de Mai 68 et incube depuis Woodstock. L’Occident est en phase de décomposition depuis les années 1960. À l’opposé, le matérialisme communiste a réussi à préserver jusque dans les années 1990-2000 les modes de vie ancestraux et précédant les années 1960. Sur le plan anthropologique, l’Homo Sovieticus était proche de l’Occidental des années 1950, lui-même sur le modèle des hommes et des femmes du 19è siècle. Les peuples des pays de l’Est sont en phase de dégénérescence seulement depuis la chute du communisme, donc avec 2-3 générations de retard sur nous. Ils pourront peut-être échapper à l’effondrement complet car ils peuvent lire leur avenir dans notre contre-exemple. Leurs dirigeants les plus lucides prennent donc des mesures, mais c’est une course de vitesse avec les globalistes qui ont infiltré également ces pays et qui y construisent leurs réseaux depuis l’ouverture à l’Occident des années 1990.

       
    • #3215419
      Le Juillet 2023 à 12:34 par Fourches caudines
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      Guillaume Faye, le communisme ???
      C’est si différent que Hanouna et Macron ?
      La civilisation c’est la domestication
      Et on aime les laisses, les niches, les gamelles de croquettes, une belle muselière, avec un parcours vaccinal complet
      Désolé Lucien, c’est pas mon projet
      Et j’espère pas celui pour mes gosses
      Y’a quand même autre chose que Faye, non ?
      Libertad, Bakounine, Simone Weil, Reclus, Mirbeau...
      Même si c’est impossible
      Même si on est des esclaves
      Amicalement camarade Lucien

       
    • #3216028
      Le Juillet 2023 à 10:14 par Lucien Cerise
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      Le 19 juillet à 12:34 par Fourches caudines
      "Même si c’est impossible. Même si on est des esclaves"
      - Vous avez tout dit. Votre raisonnement aboutit à une solution impossible et à l’esclavage. Il semble que vous ayez entièrement renoncé à toute volonté de puissance. Résultat : votre peuple disparaîtra totalement - physiquement, mais aussi de la mémoire des hommes. La "cancel culture" détruira tout. Mai 68 a gagné en vous. Pour comprendre ce qu’est un peuple qui n’a pas été castré par l’idéal utopiste des années 60, et qui ressemble un peu à la France (j’exclus les modèles extra-européens), il faut se tourner vers l’ancien bloc communiste, dont la doctrine profonde a été archéo-futuriste (le marxisme est secondaire), capable de préserver son identité historique, mais sans renoncer au progrès technique. Car en effet, pour assurer sa souveraineté politique et géopolitique, et durer, car tout est là, il faut au minimum un arsenal nucléaire.

       
    • #3217056
      Le Juillet 2023 à 19:44 par Fourches caudines
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      @camarade Lucien
      C’est plutôt les militants qui ont tout abandonné, tout perdu.
      Si tu milites et tu le fais, tu ne peux pas nier que rien n’arrivera, vu le niveau de connerie des militants, l’ego, et la feignantise
      Mais surtout le nombre et les discordes, querelles de chapelles
      Si tu es un tant soit peu honnête , tu sais très bien que c’est pas l’AF, c’est pas l’osre, c’est pas Civitas, ou d’autres groupes qui feront quoi que ce soit
      On parle de quelques centaines, quelques milliers de militants, dans certaines sections de dizaines pas plus
      Donc un peu de sérieux
      Et combien d’artisans dans les militants, combien de petits patrons, combien d’agriculteurs chez les militants
      Beaucoup de branleurs, d’assistés, d’employés ?
      Pas que ça soit péjoratif, méprisant, mais être patron, propriétaire de son outil de travail, de son entreprise, c’est du réel, des responsabilités, charges, cotisations, employés, clientèle...
      Moi j’ai vu quasi que des jeunes, pas marié, pas d’enfants, employé, locataire , aucune réelle obligation, charges, responsabilité qui engage tes bien, ton patrimoine, tes finances, ta vie, ton quotidien, ta famille.. !
      Tu peux me raconter ce que tu veux, un artisan, un agriculteur, un petit patron a bien plus les pieds sur terre, que des guignoles comme Conversano, les tradis bourgeois rentiers de Civitas, les Zouaves, les militants de la Dissidence Française, etc... ?
      Un peu de sérieux
      Que vous les représentants, les intervenants vous soyez bon, même très bon c’est un fait..mais malheureusement ça suit pas derrière
      Amicalement

       
  • #3214940
    Le 18 juillet 2023 à 15:57 par Viktor von Berg
    En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

    Toutes ces belles pensées, fort intéressantes au demeurant, me font quand même doucement sourire. Qu’on soit athée, cartésien, monothéiste, matérialiste, marxien ou (et ) philosophe, à la toute fin c’est le biologique et l’univers qui auront le dernier mot :
    - le biologique parce que nous mourrons tous ;
    - l’univers parce que quel que soit notre "degré de progrès" dans les temps à venir, qu’ils réussissent leur projet de transhumanisme ou que notre éthique toute huaine l’emporte, le soleil et le cosmos peuvent nous éradiquer en un éclair et tout ce qui vit ici-bas : gigantesque tempête solaire, sursaut d’émission de rayons gamma du à l’explosion d’une supernova, inversion du champ magnétique voir sa suppression totale, etc...

    Les optimistes trouveront encore de sots espoirs en nous sortant que "d’ici là" on pourra s’échapper dans des navires spatiaux vers d’autres mondes et que "d’ici là" on aura fait des bases sur mars ou sur la lune, etc...
    Quelle que soit la catastrophe qui mettra fin à notre espèce (ou à notre monde) on ne sera plus là pour se poser la question du pourquoi et du comment de l’homme.
    Mais je pense que Nietzsche avait raison en disant que l’être humain est pulsionnel, irrationnel et tragique et poète...
    La guerre est poétique et tragique avant tout...
    S’il y a un après, rendez-vous de l’autre côté et s’il n’y en a pas, on ne le saura jamais et fin de l’histoire. J’ai choisi la première hypothèse...

     

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    • #3215298
      Le Juillet 2023 à 09:35 par Lucien Cerise
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      "Qu’on soit athée, cartésien, monothéiste, matérialiste, marxien ou (et ) philosophe, à la toute fin c’est le biologique et l’univers qui auront le dernier mot : (...) "
      - On est bien d’accord, c’est le sens de mon texte.

       
    • #3216414
      Le Juillet 2023 à 19:11 par Lames d’acier
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      Le capitalisme et le communisme de la Russie sont deux systèmes économiques antinomiques en apparence ; le premier étant régi par un principe d’accumulation illimité du capital tandis que le second est basé sur l’appropriation étatique des moyens de production. Ce sont deux systèmes de production opposés l’un à l’autre mais cette opposition a servi de soupape de sécurité à la haute finance internationale pour verrouiller l’ordre économique capitaliste par le financement des très grandes multinationales, via des emprunts privés et des prises de participation ou en organisant la levée de capitaux publics sur les marchés financiers pour satisfaire leurs besoins d’expansion à l’échelle planétaire. Au plan sociologique, le communisme a été cantonné , par le jeu de la propagande médiatique , relayée par le discours politique ambiant , au rôle d’épouvantail afin de mettre en garde la classe ouvrière de l’occident contre la tentation de céder aux propositions d’acquisition de nouveaux droits sociaux émanant des différents partis communistes nationaux. Au nom de cette logique d’accaparement de la richesse mondiale, les citoyens des états capitalistes néo-libéraux ou socio-démocrates, transformés en vulgaires consommateurs de produits issus des innovations technologiques, étaient placés sous le joug de la haute finance via ses réseaux bancaires internationaux. Dans le cadre ainsi tracé, le capitalisme de l’occident et le communisme de l’ union soviétique s’apparente à deux systèmes issus du même moule . En effet, le capitalisme triomphant est un matérialisme. Or, le communisme , contraire du capitalisme, c’est encore un matérialisme.
      Communisme et capitalisme sont les deux faces du matérialisme, excluant Dieu de leur univers consumériste au nom du laïcisme le plus prégnant. Ce qui distingue le communisme de l’URSS du capitalisme de l’occident , c’est une différence de niveau de vie. Le communisme et le capitalisme sont des aliénations qu’il faut renforcer chaque jour ; l’ une pour parvenir à un égalitarisme total entre les êtres humains ; l’autre pour créer les conditions de la concentration du capital par une oligarchie via l’économie de marché.Voilà pourquoi Edgar Faure avait coutume de dire de son vivant que : “ le capitalisme de l’occident et le communisme de la Russie cheminent l’un et l’autre vers une solution de synthèse.” À l’ère de la grande réinitialisation, nous y arrivons !

       
    • #3216705
      Le Juillet 2023 à 08:27 par Lucien Cerise
      En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

      Le 20 juillet à 19:11 par Lames d’acier
      - Votre approche des choses est purement théorique, ce qui vous conduit à tenir un discours typique de l’Occident collectif. Les Russes eux-mêmes, pourtant les premiers concernés, n’ont aucun problème avec la période communiste de guerre froide, à partir de 1945, c’est-à-dire quand les agressions occidentales sont contrôlées, parce que c’était juste la vie normale. En URSS, les problèmes ont commencé AVEC Gorbatchev, c’est lui qui les a provoqués. La propagande occidentale et anti-communiste primaire inverse tout : dans les années 1980-90, on nous disait que Gorbatchev avait essayé de régler des problèmes préexistants, mais n’y parvenant pas, il s’était résolu à dissoudre l’URSS. En fait, dès son arrivée, l’administration Gorbatchev a créé délibérément d’énormes problèmes d’inflation et d’insécurité qui n’existaient pas avant, qui ont déstabilisé la situation générale et qui ont favorisé l’acceptation de la dissolution de l’URSS, accusée de tous les maux. Les Russes qui ont vécu cette époque font tous les mêmes constats. En fait, sur l’URSS et la Russie, les Occidentaux vivent dans un monde parallèle, entièrement reconstruit par les médias, non pas seulement depuis l’an dernier, mais depuis au moins 1945.

       
  • #3216403
    Le 20 juillet 2023 à 18:51 par Heisenberg
    En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

    Superbe texte de Lucien Cerise. Merci à lui et à l’équipe d’Egalité Et Réconciliation.

     

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  • #3217739
    Le 22 juillet 2023 à 22:04 par Cassandre
    En réaction : Lucien Cerise répond aux citations d’Arthur Sapaudia

    Voie lactée :

    Voie lactée ô sœur lumineuse
    Des blancs ruisseaux de Chanaan
    Et des corps blancs des amoureuses
    Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
    Ton cours vers d’autres nébuleuses

    Les démons du hasard selon
    Le chant du firmament nous mènent
    A sons perdus leurs violons
    Font danser notre race humaine
    Sur la descente à reculons

    Destins destins impénétrables
    Rois secoués par la folie
    Et ces grelottantes étoiles
    De fausses femmes dans vos lits
    Aux déserts que l’histoire accable.

    Apollinaire

     

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  • #3227573

    Merci beaucoup à ER et Mr Cerise,

    Entrevue très intéressante.

     

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