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Enjeux et perspectives de la recomposition de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient (deuxième partie)

Par Pierre Hillard

L’invasion de l’Irak en mars 2003 par les troupes américaines conduit à des oppositions violentes au sein de la famille mondialiste. On assiste à l’émergence de deux tendances ; d’un côté le couple anglo-américain ralliant à lui les pays d’Europe centrale et, de l’autre, l’axe Paris-Berlin-Moscou. Cette opposition ne doit pas être vue comme celle des « méchants » anglo-américains se passant de l’autorisation de l’ONU et des « gentils » représentants de l’axe Paris-Berlin-Moscou chantres du droit international.

Nous rappelons que le mondialisme n’est pas un bloc monolithique. Deux courants s’opposent. Le premier est le mondialisme anglo-saxon qui cherche à imposer sa loi selon ses propres règles. C’est le cas du duo Bush/Blair. Le deuxième est le mondialisme planétarien cherchant à imposer ses vues sans référence à un État ou bloc d’États particulier. Dans les deux cas, ils poursuivent le même but ; l’instauration d’une gouvernance mondiale. L’opposition entre ces deux courants s’est manifestée car le mondialisme anglo-saxon marchait sur les plates-bandes du mondialisme planétarien. Le partage du gâteau irakien mais aussi la forme de l’architecture du droit international entraînaient des rivalités internes au sein de ce monde oligarchique. La réalité du terrain et l’interdépendance entre ces deux mondes ont obligé chaque partie à des concessions. Dans le cas allemand, ce fut particulièrement patent.

Durant les années 2002 et 2003, le gouvernement Schröder affichait un engagement complet du côté des Français et des Russes dans son opposition à l’aventure anglo-américaine. Cependant, l’expérience de l’histoire montre que l’Allemagne, peu importe son style de régime, est capable de duplicité. Avec Gerhard Schröder, on peut dire qu’on a été particulièrement gâté. En effet, le 27 février 2004, le chancelier Schröder s’est rendu à Washington pour signer avec le président Bush un document intitulé « Alliance germano-américaine pour le XXIème siècle » [1]. Ce tournant capital des relations entre les deux pays ne fut pas évoqué dans la grande presse française. En revanche, ce fut largement commenté dans la presse germano-américaine. C’est John Vinocur du Herald Tribune qui a parfaitement résumé la nouvelle donne :

« Le moteur de ce changement est l’intérêt mutuel. Le chancelier veut stopper la brouille dans les relations avec les États-Unis, brouille qui au-delà de l’Amérique compromet le rôle de l’Allemagne au sein de l’Union européenne et diminue profondément son influence en Europe de l’Est. De son côté, le président des États-Unis cherche son aide en Irak et en Afghanistan et plus généralement pour l’élaboration d’un plan à long terme apportant plus de stabilité à ce que les deux hommes appellent désormais le Grand Moyen-Orient. » [2]

Cette répartition des tâches entre les deux pays – Gerhard Schröder parle de la division du travail (Arbeitsteilung) – a conduit à la rédaction de cette alliance dont les termes sont lourds de conséquences : « Dans cet esprit, nous nous engageons à ce que nos peuples poursuivent cet objectif ambitieux qui est enraciné par nos valeurs communes et nos expériences réciproques : la promotion de la paix, de la démocratie, de la dignité de l’homme, de l’état de droit, des perspectives économiques et de la sécurité au Proche et Moyen-Orient (…). Nous devons construire un véritable partenariat qui relie l’Europe et l’Amérique aux États du Proche et Moyen-Orient (…). Ensemble avec nos amis et alliés en Europe et au Proche et Moyen-Orient, nous accorderons étroitement nos efforts (…). Nous renforçons notre attachement à l’égard de l’OTAN comme point d’ancrage de notre défense commune et comme forum incontournable des consultations transatlantiques (…). Avec un agenda pour une action commune, l’Alliance germano-américaine se révélera tout aussi importante au XXIème siècle pour la promotion de la paix, de la sécurité et du bien-être comme cela avait été déjà le cas dans la deuxième moitié du XXème siècle. »

Dans cette affaire, les élites germano-américaines ont su s’entendre (pour le moment) dans le partage du gâteau. Ce fait est à retenir. En effet, ce ne fut pas le cas au cours de la première moitié du XXème siècle où Londres et Washington, favorables à l’unité européenne, n’ont pas accepté que l’Allemagne soit le moteur de cette unité européenne sans leur patronage. L’Allemagne de Guillaume II et d’Adolf Hitler refusant une autorité supérieure, les deux puissances thalassocratiques ont imposé par la force leur hégémonie. Depuis cette époque, les relations entre l’Europe continentale et les Anglo-américains sont conditionnées à ce rapport hiérarchique. Cependant, rien n’interdit d’imaginer que les élites allemandes cherchent à rompre ce lien au profit du monde russe. La « politique de la balançoire » (die Schaukelpolitik) propre à ce pays situé au cœur de l’Europe consistant à jongler en permanence entre ses intérêts occidentaux et orientaux est une constante de sa politique.

En attendant, cette Alliance n’est que la conséquence de travaux en amont qui ont été présentés, le 7 février 2004, lors de la 40ème conférence de Munich sur la politique de sécurité sous l’égide de l’OTAN par le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer [3]. Cet exposé, fruit des travaux des think tanks anglo-germano-américains, est déterminant à comprendre car il résume la politique engagée par les forces mondialistes à l’égard des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Au début de cette étude, nous avons écrit que la philosophie mondialiste défendue et propagée par le bloc occidental ne peut que provoquer des étincelles au contact des pays musulmans. À la lecture du programme présenté par Fischer en 2004, nous ne pouvons guère nous étonner des conséquences dramatiques qui secouent ces États depuis le début de l’année 2011 au vu du programme présenté à Munich. Comme le rapporte le ministre allemand : « La menace commune que représente le terrorisme du Djihad et la déstabilisation possible d’une région qui revêt une importance stratégique pour notre sécurité, nos intérêts communs et le fait de multiplier nos possibilités en collaborant étroitement, voilà autant d’arguments qui doivent amener les États-Unis et l’Europe à tirer aujourd’hui les justes conséquences de leurs divergences à propos de la guerre en Irak et à élaborer, de concert avec nos partenaires dans la région, une perspective et une stratégie pour le Proche-Orient élargi, je dis bien une stratégie commune et non une approche boîte à outils. »

Rappelant les fondamentaux du « processus de Barcelone » de 1995, Joschka Fischer reprend ce texte pour d’une certaine manière l’étoffer : « Que la Méditerranée soit au XXIème siècle une zone de coopération ou d’affrontement revêtira pour notre sécurité commune une importance stratégique. Le dialogue que mène l’OTAN avec les pays méditerranéens, ainsi que le processus de Barcelone de l’Union européenne, pourraient se renforcer et se compléter mutuellement grâce à une étroite concertation des travaux en vue de leur regroupement dans le cadre d’un processus méditerranéen UE-OTAN. Il ne s’agit pas de faire fusionner le processus de Barcelone de l’Union européenne et le dialogue méditerranéen de l’OTAN, mais de faire en sorte qu’ils se complètent sur la base de leurs atouts spécifiques. Le nouveau processus méditerranéen UE-OTAN devrait associer tous les participants du dialogue méditerranéen de l’OTAN ; c’est-à-dire, outre les membres de l’OTAN et de l’UE, les pays du Maghreb, soit l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Mauritanie, ainsi que l’Égypte, la Jordanie et Israël. Viendraient s’y ajouter tous les participants du processus de Barcelone ; c’est-à-dire les pays que je viens de mentionner plus les territoires palestiniens, la Syrie et le Liban. »

À partir de cette annonce, le ministre allemand évoque deux phases. La première présente quatre aspects prioritaires à respecter :

- développer une coopération politique et un partenariat sécuritaire étroits ;
- développer un nouveau partenariat économique autour de la Méditerranée ;
- développer des institutions démocratiques et des médias libres ;
- développer et renforcer en les associant les sociétés civiles ainsi que le secteur des ONG.

La deuxième phase, intitulée « Déclaration pour un avenir commun », doit associer outre les pays susmentionnés les pays de la Ligue arabe mais aussi l’Iran. Cette déclaration s’engage à respecter trois points :

- Les États signataires doivent proclamer leur attachement à la paix, à la démocratie, à la coopération économique et à un système de sécurité afin de combattre le terrorisme et le totalitarisme.
- Les États signataires s’engagent à poursuivre les réformes nécessaires en politique, en économie et dans le domaine social afin de répondre aux exigences du XXIème siècle. Il est même précisé que cela doit aider à « l’intégration de leurs économies ».
- Les États signataires s’engagent à « donner libre accès au savoir et à l’éducation à tous, hommes et femmes ».

En conclusion à ce programme, Joschka Fischer ajoute : « Ces réflexions sur une nouvelle initiative transatlantique reposent sur la conviction que la modernisation du Proche-Orient élargi sera décisive pour notre sécurité commune au XXIème siècle. Faire participer les populations du Proche et du Moyen-Orient aux conquêtes de la mondialisation (ndlr : et à la philosophie qui la sous-tend, le mondialisme) est donc dans notre plus grand intérêt (…). Les expériences que nous avons faites depuis cette journée effroyable du 11 septembre 2001 devraient bien nous avoir fait prendre conscience des deux côtés de l’Atlantique que, compte tenu des défis phénoménaux qui nous attendent, le partenariat transatlantique est indispensable au XXIème siècle. Si, face à la menace commune, les pays d’Europe et d’Amérique du Nord réunis au sein de l’Union européenne et de l’OTAN collaborent au plan stratégique en tant que partenaires, et si, aux côtés des pays du Proche et du Moyen-Orient, ils apportent leurs talents et atouts spécifiques dans une nouvelle coopération, nous pouvons, nous, fournir cette contribution essentielle à notre sécurité à tous. Mais si nous nous y refusons ou y renonçons par manque de sagesse, par étroitesse d’esprit ou tout simplement par pusillanimité, alors il nous faudra tous payer le prix fort. »

À la lecture de ce programme, c’est une véritable mutation révolutionnaire qui est proposée par les sbires du mondialisme au monde musulman. L’impact de ces mesures sur la société traditionnelle régie par l’islam ne peut conduire qu’à des chocs psychologiques et à des tensions dans les esprits musulmans, chose que nous avions dénoncé dans notre livre La Décomposition des nations européennes en 2004. Comment concilier les mesures prescrites dans les cénacles mondialistes à la métaphysique de l’islam absolument réfractaire au modèle du nouvel ordre mondial ? Ces contradictions se renforcent en raison du jeu d’Israël dans la construction européenne et de ses liens avec les États-Unis. Pour cela, l’étude de la fondation Bertelsmann est salutaire.

L’action de la fondation Bertelsmann est essentielle à l’égard d’Israël et du monde musulman. À la fois empire des médias et concepteur de programmes au service du gouvernement allemand, de l’UE et en liaison avec de multiples think tanks anglo-saxons, cette fondation dirigée par Liz Mohn a développé en 1992 à l’égard d’Israël un programme ambitieux appelé « Dialogue germano-juif » (Deutsch-jüdischer Dialog) sous la direction d’un Juif autrichien ayant fuit dans sa jeunesse son pays en 1938 et désormais naturalisé anglais, lord George Weidenfeld of Chelsea. Il s’agit de réunir les élites israéliennes dans tous les domaines (politique, économique, journalistique, …) en liaison avec les élites européennes de différents pays de l’UE afin d’aplanir des difficultés variées et, ainsi, permettre à l’État hébreu de s’ancrer plus largement à l’axe euro-atlantique. Lord Weidenfeld prône en particulier le renforcement d’un « troisième pilier », le pilier juif européen, à côté des piliers juifs américain et israélien [4]. L’ensemble de ces trois piliers doit constituer une architecture complète (politique, économique et militaire) réunissant l’Amérique du Nord, l’Europe et l’ensemble du Proche et Moyen-Orient en un seul tenant.

Il va de soi que le monde musulman est dans l’obligation de se transcender pour faire partie intégrante de ce nouveau monde. Pour cette raison, la fondation Bertelsmann a développé parallèlement au « Dialogue germano-juif » un institut encourageant les autorités musulmanes à s’inspirer du modèle euro-mondialiste. C’est dans le cadre des « discussions de Kronberg » que cette fondation organise depuis 1995 de multiples réunions afin d’amener au basculement de ces élites vers l’idéal mondialiste. En tout cas, cette architecture prend de plus en plus forme puisqu’il a été décidé de créer un parlement juif européen composé de cent vingt membres, comme l’a annoncé l’European Jewish Union à la fin de l’année 2011 [5]. La procédure est bien lancée puisque les candidats devant composer ce parlement ont été élus au cours du mois de janvier 2012 [6]. Cette évolution cadre parfaitement avec les travaux de la fondation Bertelsmann.

Ces liens multiples encouragés par les cénacles mondialistes n’empêchent pas des rivalités internes au sein de ces divers groupes. Le cas de l’Union méditerranéenne lancée par Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale de 2007, avec l’appui de son conseiller Henri Guaino, est révélateur des tensions franco-allemandes. Le président Sarkozy souhaitait créer une « Union de la Méditerranée » échappant aux directives du processus de Barcelone. Il s’agissait dans son esprit de réunir les pays de la rive sud avec uniquement les pays de l’UE ayant une façade sur la Méditerranée. Bien entendu, dans cette affaire, la France avait un rôle majeur et était en mesure d’instaurer une zone d’influence certaine sur tout le monde méditerranéen. L’objectif caché était de s’assurer une zone d’influence faisant le pendant à la zone d’influence allemande en Europe de l’Est.

La réaction de la chancelière Merkel avec en arrière-fond le soutien de la fondation Bertelsmann ne s’est pas fait attendre. Lors d’un discours tenu le 5 décembre 2007, la chancelière s’est insurgée face aux tentatives françaises de mettre sur pied un pré carré personnel : « Si par exemple, nous construisons une Union de la Méditerranée qui verrait uniquement la participation des États riverains de la Méditerranée disposant des instruments financiers de l’Union européenne, je le dis tout net ; d’autres diront : nous devons mettre sur pied une Union de l’Europe de l’Est avec, par exemple, l’Ukraine (…). Alors, il se passera quelque chose que je tiens pour très dangereux. Il se pourrait que l’Allemagne se sente plus concernée de son côté par les pays d’Europe centrale et orientale tandis que la France, elle, se tourne du côté de la Méditerranée. Cela réveillerait des tensions à l’intérieur de l’Europe que je ne veux pas. C’est pourquoi, il faut être clair : la responsabilité à l’égard de la Méditerranée est aussi l’affaire d’un Européen du Nord au même titre que l’avenir des frontières de la Russie et de l’Ukraine est l’affaire de ceux originaires de la Méditerranée. Si nous n’arrivons pas à arrêter ce mouvement, alors l’Union européenne à mon sens retournerait à son stade primitif (…) » [7].

La réaction de Nicolas Sarkozy fut de procéder à un savant rétropédalage qui conduisit à une reddition complète du projet français. À Hanovre, le 3 mars 2008, le président français rendit les armes à la chancelière. Désormais, le financement du projet méditerranéen est l’affaire des vingt-sept États de l’UE sous la direction bienveillante de la Commission européenne. La France n’a pas pu instaurer sa propre zone d’influence en Méditerranée. En revanche, l’Allemagne conserve les coudées franches pour renforcer ses liens avec tous les pays de l’Europe de l’Est. C’est avec une grande satisfaction que la fondation Bertelsmann a noté la reculade française en ajoutant que la nouvelle mouture baptisée « Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée » doit fusionner avec la « Politique européenne de voisinage » (PEV) afin d’être plus efficace [8]. Cette fusion permet aussi de renforcer l’emprise euro-mondialiste sur tous les projets sud-méditerranéens interdisant ainsi toute politique du « cavalier seul » de la part d’un État européen.

Conclusion

Au cours de cette étude, nous pouvons constater l’engagement des élites anglo-germano-américaines en terre d’islam. La création de l’État d’Israël en 1948 a considérablement renforcé l’imbrication et les liens entre ces deux mondes. Une étape décisive a été franchie à partir des années 1990 avec le lancement de programme du style « processus de Barcelone » appelant à une refonte totale des structures des États musulmans. Comme nous l’avons souligné, une complète opposition spirituelle et philosophique oppose l’Islam aux tenants du mondialisme. Cependant, les dirigeants de ces pays musulmans sont loin d’avoir été des modèles de droiture et de probité. Une corruption généralisée de la part de ces élites pactisant souvent avec les représentants du mondialisme ont permis à ces derniers d’enfoncer le clou. Pots de vin, malversation en tout genre, accaparement des richesses au profit d’une élite au détriment des peuples ont produit un ressentiment profond au sein des populations musulmanes qui, connaissant le niveau de vie des occidentaux, ont été dépitées de se voir larguées par le train de l’histoire. Le souvenir d’un passé glorieux et d’une civilisation musulmane brillante sur plusieurs siècles laisse un goût amère aux jeunes générations qui balancent entre la tentation matérialiste présentée par l’Occident et le retour à une foi la plus pure défendue par certains courants islamistes.

Les élites mondialistes jouent aussi avec ces contradictions. Ce fameux « Printemps arabe » même s’il s’appuie sur des réalités économiques et sociologiques bien réelles (pauvreté, corruption…) est largement nourri par l’action des élites mondialistes ravies de passer à la vitesse supérieure en mettant le feu dans toute cette zone. L’engagement de l’Égyptien Wael Ghonim qui, via les réseaux sociaux, a su enflammer la jeunesse pour renverser le régime d’Hosni Moubarak ne doit pas être vu comme celui d’un preux chevalier au service d’une noble cause. En fait, cet homme est le responsable de Google pour l’Afrique du Nord et le Proche-Orient [9]. Autant dire que les services de renseignements comme la CIA ou le Mossad ne sont pas très loin.

En fait, la décision consistant à déstabiliser ces pays musulmans est officielle. Les propos francs et directs du général Wesley Clarke (ancien patron de l’OTAN et membre des Young Leaders de la Fondation franco-américaine … entre autres), tenus en mars 2007, montrent que les États-Unis ont élaboré tout un programme de déstabilisation et de conquête dans un mémo datant de septembre 2001. Les pays cités sont : l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et l’Iran [10]. En ce qui concerne le dernier pays, la revue du Council on Foreign Affairs (CFR), think tank au service de la politique étrangère américaine, Foreign Affairs, n’hésite plus à affirmer la nécessité de frapper l’Iran (Time to attack Iran) dans son numéro de janvier/février 2012 [11]. Les attaques programmées venant de l’oligarchie se multiplient puisque le think tank anglais, la Henry Jackson Society, vient de présenter en décembre 2011 un programme d’invasion et de contrôle de la Syrie réunissant les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et la Turquie [12]. Face à de tels bouleversements, la Russie et la Chine ne resteront pas les bras croisés.

L’objectif étant d’aboutir à une gouvernance mondiale, ces élites jouent sur deux tableaux. Soit ces pays musulmans adoptent et se coulent dans la foi mondialiste, alors c’est un acquis pour les tenants du nouvel ordre mondial [13] ; soit ces pays musulmans résistent et par réaction instaurent des régimes politiques s’inspirant plus profondément encore de l’Islam (charia, …) et c’est ce qui est en court à différents degrés, depuis 2011, en Égypte, en Libye, en Tunisie, etc. ; alors, les grands prêtres de l’ordre mondialiste pourront justifier de nouvelles mesures coercitives ou d’actions militaires pour combattre selon eux l’obscurantisme. Pour le mondialisme, l’ennemi est utile. Il permet l’instauration de mesures liberticides dans son propre camp au nom de la lutte contre le terrorisme [14] tout en permettant l’élaboration d’une politique extérieure plus vigoureuse au nom de la démocratie et des droits de l’homme. C’est sans fin et surtout d’une perversité totale. Que faire ?

L’immigration organisée en haut lieu pour amener en Europe des populations d’origines arabe, sub-saharienne et asiatique a eu pour effet de mettre en contact étroit des peuples aux civilisations profondément différentes qui, à l’origine, n’auraient pas dû cohabiter ensemble. Cette volonté de mélange rentre dans cette philosophie mondialiste du « glocal » (contraction de « local » et « global ») qui consiste à présenter un échantillon complet de l’humanité (global) avec toutes ses diversités (religieuses, ethniques…) sur un territoire limité, ville ou village (local). La répétition à l’infini de ces échantillons bigarrés doit constituer la nouvelle humanité nomade et déracinée. Ce déracinement, mal du siècle, a été dénoncé avec justesse par la philosophe Simone Weil [15].

Le mondialisme en liaison avec son enfant-monstre, le sionisme, fait tout pour souffler sur les braises et favoriser ce fameux choc des civilisations. Ne nous voilons pas la face. Les différences civilisationnelles existent et parfois sont incompatibles entre elles… et les élites mondialistes le savent fort bien. Au même titre qu’on ne se marie pas avec n’importe qui, dans la même suite logique et à une échelle plus large, on ne marie pas ou on ne fusionne pas certains peuples aux origines culturelles et psychologiques éloignées. Si ces élites mondialistes sont si efficaces, c’est parce qu’elles connaissent réellement la diversité du genre humain et en jouent. Inévitablement, les esprits de ces différentes communautés vivant sur le même territoire – et c’est le cas des pays européens – s’échauffent et se regardent, selon l’expression consacrée, en « chiens de faïence ». Pour court-circuiter l’élite mondialiste et ennemie du genre humain, la sagesse serait de la part des dirigeants des communautés extra-européennes vivant en Europe de ne pas tomber dans le piège tendu par les tenants d’un monde unifié ayant pour capitale Jérusalem, comme le proclame officiellement Jacques Attali, en se radicalisant et en voulant imposer leurs modes de vie étrangers à la civilisation européenne. C’est, si nous pouvons dire, du pain béni pour les partisans du « choc des civilisations », qui peuvent s’appuyer sur les tensions multiples pour justifier ce fameux choc et encourager des mesures de rétorsion en tout genre.

Inversement, c’est aussi aux différents peuples européens de se reprendre. Que reste-t-il de la civilisation des différents pays européens ? Quasiment plus rien. Les peuples européens ne peuvent pas en imposer et inspirer respect et considération alors qu’ils ont tout renié des traditions civilisationnelles qui ont fait la gloire de l’Europe. Que reste-t-il de l’honnête homme français, italien, espagnol…, représentant d’un certain art de vivre propre au génie européen ? Rien. Et ce n’est pas une console de jeu et une barre de shit qui vont relever le niveau. Il est vrai aussi que tout est fait pour rabaisser et amollir l’âme des Européens. L’ouvrage incisif de Pascal Bernardin, Machiavel pédagogue, le prouve largement. Dans le prolongement du mondialisme, le sionisme s’active largement pour imposer ses vues.

Cependant, il existe des intellectuels et religieux juifs farouchement opposés à cette vision messianique défendue par le sionisme. Ce monde n’est pas monolithique. Au sein de ces milieux juifs, des courants contradictoires ne partageant pas les « idéaux » de certains se font une guerre farouche entre eux. Dans ce cas, ne serait-il pas possible de nouer entre représentants des différentes communautés extra-européennes, des défenseurs de la conservation des peuples européens de souche et des représentants juifs s’opposant au mondialisme/sionisme une sorte de modus vivendi ? En fait, il s’agirait de trouver un accord entre ces groupes permettant de stériliser l’action dévastatrice des agents du mondialisme, qui ne cherchent qu’à attiser la haine entre ces différents mondes afin d’aboutir au fameux « choc des civilisations ». Les distinctions réelles caractérisant les différents groupes de civilisation (européen, musulman…) n’obligent quand même pas, pardonnez-moi cette expression, « à se foutre sur la gueule ». Même si les différences existent et n’autorisent pas les mélanges, il est possible de maintenir un minimum de paix à condition d’avoir un comportement obéissant à la morale naturelle.

En face, nos ennemis prospèrent sur notre désunion. Quand un Bernard-Henri Lévy proclame que « c’est en tant que juif » qu’il a « participé à l’aventure politique en Libye » lors de la première convention nationale organisé par le Conseil représentatif des organisations juives de France (CRIF) ; que « j’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom et ma fidélité au sionisme et à Israël » ; précisant plus loin au sujet de son soutien à la guerre en Libye : « C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai constitué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques(…). Je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas été juif » [16] ; cela révèle l’ampleur des ambitions de ces élites qui peuvent mettre un pays à feu et à sang comme la Libye au nom d’une idéologie en attendant le tour de la Syrie et de l’Iran. Cependant, ce souhait de vouloir se hisser par-delà les différences pour présenter un front commun face aux représentants du mondialisme risque de rester un vœu pieux. En effet, nous évoquions ci-dessus le mot sagesse pour tenter de trouver une parade aux maux actuels. Au vu de l’expérience de l’histoire et de la psychologie des peuples, nous pouvons constater que cette « sagesse » est la chose la moins partagée par le genre humain. Alors…

Pierre Hillard, pour Mecanopolis.

Sur ce sujet, sur Kontre Kulture :

Notes

[1] http://www.spiegel.de/politik/deuts...

[2] Herald Tribune, 1er mars 2004.

[3] http://www.securityconference.de/ Les archives de 2004 ont été enlevées du site. Nous nous appuyons sur les textes que nous avions imprimés à cette époque et que nous avons utilisés aussi pour la rédaction du chapitre 26 de notre livre La Décomposition des nations européennes aux Éditions François-Xavier de Guibert.

[4] « Deutsch-jüdischer Dialog 1992-2002 », Verlag Bertelsmann Stiftung, 2002, p. 9.

[5] http://www.eju.org/node/1352

[6] http://www.eju.org/news/eju-events/...

[7] http://www.bundesregierung.de/nn_91...

[8] Die Zukunft sichern : Europas Agenda für ein friedliche Nachbarschaft, Diskussionspapier – Überarbeitete Version, XI Kronberger Gespräche « Europa und der Nahe Osten », Bertelsmann Stiftung, 17-19 janvier 2008, p. 15.

[9] http://www.france24.com/fr/20110207...

[10] http://www.youtube.com/watch?v=g76q...

[11] http://www.foreignaffairs.com/artic...

[12] http://www.henryjacksonsociety.org/...

[13] C’est le cas, pour le moment, du Maroc qui avec sa nouvelle constitution adoptée en juillet 2011 reconnaît à côté de la langue arabe une deuxième langue officielle avec l’amazighe (Titre I, article 5 ; diversité linguistique propre à casser l’unité du pays dans un cadre supranational en voie d’instauration) ; les libertés et droits fondamentaux (titre II dans la droite ligne des traités internationaux) ; le principe régional (Titre IX, qui s’inscrit là aussi dans le cadre d’une autorité supranationale en formation : Union africaine et Politique européenne de voisinage) ou encore tout ce qui a trait aux droits de l’homme, article 161 et suivants ; sans oublier le Préambule appelant entre autres à l’instauration de l’Union du Maghreb, au respect des droits de l’homme, au refus de toute forme de discrimination etc.

[14] La politique mondialiste frappe le peuple américain.

Le 31 décembre 2011, le président Obama a signé un document intitulé National Defense Authorization Act (NDAA HR 1540). Ce texte qui n’est que la suite logique de toute une série de lois liberticides prises sous l’ère Bush junior (et même avant) autorise la détention militaire sans limite et sans procédure judiciaire de toute personne suspectée de terrorisme au nom de la défense et de l’intégrité du pays. Ce texte est dans la même veine que celui pris par Hitler en février 1933, après l’incendie du Reichstag, au nom de la sacro-sainte défense du pays. C’est tout simplement la mise en forme d’une dictature pure jus.

[15] Voir le livre incontournable d’Adrien Abauzit, Né en 1984, abécédaire pour une jeunesse déracinée, Éditions Le Retour aux Sources, parution janvier 2012.

[16] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

 
 



Article ancien.
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2 Commentaires

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  • Merci Monsieur Hillard,
    J’ai beaucoup apprécié la lecture de cet article qui nous remémore quelques faits de l’histoire immédiate donc pas si lointains et pourtant quelque peu oubliés dans ces tgv de l’information. Les intentions de ces élites se lit “comme un livre ouvert” tant la succession des conflits, guerres et autres démoneries suit une logique imparable et fatale.
    Et dire que eux vont s’en sortir à coup sûr, çela devient obscène.
    Bonne continuation à vous et espérons que se développe le réveil des consciences.


  • Les Verts allemands sont parmi les pires collabos qu’on puisse imaginer.

    Joschka Fischer le 68ard notoire

    Cem Özdemir aka le "Obama Allemand", la star du parti d’origine Circassienne qui a été un "Transatlantic Fellow" au "German Marshall Fund of the United States" et est membre du "American Jewish Committee"

    Jürgen Trittin, le chef du parti + membre du Bilderberg

    Daniel Cohn Bendit que tout le monde connait

    etc.

    Ils puent à plein nez...