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Goldman Sachs : un volcan peut en cacher un autre

Comme le notait un commentateur de France Inter : s’il n’y avait pas eu l’explosion du volcan en Islande, l’affaire Goldman Sachs (GS) aurait fait largement la « une » de toute la presse. Car il y a matière et les cendres sont chaudes.

Vendredi dernier, la Security and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés outre-atlantique, créée sous le président Franklin Delano Roosevelt, a déposé une plainte civile pour fraude contre la banque d’affaires la plus puissante du monde et contre un de ses traders chargé des produits structurés, un jeune normalien français, Fabrice Tourre, directeur exécutif de GS Londres.

Après la nouvelle, les actions de GS ont dégringolé de près de 13% à Wall Street, entraînant les autres valeurs dans leur chute. Désormais, cette plainte sème la panique parmi les acteurs du marché des produits financiers dérivés, qui se demandent si un sort similaire les attend. Les noms de Deutsche Bank et Citigroup sont déjà avancés.

Après avoir été pointée du doigt pour les bonus plus qu’indécents, le scandale du fast trading, les astuces pour maquiller la dette grecque, cette fois-ci, GS est mise en cause pour « le scandale » des Collateralized Debt Obligations (CDOs). Tout comme les CDS, les CDO sont des paquets de titres émis sur la base d’une dette, les fameux crédits hypothécaires subprimes dont on connaît le triste sort.

Comme le formulent gentiment Les Echos, derrière la plainte de la SEC, « c’est un gigantesque conflit d’intérêt au sein de la banque la plus profitable de Wall Street qui est visé ». Peut-on accepter qu’une banque, tout en prétendant le contraire, fourgue des « actifs toxiques » à ses clients, tout en faisant de l’argent en spéculant sur l’effondrement des « bonnes valeurs » qu’elle vient de vendre !

D’après le journaliste du Wall Street Journal Gregory Zuckerman, c’est début 2007, donc bien avant l’effondrement du marché immobilier, qu’un gros spéculateur, John Paulson, fondateur du hedge fund Paulson & Cie, fait, grâce à l’aide de son associé italien Paolo Pellegrini, un transfuge de Lazard, l’audacieux pari de la baisse du marché immobilier.

Paulson fait alors appel à Goldman Sachs pour « trouver des pigeons pour leur dire que le ‘subprime’, c’est génial », résume un ancien trader de la Société Générale. « C’est l’usage le plus cynique de l’information de crédit que j’aie jamais vu. Lorsque vous achetez une protection contre un événement que vous contribuez à susciter, c’est comme si vous achetiez une assurance incendie sur la maison de quelqu’un d’autre avant d’y mettre le feu », affirme le consultant Sylvain Raynes.

Or Fabrice Tourre, d’après les courriels, ne semblait pas tout à fait ignorer que la marchandise sentait le sapin : « De plus en plus d’effet de levier dans le système. L’édifice tout entier peut maintenant s’effondrer à chaque instant… Le seul survivant éventuel : le fabuleux Fab [son propre surnom !]… debout au milieu de toutes ces opérations exotiques, complexes, à très fort effet de levier, qu’il créa sans nécessairement saisir toutes les implications de ces monstruosités !!! »

Cependant, la gamme de CDOs élaborée par Fabrice Tourre et consorts a été vendue à plusieurs investisseurs, dont la banque allemande IKB et la néerlandaise ABN AMRO, sans que ceux-ci sachent que Paulson avait activement participé à la composition du portefeuille ni qu’il allait prendre une position inverse…

En tout cas, les répercussions pourraient être énormes. Dimanche, le gouvernement allemand a fait savoir qu’il envisageait de poursuivre Goldman Sachs, car l’allemande IKB avait été sauvée de la faillite au prix de plusieurs milliards d’euros d’argent public en 2008. On se rappelle également que GS Londres s’occupa de la gestion de la dette grecque tout en spéculant sur la fin de l’euro…

Quant au spéculateur John Paulson, notons que l’oiseau possède 2% des actions de Renault et, d’après Les Echos du 19 avril, qu’il s’est illustré récemment par un don de 1,5 million d’euros pour le lancement de la nouvelle Fondation Carla Bruni-Sarkozy à New York ! Sans doute pour moraliser le capitalisme…

Coïncidence heureuse, le PDG de Goldman Sachs, Llyod Craig Blankfein, doit témoigner le 27 avril devant une commission du sénat présidé par le sénateur démocrate du Michigan Carl Levin qui s’intéresse à la criminalisation de la finance.

En tout cas, cette affaire confirme amplement ce que nous avons affirmé ici depuis longtemps : le système financier mondial actuel, expression d’un « capitalisme de casino », est devenu un vaste « schéma de Ponzi » qui s’effondre quand l’escroquerie éclate au grand jour.

Trouverons-nous enfin le courage d’imposer les solutions préconisées par Lyndon LaRouche et Jacques Cheminade : une véritable commission d’enquête [Pecora] sur la crise financière et une mise en faillite ordonnée du système monétaire international à remplacer d’urgence par un système de crédit public destiné à équiper l’homme et la nature. C’est bien cela, être réaliste !