Egalité et Réconciliation
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III° Assises Nationales de la Recherche Stratégique

Alain Bauer, président du CSFRS, le général de corps d’armée Jean-Marc Duquesne, directeur de l’IHEDN, André-Michel Ventre, directeur de l’INHESJ

ont l’honneur de vous inviter à débattre sur le thème ci-dessous.

Le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques, l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale et l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice organisent ensemble la troisième édition des Assises Nationales de la Recherche Stratégique le mardi 11 décembre 2012 à l’École Militaire (amphithéatre Foch) sur le thème :

Profondeurs stratégiques : l’Europe face aux défis du temps, des mutations, des populations

Nous savons depuis Héraclite que « rien n’est constant sauf le changement ». L’interrogation de l’avenir est de ce fait primordiale pour le stratège.

Or, interroger l’avenir au nom de l’Europe et de sa place dans le monde s’apparente à un défi , tant l’exercice d’un raisonnement stratégique proprement européen, conscient et fédérateur, semble hors de portée dans l’immédiat.

La crise économique mondiale a particulièrement touché le Vieux continent. Les conséquences nombreuses et diverses de cette crise ne sont peut-être pas encore toutes mesurables, mais l’actualité médiatique transpire la nécessité que l’Europe se ressaisisse. Il existe aujourd’hui pour l’Europe des lignes de force potentielles qui méritent d’être observées car elles peuvent contenir des éléments favorables ou des leviers pour ressaisir la posture du Vieux continent. Temps, Mutations et Populations nous en apparaissent les plus saillantes et donnent aux débats une véritable densité, vision et pourquoi pas sérénité. Ces lignes de force constituent au premier abord autant de contraintes à subir. Elles peuvent aussi, à condition de le vouloir, représenter des opportunités d’évolution maîtrisée, voire de repositionnements stratégiques favorables.

Le temps

L’Europe doit considérer le temps stratégique. C’est un temps parfois contradictoire et toujours incertain. Faire le tri entre l’événement médiatique, la singularité passagère et le germe annonciateur d’évolutions profondes, là se situe l’enjeu. Il faut donc distinguer, discriminer, choisir entre le banal fugace et le singulier persistant. Mais cela ne suffit pas toujours : les systèmes d’information nous imposent de toute façon une dépendance souvent superficielle, parfois agitée, voire plus ou moins dramatique. Le Trading haute fréquence aux effets fulgurants, ou la criminalité financière globalisée, l’attestent depuis ces toutes dernières années. De même, dans l’urgence mais à une autre échelle de référence, les questions écologiques et énergétiques interrogent notre capacité à préserver au plus vite l’environnement des générations futures face aux intérêts à court terme des sociétés présentes, en quête de développement économique.

Les mutations

Le monde est saisi d’une dynamique d’évolutions collectives sans pareille dans l’histoire des nations. Les rapports de force internationaux s’exercent désormais sous les yeux de tous les citoyens du monde, dans un contexte d’instabilité permanente et sur tous les champs à la fois : économiques, énergétiques, démographiques, sécuritaires, etc. Les acteurs de règlement des crises sont divers et s’imbriquent les uns avec les autres : nations, instances internationales ou supranationales, ONG, d’intérêts régionaux. Autrefois maîtres de leur destin, les Etat-nations montrent, pour des raisons d’échelle, des fragilités ou des impuissances de fond. L’Europe présente à cet égard une dimension géostratégique intéressante. Pour rester dans la course à l’influence, au rayonnement, et à la maîtrise de leur intégrité, les Etats doivent plus que jamais mettre en cohérence leur ambition et leurs moyens correspondants sur la totalité du spectre défense-sécurité-diplomatie. Le succès des actions internationales (pacifiques ou armées) est à ce prix. L’Europe peut-elle s’offrir ce savoir-faire, éminemment régalien ? La fonction renseignement-surveillance-anticipation est devenue tout aussi exigeante, en étendant son domaine d’action du militaire au criminel, en passant par l’économique, le financier, la sphère cyber, etc. La coordination de cette fonction est devenue d’un niveau de complexité étonnant et seulement à la portée des nations de classe mondiale, la question se pose d’une approche européenne.

Les populations

« Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions ». Si cette affirmation de Jean Monnet est toujours valable aujourd’hui, la population européenne doit être considérée dans ses qualités et capacités comme un des fondements préalables au développement d’une Europe consciente d’elle-même, cohérente et performante. L’Europe affronte un vieillissement démographique significatif qui impacte les systèmes de retraite et la vision collective de l’avenir. Ce phénomène favorise une forte immigration extra-européenne à la fois recours nécessaire et génératrice de tensions. Crise oblige, ce contexte s’accompagne d’un chômage structurel élevé. Au plan sanitaire, si la situation des populations européennes s’avère globalement très bonne malgré quelques disparités, on observe une montée de la contrefaçon des médicaments, avec des conséquences possibles sur la santé de la population et la crédibilité des industries pharmaceutiques. Il reste que l’identité européenne ne fait pas recette : Le « sentiment collectif européen repose sur la conscience de ce qui unit l’Europe depuis un millénaire et sur le souvenir de ce qui a séparé les Européens pendant des siècles » . si la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, ainsi que l’unité monétaire sont certes des réalités tangibles, des sondages récents font apparaître une perte de confiance des populations à l’égard de l’Europe qui n’incarne pas des valeurs aussi charnelles que celles des nations.