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L’affable des retraites : Laurence Parisot, le centenaire et la marmotte...

C’est une Laurence Parisot toute auréolée qui nous a fait la messe, ce dimanche. En un claquement de doigts, notre sainte patronne a réussi le double exploit de faire gagner 20 ans d’espérance de vie aux Français et de redonner du boulot à nos vieux désoeuvrés. Ils auront aussi perdu quelques années de retraite et une partie de leur pension, mais le vieux n’en vaut-il pas la chandelle ?

L’heure de la réforme approche, et celle de la retraite recule. Laurence Parisot, grande prêtresse du Medef (*) l’a affirmé au Journal du Dimanche : "Il faut changer l’âge légal de départ à la retraite [...] L’espérance de vie approche les 100 ans, comment imaginer trente ou quarante ans sans travailler, et les financer en restant inactif ? Relevons l’âge légal, cela entraînera une hausse du taux d’activité des seniors, comme tout le monde souhaite".

Aux dernières nouvelles, l’Insee affichait pourtant une espérance de vie officielle de 84,5 ans pour les femmes et 77,8 ans pour les hommes. Soit une moyenne de 81 ans, à quelques semaines près. Bien loin du siècle clamé par Dame Parisot, qui plaide par ailleurs pour un recul de l’âge légal à 63,5 voire 65 ans. Vous suivez ? 65 ans serait un âge acceptable de départ en retraite pour un centenaire potentiel. Ne reste plus qu’à retrancher 19 ans pour corriger l’erreur de Laurence Parisot... Ce qui nous donne une retraite à 46 ans ? Tope là.

Une retraite un peu... boiteuse

D’autant que si l’espérance de vie dépasse les 81 ans, il n’est pas inutile de rappeler que l’espérance de vie en bonne santé (sans limitation d’activité ou sans incapacité majeure) est estimée - toujours par l’Insee - à 64,2 ans pour les femmes et à 63,1 ans pour les hommes. Soit environ l’âge de la retraite prôné par le Medef. Clopin-clopant. Deuxième assertion prodigieuse de notre sainte patronne : Cette réforme accroitrait le taux d’activité des séniors, qui ne dépasse pas les 40% pour les 55-64 ans. Par quel mécanisme miraculeux se ferait-ce ? Mystère. Il faudrait peut-être demander à Geoffroy Roux de Bézieux, le patron de l’UNEDIC, qui n’emploie aucun vieux dans sa petite entreprise.

Enfin, et surtout, notons que ce débat est totalement faussé. 41 années de cotisations sont actuellement nécessaires pour pouvoir prendre la tangente. La retraite à 60 ans ? Il faudrait avoir commencé à travailler à 19 ans, sans jamais avoir connu de période creuse. Ce qui n’est pas franchement répandu par les temps qui courent... Dès lors, que changera cette réforme ? Les vieux cotiseront moins, la majorité étant inactive à partir de 55 ans. Ce qui réduira mécaniquement le montant des pensions. Il n’y a pas de petites économies...

(* : Le Medef : vous savez, cette organisation patronale qui refuse les class-actions au motif qu’elles couteraient 16,5 milliards d’euros aux entreprises... reconnaissant par là même que 16,5 milliards d’euros sont indûment prélevés du portefeuille des consommateurs !)