Egalité et Réconciliation
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L’élégante matraque de la démocratie

Il faut analyser les choses objectivement, disent-ils. Notre société donne la parole aux citoyens : les plus timides consomment — que dis-je ! — votent équitable et signent des pétitions, les plus éduqués écrivent des lettres dans les journaux, les nostalgiques fondent des syndicats, les arracheurs de dents peuvent se présenter aux élections et les plus taquins manifestent pacifiquement. Les plus audacieux peuvent même fonder leur propre entreprise citoyenne, organiser des épluchettes de blé d’Inde pour se financer, faire des macarons, passer des tracts… Ils vont bientôt attirer l’attention des forces de l’ordre, mais bon, s’ils n’ont rien à se reprocher, on se demande bien qui ça peut déranger… N’est-ce pas ça, la démocratie ?

Bien sûr, disent encore les gestionnaires du régime, certaines lamentations sont chroniques : des hippies, des anarchistes, des féministes et des révolutionnaires pas trop propres, il y en aura toujours. On se souvient de la violence « terroriste » du Black Bloc lors du Sommet des Amériques et de la violence « organique » des grévistes de l’ASSÉ qui avaient déféqué dans un bureau gouvernemental — ce qui était faux, mais avait quand même permis au ministre de se débarrasser des revendicateurs au profit d’interlocuteurs plus raisonnables, donc plus abrutis, que sont la FEUQ et la FECQ. Comble d’ironie, on se souvient aussi de la violence des « pacifistes » manifestant contre le départ des troupes canadiennes vers l’Afghanistan. Pour l’occasion, toujours bien en laisse, Mario Roy nous avait parlé, tout en se grattant le derrière de l’oreille avec la patte qui n’écrit pas, de « l’assaut de pacifistes guerriers » (La Presse, juin 2007).

Les mauvais mots sont toujours pour les mauvaises personnes, et les mauvaises personnes n’ont généralement… pas un mot à dire. La violence, en ce sens, n’est jamais celle de celui qui en parle. Jamais un politicien, un porte-parole policier ou militaire ou encore — ce qui revient pratiquement au même — un journaliste ne se portera à la défense de la violence. La violence, c’est toujours l’Autre qui l’exerce. Et comme les classes dirigeantes fondent leur légitimité sur la Démocratie et la Liberté, ils ne pourraient, eux qui sont si sensibles et généreux, être des vecteurs de violence.

Lors des manifestations contre le G20 à Toronto, malgré la très démocratique répression systématique, la présence de plusieurs milliers de flics (ils en importent de Montréal, c’est tout dire), les nombreuses d’arrestations, les gaz, le mur de plusieurs kilomètres, la méthodique campagne de dénigrement, d’espionnage et d’intimidation… La même chanson est sans surprise gazouillée à l’unisson par les amis de l’ordre, bien sûr, mais également par une certaine gauche réformiste désirant charmer l’opinion publique (cette somme abstraite et contradictoire d’électeurs-clients) en bichonnant son image de marque.

 

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