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L’enracinement, facteur de réussite scolaire ?

Un portrait inédit de la performance scolaire au Québec

Contrairement aux régions éloignées, souvent pauvres et peu peuplées, on s’attend à ce que les villes plus dynamiques, en plein boom démographique, soient des modèles de réussite. Vraiment ? Une étude inédite vient bousculer cette idée reçue. Premier d’une série de trois textes, publiée en marge des Grandes Rencontres sur la persévérance scolaire qui débutent lundi.

On dit que ça prend tout un village pour élever un enfant. Mais pas n’importe lequel, suggèrent des données inédites. Malgré le boom démographique et la vitalité économique vécus dans les nouvelles banlieues boulot-dodo-réseaux sociaux, ce n’est pas nécessairement là où l’on réussit le mieux à l’école. Certaines se font même doubler par des villes en région, depuis longtemps installées et tricotées serrées.

Une étude inédite menée par Michel Perron, titulaire de la Chaire UQAC-Cégep de Jonquière sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes (VISAJ), fait ressortir les principales caractéristiques influençant la persévérance et la réussite scolaires dans une MRC donnée. Contrairement aux idées reçues, même s’il a son importance, le dynamisme économique n’est pas nécessairement LE facteur le plus déterminant. De façon surprenante, le taux de croissance de la population – un facteur démographique – a un effet négatif sur la réussite, tout comme la proportion de logements ayant besoin de réparations majeures et la proportion d’individus dont la langue parlée à la maison n’est ni l’anglais ni le français. Viennent ensuite le poids démographique, la proportion de familles monoparentales et celle de logements plus vieux, construits avant 1946.

« Dans mon modèle, là où j’ai été étonné, c’est avec la variable du pourcentage de variation d’une population. C’était dans le sens contraire de ce que j’attendais. Je suis habitué à voir de plus faibles résultats dans des territoires en perte de vitesse démographique, mais ici, les territoires en croissance démographique sont ceux qui performent le moins bien », a souligné M. Perron, véritable sommité en matière de persévérance scolaire.

Ainsi, les revenus des familles et la scolarisation sont généralement élevés dans les nouvelles banlieues en pleine croissance démographique, par exemple dans la couronne Nord de Montréal. Pourtant, la performance scolaire des élèves n’y est pas excellente. Dans des MRC comme celles de Deux-Montagnes (Saint-Eustache) ou des Moulins (Terrebonne Mascouche), pour ne nommer que celles-ci, la persévérance et la réussite n’ont pas de quoi impressionner.

En somme : plus la communauté est tricotée serrée et implantée depuis longtemps sur un territoire donné, meilleure serait la performance des élèves à l’école. C’est l’hypothèse que formule Michel Perron, qui n’en est pas à ses premières recherches sur les liens entre persévérance scolaire et caractéristiques du territoire. « Là où, par exemple, il y a plus de logements de 60 ans et plus, la performance est meilleure. Ce serait moins le cas d’une population éparse et moins organisée », dit-il, en ajoutant que c’est vrai pour les deux couronnes, mais davantage pour celle au nord de Montréal.

Dans ces banlieues-dortoirs, le tissu social n’est pas encore solide et il ne peut pas être remplacé par les réseaux sociaux, croit le chercheur.

« Dans ces milieux, de classe moyenne, plus récents et en croissance rapide, les gens se connaissent moins. La mobilisation n’est pas très grande. Les gens n’ont pas eu le temps de se serrer les coudes autour des questions de persévérance scolaire. »

Et là où il y a boom économique et création d’emplois, il y a peut-être aussi plus de jeunes qui travaillent et délaissent l’école, suggère M. Perron. « On n’avait pas les données pour mesurer ça à l’échelle d’une MRC, mais peut-être que ça serait un autre facteur important pour expliquer la réussite. »

Un indice éclairant

Avec une équipe de sociologues, statisticiens et autres spécialistes des sciences sociales, ce chercheur a créé un indice de persévérance et de réussite scolaires (IPRS) pour chacune des MRC du Québec, composé de huit indicateurs, dont les taux de diplomation après 5 ans et après 7 ans pour garçons et filles séparément, leur taux de sortie sans diplôme et leur taux de réussite aux épreuves en langue d’enseignement. Constat : 11 variables permettent de prédire environ 80 % de l’indice. En tête de liste, la croissance de la population, la proportion de logements ayant besoin de réparations majeures et la proportion d’individus dont la langue parlée à la maison n’est ni l’anglais ni le français, tous des facteurs qui font varier à la baisse l’IPRS. On retrouve aussi la proportion de logements construits avant 1946 (plus il y en a, plus l’indice est élevé), la proportion de familles monoparentales et la proportion d’individus sans diplôme qui, eux, tirent cet indice vers le bas.

Sur une carte tout en couleur, les conclusions sont claires : les petites taches de rouge, jaune et vert disséminées un peu partout montrent que les performances sont très diverses d’une MRC à l’autre, et même au sein d’une même région administrative. Parmi les plus performantes, la région du Bas-Saint-Laurent est un bon exemple de cette diversité : une MRC est faible, trois ont un score moyen, quatre ont des taux de réussite élevés ou très élevés.

« Les MRC performent en général, mais c’est inégal au sein de la région. Les quatre MRC qui réussissent le mieux ne sont pas dans l’arrière-pays, mais le long de l’autoroute, le long du fleuve, dans des milieux plus installés, qui ont un historique de peuplement plus ancien, constate M. Perron. Ce que l’on constate là vient appuyer notre modèle. »

N’empêche, certaines tendances demeurent : oui, certaines régions éloignées des grands centres, peu peuplées, avec des revenus et un niveau de scolarisation faibles, contiennent une majorité de MRC où la réussite scolaire bat de l’aile. C’est le cas de la Côte-Nord, des Hautes-Laurentides, de l’Abitibi, de l’Outaouais, par exemple. Ailleurs, comme dans la région de la Capitale-Nationale et dans Chaudière-Appalaches, les élèves ont plus de succès à l’école.

Que cachent de tels constats ? Même si le portrait des inégalités a bien changé depuis 50 ans, il faut continuer d’étudier les caractéristiques territoriales en lien avec la persévérance. « Il faut même s’y intéresser encore plus qu’avant », soutient M. Perron, convenant qu’il reste encore « beaucoup à faire ».

Prolonger l’article avec Kontre Kulture :

 

 



Article ancien.
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8 Commentaires

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  • #576994

    L’Académie de Paris a des résultats nettement inférieurs à la moyenne des autres Académies de France : les Grandes Ecoles , dont les plus prestigieuses sont en Ile de France, sont remplies de provinciaux . A mon avis cela est du à la grande nervosité ambiante qui empèche les élèves de se concentrer et de travailler dans le calme , à Paris et dans ses environs .

     

    • les grandes écoles recrutent sur tout le pays, qui comporte quand même plus de 80% de provinciaux ! Que les grandes écoles soient remplies de provinciaux n’a rien d’étonnant. En fait, statistiquement, il y a quand même plus d’un élève sur 6 qui vient d’île de France...


  • #577111
    le 05/11/2013 par Heureux qui, comme Ulysse...
    L’enracinement, facteur de réussite scolaire ?

    Voilà bien le genre d’étude que nos impôts ne risquent pas de financer en ex-France !
    Au nom de la vérité et pour pouvoir pleurer avec et non pas des victimes de l’holocauste de la classe besogneuse, je propose que l’Etat prenne en charge une étude démographique de la communauté des travailleurs du Samedi depuis 1945 à nos jours.


  • Que la famille souche éduque mieux ces enfants quela famille nucléaire, ça n’a rien de nouveau : lire par ex. Emmanuel Todd (l’illusion économique, pour n’en conseiller qu’un, facile à lire). Pas besoin de chercher des explications du genre "le bruit empêche les citadins d’étudier dans le calme"...


  • Et c’est pour ça que les écoles Diwan sont parmi les meilleures écoles de France. :)


  • #577254

    Dommage qu’il n’y ait pas davantage de facteurs influant positivement mentionnés dans cet article.
    Ce serait compliqué aujourd’hui de faire élever son enfant par tout le village (et d’en récolter les fruits) : la suspicion règne. Mais un environnement sain dans tous les domaines ne peut que favoriser son épanouissement affectif et social. Donc ses résultats scolaires. Je ne sais pas si c’est quantifié (pour calculer cet indice) ou même quantifiable.
    Je fais partie de ceux qui ont grandi dans un grand ensemble, avec tellement de misère humaine que s’en était caricatural. Si cela rend relativement clairvoyant ( juste assez disons pour ne pas confondre la sincérité d’un Soral et la fourberie d’un A-Skolo tendant la main aux français de branche (joli)), je pense que nous sommes un certain nombre de rescapés des zones de non-droit à vouloir en savoir plus sur le "bien vivre" à la française.
    Quand je dis à mes amis de souche que plus jeune j’aimais écouter Michel Sardou parce que j’avais l’impression qu’il me parlait de la vraie France ils se marrent. Mais finissent par avouer (car c’est de l’ordre de l’aveu) qu’ils détestent pas tout.
    On est vite moqué (voire plus) quand on a la prétention d’être sincère.


  • #582644
    le 10/11/2013 par Thémistoclès
    L’enracinement, facteur de réussite scolaire ?

    Ceci sera pour beaucoup une REVELATION AHURISSANTE.



    La trop fameuse METHODE GLOBALE d’apprentissage de la lecture est en fait une méthode élaborée pour les SOURDS-MUETS.
    Cette méthode avait vraisemblablement pour objectif de limiter l’apprentissage, l’éducation, l’élévation intellectuelle de presque tous les citoyens.




    1er point : En France, la méthode globale et ses avatars (semi-globale, phonétique) souvent proposés par des éditeurs est une méthode conçue pour les sourds muets.

    Le site http://www.sauv.net/conflect.php nous précise :



    Au XIXème siècle, un certain Decroly, tente d’appliquer aux entendants des méthodes d’apprentissage de la lecture initialement destinés aux sourds muets.



    Mais on peut supposer que Decroly n’a pas eu cette idée tout seul.

    2e point : la méthode globale a été développée dès 1810 aux État-Unis avec pour seul objectif l’apprentissage de la lecture aux sourds-muets.
    Selon l’ouvrage "Le pouvoir Occulte Américain" de Antony Sutton :



    Les méthodes de lecture pour sourds muets ont été développées vers 1810 par un homme remarquable, Thomas Hopkins Gallaudet. (…) Les sourds muets n’ont aucun des concepts d’une langue parlée et sont par conséquent ignorants des sons phonétiques pour les lettres.
    Gallaudet a fondé l’école Hartford (Connecticut) pour les Sourds en 1817. (…) Sa méthode "Mother’s Primer" a été publiée en 1835 et le comité du Massachusetts des écoles primaires a adopté immédiatement le livre sur une base expérimentale. (…) Dans la deuxième édition de 1836, une des directives est :
    "regarde le mot entier Frank, mais pas les lettres. Rien ne doit encore être dit au sujet des lettres …"
    Il n’y a aucune raison d’utiliser la méthode Gallaudet pour ceux qui ont la capacité d’entendre des sons.



    Cette méthode Gallaudet est en fait la méthode dite aujourd’hui "globale".

    (seconde et dernière partie à suivre)


  • #582650
    le 10/11/2013 par Thémistoclès
    L’enracinement, facteur de réussite scolaire ?

    (suite et dernière partie)

    3e point : Aux Etats-Unis, cette méthode globale pour sourds muets a sans doute été utilisée à escient pour limiter les facultés intellectuelles des enfants dans le but hégélien de favoriser la société et non pas le développement individuel.
    Toujours selon l’ouvrage "Le pouvoir Occulte Américain" de Antony Sutton :



    Vers la fin du 19e siècle la méthode Gallaudet a été ranimée et adoptée par les professeurs du collège de Columbia et de l’école Lincoln (…)
    Le système pédagogique a adopté la méthode d’apprentissage de la lecture, originairement développée pour les sourds-muets. Cela a diminué les aptitudes pour la lecture. (…)
    Le système a produit des générations d’Américains fonctionnellement illettrés. Ceux qui peuvent lire ou écrire manquent de vocabulaire en profondeur et d’aptitudes stylistiques (…)
    Un échec tragique de l’éducation américaine de ce siècle a été un échec envers les enfants dans le fait de leur apprendre à lire, à écrire et à s’exprimer dans une forme littéraire.
    Il est étonnant que le système pédagogique ait permis à l’apprentissage de la lecture de se détériorer d’une façon si marquée.

    La grande force de cette méthode nouvelle d’éducation était non pas de préparer l’enfant à l’érudition mais de lui apprendre à être une organe indispensable de la société. (…) Pour le système pédagogique ceci ne peut pas être trop affligeant. (…) Son but principal n’est pas l’apprentissage de l’individu mais de préparer des enfants à vivre en citoyens socialement automatisés dans une société organique (…) Dans cet État la liberté individuelle réside seulement dans l’obéissance à l’État (…)




    Les résultats observables aux Etats-Unis depuis un siècle permettent de conclure que tout se passe comme si l’objectif de l’Education de masse aux Etats-Unis (et en France) était de supprimer cet ascenseur social tant vanté au seul profit d’une élite restreinte.