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La Serbie à la croisée des chemins ?

Après l’euphorie de très courte durée qui a accompagné, en 2000, la révolution de couleur ayant provoqué le départ, l’emprisonnement et l’élimination du président Milosevic, la Serbie s’est retrouvée totalement coupée en deux, sur le plan politique. Les résultats des élections qui ont marqué la décennie qui a suivi traduisaient bien cette coupure entre deux visions de la Serbie, celle du bloc patriotique, et celle de la normalisation avec l’Union européenne.

Les thèses du bloc patriotique se sont heurtées aux pressions des Occidentaux. En même temps toutes les tentatives de conserver de bonnes relations avec l’UE tout en maintenant la souveraineté territoriale serbe sur le Kosovo ont échoué. Ceci a abouti à ce que le pays élise par défaut et par dépit en septembre 2012 un président d’union nationale, issu du bloc patriotique de l’ancien système, dont le parti avait également remporté les élections législatives de mai 2012.

Cette nouvelle direction politique serbe pourtant issue du bloc patriotique fait, curieusement, la promotion de l’entrée de la Serbie dans l’Union européenne. Elle a permis que soit adopté le 26 avril dernier un accord en vue d’une normalisation des relations de la Serbie avec le Kosovo, sous l’égide de l’UE. Le texte, qui unifie notamment les institutions serbes du Kosovo avec les institutions albanaises du Kosovo, ôte donc toute souveraineté de Belgrade sur les premières et a été soutenu par une très large majorité de la chambre des députés serbe, puisque sur 203 députés présents, 173 se sont prononcés pour, 24 contre et 6 se sont abstenus.

Aujourd’hui, alors que le dilemme du Kosovo semble, malheureusement pour les Serbes, être presque « réglé », le débat politique principal au sein du peuple serbe concerne les options à long terme. À cet instant historique, au moment ou la Croatie vient de rejoindre l’UE, le futur de la relation avec Moscou apparaît de plus en plus essentiel pour Belgrade.

La Serbie est en effet un pays stratégique tant sur le plan énergétique que politique ou économique, et ce autant pour l’Europe que pour la Russie. Au cœur des Balkans, la Serbie va devenir très rapidement un élément essentiel du corridor énergétique reliant la Russie à l’Europe de l’Ouest par la mer Noire.

Elle est aussi la frontière entre l’Eurasie postsoviétique et l’Europe occidentale. Lorsque la guerre de 1999 a éclaté, les élites russes ont clairement compris le sens géopolitique de cette guerre, destinée à permettre à l’OTAN de prendre le contrôle de ce pion stratégique, en l’affaiblissant par le morcellement du territoire et la création d’un État fantoche : le Kosovo. Au passage, les USA se sont installés ; le Kosovo, ce nouvel allié de l’Ouest, a sur son territoire l’une des principales bases militaires américaine à l’étranger : le camp Bondsteel.

Après une grosse décennie de rapprochement avec l’Occident, une nouvelle phase semble avoir commencé, qui voit la Serbie un peu plus rééquilibrer ses relations en direction de son partenaire russe. Le président actuel, Tomislav Nikolic a récemment affirmé que « la coopération plus proche et plus ferme entre les deux pays n’était pas basée que sur le rappel du passé, sur l’histoire, la religion ou la langue commune, mais aussi sur les intérêts contemporains des deux peuples ».

Cette intensification de la coopération entre la Serbie et la Russie prend diverses formes.

Sur le plan financier, Moscou a en avril dernier octroyé à Belgrade un premier prêt de 500 millions de dollars. Russie et Serbie ont aussi signé un accord sur l’octroi d’un crédit de 800 millions de dollars destiné à financer la construction et la modernisation des chemins de fer et du matériel roulant en Serbie. Côté russe, le projet sera réalisé par les Chemins de fer russes (RZD). Moscou a aussi décidé d’accentuer le soutien de la Russie au redressement économique de la Serbie en lui accordant d’autres prêts pour soutenir son budget et développer son infrastructure. Les deux pays viennent en outre en juin dernier de réaliser leur première transaction en roubles russes lors d’un contrat d’exportation de viande serbe vers le marché russe.

La coopération militaire est également à l’ordre du jour. La Serbie a convenu avec la Russie de coopérer plus étroitement dans le domaine de la défense et de mettre en place des programmes conjoints dans l’industrie militaire, notamment l’ouverture en Serbie d’une usine d’assemblage de blindés à partir de pièces russes et destinés à l’export. Cette coopération militaire devait s’intensifier tant que la Serbie n’adhérera à aucun bloc militaire, ce qui est prévu par une déclaration de l’actuel Parlement.

Enfin la coopération est diplomatique, surtout dans le cadre des sensibles et cruciales discussions concernant l’avenir du Kosovo. En avril dernier le Premier ministre serbe avait en effet déclaré qu’il était temps que la Serbie « demande conseil à la Russie et cesse de prendre des décisions précipitées » et que « maintenant, la Serbie à besoin de l’aide de la Russie pour refaire passer le dialogue à l’ONU ».

Mais c’est surtout le volet énergétique qui est la clef de ce nouveau partenariat russo-serbe. Les deux pays ont signé un partenariat énergétique stratégique destiné a « promouvoir leur coopération énergétique en vue de renforcer la sécurité énergétique et de réaliser des projets conjoints d’envergure dans les secteurs pétrolier et gazier ». Ce partenariat s’intègre dans le projet de gazoduc South Stream. C’est le chantier énergétique le plus important au monde ; il devrait couter 16,5 milliards de dollars. Le français EDF, l’italien ENI et l’allemand BASF ont pris chacun 15 % des actions de ce projet, en s’associant avec Gazprom. Ce gazoduc partira de Russie, traversera la mer Noire, puis la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie pour aboutir dans le nord-est de l’Italie. Des embranchements achemineront du gaz vers la Croatie mais aussi vers la République serbe de Bosnie. La Russie financera entièrement la construction du tronçon serbe de ce gazoduc pour une somme de 1,7 milliard d’euros.

La Russie veut également se servir de la Serbie pour étendre ses projets énergétiques. De 2008 à 2011 Gazprom a en effet pris possession de 56 % de la compagnie pétrolière serbe Naftna industrija Srbije, qui possède deux raffineries en Serbie. Gazprom-NIS envisage de s’implanter dans dix pays du sud-est de l’Europe pour répondre à ses objectifs de production d’ici à 2020 via l’achat d’actions et/ou la création d’entreprises conjointes avec des grands acteurs énergétiques locaux.

La coopération russo-serbe est donc clairement un aspect du renforcement des positions russes au cœur des Balkans et particulièrement au sein des États concernés par le développement de South Stream, qu’ils soient intégrés ou non à l’Union européenne. Ces dernières années ont vu, parallèlement au développement du projet russe d’union eurasiatique, de nombreux pays « européens » de la région renforcer leurs liens avec une Russie plus active vers l’ouest, que l’on pense à la Grèce, à Chypre, au Monténégro, à la Bulgarie, à la Macédoine ou encore à la Serbie.

Va-t-on vers la création d’une espèce d’entente orthodoxe russo-balkanique, pont économique, diplomatique et spirituel entre la Russie et l’UE ? Ou bien peut on imaginer que la Serbie ne décide ou ne soit contrainte d’intégrer l’union douanière russe en conférant un label européen a cette organisation ?

Cette perspective, bien qu’encore improbable à ce jour, rendrait encore plus intenable la position ukrainienne, elle aussi à cheval entre deux mondes et elle aussi sans doute à la croisée des chemins.

Approfondir le sujet avec Kontre Kulture :

 
 



Article ancien.
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  • #507077

    J’espère voir la Serbie se relever, ça ne paraît peut être pas mais je peux dire étant moi même d’origine Serbe avec beaucoup de famille la bas que le soutient Russe nous est capital, autant sur le plan moral après avoir été anéanti par la communauté internationale et après être passés pour le "loup noir des balkans" mais aussi sur les plans économiques et religieux, l’union orthodoxe entre la Russie, la Grèce et la Serbie est capital surtout dans cette zone stratégique ou les USA tente d’asseoir leur domination via l’islam sunnite entre autres...

    Ce serait avec plaisir que je verrais la Russie et la Serbie collaborer !

     

    • #507733
      le 30/08/2013 par Pierre
      La Serbie à la croisée des chemins ?

      Da ... moi aussi (mais j’ai quand même l’impression qu’actuellement c’est - surtout parmi les jeunes - un sentiment plutôt "russophobe" qui domine - les moins de 20 ans ont malheureusement été largement "macdonalidifiés" durant la dernière décennie ...).
      En attendant je me console avec ma dose de rajkija (et de Jelen) hebdomadaire ...
      _ ;-)


    • #520410
      le 09/09/2013 par solmed
      La Serbie à la croisée des chemins ?

      @ flo
      Surtout ne pas tomber dans le piège des grandes catégories, l’Islam sunnite dont il est question est takfiri, wahabi, faussement djihadi, vendu mais sûrement pas, celui dont rêvent les atlantistes, pro américain. Le nouvel axe, dans lequel l’Islam sunnite prend une place de plus en plus importante, notamment avec la fin de l’influence atlantiste en Egypte, redistribue les cartes dans les Balkans et dans le Caucase. Il faut comprendre que l’affaire syrienne a une influence décisive dans l’avenir de ces deux régions...


  • #507743

    désoler maisssss...je suis persuadé que tout ça ces du vent,il n’y aura jamais de complicité entre les russes et les serbes.regarder l’histoire, le futur commence toujours par un point départ.je pense même qu’on suivra le chemin de l’enfer,l’oligarchie européen américanisé .malheureusement nous sommes mal barré avec cette politique tronquer par les élus serbe comme le président nikolic qui ce dit nationaliste,qui fait appel à dominique strauss khan ça me fait rire....enfin rire nerveux :) .


  • #508031
    le 30/08/2013 par Heureux qui, comme Ulysse...
    La Serbie à la croisée des chemins ?

    Serbie et Arménie, même combat ! Pourquoi refusez-vous de chercher ailleurs des explications pourtant si évidentes avec le recul nécessaire ?