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Le sombre avenir de l’Europe

La crise économique entre dans sa troisième phase, la plus dévastatrice. Deux scénarios se dessinent : soit l’éclatement de la zone euro, soit la mise en place d’un gouvernement économique européen.

Comme nous l’indiquions en juillet dernier (1) : « Une troisième phase de la crise nous atteindra d’ici octobre, novembre au plus tard, et ses effets seront bien plus dévastateurs que tout ce que nous avons subi durant ces deux dernières années. » Après la Grèce, la chute de l’Irlande et celles, devenues aujourd’hui inévitables, du Portugal et de l’Espagne, confirment nos pires prévisions.

Premier scénario : la crise financière en Irlande s’est étendue au Portugal, puis à l’Espagne, obligeant l’Union européenne à épuiser le fonds de 750 milliards d’euros constitué pour soutenir les États de la zone euro en difficulté. Ses seize membres sont essorés par les mesures d’austérité, le soutien populaire à la monnaie unique s’effrite et les contribuables allemands manifestent leur agacement face à cette série de plans de sauvetage coûteux. Au final, un ou plusieurs pays décident ou sont contraints de renoncer à l’euro et de revenir à leur ancienne devise nationale.

Jusqu’à présent, ce scénario était l’apanage des eurosceptiques et le souhait des souverainistes. Il fait maintenant son chemin chez un nombre croissant d’analystes, au cas où les dirigeants de l’UE ne parviendraient pas à s’unir autour d’une stratégie forte pour sauver l’euro et répondre aux inquiétudes des investisseurs. Cet été, l’économiste de Capital Economics, Christopher Smallwood, a produit une note de vingt pages intitulée « Pourquoi la zone euro doit éclater », et l’américain Nouriel Roubini a prédit la sortie forcée de certains pays de la zone.

D’autres imaginent une division entre deux zones, Euro-Nord et Euro-Sud, si les divergences se creusent entre les membres stables de la zone et ceux qui sont affligés par la dette.

Néanmoins, un éclatement de la zone euro semble pour l’heure peu vraisemblable, et cette crise pourrait bien servir à accélérer le processus de mise en place d’un gouvernement économique européen, ce qui a déjà été admis par Jean-Claude Juncker, patron de l’Eurogroupe et ancien directeur de la Banque Mondiale, en février dernier(2).

Vers un unique gouvernement économique

Nous expliquions il y a un mois(3) comment la Task Force sur la gouvernance économique, dirigée par le président du Conseil européen Herman van Rompuy, comptait passer en force une révision du Traité de Lisbonne, de sorte à établir une base juridique pour mettre en place une police des budgets gouvernementaux de la zone euro. C’est le second scénario. Le problème, c’est que cette procédure dite « simplifiée » est quand même jugée trop lente car, dans le meilleur des cas, elle ne pourrait s’achever avant le 30 juin 2013. La nécessaire recapitalisation de la dette du Portugal, et surtout celle de l’Espagne, qui devrait intervenir au plus tard en janvier prochain, permettra la mise en place d’une situation d’urgence propre à abolir tous les processus démocratiques des traités en vigueur.

L’idée centrale du « plan secret » d’Herman van Rompuy, publié par le quotidien britannique The Independant(4) est de mettre en place un mécanisme qui permette de mutualiser l’ensemble de la dette des États des pays de la zone euro et de l’élargir rapidement à l’ensemble de l’Union européenne(5). C’est-à-dire de transférer les dettes publiques ainsi que les ressources fiscales de ces pays à Bruxelles, afin de les placer définitivement sous contrôle en introduisant, par la force, un fédéralisme budgétaire. Cela ne permettra pas de régler le problème de la dette des États, mais de la vendre en émettant, sur le modèle US, des bons du Trésor européen, et de faire fonctionner la planche à billets. Économiquement, c’est une solution qui permettra de gagner du temps pendant la reconfiguration de l’économie mondiale et l’aboutissement d’une “société 20/80” – à savoir celle dans laquelle le travail de 20 % de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète(6) – et politiquement, c’est un moyen judicieux de mettre un point final à la souveraineté des pays membres de l’Union européenne.

La mise en place de cette dictature économique nécessite de trouver un « équilibre » afin que les réformes imposées ne suscitent pas une trop grande agitation sociale qui demanderait à ramener l’ordre par la force, et les risques inhérent à une situation devenue incontrôlable. Mais il y a peu de chance pour les peuples, drogués à la consommation, se rebiffent. Sur la terre ravagée par mille catastrophes savamment provoquées, les masses ont été depuis trop longtemps abruties par les manipulations « démocratiques », entraînées aux sophismes de la résignation et aux consolations de l’impuissance pour ne pas rester impavides devant la destruction de leur vie qui se déroule devant elles pour qu’il soit encore nécessaire de faire régner l’ordre par les armes.

Clovis CASADUE pour la revue FLASH

Publié sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

Reproduction libre avec indication des sources

Notes :

(1) Flash N°44, 14/07/2010

(2) Le Temps du 13/02/2010, et Mecanopolis,14/02/2010

(3) Flash N°52, 04/11/2010

(4) The Independant du 10/02/2010 et Mecanopolis 11/02/2010

(5) Flash n°48, 09/09/2010

(6) Voir le rapport de la Fondation Rockefeller intitulé Scénarios pour l’avenir de la technologie et le développement global, mai 2010 décrypté dans Flash N°46, 12/08/2010