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Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

Tout d’abord, merci à Iurie Roşca de me donner l’occasion de vous présenter la traduction en roumain de Neuro-Pirates – Réflexions sur l’ingénierie sociale. Ce livre a été publié originellement en 2016 aux éditions Kontre Kulture, dirigées par Alain Soral, que je remercie également. Il rassemble des textes dont le fil conducteur est l’ingénierie sociale. Dans le monde russophone, on parlerait de « technologies politiques » (политические технологии).

 

Ce champ d’études fait la jonction entre la politique, la géopolitique, les sciences humaines et sociales, et certaines disciplines que l’on rencontre dans le monde de l’entreprise, telles que le management, le marketing et la sécurité des systèmes. Aujourd’hui, mon travail sur ces questions appartient à ce que l’on pourrait appeler la troisième génération de l’ingénierie sociale. Auparavant, la notion d’ingénierie sociale apparaît au XXe siècle en deux étapes historiques.

Le premier âge de l’ingénierie sociale est la constitution des sciences de la gestion dans la première moitié du XXème siècle : management, marketing et cybernétique pour l’essentiel. Karl Popper est le principal penseur ayant vulgarisé la notion d’ingénierie sociale auprès du grand public, notamment dans son ouvrage La société ouverte et ses ennemis, publié en 1945. Sans cette contribution, l’ingénierie sociale serait probablement restée confinée dans des cabinets de consultants et de spécialistes. L’idée centrale de l’ingénierie sociale est de faire de la planification sociale, c’est-à-dire de concevoir a priori le développement d’un groupe social et de fabriquer le consentement de ce groupe aux transformations qu’on veut lui imposer en appliquant des techniques de conduite du changement et de coaching d’entreprise. Quelques références : Walter Lippman sur le façonnage et le retournement (« Spin ») de l’opinion publique (Public Opinion, 1922) ; Edward Bernays sur la fabrique du consentement (The Engineering of Consent, 1947-1955) ; Stuart Ewen sur la planification sociale en contexte libéral (Captains of Consciousness : Advertising and the Social Roots of the Consumer Culture, 1976) ; Leonid Savin (proche collaborateur d’Alexandre Douguine), qui traite dans son ouvrage de 2019 Coaching and Conflicts des applications géopolitiques et militaires des méthodes issues de la psychologie sociale et de la dynamique des groupes.

Le deuxième âge de l’ingénierie sociale vient des milieux du piratage informatique et des sciences de la sécurité (sciences du risque, du danger : cindynique). Le pirate informatique Kevin Mitnick met au point dans les années 1980-90 une méthode de piratage du facteur humain dans les systèmes de sécurité reposant sur trois concepts clés : l’usurpation d’identité, l’abus de confiance, l’hameçonnage (phishing). Il publie en 2002 L’Art de la supercherie (The Art of Deception). Les notions de piratage, de « hacking », de tromperie et de furtivité sont ainsi pleinement intégrées dans la pratique concrète de l’ingénierie sociale.

Troisièmement, à partir de 2005, je reprends et retravaille tout cet héritage, et je propose aujourd’hui la définition suivante de l’ingénierie sociale, qui est une synthèse des deux périodes précédentes :

« L’ingénierie sociale est la transformation furtive des sujets sociaux, individus ou groupes. »

Selon cette définition, un disciple bien connu de Karl Popper nommé George Soros peut être décrit comme faisant de l’ingénierie sociale de masse, soit du neuro-piratage de masse.

Quelle est la méthode d’un neuro-pirate pour vous pirater l’esprit ? Comment faire pour vous implanter des virus cognitifs qui vont vous transformer à votre insu ? Tout d’abord, je dois franchir vos barrières de « sécurité cognitive », contourner vos défenses mentales. Pour vous pirater efficacement, je ne dois en aucun cas éveiller votre méfiance, sinon vous vous fermez à moi et je ne peux plus entrer dans votre esprit. L’ingénierie sociale est d’abord une capacité à manipuler trois types de relations : la confiance, la méfiance, l’indifférence. Pour cela, je dois utiliser toutes les ressources d’une figure d’analyse transactionnelle inventée par Stephen Karpman qui modélise les interactions sociales selon trois places à occuper : la victime, qui déclenche confiance ou indifférence ; le sauveur, qui déclenche la confiance ; et le bourreau, qui déclenche la méfiance. Gagner la confiance, ou au moins susciter l’indifférence en occupant la place de la victime ou du sauveur, permet d’endormir la méfiance et la vigilance. George Soros a trouvé une tactique très efficace pour pirater des millions de gens sur la planète : demander à tout le monde de s’ouvrir, au nom des droits de l’homme et de leur idéologie victimaire. L’appel à l’ouverture a une connotation positive qui fait naître la confiance. Quand vous vous êtes ouvert à moi, quand j’ai gagné votre confiance, ou votre indifférence, je peux agir sur vous pour vous reprogrammer, et éventuellement vous détruire, sans éveiller votre méfiance, mais en éveillant la méfiance entre vous et autrui dans un conflit triangulé, de sorte que chacun perçoive l’autre comme un bourreau et se replie défensivement sur son ego.

Diviser pour régner, jusqu’à diviser l’esprit de l’individu. L’ingénierie sociale est le plus souvent un travail de désorganisation de la société, par la désorganisation furtive de l’esprit d’autrui, à l’échelle de l’individu ou du groupe. Cette désorganisation mentale collective n’apparaît pas spontanément, elle est le résultat d’une véritable technique psychosociale consistant à pirater le cerveau collectif d’une population cible pour y introduire des virus et le « faire planter », au sens informatique, provoquer un plantage, en anglais un « system crash ». Une épidémiologie des virus cognitifs permet de découvrir quel est le virus des virus, le virus racine, à partir duquel tous les autres peuvent être confectionnés : c’est l’individualisme et la croyance très libérale à l’auto-fondation de l’individu. Pourquoi ? Parce qu’il sépare l’individu du groupe en faisant croire à l’individu qu’il est plus important que le groupe, aboutissant à fragmenter et morceler le corps social. La pointe fine du libéralisme est aujourd’hui représentée par le transhumanisme et la théorie de la « fluidité identitaire » dans tous les sens (genre, culture, âge, race, espèce), qui reposent sur le présupposé libéral de l’auto-fondation selon lequel l’individu ne reçoit pas son identité du groupe mais est libre de déterminer son identité et de la réinventer entièrement comme il le souhaite. Un homme peut dire « Je suis une femme », une femme peut dire « Je suis un homme », ce qui conduit à un phénomène d’éclatement du signe et du sens.

Ici, l’ingénierie sociale rejoint la sémiotique, la science des phénomènes de sens. Cette incohérence généralisée qui envahit l’Occident libéral est le résultat de ce que les sémiologues appellent l’éclatement du signe. Le signe linguistique, support de la pensée, a une structure ternaire, d’où le terme de triangle sémiotique. Les trois pointes de ce triangle, les trois ingrédients du sens sont le signifiant – ce que je dis –, le signifié – ce que je pense – et le référent – ce que je montre. La pensée cohérente et rationnelle est l’unité de ces trois éléments : ce que je dis, ce que je pense, ce que je montre. Si l’on transpose le triangle sémiotique dans le champ éthique, le Bien est l’unité du signe, c’est-à-dire l’unité de ce que je dis, de ce que je pense et de ce que je fais, équivalent de ce que je montre. Du point de vue de la pensée classique et de la morale traditionnelle, le Bien est la cohérence et la convergence des trois éléments du triangle sémiotique. À l’opposé, le Mal est l’éclatement du signe : il n’y a plus d’unité de ce que je dis, de ce que je pense et de ce que je montre ou fais. Je peux dire quelque chose, penser autre chose et faire ou montrer encore autre chose, et tout ça, en même temps. C’est cette déstructuration cognitive qui est en train de s’installer en France et dont je vous parlais hier.

Nous souffrons d’incohérence et nous disons que c’est bien, stade suprême de l’incohérence. Cette incohérence cognitive a des conséquences dans la société et dans l’usage du langage. L’autofondation libérale touche l’acte d’énonciation du sujet parlant. La liberté doit être celle de me recréer à chaque seconde dans le langage, y compris par rapport à ce que je viens juste de dire. La liberté, c’est la liberté de me contredire à chaque seconde. La liberté, c’est la liberté de raconter n’importe quoi, de faire n’importe quoi. La liberté suprême, c’est l’incohérence. Donc la folie.

Pour conclure, je voudrais m’adresser spécifiquement aux Moldaves.
Fondamentalement, c’est tout l’Occident collectif (Коллективный Запад), comme disent les Russes, qui est en train de disparaître. Depuis la France et l’Europe de l’Ouest, nous pouvons voir votre futur, du moins si vous commettez l’erreur d’entrer dans l’Union européenne et l’OTAN. Cet avenir est un cauchemar, qui se résume en deux mots : effondrement et incohérence. Incohérence à tous les niveaux, en particulier incohérence mentale et comportementale. Confusion complète de la pensée, débouchant sur une violence verbale et physique sans raison. Excitation nerveuse, règne du n’importe quoi et pour finir aliénation, zombification et autodestruction. Si l’exemple français vous paraît un peu lointain, alors voyez ce qui se passe plus près de chez vous, chez votre voisin limitrophe immédiat, l’Ukraine, qui expérimente cette entrée dans le libéralisme et l’incohérence généralisée depuis son indépendance en 1991, mais surtout depuis 2004, avec la révolution orange, et 2014, avec l’Euromaïdan. Aujourd’hui, l’Ukraine comme la France, et comme tout l’Occident atlantiste, sont en cours d’effondrement à tous les niveaux. Il nous reste à mettre en œuvre une ingénierie sociale positive pour tout reconstruire.

Lucien Cerise

 

Présentation par Iurie Roşca des auteurs français dissidents traduits en roumain :

 

Se procurer l’ouvrage de Lucien Cerise
chez Kontre Kulture :

 

Alain Soral présente Neuro-Pirates :

 

Retrouvez Lucien Cerise en conférence/atelier à Bordeaux :

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15 Commentaires

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  • #2303815

    @ Lucien Cerise

    Je préfère votre première définition qui serait mise à jour :
    "La modification planifiée et furtive du changement du comportement".
    Mais je vous concède le fait que la nouvelle définition parlera certainement à plus de gens, en évitant qu’ils vous prennent pour un écrivain de SF.

     

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    • #2304777
      Le 23 octobre à 17:27 par Lucien Cerise
      Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

      Merci pour votre remarque. Cette nouvelle définition que j’ai proposée permet, à mon avis, de mieux saisir les implications politiques sur le long terme de l’ingénierie sociale. On ne se contente pas de modifier ponctuellement le comportement de rats de laboratoire, on transforme l’individu ou la société définitivement, jusqu’au trans-humanisme.

       
    • #2304909

      @ Lucien cerise

      Vous avez raison. Je pense que j’ai sous-estimé le choix plutôt pertinent que vous avez fait sur le mot "transformation". Ce mot porte beaucoup plus de choses que "modification".
      Surtout dans la séquence actuelle entre transgenre et transhumain. C’est bien vu.

       
  • #2303890
    Le 22 octobre à 14:42 par Alain Haussmann
    Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

    Il y a deux fautes dans l’expression traduite en russe, il aurait fallu écrire « политические технологии » (au nominatif pluriel, pas au génitif ; avec un i voyelle à la fin et non pas un i « court »).

     

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    • #2303956
      Le 22 octobre à 15:53 par Lucien Cerise
      Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

      Merci ! Effectivement, j’ai prélevé ces deux mots dans le nom "Центр политических технологий", où il y a un génitif puisqu’on parle du "Centre des technologies politiques", mais j’ai oublié de ramener la déclinaison au nominatif.

       
  • #2304262

    Un vrai talent pour dire simplement et efficacement des phenomenes sommes toutes complexe

    "Effondrement et incoherence" : j’utilise le terme de degenerescence (homme=femme, humain=animal=plante, mort=vivant, etc).

    Transformer la masse sociale en condensat de Bose-Einstein (c’est ma perception).

    Sinon pour l’ingenieurie sociale les russes utilisent l’expression "technologie politique".... pour dire que ca parait nouveau mais ces techniques ont toujours étaient employées par ceux qui exercaient le pouvoir politique... sans doute de facon artisanale et pas rationalisé comme depuis un siecle.

     

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    • #2304558

      @ Kroutoy

      Rien de nouveau en effet.
      Michel Foucault rapportait déjà que chez les romains (ars artium) et les grecs (tekné teknon) "l’art des arts" était "la direction de conscience".
      De mémoire c’est dans sa conférence de 1978 publiée en 2015 par les éditions Vrin : Qu’est-ce que la critique.
      Il y développe son approche sur le problème de l’Aufklarung entre la gouvernementalité et "l’inservitude volontaire" qui consisterait à "refuser ce que nous sommes entrain de devenir". Prophétique.

       
    • #2304783
      Le 23 octobre à 17:38 par Lucien Cerise
      Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

      Merci pour ces remarques. Rien de neuf depuis les Grecs sur le fond, mais on peut toujours affiner la description du travail d’influence sur la conscience et le comportement d’autrui. Surtout, on peut modéliser les choses pour en faire une méthodologie aisément reproductible, comme une technique de combat.

       
    • #2304956

      @ Lucien Cerise

      Oui, il faut continuer ce travail précieux que vous faites. Vous revitalisez des questions importantes sous un angle très moderne. Je vous avais découvert en 2013 sur Méridien Zéro avec "L’Homme programmé", depuis je check régulièrement vos apparitions (Ateliers, interviews etc..).
      Et surtout, j’apprécie votre approche concernant la contre-attaque (fire and forget, slogans etc...).
      Je ne peux pas en dire trop, mais des choses se préparent... et votre influence a été décisive.
      Donc c’est moi qui vous dit Merci.

       
  • #2307697

    @ Lucien Cerise. Je viens de regarder beaucoup de documentaires reliés à votre travail, notamment récemment sur MK ultra.
    Une question : ne pensez vous pas que répondre à des questionnaires quelconques de façon aléatoire (mentir) soit LA solution pour créer des bugs futurs ? Et de fait, rendre le Nom inopérant ?
    Personnellement je prends toujours le temps de répondre aux questionnaires de satisfaction et autres pertes de temps. Et je mens toujours ^^ jusqu’à mon âge et mon identité ^^.. j’espère créer des bugs dans le big data de cette façon. ... qu’en pensez vous ? (Si vous avez le temps de répondre...)

     

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    • #2307748

      je m’exprime mal (et merci aux modérateurs de laisser passer mes interventions !). Mais "F&F" c’est pour moi, une piste. Il en existe d’autres ... En particulier : mentir au big data. Ca va mettre la machine en vrille et à terme, la rendre inefficace. Du moins, j’espère ...
      Je sais bien que c’est "presque" trop tard ... mais il reste une lueur, dans "presque". C’est pas tout à fait la fin...Je m’y accroche de toutes mes forces !
      Merci à ER, à Soral, à Dieudo ... on est tapi dans l’ombre mais on est là.

       
    • #2307754

      je m’exprime mal (et merci aux modérateurs de laisser passer mes interventions !). Mais "F&F" c’est pour moi, une piste. Il en existe d’autres ... En particulier : mentir au big data. Ca va mettre la machine en vrille et à terme, la rendre inefficace. Du moins, j’espère ...
      Je sais bien que c’est "presque" trop tard ... mais il reste une lueur, dans "presque". C’est pas tout à fait la fin...Je m’y accroche de toutes mes forces !
      Merci à ER, à Soral, à Dieudo ... on est tapi dans l’ombre mais on est là.

       
    • #2309639
      Le 29 octobre à 13:09 par Lucien Cerise
      Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

      Si vous êtes seul, cela ne sert à rien, vous perdez votre temps. Si vous voulez être efficace, il faut se joindre à des mouvements de masse. "Quand on n’a pas les millions, il faut être des millions." Pensez-vous être des millions, voire des milliards, à mentir au Big data, ou à pouvoir mentir au Big data ? En politique et géopolitique, l’échelle d’organisation doit être celle de millions de gens coordonnés, sinon vous n’êtes rien et vous gaspillez votre énergie en vain. Choisissez le mode d’action qui vous permet de faire partie d’un mouvement de masse, car c’est le seul qui pèse sur le cours des choses, sans être trop exigeant sur le niveau de réflexion, car qui dit "masse" dit "nivellement par le bas", mais c’est inévitable.

       
  • #2308190
    Le 27 octobre à 16:51 par vitre furtive
    Lucien Cerise présente la traduction en roumain de Neuro-Pirates

    est ce que Lucien Cerise est en train d’écrire un futur livre ?
    une suite au 1er roman ? ou autre ?

     

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