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Attaqué par la gauche, Michéa répond

Le philosophe Jean-Claude Michéa, auteur de Les Mystères de la gauche : de l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu (Climats, 2013), répond à un billet de Philippe Corcuff publié le 25 juillet. 

 

Cher Philippe,

  J’ai décidément dû taper dans une sacrée fourmilière pour susciter ainsi une telle levée de boucliers ! On ne compte plus, en effet, les courageux croisés de la sociologie d’Etat qui ont jugé soudainement indispensable de mettre en garde le bon peuple – il est vrai déjà suffisamment échaudé par l’actuelle politique de la gauche – contre le caractère profondément hérétique et « réactionnaire » de mes analyses philosophiques. Au cœur de cette curieuse Sainte-Alliance (dont les interventions ont été largement relayées, cela va de soi, par le Net et ses trolls de service) citons – par ordre d’entrée en scène – Luc Boltanski (dont le texte, initialement publié dans le Monde, vient d’être opportunément remis en ligne par un mystérieux site « anti-Ragemag »), Serge Halimi (dans le Monde diplomatique de juin 2013), Frédéric Lordon (dans la très pierre-bergéiste Revue des livres de cet été) et maintenant toi, sur le site de Mediapart

  Bien entendu, la critique permanente des idées des uns et des autres, y compris sous une forme polémique (nous sommes, après tout, au pays de Voltaire) demeure, sans contestation possible, la condition première de toute vie intellectuelle démocratique (et donc, a fortiori, socialiste). Encore faut-il qu’il s’agisse réellement d’une critique et non d’une simple entreprise de désinformation ou de falsification. Lorsque – pour ne prendre qu’un seul exemple – Anselm Jappe avait entrepris, en 2008, de soumettre l’ensemble de mes positions philosophiques à une critique radicale et sans concession (l’essai a été repris dans Crédit à mort), son analyse n’en demeurait pas moins fondée sur un examen scrupuleux des textes, et témoignait ainsi d’une parfaite honnêteté intellectuelle (c’est d’ailleurs, en partie, grâce à cette critique que j’ai pu prendre une conscience beaucoup plus nette de l’importance théorique majeure des travaux de Robert Kurz et de Moishe Postone sur la loi de la valeur). Il faut dire que Jappe a été formé à l’école de Debord et non à celle de Bourdieu ou de Foucault.

  Toute autre, évidemment, est la manière de procéder de nos nouveaux croisés. Trois exemples – j’aurais pu en choisir quantité d’autres – suffiront ici à expliquer un tel jugement. Lorsque, dans le Complexe d’Orphée, je moquais les recommandations de la Halde – cette noble invention de Jacques Chirac – visant à « interdire l’enseignement de la poésie de Ronsart (« discriminante envers les seniors ») ou obliger les professeurs de mathématiques à privilégier les exercices valorisant l’homosexualité » (j’ajoutais : « on imagine une démonstration du théorème de Pythagore conduite sur ces bases épistémologiques ») ce passage – en lui-même parfaitement clair – devient aussitôt, sous la plume savante de Luc Boltanski : pour Michéa, « la Halde serait coupable de prôner la “valorisation de l’homosexualité” » (Boltanski s’étant évidemment bien gardé de signaler aux lecteurs du Monde tout ce que j’avais pu écrire, par ailleurs, sur Pasolini et sur la lutte des homosexuels pour leurs droits).

  Lorsque, dans les Mystères de la gauche, j’écris que nous devons définir « un nouveau langage commun susceptible d’être compris – et accepté – aussi bien par des travailleurs salariés que par des travailleurs indépendants, par des salariés de la fonction publique que par des salariés du secteur privé, et par des travailleurs indigènes que par des travailleurs immigrés », ce passage devient aussitôt, sous la plume (d’ordinaire beaucoup mieux inspirée) de Serge Halimi : pour Michéa, le pilier du nouveau bloc historique doit donc être un individu « musclé, français et chef de famille ».

  Lorsque, dans le Complexe d’Orphée, j’écris que « ce n’est donc pas tant par leur prétendue “nature” que les classes populaires sont encore relativement protégées de l’égoïsme libéral. C’est bien plutôt par le maintien d’un certain type de tissu social capable de tenir quotidiennement à distance les formes les plus envahissantes de l’individualisme possessif » (« tissu social » dont j’ajoutai immédiatement que le développement de l’urbanisme libéral était en passe de l’éroder, au risque d’engendrer ainsi une « lumpenisation » d’une partie des classes populaires), ce passage devient aussitôt, sous la plume avertie de Frédéric Lordon : « Michéa s’interdit de voir que le peuple ne doit qu’à des conditions sociales extérieures (et pas du tout à son “essence” de “peuple”) de ne pas choir dans l’indecency » (et Lordon s’empressait d’ajouter que, d’un point de vue moral, les classes populaires ne valaient pas mieux que ceux qui les exploitent – le peuple étant lui aussi, selon ses mots, « capable de tout », et d’abord de « casser du gay », de « ratonner » ou de « lever le bras à Nuremberg »). Il est vrai que Frédéric Lordon a réussi le tour de force de dénoncer la « faiblesse conceptuelle » de ma théorie de la common decency tout en dissimulant constamment à ses lecteurs (et cela, pendant onze pages !) ce qui en constituait justement le pilier central, à savoir l’usage que je fais de l’œuvre de Marcel Mauss et de ses héritiers (Serge Latouche, Alain Caillé, Philippe Chanial, Paul Jorion, Jacques Godbout, etc.) afin d’en déduire une interprétation moderne et socialiste (ce que la Revue des livres – conformément à l’éthique éditoriale si particulière de Jérôme Vidal – commente joyeusement en affirmant que « Frédéric Lordon dissipe ici avec vigueur et humour les malentendus qu’une lecture superficielle des écrits de Michéa peut produire » !).

  Je ne te ferai évidemment pas l’injure, mon cher Philippe, de te ranger, toi aussi, dans la même niche que ces nouveaux chiens de garde et leurs dévoués cyber-trolls. Je connais trop bien ta gentillesse naturelle et je sais aussi à quel point tu es fidèle en amitié (à défaut d’être aussi constant dans tes engagements politiques puisque, si ma mémoire est bonne, tu es déjà successivement passé par le Parti socialiste, le Mouvement des citoyens, les Verts, la Ligue communiste, le NPA et – pour l’instant du moins – la Fédération anarchiste). Si donc je retrouve dans ton texte la même propension à accumuler les bourdes théoriques les plus invraisemblables et à décrire un auteur fantasmatique dans lequel il m’est évidemment impossible de me reconnaître, au moins suis-je sûr, venant de toi, qu’il ne peut s’agir d’une quelconque opération commanditée, ni d’une volonté délibérée de dissuader le lecteur d’aller contrôler par lui-même la vérité effective de la chose (d’autant que les lecteurs de Médiapart sont quand même infiniment moins moutonniers que ceux du Monde ou de la Revue des livres). J’aurais donc plutôt tendance, dans ton cas personnel, à incriminer les effets secondaires du Publish or Perish (cette dure loi du monde néo-mandarinal à laquelle, Dieu merci, nous autres enseignants du primaire et du secondaire avons toujours pu échapper), ainsi que cette tendance assurément touchante qui a toujours été la tienne à vouloir que ton nom soit imprimé partout en lettres de feu. Double contrainte à coup sûr épuisante et qui exige une productivité d’écriture véritablement surhumaine. Car lorsqu’on se trouve ainsi professionnellement obligé d’écrire à la chaîne et de publier de façon industrielle, il arrive forcément un moment où l’on n’a plus le temps de lire sérieusement les textes qu’on est censé analyser. Reprenons donc les choses de façon plus calme et, cette fois-ci, sans sacrifier au culte moderne du fast writing  (et du fast reading) de la nouvelle gauche mandarinale.

 Le premier reproche que tu m’adresses c’est donc d’être à la fois « essentialiste » (je saisirais les « réalités socio-historiques comme des “essences”, c’est-à-dire comme des réalités homogènes et durables, plutôt que traversées par des contradictions sociales et historiques ») et « manichéen » (ma logique de pensée serait désespérément « binaire »). A ce niveau de généralité et d’abstraction, j’avoue ne pas trop savoir comment répondre à une telle accusation. D’autant que tu n’avances – à l’appui de ton affirmation – aucun exemple précis ni aucun argument. Disons quand même que je suis un peu étonné d’apprendre que ma présentation de l’histoire du socialisme et de la gauche (qui constitue l’axe politique principal de tous mes livres) serait « binaire » alors que tout mon travail consiste précisément à montrer qu’il est impossible de comprendre la genèse réelle du socialisme – au XIXe siècle – si on ne l’inscrit pas d’abord dans un jeu à trois (la droite cléricale et monarchiste, la gauche libérale et républicaine et le mouvement ouvrier socialiste – sachant que j’ai toujours précisé que ce jeu triangulaire autorisait toutes les passerelles et toutes les hybridations). Travail qui s’écarte, par conséquent, de l’habituel affrontement binaire et intemporel entre une « droite » et une « gauche » dont les essences respectives auraient été fixées, une fois pour toutes, en 1789 (avec comme conséquence inévitable l’idée historiquement absurde selon laquelle Marx et Bakounine auraient toujours revendiqué leur appartenance inconditionnelle à la « gauche ». J’en profite, au passage, pour te rappeler que dans les Oeuvres Choisies de Marx et d’Engels – publiées à Moscou en 1970 – le terme de « gauche » n’apparaît même pas dans l’index final !). L’ennui, c’est que cette seconde interprétation est justement celle que tu défends en pratique. Si donc, sur ce point précis, quelqu’un se montre « binaire » et « essentialiste », c’est bien plutôt Philippe Corcuff que son humble serviteur.

 Quant à mon « essentialisme » supposé, j’avoue être plus perplexe encore. J’ai, en effet, toujours pris soin de substituer au terme d’essence du libéralisme (tu peux, par exemple, te reporter sur ce sujet à mon entretien de 2008 avec les militants du MAUSS) celui de logique libérale (voire de « logiciel » libéral). Choix qui n’était évidemment pas innocent. Si, en effet, le concept d’essence renvoie incontestablement à une approche « platonicienne » – elle-même d’ailleurs souvent caricaturée – celui de logique (ou de dynamique) n’a clairement de sens, en revanche, que dans une perspective hégélienne et marxiste. Mais c’est peut-être ici, après tout, que se situe la véritable origine de tes erreurs de lecture. Car en m’efforçant ainsi de saisir la logique du libéralisme, je n’ai évidemment jamais prétendu décrire telle ou telle société libérale à un moment donné de son histoire (ni, a fortiori, la pensée effective de tel ou tel penseur libéral singulier). Même si j’ai dû, bien sûr, accorder une attention particulière aux circonstances historiques concrètes – et d’abord aux guerres de Religion – qui ont joué un rôle décisif dans la naissance du paradigme moderne et de l’axiomatique libérale (je te renvoie ici au dernier livre d’Arlette Jouanna sur la « Naissance de l’imaginaire politique de la royauté », qui confirme en tout point mes analyses). Je me proposais seulement de décrire les tendances de fond du mouvement historique (mouvement nécessairement contradictoire et complexe puisqu’il articule dialectiquement un moment économique, un moment juridico-politique et un moment culturel) qui caractérisent le système libéral considéré dans sa cohérence ultime (encore faut-il, naturellement, qu’on tienne la forme de civilisation rendue possible par un tel système pour un « fait social total » et non comme un simple assemblage de compartiments séparés). En quoi je ne faisais évidemment que suivre la leçon de Marx (ce que presqu’aucun de mes critiques universitaires n’a, d’ailleurs, été capable de relever). Le Capital, en effet, n’analyse pas telle ou telle société concrète de son temps (même s’il emprunte la plupart de ses illustrations empiriques au capitalisme anglais). Il analyse, en réalité, la dynamique pure de l’accumulation du capital (cette « force révolutionnaire permanente » – comme l’écrit David Harvey – qui définit « la caractéristique fondamentale du système capitaliste »). Analyse dont l’abstraction constitutive est redoublée par les effets de la méthode dialectique, qui procède toujours, comme tu le sais, « de l’abstrait au concret ». Chaque partie de l’ouvrage y est ainsi consacrée à l’étude d’un moment déterminé de cette dynamique du capital, abstraction faite, par conséquent, de ses relations concrètes aux autres moments. Dans le livre I, par exemple, le procès de production est analysé abstraction faite du problème de la circulation et de la réalisation de la valeur. Dans le livre II, c’est la structure inverse qui domine. Et le tout, sous l’hypothèse méthodologique – éminemment « essentialiste » – d’une société réduite à deux classes, la bourgeoisie et le prolétariat. Or c’est précisément cette structure volontairement abstraite du Capital – et que Rosa Luxembourg a magistralement développée, en 1913, dans l’Accumulation du Capital (n’oublions pas que les livres II et III ne sont, en effet, que des brouillons édités par Engels)qui explique, selon moi, l’incroyable actualité de cet ouvrage. Car si, pour l’essentiel, Marx ne s’est pas trompé dans sa « critique de l’économie politique » (je laisse ici de côté sa vision du socialisme qui pose, en revanche, de tout autres problèmes, dans la mesure où celui-ci est supposé trouver sa « base matérielle » préalable dans la croissance illimitée du capital), il s’ensuit que le capitalisme contemporain est historiquement enclin à rejoindre, tôt ou tard, son propre concept (mondialisation de la concurrence, concentration du capital, révolution technologique permanente, généralisation du crédit et de la mobilité des hommes, des marchandises et des capitaux, baisse tendancielle du taux de profit et développement corrélatif du « capital fictif », etc.). Autrement dit, à déployer progressivement – dans des conditions politiques chaque fois déterminées par l’état des luttes de classes – toutes les figures de son « essence » contradictoire. Mais, sans doute, penses-tu que Marx était lui-même un théoricien « essentialiste » – voire « manichéen », puisqu’il ne travaille, dans le Capital, que sur un modèle abstrait à deux classes – et qu’il ignorait donc superbement les « contradictions sociales et historiques » des sociétés de son temps (ce qui expliquerait, au passage, le peu d’usage réel que tu fais du Capital dans tes différents travaux).

 Après quoi – et au terme d’un long détour par Max Weber destiné à m’apprendre qu’il existe, dans l’histoire concrète, des « conséquences non intentionnelles de l’action » (ce qui n’est jamais, après tout, que le principe de base de mon interprétation de la dynamique libérale !) –, tu te risques enfin à hasarder quelques affirmations plus précises. A t’en croire, je défendrais ainsi « depuis une dizaine d’années une thèse principale qui tend à opposer deux types d’essences dans l’histoire occidentale moderne. Les essences du Mal, constituées par les Lumières du XVIIIe siècle, le libéralisme (…), l’individualisme et la gauche, et les essences du Bien représentées par le socialisme ouvrier originel et la common decency »Common decency dont tu crois bon de préciser qu’elle prend « souvent l’allure chez Michéa d’une caractéristique intemporelle propre à la nature humaine ». Une fois ce curieux théâtre conceptuel mis en place (théâtre conceptuel qui conviendrait assurément mieux aux envolées métaphysiques d’un Bernard-Henri Levy ou d’un André Glucksmann), tu n’as alors évidemment aucun mal à en déduire l’unique conclusion souhaitable. Selon Michéa, tout le drame de l’histoire contemporaine procèderait, en somme, de ce que les « essences du Bien auraient été perverties par les essences du Mal ». De là, bien sûr, ta « réfutation » triomphale, propre à déchaîner le plus vif enthousiasme chez tout lecteur du Monde ou de Libération (ou des sites correspondants du Web). Comment Michéa – sauf à être un fieffé réactionnaire – peut-il ainsi méconnaître les merveilleuses vertus de l’idée d’émancipation individuelle portée par la modernité, puisqu’il est censé voir dans celle-ci l’origine même des quatre « essences du Mal » ? Et, plus encore, comment peut-il « se tromper sur l’analyse historique » au point d’ignorer que « nombre de penseurs des débuts du mouvement socialiste » puisaient une partie de leur inspiration dans la Philosophie des Lumières et la Révolution française ?

 J’imagine ici que tous ceux qui ont lu, même superficiellement, n’importe lequel de mes livres sont déjà tombés de leur chaise ! Peux-tu, en effet, me citer un seul texte dans lequel il me soit arrivé, un jour, de parler de cette grandiose théomachie entre les « essences du Bien » et les « essences du Mal » ? Si tel était le cas, tu pourrais effectivement me ranger à bon droit parmi ces « essentialistes » et ces « manichéens » qui peuplent ton zoo métaphysique personnel. Le problème – et tu es forcément le mieux placé pour le savoir – c’est que c’est toi, et toi seul, qui a délibérément inventé toutes ces catégories surréalistes et qui a aussitôt jugé médiatiquement rentable d’en faire le fond réel de ma pensée, quitte à manipuler, pour ce faire, tous les lecteurs de Mediapart. Or je pouvais d’autant moins recourir à une telle « conceptualisation » qu’une partie essentielle de mes analyses de la common decency a précisément pour objectif de lui assigner une origine anthropologique concrète (je vais y revenir dans un instant) et de la distinguer ainsi de ce que j’appelle précisément les Idéologies du Bien. Autrement dit, de tous ces « catéchismes dont les commandements aliénants n’ont de sens qu’à l’intérieur d’une métaphysique donnée – qu’elle soit d’origine religieuse, politique ou autre » (c’est, au passage, ce qui m’a toujours permis de distinguer la véritable décence commune – ou populaire – de toutes ses contrefaçons idéologiques et moralisatrices). A tel point que, dans l’Empire du moindre mal, j’écrivais même que toute idéologie du Bien étant, par définition, une « construction idéologique éminemment oppressive, on pourra reconnaître, sans difficulté, une valeur réelle au principe libéral du “primat du juste sur le Bien” » (et j’ajoutais logiquement que c’était justement cette idée philosophique qui légitimait l’appel adressé par George Orwell au mouvement socialiste de son époque à négocier un compromis défensif avec les libéraux chaque fois qu’un pouvoir totalitaire – à l’image de celui des Nazis – menaçait réellement les libertés les plus élémentaires). Preuve, si besoin était, que je n’ai jamais pu voir dans le libéralisme l’incarnation même d’une quelconque « essence du Mal », même s’il est effectivement devenu aujourd’hui l’ennemi principal des peuples et le moteur premier de cette « mondialisation » qui détruit la nature et l’humanité. Jusqu’à preuve du contraire, cette « essence du Mal » n’existe, par conséquent, que dans tes fantasmes privés.

 Je vais donc essayer, aussi brièvement que possible, de rétablir la vérité – ne serait-ce que par respect pour tes lecteurs – en me concentrant sur les seuls points essentiels à notre débat, lesquels se trouvent logiquement être aussi ceux que tu présentes à ces lecteurs de la manière la plus fantaisiste. Je laisserai, par conséquent, de côté toutes tes autres affirmations (bien que j’aie, par exemple, toujours autant de mal à prendre au sérieux ton idée selon laquelle le monde de Steve Jobs, de Bill Gates ou de Pierre Bergé ne pourrait trouver les conditions culturelles de son développement optimal que dans une société « conservatrice », nationaliste, homophobe, raciste, religieuse et patriarcale).

 Considérons d’abord la conclusion à laquelle j’estimais être parvenu, au terme des Mystères de la gauche (puisque c’est officiellement le livre dont tu prétends rendre compte). Le projet socialiste – écrivais-je ainsi – est donc né « sous un double signe philosophique. D’un côté, il apparaît incontestablement comme l’un des héritiers les plus légitimes de la philosophie des Lumières et de la Révolution française – dans la mesure où il en reprend clairement à son compte le souci égalitaire et l’idée qu’un projet d’émancipation véritable n’a de sens que s’il s’inscrit sous des fins universelles (…). Mais, de l’autre, il représente également la critique la plus radicale et la plus cohérente qui ait jamais été proposée du ce nouveau monde libéral et industriel dont les principes constitutifs se fondent, par une curieuse ironie de l’histoire, sur le même héritage philosophique » (et je rappelais ici qu’Adam Smith était, avec David Hume, « le plus célèbre représentant de la philosophie écossaise des Lumières »). C’est pourquoi j’invitais logiquement le lecteur à « reprendre le problème sur des bases plus dialectiques, c’est-à-dire à accepter enfin d’avoir à penser avec les Lumières contre les Lumières  » (formule dont tu sais pertinemment que je l’ai reprise à ce bon vieux « réactionnaire » d’Adorno). Comme tout lecteur peut ainsi le vérifier par lui-même, ma « thèse principale » se situe donc à des années lumières de celle que tu m’as si généreusement prêtée (même si, encore une fois, je ne pense pas qu’il s’agisse de ta part d’une volonté délibérée – comme chez Boltanski ou Lordon – de dresser un cordon sanitaire préventif entre le lecteur de gauche et l’ensemble de mes livres, mais bien plutôt d’un effet logique de ta méthode de lecture « en diagonale », méthode, à coup sûr, inévitable dès lors qu’on aspire, comme toi, à devenir l’auteur le plus prolixe du Web).

  Quant aux critiques que les premiers socialistes – à l’image d’un Pierre Leroux ou d’un Victor Considérant – adressaient à l’universalisme abstrait de la philosophie des Lumières (ce « règne idéalisé de la bourgeoisie », selon la formule d’Engels), elles se fondaient d’abord sur l’idée que l’homme n’est pas un individu « indépendant par nature », ni guidé par son seul « intérêt bien compris » ou son seul « amour-propre » (cette « anthropologie noire » fondée par Hobbes, Adam Smith et même Rousseau, que Marx moque sous le nom de « robinsonnades »). Et qu’en conséquence, le projet d’émancipation individuelle portée par la philosophie des Lumières ne pouvait recevoir de sens concret et véritablement humain que si on le reprenait dans l’horizon d’une vie réellement collective – le libre développement des uns ne trouvant sa conditionde possibilité effective que dans celui des autres (« il n’y a pas de vrai bonheur dans l’égoïsme » aimait ainsi à dire George Sand). Aux yeux des premiers socialistes, une société organisée par la seule logique de l’individualisme calculateur (ou « rationnel ») ne pouvait conduire, en effet, qu’à dissoudre progressivement toute forme de vie commune (ce que Pierre Leroux appelait la « désassociation » du genre humain et Engels l’« atomisation du monde ») et, avec elle, toute notion traditionnelle d’entraide – voir Kropotkine – ou de solidarité effective (la « société » se trouvant alors réduite – selon le vœu de Margaret Thatcher – à un ensemble toujours renouvelé de micro-contrats privés entre des individus dont chacun ne chercherait, par hypothèse, qu’à « maximiser son utilité »). De là, bien sûr, le nom même de « socialisme » – ou de « communisme » – que les premières associations ouvrières opposaient fièrement à l’individualisme possessif et narcissique des libéraux, c’est-à-dire à cette « exagération charlatanesque de la liberté bourgeoise jusqu’à l’indépendance absolue de l’individu » (Engels). Et, au passage, on comprend alors pourquoi ce moment anti-individualiste de la critique socialiste a toujours pu rencontrer un écho favorable dans la droite religieuse, conservatrice et réactionnaire, traditionnellement attachée, par définition, à l’idée de communauté (sous la seule condition, bien entendu, que cette communauté demeure hiérarchique et ne porte donc pas atteinte aux privilèges de caste ou de classe). Suffisamment, en tout cas, pour rendre aujourd’hui plausible aux yeux de beaucoup de militants de gauche l’idée que toute critique radicale de la modernité capitaliste – et en premier lieu celle portée par le mouvement de la « décroissance » – serait en réalité d’essence « conservatrice » (n’est-ce pas ainsi être « passéiste » que de vouloir défendre l’agriculture paysanne contre les « progrès » industriels rendus possibles par Monsanto ?). C’est là ce qu’on pourrait appeler, en somme, la « stratégie Barroso » (la critique du libre-échange comme fantasme « xénophobe et réactionnaire »), stratégie qui est devenue – tu peux difficilement l’ignorer – le moyen privilégié pour la gauche libérale contemporaine de discréditer a priori  toute critique un peu sérieuse de l’ordre capitaliste et de sa société du spectacle.

 C’est donc bien, avant tout, dans le but d’assurer enfin un fondement théorique plus solide à ce sens intuitif de l’être-ensemble (ou de l’« association ») qui soutenait toutes les critiques du socialisme originel que j’ai entrepris – il y a bientôt vingt ans – de m’appuyer sur l’œuvre sociologique de Marcel Mauss (dont on oublie trop souvent qu’il était lui-même socialiste) et sur son idée matricielle selon laquelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre constitue effectivement la « trame ultime du lien social ». Structurellement antérieure, de ce point de vue, aux constructions plus tardives du contrat juridique, de l’échange marchand et de l’Etat (dans ton texte, tu cites correctement cette formule – « trame ultime du lien social » – mais sans même t’apercevoir qu’elle ne correspond pas du tout à ma définition de la common decency – comme tu l’annonces tranquillement à tes lecteurs – mais uniquement à celle de son fondement anthropologique, c’est-à-dire de ce que Mauss appelait la « logique du don ». Il est vrai que tu ne dis pas un seul mot de cette dernière !). Bien entendu, dans le Complexe d’Orphée, je ne manquais pas de préciser que si cette triple obligation « transcendantale » constituait effectivement le véritable « socle anthropologique de toutes les
constructions éthiques ultérieures », elle était cependant incapable de spécifier, en tant que telle, « aucun contenu empirique particulier – sous la seule réserve, bien sûr, que ce contenu soit compatible avec les formes mêmes de cette triple obligation, ce qui exclut déjà tous les types de conduite fondés sur le seul égoïsme, tels que la cupidité, l’ingratitude, la lâcheté ou la félonie » (je te renvoie ici aux récents travaux de Kwame Appiah sur l’universalité de la logique de l’honneur). C’est pourquoi j’ai également toujours pris soin de rappeler que la logique du don pouvait connaître, dans l’histoire, aussi bien des formes agonistiques (le potlatch, la vendetta, etc.) que productrices d’alliance et de coopération, égalitaires qu’inégalitaires, étouffantes (par exemple, l’emprise psychologique de la mère possessive et castratrice) que libératrices (par exemple l’amitié). Et qu’en conséquence, les manières quotidiennes de donner, recevoir et rendre propres à une société socialiste (ne serait-ce qu’à l’intérieur d’une coopérative autogérée ou dans le cadre de l’autonomie locale) devraient impérativement se dérouler sous le signe politique privilégié de l’égalité et de l’autonomie individuelle (ce qui implique très probablement – comme Proudhon l’avait pressenti – le maintien de la petite propriété privée et d’un secteur marchand aux pouvoirs bien définis et contrôlés par la collectivité). On pourra, par exemple, trouver chez John Dewey – un auteur familier à tous les anarchistes – une série d’analyses tout à fait remarquables sur la façon dont l’autonomie réelle des individus – loin de s’opposer de manière absolue au sens de la communauté et de l’appartenance (comme dans le modèle libéral et ses variantes parisiennes prétendument « libertaires ») – trouve au contraire en lui sa condition de possibilité la plus fondamentale. 

 Quant à la common decency (que je définissais comme la « réappropriation moderne de l’esprit du don, sous la forme de règles intériorisées par la “conscience morale” individuelle  »), j’ai également toujours souligné que, dans le sens où l’entendait George Orwell, elle empruntait clairement une partie décisive de ses principes concrets, « consciemment ou non, à d’autres sources historiques et culturelles que le seul esprit du don – qu’il s’agisse ainsi de la mémoire collective des luttes populaires antérieures (comme, par exemple, celles des républicains de 1793 et des niveleurs anglais) ou de l’écho indirect d’un certain nombre de débats philosophiques et religieux » (Orwell mentionne d’ailleurs lui-même le rôle essentiel de l’égalitarisme chrétien dans la formation de la version occidentale de la common decency – tout comme Simon Leys, le meilleur commentateur d’Orwell – soulignait celui du confucianisme dans celle de sa version asiatique).

 Devant des textes aussi clairs – et que j’aurais pu multiplier à l’infini – je ne parviens donc toujours pas à comprendre comment tu peux t’obstiner à faire courir le bruit partout (car tu es un professionnel du Web) que la common decency représenterait pour moi « une caractéristique intemporelle propre à la nature humaine ». Or dès lors qu’on élimine à la fois l’hypothèse de la falsification délibérée et celle de ton manque de sérieux intellectuel (tu es, quand même, après tout, maître de conférence à l’université de Lyon !) il ne reste plus qu’une seule explication plausible à cette volonté qui est constamment la tienne de délégitimer à tout prix l’idée même de common decency. C’est qu’en tant que sociologue formé à l’école de Saint Bourdieu (tout comme Boltanski et Lordon), il t’est forcément très difficile de reconnaître la place que devrait tenir la dimension morale dans toute critique radicale du capitalisme. Ce qui te conduit curieusement à retrouver – certes, sous une forme beaucoup plus « libertaire » – tous ces vieux réflexes léninistes que ton passage par la Ligue et le NPA n’a certainement pas dû améliorer. Pour Lénine en effet – on le voit bien, par exemple, dans sa polémique fondatrice avec Nikolaï Mikhaïlovski et les populistes russes (ces derniers refusant avec raison d’opposer mécaniquement les analyses du Capital et la critique morale du libéralisme) – « Werner Sombart avait raison de dire que, d’un bout à l’autre, le marxisme ne contient pas un grain d’éthique  » (Cf. Le contenu économique du populisme, 1895). Or, à l’opposé de cette lecture strictement déterministe du marxisme (que l’ouvrage de Paul Blackedge – Marxism and Ethics – vient de réfuter de manière, à mon avis, définitive) et donc de toute prétention à édifier un socialisme purement « scientifique » (prétention qui fait évidemment la part trop belle à tous ces « experts » qui estiment que le peuple est structurellement incapable de penser et d’agir hors de leur tutelle éclairée) – je persiste à croire que le point de départ réel de la prise de conscience par les gens ordinaires des effets déshumanisants (et dévastateurs pour la nature) du système capitaliste est presque toujours une indignation, c’est-à-dire une révolte morale. Même si, ensuite, il est clair que seule une théorie critique radicale – dont l’élaboration ne saurait, de toute façon, être le monopole des intellectuels de métier – est à même de prendre entièrement en charge, et de conduire politiquement à son terme, cette indignation première. Et pas seulement le point de départ. C’est bien, en effet, le ferme maintien de cette capacité morale de s’indigner et de se révolter – devant le fait évident, comme l’écrivait Orwell, qu’il y a « des choses qui ne se font pas » – qui, seul, apparaît en mesure d’immuniser durablement un mouvement révolutionnaire contre la croyance faussement « réaliste » selon laquelle « la fin justifierait les moyens ». Et, par conséquent, contre ce que Bakounine dénonçait déjà comme le risque d’un « gouvernement des savants » – dont il croyait percevoir les prémisses dans le « socialisme scientifique » de Marx. Ou l’anarchiste polonais Jan Makhaïski, à la fin du XIXe siècle, comme celui d’un « socialisme des intellectuels », porté par les nouvelles classes moyennes. Telle est bien, en dernière instance, la fonction politique première du concept de common decency (qui ne saurait donc être entièrement compris sans les leçons qu’Orwell avait su tirer de son expérience du stalinisme – notamment lors de la guerre civile espagnole). Et si notre pauvre Frédéric Lordon nous avoue être personnellement incapable de comprendre ce que pourrait bien signifier concrètement l’invitation « moralisatrice » à se comporter de façon décente dans tous les domaines de la vie quotidienne (ne serait-ce que sur le plan intellectuel), cela nous en apprend certainement beaucoup plus sur lui que sur la triste réalité qui est devenue aujourd’hui la nôtre (« le voleur croit que tout le monde vole », dit ainsi un proverbe chinois).

 Il me reste, pour terminer cette lettre déjà trop longue, à préciser un point qui, je crois, pourrait offrir à nos lecteurs la clé ultime de toute cette affaire. Tu as tenu, en effet, à placer ta « critique » de mes idées sous le signe privilégié de la distinction opérée par Max Weber entre l’« éthique de conviction » (ou encore l’« éthique absolue ») et l’« éthique de responsabilité ». Aux yeux du sociologue allemand, la première serait celle qui commande aux hommes (c’est toi-même qui a choisi cet exemple) « un devoir inconditionnel de vérité ». Alors que la seconde nous inviterait, au contraire, à privilégier systématiquement les conséquences réelles de nos principes moraux. « Ce qui sépare ces deux éthiques – écris-tu ainsi à juste titre – c’est donc l’attention ou pas aux effets de ce qui est dit et fait. » Je t’avouerais, mon cher Philippe, que cette distinction qui te semble si évidente m’a toujours parue extrêmement ambigüe. Soit, en effet, elle vise simplement à nous mettre en garde contre toute éthique indifférente à l’humanité réelle (« Fiat justicia, pereat mundus »). Mais cela signifie alors que cette prétendue « éthique absolue » n’est que l’autre nom de ce que j’ai appelé une idéologie du Bien – idéologie au nom de laquelle, en général, on remplit les camps et les cimetières (une véritable éthique – on le sait depuis Aristote – est en effet toujours attentive au concret et n’ignore donc pas les « cas de conscience » et les « tempêtes sous un crâne ». Je te renvoie ici, entre autres, aux travaux d’Alasdair MacIntyre). Soit, au contraire, cette distinction constitue un appel à renoncer à nos principes fondamentaux (ou, au minimum, à transiger avec eux) chaque fois que les circonstances historiques sont supposées l’exiger. Il se trouve que la seule question qui importe à tes yeux – en bon disciple de Max Weber – c’est de découvrir enfin le meilleur moyen de « combiner » les deux. Or, pour te le dire franchement, il me semble que tu t’aventures ici sur un terrain particulièrement glissant (surtout pour quelqu’un qui se veut désormais « anarchiste »). Certes, tu prends bien soin de préciser qu’il n’est pas « nécessairement » question « d’abandonner la visée de vérité » (encore heureux !). Il s’agirait plutôt d’apprendre – dans le cadre de ce que tu appelles significativement tes « Lumières tamisées » – à mettre cette visée « en rapport avec une éthique de la responsabilité se souciant des conséquences sur le monde des paris de vérité que nous pouvons formuler les uns et les autres ». Ou – comme tu l’écris de façon encore plus claire – en nous interrogeant d’abord sur le « “comment le dire” (sic), en fonction du contexte et de ses effets prévisibles ». Le problème, avec ce genre de « dialectique », c’est qu’on sait toujours très bien où elle commence mais jamais vraiment où elle s’arrête. Et qu’elle invite un peu trop facilement ses subtils partisans – au nom du « contexte » et des « conséquences » – à prendre d’inquiétantes libertés avec la notion même de vérité. Imaginons – simple exemple pris au hasard – que dans le « contexte » actuel, les idées d’un certain Michéa, si fondées soient-elles, aient des « conséquences prévisibles » particulièrement néfastes pour la bourgeoisie de gauche. Quelle devrait alors être, sur un tel sujet, le « pari de vérité » d’un critique corcuffien ? Chacun reconnaîtra, bien sûr, dans cet exemple tout à fait imaginaire, une version rajeunie du vieux schéma idéologique qui a conduit, tout au long du siècle écoulé, la plupart des intellectuels de gauche (mais ni un Orwell ni un Camus – d’où l’animosité discrète qu’ils continuent de susciter) à vouloir éviter par tous les moyens – par exemple en dissimulant « provisoirement » l’existence des crimes de Staline – de « désespérer Billancourt » (sous le règne de François Hollande et de Pascal
Lamy, sans doute vaudrait-il mieux dire « pour ne pas désespérer le Marais, la place des Vosges et le Luberon »). C’est la raison pour laquelle je me garderai bien de te suivre sur ce chemin. Car s’il y a une chose, en effet, dont je sois absolument certain – à la lumière de toute l’expérience révolutionnaire du XXe siècle – c’est que, comme l’écrivait Antonio Gramsci, seule la vérité est révolutionnaire. Et qu’il faut donc toujours être prêt à la dire telle qu’elle est, quel que soit le contexte et quelles qu’en soient les conséquences. Même si – en agissant de la sorte – on risque évidemment toujours de faire « objectivement » le jeu de l’ennemi (surtout quand la logique de l’affrontement n’est pas « binaire » et qu’il existe, par conséquent, des « ennemis de nos ennemis ») ou même d’en recevoir les chaleureuses félicitations (n’est-ce pas, après tout, la CIA elle-même qui avait financé la première adaptation cinématographique d’Animal Farm ?). Et même à supposer qu’il puisse exister, un jour, des circonstances où l’on devrait cacher la vérité au peuple « dans son propre intérêt » (ou afin, comme on dit plus sobrement, de ne pas donner « des armes à la droite »), il reste – et cela, tu ne peux pas l’ignorer – que la vérité finit toujours, tôt ou tard, par sortir de l’armoire et apparaître aux yeux de tous. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’à la fin de l’histoire, ce soient malheureusement toujours les mêmes – autrement dit, les classes populaires – qui se retrouvent à devoir payer l’addition laissée par les doctes défenseurs d’une éthique « responsable ». 

 Comme je te l’ai dit en commençant, mon cher Philippe, je reste absolument convaincu qu’il n’y a en toi aucune trace de malhonnêteté intellectuelle, ni même d’un véritable désir d’augmenter à tout prix ton « capital symbolique » personnel. De toute évidence, tu n’es ni un Boltanski ni un Lordon. Et j’ai bien compris que, dans toute cette ennuyeuse histoire, tu ne cherchais d’abord qu’à purger notre pauvre monde de tous ses démons « manichéens » et « essentialistes ». Mais le résultat, hélas, est exactement le même. Car le fait est que, toi aussi, tu as bel et bien fini par imposer à tes lecteurs une image entièrement déformée de mes livres et de mes positions. Puisse donc la lecture des Essais de George Orwell (je parle, naturellement, d’une lecture sérieuse, et non « en diagonale » !) te permettre enfin d’accéder à une conception plus révolutionnaire – et, à coup sûr, plus décente– de la vérité. C’est tout le mal que je te souhaite.

Amicalement,

Jean-Claude Michéa

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  • #483773
    le 04/08/2013 par cellule
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Même s’il serait prétentieux de ma part d’affirmer avoir tout compris du différent qui oppose Michéa de ses détracteurs, j’ai tout de même le plaisir de constater que la maîtrise du Logos commence à changer de camp. Naguère bastion incontesté des Universitaires gauchistes qui ont tous pantouflé dans les grandes rédactions et en politique, notamment au PS mais aussi chez les Verts et au NPA, dans notre époque marquée par une lente décadence généralisée, il semblerait que la dissidence soit épargnée et au contraire relève le niveau intellectuel de cette médiocrité ambiante.
    Malgré sa compromission avec le Système en tant que prof de l’Education Nationale, ce qui ne doit pas manquer de l’embarrasser puisqu’il s’y réfère systématiquement, je dis quand même bravo à Michéa qui a su brillamment répondre à son adversaire en utilisant le Logos avec virtuosité et courtoisie.

     

    • #483842
      le 04/08/2013 par theshield95
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Pas mieux.
      Bien écrit.

      :o)

      S’il n’y avait que ce type de "compromission" ( éducation nationale) et surtout des profs de ce niveau, je suis certain que nous n’en serions pas là...


    • #483847
      le 04/08/2013 par bobforrester
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      "compromission" ? faut pas exagérer, les profs, de philo notamment, jouissent d’une marge de liberté dans le contenu de leurs cours telle qu’ils sont constamment mis en cause par tout ce que le monde compte de conservateurs et de réactionnaires à cause de cela justement et accusés d’être les responsables de la "chienlit"universitaire ! La lutte des classes vit aussi dans l enseignement , il suffit d observer une salle des profs pour s en rendre compte ou même un cours ! Les profs ne sont pas tous des groupies du PS loin de là !


    • #483935
      le 05/08/2013 par cellule
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      @bobforrester : Je ne sais pas ce que cela peut valoir scientifiquement parlant, mais j’ai tout de même trouvé un sondage datant de la Présidentielle 2012 indiquant clairement le tropisme à gauche des profs :
      http://www.lalettredeleducation.fr/...
      « 46% des 712 enseignants interrogés comptent voter pour le candidat socialiste François Hollande au premier tour de l’élection présidentielle, et 79% ont l’intention de faire ce même choix au second tour. »

      Et cela est de plus tout à fait conforme au ressenti que j’ai pu avoir pendant ma scolarité.


    • #484103
      le 05/08/2013 par gandhi
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Theshield95 ;

      Les profs ne sont toute la nation,ils ont étés impregniés d’une ideologie qui ressemble fort a celle du SFIO d’avant guerre.
      Se faire insulté et lattés par des "jeunes" qui ont été instrumentalisé d’une façon demagogique par les politiciens et les associations comme sos racisme, cela ne donne plus trop envie de transmettre.


  • #483835
    le 04/08/2013 par Gloups
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Houlà voilà Michéa désigné comme ennemi. Je sens qu’il va bientôt se faire courser par les groupes anti-fa.
    Frappez pas trop fort M.Michéa, y en a des fragile dans le tas !

     

    • #483986
      le 05/08/2013 par matrix le gaulois
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Oui & le problème avec les antifa, c’est que même morts...on arrive à continuer à leur faire dire des conneries !

      Au moins le monstre de Frankenstein (je parle là des films de la Hammer, parce que dans le livre de Mary Shelley, c’est pas le cas) il était hideux, il était fait de morceaux agglomérés de carcasses humaines & il avait des boulons dans le cou...mais il avait au moins une qualité : il fermait sa gueule !


  • #483841
    le 04/08/2013 par bobforrester
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    bonsoir

    Michéa défend ici ( de façon fort érudite) ses positions anarchistes ouvertement anti léninistes ( le marxisme du stade impérialiste) . Quant à sa common decency elle reste toujours pour moi un deus ex machina qui se substitue aux conditions objectives et subjectives du mouvement vers la conscience de classe . Pourtant il a dû entendre que l’idéologie dominante est celle de la classe dominante et que le mouvement qui produit les marchandises produit également les idées d’une époque ! Il se réclame du marxisme mais n a qu un lointain rapport avec le matérialisme historique qu’il n a pas compris . Quand il était étudiant une tendance s employait à bachelardiser le marxisme , lui veut l’orwelliser ! de l’épistémologie historique de l’un à la morale aristocratique de l autre : ça ne s arrange pas !

     

    • #483959

      @bobforrester Salut camarade,la partie de ton commentaire suivante : "quant à sa common decency elle reste toujours pour moi un deus ex machina qui se substitue aux conditions objectives et subjectives du mouvement vers la conscience de classe"...je n’ai franchement rien compris,même après l’avoir recopiée...pourrais-tu la reformuler s’il te plaît,ça nous aidera sûrement à mieux saisir le fond de ton commentaire qui n’a pas l’air inintéressant...Féthi


    • #484215
      le 05/08/2013 par bobforrester
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      La conscience de classe qui conduit à la SOLIDARITE entre les travailleurs n est pas un fait spontané issu de la société bourgeoise où les individus sont au départ concurrents en toute chose qu’il s agisse de la compétition sexuelle et avant tout de la compétition pour les jobs voire les bons jobs.
      Méchéa voit peut être ce comportement solidaire ( common decency ?) apparaître dans une équipe de foot , sport et jeu dont il est friand, ou dans l’entraide de voisinage, ça existe évidemment , tout le monde en fait l’expérience mais les pendules sont vite remises à l’heure quand il s agit de faire bouillir la marmite ou de conquérir le coeur de la jolie voisine.
      A cet endroit la bataille fait rage et la "common decency" laisse la place au "la fin justifie les moyens !" L’ordre des priorités se rétablit ipso facto.
      Rien ne saurait remplacer la lutte consciente pour la défense du biftec et des conditions du travail où que l on soit , à la chaîne ou dans les bureaux d’études. C’est une lutte de classes , embryonnaire qui peut se développer en luttes politiques pour le pouvoir . On a bien vu en 36 , 47 et 68 les oppositions entre les communistes ( quelque critique qu on puisse leur adresser ) et les autres : droite, sociale démocratie, gauchistes et anarchistes.
      Cette lutte des classes débute dans l atelier ou le bureau , elle traverse tous les corps de métier inonde l espace idéologique dans les media qui on le voit bien aujourd’hui exercent une pression colossale pour obtenir la résignation à défaut du consensus qui a volé en éclats en 2005 ! suis je clair ? Michéa comme Onfray et tous les anarchistes cherchent le moyen d éviter le recours à Lénine en se bricolant chacun de leur côté une petite théorie destinée à se substituer à la dictature du prolétariat qui est d ailleurs un concept ESSENTIEL chez Marx avec la plus value, et au centralisme démocratique abhorré ! Michéa a même eu l audace de déclarer qu on "respire mieux " sous le libéralisme !!! Lui peut être , le petit bourgeois qui occupe un job inamovible , relativement bien payé ( j ai dit relativement !NB) sans grosses contraintes à part de temps en temps s’il manifeste des velléités "dissidentes" , les gros yeux de l administration ; mais quid du travailleur à 1000 euros par mois qui se tape 8h de boulot et 2 h de transport par jour, qui est emmerdé par les flics pour un oui pour un non, qui est harcelé par les contentieux, qui ne voit guère ses gosses que le dimanche après midi ?


  • #483913

    Au lieu de se chamailler sur des questions théoriques toutes ces différentes chapelles d’extrême gauche seraient bien inspirées de se concentrer sur l’essentiel : défendre les acquis sociaux contre le rouleur compresseur néolibéral !

     

    • #483968

      @blanc Sérieusement,la simplicité du bon-sens fait plaisir à entendre(ou à lire plutôt) après toutes ces orgies en "..ismes",donc merci camarade,j’allais tout recracher sur la table !(tiens,j’ai fait faux à la question de contrôle,c’est dire s’ils sont perturbants ! 56+10=66 excusez-moi les modérateurs)...Féthi


    • #484062
      le 05/08/2013 par bobforrester
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      bonjour

      Oui tout à fait d accord ! Ma critique pour ce qui me concerne, ne m empêche pas de considérer Michéa comme un allié dans la lutte pour nous débarrasser de ce système délétère qui n a pas encore montré son extrême nuisance !Et il y a urgence car au train où vont les choses , la nation et le peuple français seront tellement détériorés que le changement radical sera relégué dans un lointain imperceptible sauf "divine surprise" du genre 36 ou 68 !


    • #484095
      le 05/08/2013 par francky
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Toi par contre tu confond cause et consequence. Le neo liberalisme n est qu une consequence de notre soumission et dependance à "l empire". Comme le dit avec beaucoup de justesse F Asselienau : "Peut importe qui comande, moi, je coupe la corde..." Bon le seul pb qu oubli de dire F Asselieneau c est que fait il qd le vers est ds le fruit.... ?


    • #484105
      le 05/08/2013 par gandhi
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      ou plutot,viré les 35 heures et se remettre au travail...

      Les artisans commerçants qui travail 70-80 heures par semaine vous les payent les 35heures.

      Merci pour nous.


    • #484120
      le 05/08/2013 par Chaud à nanas
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Ils commencent simplement par défendre leurs postes pour être plus à mêmes de défendre dans un deuxième temps (sic) les acquis sociaux des autres !...


  • #483945
    le 05/08/2013 par Tekilou
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Drôle, profond, subtil et ironique : je n’imaginais pas Michéa avec une si grosse paire…

    Une bonne grosse quenelle à l’esprit de meute des petits profs « Bourdivins » dont Michéa ne fait pas parti ayant tenu par « mépris aristocratique de parvenir » à rester prof de lycée (je dis ça pour le premier commentaire.).

    Franchement, Respect !


  • #483946

    "...sous le règne de François Hollande et de Pascal Lamy, sans doute vaudrait-il mieux dire « pour ne pas désespérer le Marais, la place des Vosges et le Luberon »"

    Michéa serait-il entrain "d’aller jusqu’au bout", ou "de se mouiller", comme disait Soral ?

     

  • #483948
    le 05/08/2013 par Marguerite
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    ouais... il est bien gentil le père Michéa, mais il a tous les défauts intellectuels du petit gauchiste intello autoproclamé, parfois il est vrai en un peu moins prononcé. Il en possède aussi la part d’inculture crasse et de solide capacité hypnopédique sur pas mal de faits historiques (la révolution de 1789 notamment) et d’idées politiques : ainsi il faut l’entendre proclamer qu’il n’est pas nationaliste parce que nous balance-t-il, "le patriotisme c’est l’amour de son pays, le nationalisme c’est la haine des autres"... et pourquoi pas aussi : "l’arithmétique c’est l’amour des entiers naturels, la trigonométrie c’est la haine de la multiplication".
    Comme tous les formatés à gauche, Michéa croit que les notions politiques et la matière historique sont subjectives et rhabillables à souhait. Typique. c’est souvent à ça qu’on reconnaît un type formé dans un univers gauchiste.

    De plus, comme pas mal des gauchos qui l’ont inspiré, il a quand même l’art d’inventer l’eau chaude et de tenter de faire croire qu’il a découvert la pierre philosophale. Exemple : cette fameuse notion de "common decency" dont il essaie de faire un truc qui ressemble à un "concept". C’est Eric Arthur Blair qui ferait une drôle de tête.

    Bref. Encore un avatar de cette génération d’oisifs bavards qui pondent videos et/ou bouquins sur le monde du travail mais se sont toujours bien gardés de travailler.

     

    • #484170

      Ce serait bien de commencer par le lire avant de débiter autant de conneries. De plus, il me semble que tenir une classe est bel et bien un ’travail’, et pas des plus faciles, ne vous en déplaise.
      Le corpus intellectuel de la droite et de la gauche diffère radicalement mais on trouve d’honnêtes gens de part et d’autre qui en tirent ce qu’ils peuvent. Michéa fait partie de ces honnêtes gens.
      ’Inculture crasse’ pour définir Michéa, c’est sacrément gonflé. J’attends vos bouquins avec impatience pour voir avec quel aisance vous pouvez lui faire la leçon.


    • #484176

      Petit prétentieux..
      Lire Michea serait déjà un bon début avant de juger et dire des inepties sur l auteur que vous n avez pas lu ou très mal alors..
      ps : il se revendique d Orwell, et n’a jamais revendiqué l’invention du concept de commen dencency. Mais ça il faudrait déjà l’avoir lu pour le savoir.
      Message d’un crétinisme prétentieux rarement égalé


    • #484179
      le 05/08/2013 par esperanza
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Juste. Et pardon pour la superficialité du commentaire, mais je dirais que dans son cas l’habit fait le moine. On a pas idée de se saper comme ça à 60 balais, sauf si on est un ado attardé, aka un soixantehuitard.


    • #484207
      le 05/08/2013 par Matthieu Hague
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Bonjour Marguerite,
      Votre intervention m’a interpellé. Avant ce texte, je connaissais peu et mal Michéa, j’ai maintenant envie de le lire et de le comprendre. Vous en faites la critique, mais il me semble que vous vous trompez sur certains points :
      - "Michéa croit que les notions politiques et la matière historique sont subjectives et rhabillables à souhait", ce n’est pas ce que j’ai lu, il parle de "logiciels" pour décrire une avancée historique et une transformation logique, or un ensemble de lois, même crées par les humains, est objectif, froid et mécanique. Je crois qu’il y a confusion entre ce que Michéa dit, et l’interprétation que vous faites de son discours : les libéraux s’habillent de concepts contradictoires à la demande car justement leur vrai logiciel (supérieurs aux convictions de façade) serait la tromperie en vue d’un bénéfice.
      - votre diatribe sur le patriotisme et le nationalisme, je le réfute ainsi : patriotisme égale Soral (tous les francophiles, qu’ils soient de souche ou allogènes, peuvent participer à la communauté de destin française, tous les francophobes, qu’ils soient nés en France ou ailleurs, peuvent aller se faire foutre) ; nationalisme égale Israël et ses supports (ta terre m’appartient, et je te tue si tu résistes, et je pisse sur ton cadavre et celui de tes enfants pour l’exemple).
      - la "common decency", il ne l’invente pas, il ne fait que redire encore et encore que c’est l’héritage d’Orwell, qu’il essaye de développer. La preuve : il a la décence de ne pas traduire l’expression, pour bien souligner la filiation.
      - Enfin, il me semble que Michéa travaille... comme prof, mais un bon prof, c’est toujours ça d’intéressant (sinon, Soral, il est pas à l’usine non plus, mais serait-ce là qu’il serait le plus efficace ?).
      A bon entendeur et cordialement.


    • #484469
      le 05/08/2013 par Marguerite
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      @ Matthieu Hague

      Michéa "critique" un logiciel mais en y restant. Il se contente de dire qu’il en est sorti.

      "patriotisme = soral" : non. l’histoire des idées politiques ne date pas de soral.
      "nationalisme égale Israël et ses supports" : non. ça c’est la résultante de l’inconnaissance totale de l’histoire de France, et c’est une assertion d’une pseudo pensée dissidente qui reste dans le "logiciel" du politiquement correct ("le nationalisme c’est le mal"). En plus, le sionisme est précisément un anti-nationalisme, et encore aujourd’hui il ne maintient son existence que via la destruction de toute nation.

      la "common decency" : Michéa, à partir de ce qui est pour Orwell une vérité de plate évidence, fait comme s’il avait repéré et "enrichi" quelque chose de fondamental, et ses admirateurs renforcent le microphénomène. Per se je n’ai rien contre l’idée de sens commun, de valeurs partagées.

      Quand je dis que tous ces idéologues et commentateurs du monde du travail, ie du monde de la production directe fondamentale (industrie, artisanat, agriculture...) ne travaillent pas, et j’italise le verbe pour marquer le champ précis auquel il réfère en l’espèce, cela est factuel et totalement exact. Michéa est un observateur extérieur à ce monde, qu’il commente non seulement sans avoir partagé son expérience, mais en plus sans même savoir ce que ces gens au non desquels il parle parfois pensent. Ainsi il n’est même pas au courant que le nationalisme est historiquement un courant populaire, et qu’entre 89 et 94 c’est le peuple, nationaliste, qui a été massacré par les "révolutionnaires" (Robespierre inclus), qu’en 14-18 les décisionnaires militaires ont choisi les stratégies les plus coûteuses en hommes parce que ces hommes étaient issus de la paysannerie catholique nationaliste (porteuse des valeurs de la nation profonde) jusqu’à ce que Pétain impose une stratégie économe en vies humaines.

      Michéa, parmi tous les "penseurs" formatés à gauche, n’est pas le plus débile (faut dire la concurrence est acharnée et abondante sur ce segment), mais ça reste un formaté à gauche, la gauche franc-maçonne (nous sommes moins en République qu’en Régime FM), libérale puis libérale-libertaire, qui pense et agit à côté du pays réel et très souvent contre lui (et de plus en plus souvent, au point qu’on est quasi au stade systématique). Si les crocs des chiens de garde parviennent à le faire sortir de là ce sera intéressant, mais pour l’instant c’est pas encore fait.


    • #484691
      le 05/08/2013 par Matthieu Hague
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Houlà, houlà, houlà, Marguerite, je crains de m’être extrêmement mal fait comprendre. Voyons point par point :
      - Quand je dis "patriotisme égale Soral", c’est que la ligne de Soral est patriotique, il parle d’amour pour la France, de la France. Aimer le pays de ses pères, sa patrie, c’est du patriotisme, et c’est ce que Alain Soral nous offre par sa réflexion.
      - le sionisme anti-nationalisme : je ne méconnais pas l’Histoire de France (j’ai une formation d’historien), et la Révolution Française fut un événement nationaliste, puisque c’est le peuple ("la Nation" au sens propre) qui a servit d’étendard moral pour justifier le tout. La phrase de Michéa (tirée de De Gaulle) sous-tend que lorsque l’on entend détruire les autres nations pour servir la sienne (ce qui n’est pas très très gentil), c’est un autre niveau que juste servir son pays (ou l’aimer, pour reprendre le terme). Or le sionisme, qu’est-ce ? Construction d’une nation : Israël, et destruction des autres nations pour servir l’unique nation restante. Le sionisme, ce n’est pas donc seulement l’amour d’une patrie, mais la haine des autres patries, des autres peuples, CQFD.
      - "Common decency" : nous sommes d’accord, il ne l’a pas inventé. Il le développe, c’est le principe même d’un héritage revendiqué. S’attacher à un concept sans le faire fructifier, c’est ne pas rendre honneur aux prédécesseurs. Qu’est-ce qui vous choque ?
      - Nationalisme : les chouans étaient anti-nationalistes puisque royalistes et donc dans le paradigme de la verticalité (France dans la mains du Roi, Roi au-dessus de ses sujets), alors que le nationalisme est une horizontalité (suppression des corps intermédiaires entre le "métaphysique" [bien commun de la "chose publique] et le réel [l’ensemble des citoyens]). Cette dernière remarque n’exclue pas que la Révolution, telle que théorisée/vendue, a échoué, et est devenue ce qu’elle était appelée à devenir : une victoire des puissances d’argent. En 1914-1918, le nationalisme a changé de forme, et pris celle qui a servit à façonner la phrase de De Gaulle : la Troisième République, franc-maçonne, a revendiqué la défense de la nation pour faire la guerre à outrance avec l’Allemagne. Ce qui valide ce que vous explique plus haut.
      Cordialement.


    • #484839
      le 05/08/2013 par Marguerite
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      @ Matthieu Hague

      Formation d’historien ? Pourtant vous démontrez le contraire.
      La révolution de 1789 n’est pas un événement nationaliste :
      - elle revendiquait la "patrie" (qu’elle redéfinissait d’ailleurs au passage de façon très ... logée), l’idée de patrie préexistant d’ailleurs à 1789 mais étant une notion liée à la terre et quasi synonyme de "pays", mot à l’acception très proche de ce que nous nommons aujourd’hui "terroir" : le rapport à la terre (hôtesse, nourricière, héritage) et à la terre comme lieu de la filiation était fort.
      - elle s’est faite non pas avec mais contre le peuple qui a été abondamment massacré (3 millions de morts en 94)
      - la revendication "au nom du peuple" de façon très claire concernait uniquement "l’homme nouveau" que les révolutionnaires voulaient faire, le reste étant à écraser (réduire au silence ou exterminer en cas de mouvement inopiné). Cela, les révolutionnaires le disaient explicitement. Ils l’ont aussi fait, très explicitement.

      Sur le sionisme, là aussi votre formation d’historien vous trahit. La totalité des mouvements sionistes actifs en Europe et aux Etats-Unis a visé la destruction des nations et des sentiments nationaux, alors que nulle "nation" juive (et a fortiori israelienne) n’existait. L’Etat d’israel ne s’est constitué qu’en négatif, alors que les nations européennes n’ont pas eu le besoin messianique de faire disparaître chacune ou aucune des autres pour exister sur la longue durée. Au sein des communautés nationales, observez le rôle idéologique et politique des juifs influents...
      "nationalisme israelien" ? alors certainement pas au sens du nationalisme français ou du nationalisme allemand. Qu’ils revendiquent aujourd’hui un nationalisme juif, s’ils le font, possible, mais il ne faut pas prendre ça pour LE nationalisme.

      Et puis, puisque vous avez dites-vous une formation, évitez les phrases d’expert historien de la télé, telles que
      "les chouans étaient anti-nationalistes puisque royalistes et donc dans le paradigme de la verticalité"
      ou
      "le nationalisme est une horizontalité (suppression des corps intermédiaires entre le "métaphysique" [bien commun de la "chose publique] et le réel [l’ensemble des citoyens]"
      Pour info, la France de la Royauté était structurée sur l’existence de corps intermédiaires, que les loges s’étaient donné pour objectif de détruire, et que, tiens donc quel hasard, les révolutionnaires ont ciblés immédiatement.


    • #484865
      le 05/08/2013 par Marguerite
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      (suite)

      Vous me dites que "la Révolution, telle que théorisée/vendue, a échoué, et est devenue ce qu’elle était appelée à devenir : une victoire des puissances d’argent. En 1914-1918, le nationalisme a changé de forme, et pris celle qui a servit à façonner la phrase de De Gaulle : la Troisième République, franc-maçonne, a revendiqué la défense de la nation pour faire la guerre à outrance avec l’Allemagne. Ce qui valide ce que vous explique plus haut.",

      - la révolution a été prévue et faite par des pouvoirs qui avaient l’argent, ce n’est pas l’histoire d’un truc qui serait tombé dans leur escarcelle par malchance.
      Une révolution ou un coup d’Etat sans financement, ça s’appelle une grosse émeute, une guerre civile (encore que, y en a qui sont financées) ou un attentat, mais ça ne fait rien au mammouth. Regardez par exemple 1905 (sans Wahrburg et sans peuple) et 1917 (toujours sans peuple mais avec Wahrburg). regardez aussi le coup du MESF et tout ce qui se triture en matière monétaire sur la zone euro : c’est une révolution en cours.

      Quant à la phrase de de Gaulle , y en a à dire...
      Si de Gaulle flatte les loges qui sont antinationalistes, c’est précisément parce qu’il les a restaurées. En même temps d’ailleurs qu’il a rétabli le décret Crémieux (d’où le bordel en Algérie). Dans sa petite phrase, fort putassière, il ne fait que tenir le discours que les vainqueurs attendaient de chaque pays "allié" (mais en fait pays soumis —je vous rappelle que les US n’ont pas oublié de faire sur la France la démonstration de leur violence militaire, ce qui est tout de même assez curieux dans le cadre d’une alliance, et que les US aidés des atlantistes avaient leur plan de remodelage de l’Europe, un plan que Hitler par contre n’avait pas).

      Quand de Gaulle fait semblant de faire savoir que la République maçonnique défendait la nation, c’est qu’il a besoin de faire passer certaines pilules en France. Exactement de même que lorsqu’il racontera que les communistes ont été de précieux combattants pour la nation française contre les méchants allemands, c’est pour éviter de rappeler que les cocos ont été des collabos de première, qu’ils ont été les premiers à buter du résistant et du natio français, qu’ils ont fait une épuration en forme de meurtre de masse.

      de gaulle, c’est très ambivalent comme personnage.
      cf par ex. http://www.nationalisme-francais.co... : 2 o u3 trucs que les livres destinées à former en histoire "ommettent".
      _ :)


    • #485264
      le 06/08/2013 par Matthieu Hague
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      J’ai lu votre longue réponse, et ma conclusion est : vous ne savez pas lire :
      - "Patriotisme" et "nationalisme" ne sont pas des absolus fixés et définis de manière partagée (c-à-d que ces termes sont sujets à interprétation et détournement, d’où la possibilité des aphorismes, comme la phrase de De Gaulle, le but n’est PAS de définir patriotisme et nationalisme, mais d’expliciter que derrière l’amour proclamé d’un pays peut se cacher la haine des autres, que l’amour d’un pays peut être détourné).
      - Révolution : oui le peuple réel se revendiquait de la patrie (roi=père), la Révolution de la nation (cf. discours de Valmy lu par M. Le Pen, écrit par M. Soral). Révolution faite contre le peuple réel ? Vous me répétez, mais avec l’impression de me contredire, alors que nous disons la même chose.
      - Sionisme : "pas au sens du nationalisme français", "l’Etat d’Israël ne s’est constitué qu’en négatif", "la totalité des mouvements sionistes actifs en Europe et aux Etats-Unis a visé la destruction des nations et des sentiments nationaux", j’ai franchement l’impression que vous me paraphrasez, et pourtant on dirait que vous pensez que je dis le contraire.
      - "les mots de la télé" : ce sont des concepts, que je tire entre autres de ce site (beaucoup vu à la télé, sans doute). Et quand vous me faites la leçon sur les corps intermédiaires, le paragraphe juste au-dessus tiré de ma démonstration DIT LA MÊME CHOSE.
      - "révolution faite par les pouvoirs d’argent" : je l’ai dit aussi, VOUS NE ME CONTREDISEZ PAS.
      retour à la phrase de De Gaulle : vous ne comprenez pas cette phrase, car vous la prenez pour une sentence quand il s’agit d’un aphorisme. Et pour finir, oui c’est un personnage complexe que le général, et non, ce n’est pas un saint, juste un homme assez intelligent pour souligner la facilité de manipulation d’un sentiment pour un pays.
      Conclusion : vous n’arrivez pas à comprendre ce que les gens écrivent, pour preuve vous leur renvoyez leurs propres arguments sans rien y changer. Ça ne va pas vous plaire, mais je pense pouvoir pointer votre problème : vous voyez tout en absolu, vous êtes incapable de dépasser le premier niveau de lecture.


    • #485433
      le 06/08/2013 par Marguerite
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      si on résume votre réponse, matthieu hague :


      - "tout est dans tout et réciproquement, et les mots n’ont que le sens qu’on veut bien leur donner"
      - "Ce site l’a dit, un discours "écrit par Soral" a dit que, donc peu importe la réalité historique"
      - "on dit le contraire donc on se rejoint donc on dit la même chose"
      - "moi matthieu hague, je décrète que quiconque est capable de me démontrer quoi que ce soit, est d’office réputé ne pas savoir me lire".

      Point subsidiaire : à part votre "formation en histoire", qu’est-ce que vous avez comme dictionnaire ? Il y a quelques mots dont vous gagneriez à vérifier le sens.


  • #483973
    le 05/08/2013 par Kenel Masta
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    (...) on comprend alors pourquoi ce moment anti-individualiste de la critique socialiste a toujours pu rencontrer un écho favorable dans la droite religieuse (...)



    On voit ici très clairement les limites de l’analyse social-marxiste dans le seul cadre matérialiste aussi pertinente soit-elle dans sa critique du capitalisme et du libéralisme.

    En effet, Michéa relève très justement cet accord de fond sur la critique de l’individualisme exacerbé entre socialisme et message chrétien. Tout chrétien honnête pourrait reprendre texto sa citation d’Engels « exagération charlatanesque de la liberté bourgeoise jusqu’à l’indépendance absolue de l’individu » pour fustiger l’anti-christiannisme absolu du mage sataniste Aleister Crowley qui a justement posé comme dogme "fais ce que tu veux sera le tout de la loi" (individualisme et libertarisme poussés à l’extrême autorisant dérives et déviances toutes plus sordides et criminelles). Et quand je dis "tout chrétien" ce ne sont pas, contrairement à la vision de lutte des classes trop étriquée, seulement ceux de la droite religieuse qui voudraient conserver privilèges et rang mais aussi le petit agriculteur ou le petit artisan catho par exemple. Eux n’ont pas de privilèges à conserver, ils entendent garder un patrimoine bien plus précieux, leur âme et son salut (notion inintégrable dans le logiciel matérialo-marxiste). C’est donc bien à tort que Jaurès déclara "la nation est le seul bien des pauvres" car supranationalisme à marche forcée aidant quand les pauvres perdront leur nation il leur restera encore quelque chose...

    Ironiquement, Michéa est aussi frappé du syndrome du voleur chinois. Comme tout philosophe de gauche athée il pense que tout le monde est athée. A partir du moment où l’un des plus puissants banquiers du monde déclare accomplir l’oeuvre de Dieu, où le nouvel ordre mondial caractérisé notamment par l’asservissement aux banques s’accompagne d’un volet spirituel messianique, où certains grands financiers ou capitaines d’industrie sont engagés spirituellement dans "la rédemption par le péché" (et j’en passe) il est clair que l’analyse sous le seul angle matérialiste et économique est bancale. La grande force d’un Soral c’est justement d’avoir su intégrer la transcendance à son analyse du système. Michéa est très très fort mais il manque clairement le supplément d’âme...

     

    • #484140
      le 05/08/2013 par gallier2
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Et Soral à en plus le mérite de la concision. Ce qui me tue avec ces "essais universitaires", c’est le nombre de mots nécessaires pour exprimer des banalités.


    • #484212
      le 05/08/2013 par Matthieu Hague
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Je ne sais pas si Michéa n’inclue pas la transcendance dans sa réflexion par athéisme, ou par ce qu’il s’estime illégitime. Après tout dans ce texte il dénonce la posture du voleur chinois...


    • #484325

      En effet ca confirme pleinement : " Il vise mais ne tire pas"
      Ca manque de substance a defaut de concept... !


    • #484510

      @kenelmasta Très juste...de mon modeste point de vue,le marxisme aura été d’une bien vicieuse contribution au confinement des différentes parties qui forment le Peuple avec un grand "p",empêchant à ces parties par le biais de l’athéisme de tisser des liens immatériels naturels et potentiellement très puissants,donc au peuple de se "réaliser" en tant que tel:le mouvement ouvrier,doté du supplément d’âme comme tu le dis si justement,rejoint sur ce point essentiel par les petits patrons,les agriculteurs,les militaires,se serait transformé en un véritable raz-de-marée qui n’aurait sûrement fait qu’une bouchée de la banque...l’athéisme prôné par marx est absurde et incompréhensible s’il souhaitait vraiment faire triompher le petit pleuple,non-seulement il le prive de ses alliés naturels,mais en-plus il le prive d’une arme essentielle,l’espoir(en gros le prolétaire se tire une balle dans les mains et se réserve l’option de s’en mettre une dans la tête)...Féthi


  • #483975
    le 05/08/2013 par henriraké
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    je voudrais bien q’ER organise un débat Lordon/Michea/Soral ,ce serait un peu moins insipide que tout ce qu’on nous inflige dans les médias... Magnifique réplique a tous ces rentiers germanopratins au climax de leur ubris de détenteurs de la vérité .faut dire que ça fouette pas mal en ce moment chez les phares de la pensée , une bonne guerre une bonne émeute ou un gros attentat devraient hélas encore anesthésier le bas peuple (matez le rétropédalage de Momo au Maroc qui flippe d’un scenario tunisien)

     

    • #484787

      "je voudrais bien q’ER organise un débat Lordon/Michea/Soral..."

      Excellente idée !

      Je suis un peu déçu par certains textes récent de Lordon (par exemple "Ce que l’extrème droite ne nous prendra pas" - http://blog.mondediplo.net/2013-07-...)

      Quand il s’éloigne de la sphère économique (ou qu’il aborde certaines questions économiques autour desquelles s’articulent les principaux clivages politiques), je trouve que son esprit critique et sa plume sont beaucoup moins affinés, et cette baisse de niveau saute d’autant plus aux yeux qu’il a habitué ses lecteurs à des analyses économiques de très haut niveau.

      Au début je me demandais si cette baisse de niveau était attribuable à sa formation (il est économiste), mais comme Lordon a démontré une grande capacité à analytique sur un tas d’autres sujets, j’ai bien peur que, un peu comme Todd, il soit entrain d’atteindre les limites que lui autorise son statut de salarié l’état dans un centre de sociologie (tous ne sont pas des Chauprade...).


    • #484846

      Les astres me semblent peu favorable à la tenue d’un débat "Lordon/Michea/Soral".

      Plus les dirigeant actuels et leur garde journalistique seront discrédités, plus ils se comporteront de façon hostile à l’égard des dissidents, et Lordon le sait. Il à mis des années à se rapprocher de l’avant scène médiatique, et il sait très certainement qu’il risquerait de retourner à la case départ s’il participait à un tel débat.

      Rappelez-vous Patrick Cohen, qui disait récement ne pas vouloir recevoir Soral. Bientôt, Cohen es ses clones médiatiques diront sans doute qu’ils refusent de recevoir des gens qui discutent avec Soral.


  • #483983
    le 05/08/2013 par matrix le gaulois
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    le peuple étant lui aussi, selon ses mots, « capable de tout », et d’abord de « casser du gay », de « ratonner » ou de « lever le bras à Nuremberg »



    À gerber ! La droite d’affaire est l’ennemie visible (et "honnête") du peuple...mais c’est la gauche bobo qui est le pire ennemi ! Pas seulement parce qu’elle est hypocrite, mais également parce qu’elle a une haine fanatique & chevillée au corps depuis 1968 du peuple.

    La droite d’affaire estime que c’est son droit divin (hérité du protestantisme & du dévoiement janséniste du catholicisme...pour ne pas parler d’autres religions) d’exploiter le peuple, mais au moins elle avance à visage découvert et peut même parfois accorder au peuple des droits si cela peut arranger ses affaires à la fin (je pense, là, aux promesses Pompidolliennes en 1968 faites aux ouvriers & qui ont mises fin au mouvement).
    Pour la droite il y a les possédants & ceux qui doivent travailler bon gré mal gré pour eux.
    La gauche (ou plutôt, CETTE gauche) elle se définit systématiquement dans un cadre de lutte face à un ennemi (nazi, fasciste, colonisateur, sioniste...antisémite, potentat arabe)...dans leur logique : l’ennemi peut être un jour l’expropriateur et le lendemain, le paysan qui lutte contre l’expropriation (au nom d’idées "réac" de propriété de la terre, par exemple...ou parce que c’est un beauf’)

    Sur un site j’ai eu affaire à un Troll d’extrême-gauche qui a finit par lâcher que le peuple ne votera correctement que lorsqu’il sera majoritairement urbanisé et soumis et qu’il aura la même vision que la "vraie gauche" des choses...c’est ça maintenant le nouveau recours des bobo : appuyer l’urbanisation forcée et tentaculaire.

    Ce sont les pires.



    Mais cela signifie alors que cette prétendue « éthique absolue » n’est que l’autre nom de ce que j’ai appelé une idéologie du Bien – idéologie au nom de laquelle, en général, on remplit les camps et les cimetières (une véritable éthique – on le sait depuis Aristote – est en effet toujours attentive au concret et n’ignore donc pas les « cas de conscience » et les « tempêtes sous un crâne ».



    Une seule chose peut résumer ce que dit Michéa : coup de maître !



    seule la vérité est révolutionnaire (Antonio Gramsci)



    Et coup de maître également à Gramsci qui prouve qu’il y a eu une extrême-gauche valable & honnête...et que l’extrême-gauche d’aujourd’hui mériterait un sérieux coup de balai !


  • #483997
    le 05/08/2013 par Jean Sérrien le lacédémonien
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Réponse de haute volée de la part de notre ami Michéa ! Je regrette juste que mon indigent intellect ne me permette pas encore de comprendre la totalité de cette lettre. Dommage ; déprimant car difficile d’accès pour un néophyte de mon espèce et, à mon humble avis, pour beaucoup d’autres jeunes et frêles esprits qui auront la curiosité d’aller jusqu’au bout de la lecture ! Adieu.

     

    • #484769
      le 05/08/2013 par turmeliere
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Rassure-toi, j’ai beau avoir fait des études de philo, 5 ans rien de moins, j’entrave pas grand chose à cette prose indigeste, une sorte de dialectique de gauchiste pas tout à fait repenti en somme, et sans grand intérêt philosophique à mon humble avis. Alain, avec son esprit de concision, de clarté et de synthèse nous en fera sans doute une explication de texte moins confuse. Pardon à Michéa, sans vouloir le froisser. Moi je ne suis qu’un pauvre philosophe réaliste aristotélicien et j’ai toujours été hermétique aux grandes phrases qui ne veulent rien dire. Ceci dit, j’ai bien saisi le but de cette lettre et je respecte la démarche. Elle ne s’adresse tout simplement pas à nous, commun des mortels.


  • #484001
    le 05/08/2013 par goy pride
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Michou ne perd pas ton temps à répondre à des gens qui n’ont pas l’intention de changer d’un iota leurs positions ! Tu as déjà tout expliqué de manière claire et accessible, s’ils ne comprennent toujours pas c’est qu’ils refusent de le faire ! Face à une telle posture on est impuissant. Ceci étant dit toujours un plaisir de lire Michou !


  • #484073

    On vit encore une belle epoque pour l ’ Information.... les journaux sont navrants de bêtise(ecrits,télé)...il n’y à quasiment plus une seule critique objective ;que l’objet de la critique soit un livre,un film,un article,une idée ou un concept...tout est interprété,orienté politiquement !

    On deforme les faits,les mots,les paroles,les chiffres ...jusqu’a l absurde !
    Et maintenant même Michéa fait les frais de ce "bazar"...

    Chaque jour de plus en plus de gens sont ejectés de la narration officielle(je ne dirai même pas "débat public", ca n’existe plus),narration qui est de moins en moins crédible, et de plus en plus eloigné du réel..


  • #484083

    C’est un ressenti personnel, j’ai lu à une époque les auteurs que Michéa cite dans son long article.
    Globalement, ils souffrent tous d’une hypertrophie du cerveau gauche, du pissage de ligne, une obsession du concept pour le concept, pour finir par énoncer des conclusions complètement fausses.
    On croit échapper à une matrice, et on se retrouve dans une autre. S’il faut lire et commenter les ouvrages d’Anselm Jappe ou Moishe Postone (des centaines de pages illisibles, sans rapport avec le réel, lire Hervé Ryssen pour se faire une idée) pour se forger une conscience politique moderne et avoir les armes contre le capitalisme, je vais finir par adhérer à l’UMP.

    On entend souvent les différents groupes politiques se réclamer de l’oeuvre d’intellectuels comme si cela octroyait de la hauteur aux idées qu’ils défendent. D’une part, la plupart seront toujours des dissidents intégrés au système : ils finiront par soutenir l’UMPS ou le Front de Gauche contre tout ce qui peut ressembler à ER. D’autre part, on perd énormément de temps à s’imprégner d’oeuvres mineures et sans portée. Moishe Postone, Anselm Jappe ou Bernard Friot (on a les vidéos sur ER mais c’est un gars du NPA), ça ne vaut guère plus que Judith Butler, Alain Finkielkraut ou Dominique Méda.


  • #484087
    le 05/08/2013 par âne ô nîmes
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Vous connaissez la différence entre un sociologue et un mathématicien ?
    Et bien quand deux mathématiciens se rencontrent, ils se comprennent tout de suite !
    Mouahahaha :)

     

    • #484224
      le 05/08/2013 par olivier
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Pour l’urbanisme et les bobo, c’est aussi valable pour la droite affairiste (sous Sarkozy) leur projet écologique est de mettre la campagne dans les villes et de mettre tout le monde dans les villes, lieux de métissage, d’échanges, de déracinement, d’individualisme.... D’où le projet de néo-jacobinisme de centraliser tous dans les grandes villes.


  • #484214

    Quelle tartine !
    Enfin, je veux dire, c’est une "baffe" !


  • #484230

    Je suis ravi de voir que Michéa réagit aussi positivement et humblement aux critiques de Jappe. Même si je reste inquiet de le voir utiliser des expressions telles que "vie intellectuelle démocratique et socialiste".


  • #484283
    le 05/08/2013 par ordekestion
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Que voilà un bon match.
    Une gauche bien appliquée pour finir par une droite foudroyante.
    KO le Corcuff.


  • #484370

    Oui à Marguerite et Galllier 2

    "Quant à la common decency (que je définissais comme la « réappropriation moderne de l’esprit du don, sous la forme de règles intériorisées par la “conscience morale” individuelle... »
    Et des pages et des pages...Essayez de donner le goût de lire avec une telle prose, on se croirait à "Apostrophes" dans les 70’

    Et Voltaire ? Je sais qu’il n’est pas à la mode sur ER, Alain Soral l’ayant traité de salaud, mais lisez "le Dictionnaire philosophique", c’est plus maigre et très nerveux.
    Céline avait le plus grand respect pour lui, par contre je n’ose imaginer ce qu’il aurait pensé de la prose de Michéa.
    C’est "épistémologique", quel "logos"...à quoi bon lire les 50 classiques français pour en arriver là.

     

    • #484537
      le 05/08/2013 par cellule
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      @bobo : Ce n’est pas parce qu’un publicitaire comme Séguéla peut avoir plus de verve qu’un Michéa ou qu’un De Benoist que ce qu’il dit est plus pertinent.

      Depuis quand dans le monde des concepts la forme prime-t-elle sur le fond ?

      Si vous pensez qu’il faille séduire pour être dans le vrai, vous pouvez toujours lire le "Capitalisme de la séduction" de Clouscard.


    • #484577

      @ Cellule

      Je ne compare pas Michéa à Séguéla, mais à Voltaire. Sisi, relisez, c’est un texte compréhensible par un gamin de 6 eme.
      La forme prime le fond, toujours. N’importe quelle femme en est persuadée. Reprenez ce que Stendhal disait de la philosophie allemande "tellement aimable à ceux qui la comprennent", ou Nietszche qualifiant Kant de "grand Chinois de Koenigsberg".
      "L’âme est la forme du corps", c’est un philosophe qui a dit ça, et un des plus importants.


    • #484683
      le 05/08/2013 par cellule
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      J’avais bien lu votre citation à Voltaire. La chose que vous n’avez pas saisi apparemment c’est le rapprochement entre Voltaire et Séguéla. Quand on fait primer le style sur le fond, ce n’est plus de la philosophie mais de la rhétorique ou de la réclame. Puisque vous semblez avoir au moins avoir un niveau de 6ème, vous devriez saisir le concept.

      Quand à Nietzche, je ne pense pas que ce soit un modèle de cohérence ou de clarté philosophique. C’est certes intéressant d’un point de vue du style, mais au final qu’il y a-t-il réellement de solide sur le plan du concept chez cet auteur ?

      Pour les femmes, ça peut faire son petit effet, je vous l’accorde, mais à part cela, c’est maigre.

      Et quand au reste de votre "argumentation" à base de citations entre autre de Stendhal (!), j’ai comme l’impression que vous vous disqualifiez tout seul.


    • #484815

      @Cellule
      "Le génie éclate de chapitre en chapitre". C’est de Balzac, à propos de Stendhal, à une époque où il n’était pas lu.
      Et vous n’avez pas un avis à donner à Balzac ?...car visiblement vous ne connaissez ni l’un ni l’autre. Et vous méprisez Nietzsche ? Pas un petit conseil à lui donner non plus ?
      Je vous laisse dans votre jus. Michéa, c’est pour vous. Si j’avais les moyens, je vous payerais un abonnement à Télérama. Mais peut-être vous l’avez déjà.

      Et attention à votre orthographe, on est sur ER

      Quand même.


  • #484508
    le 05/08/2013 par Philippe de Macédoine
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    Michéa vient de produire une réponse brillantissime dans la forme ; un vrai modèle de "vas-te-laver". Je suppose qu’en la lisant, le cuistre qui a eu le malheur de le provoquer a du rester coît et que la seule chose qu’il ait pu prononcer doit se situer entre le "gnééé" songeur et le "meuuuuh" abasourdi.

    C’est la forme qui est importante ici, pas totalement le fond. Le fond n’a pas d’intérêt ici, Michéa n’est pas là pour le clarifier car 99.99 % des lecteurs de mediapart ne le liront pas (trop long) et le peu qui le liront n’y comprendront rien ; ils sont sur médiapart pour les dernières nouvelles à propos de Cahuzac. Michéa est juste là pour donner une leçon à un cuistre qui se croyait son supérieur mais qui n’est rien d’autre qu’un cuistre. Et il a réussi à mon avis.

    Dans cette lettre, J-C. Michéa commence sur un ton amical, faisant mine de respecter son interlocuteur en lui reprochant cyniquement son inconsistance politique (preuve de son absence de raisonnement). Progressivement, il le traîte de monomaniaque et de falsificateur (meilleur journaliste du web, condamné au sinistre rôle de pisse-copie) tout en mettant clairement en avant que celui-ci est maître de conférence à la faculté et que 1) il n’en a pas le niveau et 2) il n’est plus libre qu’à trouver une forme plus ou moins acceptable de défense de la doxa libérale (aussi appelée politiquement correct).

    Michéa, c’est un mec qui joue au foot avec les copains le week-end, qui fume comme un pompier, qui a toujours refusé d’enseigner à l’université et s’est contenté d’enseigner dans le secondaire ; fuyant les strass et conservant un peu de liberté. En gros, quelqu’un qui malgré une tête vraiment bien faite (agrégé à 22 ans en 1972, c’est fort quand même non ?), a tenté autant que faire se peut de rester un type simple et abordable...


  • #484842

    J’aime beaucoup Michéa, sa pensée est très proche de celle de Egalite & Reconcilitation (ce n’est pas pour rien si A.Soral le cite souvent dans ses entretiens et dans son livre).

    En effet, dans ses écrits il brise complément le mythe de la division gauche/droite de la scène politique, plus particulièrement la gauche où il nous montre comment les classes populaires se sont faites avoir par les bourgeois de gauche (libéral-libertaires), nous amenant à la situation où l’on est.

    Selon lui il faudrait que les classes populaires de gauche (ouvriers et fonctionnaires en gros) et celles de droites (petits entrepreneurs, artisans, paysans) réussissent à se rejoindre sur des idées communes (la "common decency", càd une moral du bon sens partagée par le peuple) afin de renverser le système actuel.

    Il essaye et réussit à assembler la théorie socialiste avec les valeurs traditionnels, ou encore gauche du travail et droite des valeurs...


  • #484847

    Magistrale !!!!!!


  • #484958
    le 05/08/2013 par Revolver Ocelot
    Attaqué par la gauche, Michéa répond

    En quoi ce texte est-il illisible ?

    Le moindre effort pour lire un texte est désormais synonyme d’une oppression inacceptable ?

     

    • #485375
      le 06/08/2013 par turmeliere
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      En quoi ce texte est illisible ? Je ne dirai pas ça ; le texte en soi n’est pas illisible, encore que la prose soit un peu lourde, mais son contenu faisant appel à des abstractions, ou plutôt rendant abstrait par des concepts néo-modernes obscurs comme l’essentialisme, les grandes quêtes philosophiques que sont la vérité d’une manière générale, l’éthique en particulier, dont il faut avouer que l’auteur parle plutôt bien et clairement dans son avant-dernier chapitre, n’est pas d’une limpidité accessible. Disons que nous n’avons pas présentement une porte d’accès évidente à la philosophie et que les acquis présupposés pour saisir toute la substance du texte sont trop nombreux pour qu’un "moindre effort" suffise à sa compréhension.


    • #485574
      le 06/08/2013 par Revolver Ocelot
      Attaqué par la gauche, Michéa répond

      Ben ce texte ne prétend pas être une introduction à la philosophie mais plutôt une réponse à un autre philosophe.

      Personnellement, je n’ai pas un bagage philosophique conséquent mais j’ai toujours pu lire les ouvrages de Michéa avec beaucoup de facilité.

      Michéa ne peut pas être classé parmi les auteurs qui obscurcissent leur pensée avec du jargon.

      C’est peut-être une question d’habitude.


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