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Norman Finkelstein : "le processus de paix est en réalité un processus d’annexion"

Scientifique juif américain, universitaire et auteur, Norman Finkelstein est décrit comme anti-sioniste. Ses recherches portent sur le sionisme, le conflit israélo-palestinien et l’Holocauste. De passage au Liban à l’occasion de la conférence qu’il a tenue le vendredi 14 à l’Université américaine de Beyrouth (AUB) sur les développements les plus récents de la région, il a accordé un entretien à iloubnan.info. Selon lui, le processus de paix n’existe pas, il s’agit en réalité d’un processus d’annexion.

iloubnan.info : Que pensez-vous de la stratégie de John Brennan (le Conseiller du président américain pour l’anti terrorisme), qui est de soutenir les éléments modérés du Hezbollah pour les faire rentrer dans un processus politique normal ?

Norman Finkelstein : Ce n’est pas une stratégie envisageable pour le moment. Le Hezbollah a le sentiment d’avoir le vent en poupe et que les Etats-Unis et leurs alliés s’affaibllissent. Il n’y a pas de réelle division entre ceux qu’on appelle les modérés et les non modérés. Ils regardent les rhétoriques iranienne et syrienne, la montée de Moussa al-Sadr en Iraq et la Turquie qui se range de leur côté. Ils ont le sentiment que l’Histoire va dans leur sens.

Quel est votre avis sur le processus de paix au Proche-Orient ?

Le problème est que les habitants du Proche-Orient ont fini par accepter la rhétorique de l’Occident. Il n’y a aucun processus de paix en réalité. Un processus a véritablement commencé avec les accords d’Oslo et il s’agissait uniquement de faciliter la colonisation Israëlienne. Maintenant 43% de la Cisjordanie leur appartient, c’est un processus d’annexion.

Lorsque l’Etat hébreu est interrogé à ce sujet, il répond que la colonisation doit être discutée, pendant qu’il utilise l’annexion comme négociation. Il s’agit d’un processus d’annexion, et non de paix. La soit disant « stratégie d’Obama » n’existe pas non plus. La majorité de ses conseillers sont les mêmes dinosaures que ceux de l’administration Bush.

Quel regard portez-vous sur la stratégie de reconnaissance unilatérale de Salam Fayyad ? (le premier ministre Palestinien envisage de créer un Etat palestinen de facto avec des institutions viables et de demander ensuite une reconnaissance unilatérale de cet état à la communauté internationale)

Il a oublié de mobiliser la population. Sa stratégie ne fera rien face à l’opposition des USA. Le retrait d’Israël doit être imposé par la force.

Que préconisez-vous ?

Il faudrait respecter la position des Nations Unies, à l’exception des Etats Unis, celle de la ligue Arabe des 22 membres, celle de l’OCI des 57 membres (Organisation de la conférence islamique), celle de la Cours Internationale de Justice, celle du Hamas, et de l’autorité palestinienne. Soit une solution à deux Etats définie sur les frontières de 1967 avec Jerusalem-est pour capitale. Maintenant, la stratégie à mettre en oeuvre devrait être celle employée pour la flottille de la liberté. Mais il n’y a pas de leadership. Roquettes Hamas ou collaborateurs de l’Autorité palestinienne ne font rien de bon.

La population ultra orthodoxe en Israël se fait de plus en plus pressante, peut-on imaginer à terme, la transformation d’Israel en théocratie ? Il ne faut ni surestimer ni sous estimer les changements qui se déroulent dans la société israélienne. Un activiste israélien en faveur de la paix a récemment déclaré « ce qui a changé avec le racisme maintenant en Israël, c’est qu’il est visible ».

La définition d’Israel comme « Etat des juifs » existe depuis la création de l’Etat, bien avant Netanyahu. Les premières demandes sionistes allaient même plus loin que ce qu’Avidgor Lieberman, (ministre des affaires étrangères du parti d’extreme droite Israel Beitanou ndlr) réclame aujourd’hui. C’est Ehud Barack qui est considéré comme un laïc modéré qui voulait une intervention militaire en Iran et en a été empêché l’année dernière par Benjamin Netanyahu. La différence entre les ultra orthodoxes et les laïcs n’est pas très éclairante pour comprendre la société israélienne.

Vous avez étudié l’Holocauste et le conflit israélo-palestinien, quel est le lien entre les deux ?

Logiquement et intellectuellement il n’y a pas de rapport. Mais politiquement, cela a été un outils très utile pour soutenir Israël. L’argument, c’est que, parce que les juifs ont enduré beaucoup de souffrances pendant la deuxième guerre mondiale, l’Etat Hhébreu ne peut pas être soumis aux mêmes lois morales que le reste de l’humanité. C’est devenu une arme idéologique.

Quelle est votre définition de "terrorisme" ?

C’est compliqué. Je définirais le terrorisme comme le fait de cibler des civils pour atteindre un but politique. Certaines personnes disent qu’un Etat ne peut pas devenir terroriste, que ce terme s’applique seulement aux acteurs non étatique. Mais un Etat peut tout à fait viser des civils pour atteindre des objectifs politiques. C’est d’ailleurs, ce qu’a fait ouvertement Israël au Liban ou à Gaza.

Quelle est votre définition de liberté, le sens de votre engagement ?

Ce sont parfois les questions les plus simples auxquelles il est le plus difficile de répondre... Certains s’engagent au nom d’une idéologie comme le communisme ou l’Islamisme, les autres sont motivés par la souffrance des etres humains. Bien souvent, malheureusement, les intellectuels tout comme les politiques oublient la souffrance des êtres humains au profit de l’idéologie. La rhétorique met une trop grande distance entre les idées, les moyens mis en oeuvre et la souffrance que cela engendre. C’est un peu ce que je reproche à Sayed Hassan Nasrallah. Malgré tout le respect et l’estime que j’ai pour lui et son intelligence, je pense qu’il défend trop l’idéologie sans assez prendre en compte les souffrance des peuples.

Un dernier mot ?

Je veux voir la situation des Palestiniens s’améliorer de mon vivant.

 



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