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Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

Note de la rédaction

Patrick Henry est décédé dimanche 3 décembre 2017 d’un cancer du poumon. Détenu pendant 40 ans, il avait obtenu en septembre 2017 une suspension de peine pour motif médical. Nous rediffusons pour l’occasion le dossier de la Rédaction consacré au tueur, initialement publié le 28 juillet 2014.

Le Président François Hollande a refusé le 11 juillet la demande de grâce de Patrick Henry, après 11 ans de prison (2003-2014) pour rechute pendant une libération conditionnelle, qui ponctuaient 24 ans de « perpétuité » (1977-2001). La question de l’enfermement se pose régulièrement. Tout le monde, expert ou pas, se casse la tête sur ce problème : pourquoi punir, comment punir. Et comment ne pas punir ?

 

 

L’avocat Robert Badinter a gagné en transformant le procès de Patrick Henry, l’assassin du petit Philippe Bertrand (8 ans à jamais), en procès de la peine de mort. Cela fait donc près de 40 ans que la prison conserve un type « falot », selon les propres mots de Badinter, un prisonnier qui a prouvé à plusieurs reprises qu’il était toujours aussi pervers. L’intérêt ? Aucun. Pourtant, une seule chose serait intéressante : comment cet ambitieux frustré de 23 ans, déclaré « normal » par tous les spécialistes de la justice et de la psychiatrie, a pu étrangler un enfant contre une rançon d’un million, alors qu’il n’avait aucune chance de s’en sortir, multipliant les aberrations ? Retour sur une affaire incompréhensible, à partir des témoignages réunis dans l’émission de Christophe Hondelatte, Faites entrer l’accusé.

Notre intelligence voudrait une explication rationnelle, mais ce ne sera pas l’enfance malheureuse : selon Roger Gicquel, c’est « un homme comme vous et moi ». Patrick était attiré par l’argent (comme presque tout le monde), révèle le journaliste Jean-Pierre About. « Il voulait sortir de sa condition. » Et flashait sur la Jaguar du grand-père Bertrand, une des 10 fortunes de Troyes. Endetté, Patrick doit trouver de l’argent. Et le seul débouché que cette nature faible trouve, c’est le débouché criminel, selon son premier avocat. « Il sacrifie un enfant pour de l’argent », résume Hondelatte. Cynique, l’assassin part en vacances, sort en boite, répond aux interviewes télé, alors que le garçon est enroulé, mort, dans un tapis, sous le lit, dans la chambre d’une pension de famille. « Ça fait mal au cœur, pour les parents, et surtout pour le petit garçon. On souhaite un dénouement rapide pour les parents, de toute cette affaire. Je m’efforce de penser qu’il soit vivant », ose déclarer Patrick Henry à Europe 1.

 

 

La justice ne comprend pas le vice

« Je souhaite que l’assassin soit retrouvé, bien sûr vivant. »

Or Patrick a un casier judiciaire : en 1976 il est connu de la justice pour trois cambriolages en tant que représentant de commerce. À chaque fois les casses sont suivis d’incendies, et il laisse la trace de sa DS (il rend toujours au préalable visite à ses victimes). Mis en examen, il bénéficie d’autant de non-lieux. Les victimes font appel, mais les non-lieux sont confirmés. Il ment avec aplomb. Un week-end, il tue un motard avec une voiture de fonction. « Accident », mais Patrick sera condamné à trois ans d’interdiction de permis. Il écrit à Giscard, et le Président de la république réduit sa peine à 18 mois. Dernière « petite » affaire : bossant au guichet d’une banque, il vole un chèque et va dans une autre agence toucher le chèque qu’il a rempli lui-même : 15 mois de prison avec sursis pour « vol et faux en écriture ». Dans le grenier des grands-parents de Patrick, on retrouvera armes, chéquiers, et bijoux volés. En 1976 les fouilles prouvent qu’il était bien voleur et incendiaire. La justice n’a pas d’explication. Et si c’était le vice ? C’est-à-dire le goût du mal, comme il existe le goût du bien ?

Quand les avocats et les policiers s’interrogent sur la préméditation, l’avocat général Fraisse avance avec raison que le petit garçon assassiné connaissait Patrick : l’issue fatale était inéluctable. Personne n’ayant entendu de bruit dans la pension de famille des Charmilles, l’enfant a probablement été assassiné dès le premier jour de l’enlèvement. Car « il pleurait trop », selon les propres mots de Patrick.

« À croire que quand on aura liquidé un criminel, on en aura fini avec le crime… On brûlait ceux qu’on considérait comme des sorciers… pour en finir avec le Malin », hurle Me Badinter lors de sa plaidoirie.

Patrick Henry victime de l’idéologie « mortifère » dominante ? Quand on relit l’argument à froid, comparer un individu sordide pétri de vices (mensonge, vol, incendie, meurtre), avec les victimes innocentes du totalitarisme religieux… Mais il faut croire que les jurés sont plus émotifs que lucides.

 

 

La critique qu’on peut faire de la guillotine, n’est pas de « couper un homme en deux », ce qui arrive tous les jours dans les accidents de voiture, mais d’éliminer le « salaud » sans comprendre ses actes, une faute en terme de connaissance… des criminels et du crime. Et donc de prévention. Pas plus que la guillotine, la prison n’est faite pour comprendre, ça se saurait : c’est un frigo, un frigo à asociaux plus ou moins dangereux, c’est tout. On gèle provisoirement le danger pour la société. La menace directe pour les gens dits normaux est neutralisée par une coupure relationnelle, point à la ligne. On n’étudie pas le vice, bien que récemment, le portrait du pervers narcissique (PN) commence à se diffuser, grâce aux réseaux sociaux, parmi les non spécialistes, victimes actuelles ou potentielles. Il y a un vide informationnel, et a fortiori juridique, à ce niveau. Il faut dire que les vices de Patrick Henry correspondent dangereusement aux qualités nécessaires pour « réussir » dans une société basée sur l’argent et le paraître. Son rêve d’élévation sociale rapide finira en cauchemar national.

« Du jour où vous supprimez le mal, vous en faites autant du libre arbitre. Il est absolument nécessaire d’avoir à choisir, et cela ne peut être qu’entre le bien et le mal. Sans choix, fini l’humanité. On devient autre chose. Ou alors, on est mort. » (Anthony Burgess)

Comme quoi on peut être un brillant écrivain et écrire des conneries, même si sa femme a été assassinée. Autre chose, c’est forcément l’humain post-conscient, qui admet être dirigé par des lois intérieures et extérieures que les autres préfèrent ignorer. Des autres, prisonniers de leur ignorance, prisonniers d’eux-mêmes et de leurs autres. Personne ne choisit le bien ou le mal : pour simplifier, nous dirons que le comportement de chacun est déterminé par sa teneur en Bien et Mal. Si le Bien domine, le Mal pourra être contrôlé, ou battu. Mais si le Mal domine, son hôte finira immanquablement, malgré les interdits sociaux et sa morale personnelle, par faire du mal. À soi ou aux autres.

 

 

Ainsi, les jurés ont autorisé Patrick à vivre un demi-siècle de plus, sans bénéfice apparent pour la société. Le monstre est resté en prison, donnant des gages de rédemption, les parents sont restés enfermés dans la prison de leur peine, Badinter est devenu ministre de la Justice, on nage en pleine absurdité. Les jurés ont-ils écouté Badinter ou ont-ils épargné un type comme eux, normal ? D’apparence normal... On n’ose imaginer, si ça avait été un marginal, un Arabe !

Et si Patrick Henry avait juste poussé à leur paroxysme les vices du petit bourgeois moyen ?

Quand l’intérêt personnel n’a pas de limite morale et ne s’embarrasse pas des autres, ces derniers deviennent des obstacles ou des tremplins : en l’occurrence, l’enfant, qui devait propulser Patrick dans l’opulence (les années 70 sont celles des enlèvements célèbres), était devenu un obstacle. Dans ce cas, faire le procès de la société est impossible. Une société ne changera pas pour un crime. C’est un individu aux tares communes, sur lesquelles il a moins de contrôle que ses semblables, qui sert d’exemple… Patrick Henry est sauvé d’une courte voix sur les neuf jurés civils et trois magistrats. Les larmes de l’accusé font pleurer la salle.

« Dans l’émotion générale, le président Segols dit : “Patrick, j’espère que vous vous rendez compte de la mansuétude du tribunal et que vous ne nous décevrez pas.” Patrick balbutie avec un air de naufragé : “Je ne vous décevrai pas, monsieur le Président.” 

Le président du tribunal : “Mais, après votre crime, vous avez recommencé à vivre comme si de rien n’était. Puis vous avez encore demandé la rançon alors que l’enfant était mort depuis de longs jours ? […] Pourtant, vous n’avez pas le fameux chromosome. On a vérifié.”

D’une façon presque naïve, il venait de définir toute l’angoisse de la justice contemporaine. » (L’Express du 24 janvier 1977)

Sept psychiatres se cassent les dents sur le cas PH, et rendent leur conclusion : désespérément « normal ». C’est cette normalité qui le sauvera, et aussi la conviction religieuse des jurés, après une intervention de l’évêque.

 

 

Condamné à une peine à perpétuité, Patrick découvre le QHS, d’abord à la maison d’arrêt de Chaumont. Sœur Marie-Réginald, qui le trouve intelligent, l’accompagne pendant toute sa scolarité : « Je crois qu’il a épuisé la bibliothèque de la prison. » Tous les gardiens assurent qu’au bout de 15 mois de QHS, on sort de là « dérangé ». Or Henry s’en sort par la lecture… des classiques : « J’ai trouvé un monde que je ne connaissais pas. »

Il reprend tout à zéro – à partir de son niveau scolaire de 5ème – passe un bac et une licence en maths, se reconstruit. Grâce à ses connaissances en informatique, il devient responsable d’une imprimerie au cœur de la détention. L’imprimeur lui assure un emploi à sa sortie. Par le jeu des remises de peine, le condamné est en droit de demander une libération conditionnelle à partir de sa 15ème année de prison, mais subit six refus, malgré un « avis très favorable » : le Garde des Sceaux mettait toujours son veto en dernier. « Il en pouvait plus », révèle la Sœur, qui qualifie en 2001 son parcours de « vraie rédemption ». « Il commence à douter, il se voit finir sa vie derrière les barreaux. Lentement, il sombre dans la dépression », poursuit Hondelatte.

Jacques Toubon refuse. En 2000, Elisabeth Guigou (la ministre qui oublie les cd-rom dans les tiroirs) hésite pour la conditionnelle, pour la bloquer le 10 juillet 2000. C’est finalement Me Thierry Lévy, l’avocat de toutes les libertés, qui obtiendra la fameuse libération, lui qui croit aussi en la rédemption :

« Il a condamné cet acte comme quelque chose qui n’était pas justifiable en aucune façon… La prison tue davantage de gens physiquement et moralement que… la peine de mort. »

Le 15 mai 2001, Patrick Henry est libre, 26 ans après son incarcération. L’imprimeur qui intègre le meurtrier repenti dans son entreprise reçoit 600 lettres de menaces et d’insultes. Un an plus tard, celui qui assurait en 1977 « vous ne le regretterez pas », est interpellé en Espagne avec 10 kilos de cannabis, sa conditionnelle est annulée, il retourne en prison. Le documentaire se termine sur cette information laconique.

 

 

Pourtant, tout l’intérêt de cette histoire se situe là : peut-on aller contre sa nature, contre le vice ? Contre le vol, le mensonge, la duplicité, le cynisme, l’avidité, la cruauté, le meurtre, qui sont, au fond, des maladies de l’être ? Comment Sœur Marie-Réginald, prof de maths en prison et militante d’Amnesty International, a-t-elle pu ne rien voir ? A-t-elle été aveuglée par l’amour du maudit, comme elle l’appelle ?

Patrick Henry était-il un serial killer en herbe ?

Il en avait en effet le pedigree, arrêté au premier, voire au second crime, si le motard était son premier. La Sœur, effondrée lors de la rechute, n’est pas la seule à s’être fourvoyée. L’avocat général Emile-Lucien Fraisse, celui-là même qui avait demandé la mort, croit au changement :

« J’ai vu la transformation se faire… Patrick Henry n’est pas le même homme après 25 ans… »

André Vallini, le député PS de l’Isère qui faillit être le garde des Sceaux du Président Hollande, estime de son côté, dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi le 14 avril 2008, que si Fourniret sort un jour, ce sera une preuve que la justice fonctionne, et que les hommes sont récupérables :

« Qui vous dit que cet homme ne sera pas éventuellement susceptible d’être remis sous surveillance éventuelle, sous surveillance éventuelle, dans la société ? »

 

« Ce n’est pas un autre homme. »

Seul Charles Pellegrini, l’ancien chef de l’OCRB (Office central de répression du banditisme), ne croit pas au changement, comme l’inspecteur général incarné par Paul Amiot dans le tragique et fatal Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville. Alors éditeur, Guy Birenbaum raconte qu’il reçoit Patrick Henry, qui veut lui vendre un livre sur la prison, mais pas sur le meurtre. Il demande de l’argent, beaucoup d’argent, « des sommes considérables ». Dans Paris Match, en avril 2002, il annonce qu’il veut s’acheter une maison avec un système de surveillance.

« Il n’avait nullement besoin de voler, plaide son avocat, Me Thierry Lévy. Nous cherchons ensemble une explication. Il y en a sûrement plusieurs. » (Libération, 19 juillet 2002)

Quand Patrick Henry tombe pour vol d’un produit à 530 francs, soit 81 euros, qu’il remboursera, cette même année 2002, Thierry Lévy n’y croit d’abord pas :

« Je l’ai eu au téléphone. Maintenant je cherche des explications, nous les chercherons ensemble. Il y en a probablement plusieurs. »

Une explication :

« Quand on a fait 25 ans de prison, on ne peut pas être un homme heureux. »

(En même temps, quand on ne tue personne, on ne fait pas 25 ans de prison.) Si le vol était le fruit du malheur, alors pourquoi tous les malheureux ne volent-ils pas ? Quel est le facteur déclenchant ? Doit-on évoquer le combat entre le Bien et le Mal en chacun de nous ?

« J’étais aussi parfaitement lucide quand j’ai monté le scénario, lucide quand j’ai opéré pour la remise de la rançon. Mais je ne peux absolument pas comprendre le mécanisme qui s’est produit en moi lorsque je l’ai étranglé. Je n’ai jamais ressenti la moindre pulsion criminelle. (...) Mais, lorsque la nuit le gamin s’est mis à trépigner et à réclamer son père, je l’ai étranglé avec un foulard ; une impulsion, deux minutes plus tôt, je n’y pensais pas. C’est donc vrai que je vis dans l’ignorance de ce mystère de ma nature… » (Patrick Henry à Frédérique Lebelley, Tête à tête, Grasset, 1989)

Pellegrini ne croit pas à ce mystère :

« Il a fait preuve, en outre, d’un caractère calculateur, d’un sang-froid et d’un cynisme que j’ai rarement rencontrés dans ma carrière. » (L’Express, le 8 juin 2000)

 

 

Le tueur/voleur/dealer, de sa prison espagnole, confiera à L’Express, avant son extradition :

« Rien ne justifiait ce geste stupide. J’ai risqué ma liberté parce que j’ai eu la flemme d’aller chercher de l’argent dans ma voiture, qui était garée à 300 mètres sur un parking ! »

Car trois mois après son premier vol d’homme libre, il est interpellé en Espagne en possession de 10kg de haschich, d’une valeur de 30 000 €. Thierry Lévy trouve encore une explication humaniste :

« Patrick Henry est un homme qui à bien des égards est tiré d’affaire mais qui présente encore des faiblesses. Il est atteint d’un double syndrome : celui de l’incarcération et celui du vedettariat, et l’on sait que l’un et l’autre sont difficiles à maîtriser. »

Un surveillant du centre de détention de Caen refroidit cet optimisme :

« Il avait un bon dossier de libération conditionnelle, c’est vrai. Mais c’était un manipulateur… Ce qui l’intéressait, c’était l’argent. En détention, il ne fréquentait jamais les indigents. Ses proches, il les choisissait par intérêt. Certains lui cantinaient de la nourriture en échange des services qu’il pouvait leur rendre, grâce à l’imprimerie. »

À sa sortie de prison, l’éditeur Calmann-Lévy lui offre 100 000 € d’à-valoir pour son livre Vous n’aurez pas à le regretter, qui ne sortira pas à cause du premier faux-pas à 81 €. Et dans l’ordinateur que Patrick utilise pour son travail de secrétaire de rédaction, chez l’imprimeur qui l’employait et avait cru en lui, dedans et dehors, les policiers retrouvent des images pédophiles. La totale.

 

 

« Je n’ai pas pleuré et l’on me trouve froid et sinistre. Si j’avais fait le contraire, on m’aurait trouvé lâche. J’ai toujours hésité à montrer ce que je ressens au public, tout se passe à l’intérieur de moi. Je sais mieux que tout le monde combien ce que j’ai fait est affreux et, croyez-moi, je le regrette du fond du coeur. Je demande pardon, j’ai horreur de ce que j’ai fait. » (Le repentir de Patrick Henry)

Si le mal en lui est à l’origine du mal qu’il fait, alors, que faire contre le mal ? Un homme chez qui le mal domine ne peut se soigner seul. Soeur Marie-Réginald, en aimant Patrick, a peut-être désamorcé une partie de son mal. Est-ce la raison pour laquelle, à sa libération, le meurtrier n’a pas tué, mais volé, ce qui se situe nettement plus bas dans l’échelle du crime, ou du vice ? Cependant, s’il avait réussi son larcin, n’aurait-il pas été encouragé à monter un cran plus haut ? Car son goût pour l’argent ne l’a jamais quitté, pour preuve, sa demande délirante de rançon, pardon, de droits d’auteurs, à l’éditeur Birenbaum. Il y a donc là un noyau noir, que la prison ne peut réduire. Bien au contraire. Anne-Marie Marchetti, maître de conférences à l’université de Picardie, qui a beaucoup travaillé sur les longues peines :

« Au-delà d’une certaine durée [15 ans], ça ne sert à rien, les détenus n’évoluent plus. Ils ressortent au contraire plus rusés, plus menteurs, plus manipulateurs. » (denistouret.net )

Si l’on est d’accord avec l’idée que notre société fabrique ses criminels (une famille pathogène avant toute chose en est le berceau) et les entretient par la prison, qui n’arrange rien, il n’empêche que personne ne sait comment traiter le mal, à part en l’enfermant, provisoirement. Et rares sont ceux qui connaissent la rédemption à travers la prison. Éliminer physiquement (peine de mort) ou socialement (prison) le criminel élimine juste l’enveloppe, le porteur de mal. Un mal qui resurgira ailleurs, une fois les mêmes conditions réunies. Et la société, vu la dose monstrueuse d’ignorance qui habite encore les hommes, produit inévitablement du mal. Le mal est la mère de toutes les maladies. Les « malins » ont-ils manqué d’amour ? Pas forcément : Patrick Henry était dorloté par ses parents. Il ne faut pas oublier les « secrets de famille », qui peuvent déstabiliser un enfant alors que tout semble normal… S’il n’y a pas de gène du mal, il y a un comportement de survie qui fait appel au mal, c’est-à-dire au mensonge, au vol, à la violence ou au meurtre. Tous ces vices allant curieusement ensemble, comme s’ils étaient cousins, ou souterrainement attachés.

 

 

Ce que nous savons des tueurs en série montre la naissance et l’évolution du mal chez un enfant : des conditions initiales qui désaxent, un apprentissage inversé du plaisir, qui fonctionne sur la douleur de l’autre (en commençant par les animaux), soit l’échelle globalement classique trauma/vol/incendie/violence/meurtre. Le lien entre trauma et vol ? Récupérer, à travers les objets de valeur des autres (car le voleur est celui qui n’a étymologiquement aucune valeur), la valeur de soi perdue dans le traumatisme, en général affectif. La personne « maligne » se construit sur l’expérience de la douleur infligée, du pouvoir (sur l’autre) et de la sécurité (douleur à distance) que cela procure. Le plaisir sadique ressenti apportant, lui, un soulagement… provisoire.

Or, partager le mal en vérité le multiplie, comme en parthénogenèse.

Et en infligeant le mal pour en tirer profit ou s’en débarrasser (on exclut le soldat en guerre ou le révolutionnaire en arme), le meurtrier passe de l’autre côté de l’Humanité, une rivière sans retour. Ceux qui ont assassiné le savent, même s’ils devaient le faire. L’assassin (non professionnel) pense toujours qu’il devait le faire. Car une suite de déterminismes implacables mène au meurtre. Et une fois le tabou du meurtre tombé, tout est possible.

Mais s’il existe selon toute probabilité une centaine de tueurs en série en activité, pour qui le meurtre est une solution à un problème matériel, psychologique ou sexuel, les vrais tueurs en série ne sont pas ceux que les médias nous vendent. Les Heaulme, Fourniret et compagnie ne sont que des amateurs, des petits « malins ». Les vrais massacreurs de l’humanité, capables de décider de bombarder un quartier entier, avec des dizaines de petits « Philippe Bertrand », sont protégés, écoutés, décorés ! Il est bon de relativiser, parfois, les faits de société, ces arbres qui cachent des forêts. La douleur ne doit pas aveugler.

« Caïn adressa la parole à son frère Abel ; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. L’Éternel dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse, 4.8 et 9)

 

Avant Freud, il y avait le vice, et la vertu. La femme vertueuse qui fautait tombait toute dans le vice. Il n’y avait pas de demi-mesure. Les êtres étaient faits de bien, ou de mal, jamais des deux. La psychologie moderne a pénétré l’esprit humain avec des combinaisons nouvelles. Chacun devenant un mélange variable de bien et de mal, de vices et de vertus, selon les règles de l’époque, elles aussi variables. Ainsi, la bourgeoise partouzeuse, qui aurait été brûlée au Moyen Âge, est-elle applaudie par la socioculture des années 70. La sorcière est presque devenue sainte. Et ce sont les saintes qui brûlent. Mais au-delà de ces frontières qui fluctuent selon les intérêts d’une société, il reste le vice, à l’origine du mal fait aux autres. Lui est toujours là, depuis le début de l’histoire humaine, tapi dans l’ombre, comme le Diable. Serait-ce le descendant de notre ancestral instinct de survie, celui du prédateur pré-humain affamé, égoïste, terrorisé, cruel, violent, meurtrier ?

Nécessaire dans un environnement naturel brutal, l’est-il encore dans un univers humain civilisé ?

« J’en suis convaincu, on ne peut réduire l’explication du génocide à des mobiles politiques, des raisons économiques, ni même des rivalités ethniques. Il y a une sorte d’insondable « mystère du vice » dans une telle inhumanité commise par des humains. Une haine qui vient d’ailleurs, une inspiration secrète qui dépasse nos catégories mentales et nos capacités d’analyse. On doit affronter, en abordant ce continent obscur, l’énigmatique puissance du mal. C’est elle qu’on frôle dans le récit de mon destin, comme dans la tragédie de mon peuple. En Afrique, les chrétiens disent que « le diable attaque là où Dieu veut bénir ». Peut-être ont-ils raison. Car nul, ici-bas, ne pourra m’expliquer de façon convaincante comment le paradis terrestre est devenu, en quelques mois, le chaudron du diable. A cause de quel péché, à la suite de quelle malédiction ? » (Révérien Rurangwa, Génocidé, Presses de la Renaissance, 2006)

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92 Commentaires

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  • #1366956
    Le 10 janvier 2016 à 14:08 par Denis Merlin
    Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

    Cette affaire illustre que l’on a fait fausse route intellectuelle depuis plus de deux siècles.

    Tout d’abord on obtient des décisions absurdes en utilisant des exemples historiques dont en réalité on ne sait rien (ici la "chasse aux sorcières"). Un petit coup de comparaison historique dont un des termes fait partie de la doxa anti-chrétienne, une grand coup d’émotion collective qui coupe la langue et hop ! Le tour est joué ! Plus de peine de mort.

    D’autre part, l’idée que le bien et le mal sont inconnaissables ne laisse que l’utilité sociale. La peine a-t-elle une utilité sociale ? Alors oui à la peine. La peine n’a pas d’utilité, alors finie la peine. D’où la libération d’un assassin d’enfant et la prison pour les révisionnistes dont on se moque de savoir s’ils font bien ou mal.

    Les anciens romains voyaient dans le droit pénal l’application de la vindicatio. La faute entraîne la douleur. Le pouvoir purificateur de la peine, purificateur pour le coupable et purificateur pour la société. La Passion du Christ nous montre combien coûtent les fautes que Dieu a voulu payer pour nous, débiteurs insolvables. Mais le Christ ne détruit pas la nature, il la purifie et l’élève. La société subsiste donc. Elle doit donc appliquer la vindicatio qui, selon les Anciens, était un de ses devoirs premiers (vindicatio vertu de l’autorité et à ne pas confondre avec la vengeance privée). La vindicatio est selon le Gaffiot à la fois la défense des innocents et l’action de punir. Cette mission est laissée aux autorités judiciaires.

    Ne devrait-on pas revenir à des notions abandonnées depuis environ les XVIIIe et XIXe siècles. Cela permettrait déjà de ne plus se laisser embobiner par des froids calculateurs pervers qui ont parfaitement compris le discours que les utilitaristes que nous sommes attendent d’eux.

    Voir sur ce point https://youtu.be/8aHg-WiUJhE (en italien)

     

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  • #1367064

    Qu’a-t-on gagné à le faire moisir en prison ? Rien, il est devenu malheureux selon son avocat (Thierry Levy, celui qui voulait remettre la justification de la pédophile au goût du jour) et sa réinsertion fut un échec, coûteux comme sa détention. Au final, la peine de mort semble résoudre plus de problèmes qu’elle n’en apporte. Quand le crime n’admet aucun doute. Mais mettre un innocent toute sa vie en prison, ce n’est pas mieux pour lui. Donc il faut arrêter avec ce soi-disant argument contre la peine de mort.

     

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    • #1853549

      J’ai la solution pour ces cas là "la cécité" avec les lasers aujourd’hui on fait des miracles. Ainsi les âmes sensibles qui sont contre la peine de mort sont épargnées et les petites filles ou les petits garçons peuvent courir tranquilles, car qui ne voit ne sera pas tenté en plus avec une canne blanche le mec je le vois mal courir derrière les bambins.

       
    • #1853658
      Le 3 décembre à 21:53 par El picador
      Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

      @goy , il lui restera le gout , et sait inadmissible pour le crime volontaire d’un enfant innocent

       
  • #1853587

    Malgré tout ce que racontent certains spécialistes du crime en série c’est bien dans les sociétés les plus libérales que ce phénomène a lieu et quoi de plus logique ?

     

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  • #1853815

    L’homme est social uniquement s’il est encadré par une société aux règles primitives définies, strictes et asservissantes. Autrement, il est un loup dans un troupeau de moutons. Or nos sociétés développées ont tout fait pour le "libérer" !

     

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  • #1853835
    Le 4 décembre à 09:34 par pleinouest35
    Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

    Bof. Quant à moi je resterai définitivement opposé à la peine de mort.
    Protéger la société ???
    Les faits :
    1) l’embargo de l’ONU en Irak aura fait mourir 500.000 enfants !
    2) le tabagisme aura tué 100 millions de personnes le dernier siècle et l’OMS annonce un milliard de morts ce nouveau siècle !
    3) l’amiante tuera 300.000 personnes alors qu’en 1976 le professeur Brignon avertissait le Gouvernement du danger terrible du tabac !
    Alors je pose cette question : qui sont en vérité les vrais salauds !

     

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  • #1853852

    Je me rappelle très bien de cette affaire, et le plus frappant, a été sa parution à la télévision lorsque le journaliste lui a demandé son avis sur ce crime, et qu’il se faisait passer pour un simple témoin de cette info, donnant sa version des faits, en fustigeant le criminel jusqu’à en donner la sentence .J’ai été frappé ,par la suite, de la perversité de cet individu, allant jusqu’à se faire interviewer, alors qu’il était le criminel .Quand un individu en arrive à une telle perversion, il n’a plus rien à faire dans la société .

     

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    • #1854539

      Il y a encore infiniment plus pervers que cet artisan en la matière, ce sont les serviteurs de la névrose qui agissent par procuration en instrumentalisant des institutions qui détiennent le pouvoir de vie et de mort. Et ceux-là sont légion et sévissent dans l’impunité totale si ce n’est même les encouragements de qui y trouve son intérêt.

       
  • #1853905

    Non à la peine de mort mais oui à l’euthanasie et à l’avortement !!

     

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  • #1854017

    C’est la CEE qui exigeait qu’on supprime la peine de mort sinon l’avocaillon (très charly) et son complice là, ils peuvent dégager j’men tamponne

     

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  • #1854158
    Le 4 décembre à 18:44 par Philippe Carcassés
    Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

    Chaque fois que je réfléchis à la peine de mort, je finis par être contre, pour une raison principale : c’est que chacun peut changer profondément au cours de sa vie (moi le premier, pas la peine d’en dire plus...). Donc exécuter quelqu’un à un moment donné "fige" en quelque sorte cette personne dans l’état mental qui était celui de sa faute. Je suis d’accord pour dire que certaines personnes ne peuvent pas changer, et il semblerait que Patrick Henry, dont je me souviens très bien, fût dans ce cas. Je dois dire qu’à l’époque il m’avait beaucoup choqué. Mais s’il avait changé, et cela seule la conscience le savait, il avait droit au pardon de sa faute, comme chacun d’entre nous. Certes je dis là un avis chrétien, mais c’est bien de ça qu’il s’agit... Qui dit pardon ne dit pas effacement de la faute, le repentir doit bien sûr être sincère et, qui sait, Patrick Henry souffrait peut-être, réellement, au moins de temps en temps, de ce qu’il a fait. Mais on ne l’a pas exécuté ; on a laissé à son âme le temps et la possibilité de changer. Est ce qu’il l’a fait ? Selon moi, en partie. C’est en tout cas ce que je lui souhaite.
    Comme je le souhaite à tous d’ailleurs.

     

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  • #1854266
    Le 4 décembre à 21:24 par Jean Le Chevalier
    Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

    Cet individu ne méritait pas de vivre, et la suite a donné raison à ceux qui défendent la peine de mort pour les tueurs d’enfant...Il était irrécupérable et a eu la chance de survivre à son acte horrible...Il a été impitoyable envers sa victime et a bénéficié de la faiblesse des hommes. Qu’il croupisse en enfer, sa vraie place...

     

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