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Patrimoine archéologique en danger

Le gouvernement saoudien ne fait aucun effort pour identifier les sites historiques et les protéger. Pis, leur découverte est complètement occultée, s’indigne l’écrivain saoudien Abdoh Khal, lauréat 2010 du prix Booker arabe.

Début octobre, lors de travaux de canalisation à la Mecque, on a découvert une tombe datant probablement de la période pré-islamique. Depuis, j’attendais que quelqu’un s’exprime sur le sujet. J’attendais que la commission du patrimoine se mobilise pour sécuriser l’endroit et pour demander l’arrêt des travaux dans toute la zone.

J’attendais que des spécialistes soient envoyés sur place et que la presse continue de suivre l’affaire. J’attendais que quelqu’un parle de la manière dont on continue de détruire le patrimoine à la Mecque. Mais rien. Rien de tout cela n’a eu lieu.

Je suis submergé de tristesse. Encore une fois, on négligera, ou effacera, un pan du passé. Cette ville en a été dépouillée de fond en comble, et ce depuis des années, sans que personne ne s’en offusque.

Parfois, ladite commission s’en est même faite complice. Nous sommes probablement le seul pays au monde où l’on érige la destruction du patrimoine en principe.

La Mecque est touchée par des fièvres d’investissements aveugles, sous l’effet de promoteurs qui se sont tous jetés sur la zone autour de la grande mosquée, qui est aussi l’endroit d’une très vieille colonisation humaine. Leurs projets immobiliers nécessitent le creusement d’importantes fondations.

Pour ce faire, ils engagent des travailleurs de l’ensemble du monde musulman dont la plupart ne sont pas suffisamment éduqués pour savoir distinguer une pièce archéologique. Quant aux investisseurs, ils ne s’intéressent pas au passé, mais à leur compte en banque.

Tout le monde est donc d’accord sur le chantier pour mépriser ces richesses historiques qui disparaissent quotidiennement. Cela n’est pas seulement vrai dans la ville sainte, mais partout dans notre pays, du Nord au Sud et d’Est en Ouest.

Ainsi, les tours ont fini de détruire les rares traces du passé qui avaient échappé aux foudres des (wahhabites) radicaux. (Leur iconoclasme abhorre l’idée qu’un objet, un bâtiment et surtout une tombe puisse faire l’objet d’une adoration, comme cela pourrait surtout se produire à la Mecque et à Médine, villes où vécurent et où sont morts Mahomet et nombre de ses compagnons.)

Désormais, certaines tours trônent au-dessus de véritables trésors, tranquillement et l’âme en paix comme quelqu’un qui se repose dans une villégiature. Mon Dieu, qu’est-ce qu’ils ont fait de la Mecque !

L’avidité a anéanti les traces des premiers hommes qui ont colonisé cet endroit. Et les travaux et excavations continuent, sans aucune conscience de l’énormité de l’erreur qu’on commet.