Egalité et Réconciliation
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Pour les Grecs, "trop c’est trop"

Vendredi 5 mars, le Parlement grec a adopté de nouvelles mesures économiques, destinées à rétablir les finances du pays. Dans des témoignages adressés au Monde.fr, des internautes grecs racontent leurs difficultés à joindre les deux bouts depuis plusieurs mois. Certains remettent aussi en question l’efficacité de ce plan gouvernemental ainsi que la solidarité européenne.

* Gueule de bois, par Daniel C.

Au lendemain de l’annonce des mesures d’austérité, c’est la gueule de bois. Parmi les plus touchés, on retrouve entre autres ceux qui ont contracté des dettes auprès des banques. Un ami qui avait pris un emprunt immobilier et ne pouvait plus le rembourser a été contraint, il y a mois, de vendre son appartement et de retourner vivre chez ses parents (en Grèce, la solidarité familiale reste le meilleur amortisseur contre les effets de la crise).

Je vis à Athènes depuis 2000, je paie un loyer de 400 euros, mon épouse est sans emploi. Je travaille pour le service de presse d’un organisme public et un petit journal privé. Mon salaire au journal a été réduit de 1 100 à 500 euros dès le mois de janvier, sous l’effet de la crise. Mon salaire en tant que contractuel du public s’élève à 1 100 euros auxquels il faut ajouter 454 euros de primes par mois. Le gouvernement a annoncé la réduction des 13e et 14e mois qui permettent traditionnellement de partir en vacances à Pâques ou en été, des congés auxquels les Grecs sont très attachés.

Les prix flambent, notamment l’essence. Pour faire des économies, on peut acheter ses fruits et légumes dans les marchés en plein air ou encore faire ses courses au noir dans les petits commerces et chez les artisans. Malgré l’indignation des gens, l’intensité des mouvements sociaux et grèves reste (pour l’instant) modérée par rapport au passé. Mais en avril, tout le monde va recevoir des fiches de paie avec les diminutions de salaire effectives. A ce moment-là, la situation sociale risque de s’envenimer.

* Pauvres et sans espoirs, par Katsirelou R.

Je suis fonctionnaire à Athènes depuis 1981. En tant que chef de section, mon salaire est de 1 250 euros, plus 1 580 euros de primes, soit 2 830 par mois (la prime est une compensation des gouvernements qui ne voulaient pas augmenter les salaires !). Mon fils étudie à l’université, je dois payer 1 100 euros par mois pour sa scolarité. Avec ces nouvelles mesures, je vais perdre 760 euros par mois et payer des impôts supplémentaires. Je me demande ce qu’il faut faire pour continuer à vivre et payer les études de mon fils. Et pourquoi c’est toujours moi qui doit payer pour les fautes des politiciens ? Tout le monde ici est désespéré, nous sommes devenus pauvres et sans espoir.

* Inadéquation des salaires et des prix, par Paul Bernardi

Je vis en Grèce depuis le mois de décembre et peux témoigner sur la vie, ou plutôt la survie ici. Les salaires ne sont pas en adéquation avec les prix pratiqués. Hormis les produits frais du marché, les produits de consommation courante ou les habits sont au moins aussi chers qu’en France. Avec un salaire minimum de 700 euros, le Grec moyen a de réelles difficultés pour vivre et doit déjà "se serrer la ceinture".

* Asphyxiés, par Olivier Alexandre

Je suis comptable, j’habite en Grèce depuis cinq ans et la vie a bien changé ici. Tout a augmenté, bientôt tout sera plus cher qu’en France avec un salaire bien moindre… Cela ne peut pas continuer ainsi, les mesures pour remettre à niveau les caisses de l’Etat ne peuvent pas être prises sur le dos du peuple, qui de toute façon ne tiendra pas le coup. En France, les prix ont augmenté progressivement (essence, tabac, loisirs). La Grèce les a augmentés beaucoup trop rapidement. En deux jours, l’essence est passée de 1,19 euro à 1,35 euro le litre. Quand je suis arrivé il y a cinq ans, le litre coûtait 75 centimes… Idem : en cinq jours, le prix du paquet de cigarettes va augmenter de plus d’un euro.

Avec un salaire de base à 700 euros par mois, la population est asphyxiée par cette augmentation drastique. Je me demande si, à la fin du mois, j’aurai de l’argent pour mettre de l’essence dans ma voiture et aller au travail. Comment faire ?

* Diminution drastique des dépenses, par Yannis C.

Les dernières mesures annoncées par le gouvernement ont pratiquement terrorisé tout le monde. Les gens se préparent à une diminution drastique des dépenses familiales. Les petits commerçants, déjà sévèrement frappés par la crise, s’interrogent sur leur survie. Les gens de classe moyenne réduisent la consommation. Personnellement (je suis journaliste au chômage depuis quelques jours), ça fait un an que j’ai diminué toutes les dépenses non nécessaires. Mais la situation est vraiment grave pour les familles aux revenus faibles (moins de 20 000 euros par an). Elles représentent 20-25 % de la population. Signe de la gravité de la situation, les tribunaux de première instance sont submergés d’affaire de vols de comestibles, d’une valeur de quelques euros, dans les supermarchés des quartiers populaires.

Dans ces conditions on peut se demander si les mesures prises atteindront leur but : l’augmentation des recettes de l’Etat. Car il est bien possible que la diminution de la consommation soit si drastique que l’augmentation de la TVA et des autres taxes ne serve à rien. En revanche, l’explosion sociale, sous forme de grèves ou de vandalismes, est à craindre.

* La vie tourne au ralenti, par Hélène C.

J’habite en Grèce sur l’île de Rhodes. Ici, on ressent un peu moins la crise que sur le continent. J’ai l’impression simplement que la vie tourne au ralenti. Je travaille dans une boutique de prêt-à-porter et je dois dire que notre chiffre d’affaires a baissé de moitié. Les Grecs essaient d’être un peu plus économes en ce qui concerne le superflu. Par contre, la vie nocturne est toujours aussi mouvementée, même en semaine. Il faut espérer que ces mesures portent leurs fruits et que l’on prenne conscience que le sport national n’est plus l’escroquerie.

* Pas d’achats à Pâques, par Sardelli T.

Avec les mesures d’austerité, mon salaire devrait diminuer de 1 000 euros par an, une somme assez importante, qui me permet par exemple de payer ma couverture de santé privée. Je suis fonctionnaire et mon salaire est déjà très bas, à 1 200 euros net par mois. Je soutiens tout de même ces mesures, absolument nécessaires dans une situation pareille. Mais leur impact sera immédiat, je ne pense pas faire d’achats à Pâques.

* Mélancolie générale, par Sophia Z.

J’ai 29 ans, j’habite encore chez mes parents, comme la plupart des jeunes de mon âge, et je suis très inquiète pour l’avenir. Je ne crois pas que l’obtention d’un doctorat en histoire de l’art va m’aider à trouver un boulot. La diminution des salaires et les mesures d’austérité ont un impact direct sur notre quotidien, mais la chose la plus dure est la mélancolie générale de la société. L’espoir est totalement perdu, surtout parmi les jeunes.

Je ne vois pas comment on sortira de la crise si les salaires diminuent, le chômage augmente et le pouvoir d’achat est toujours en baisse… Les Grecs ont vraiment peur de la situation financière et je ne pense pas que les manifestations seront très grandes car, malheureusement, la société est déprimée.