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Poutine, pacha du Caire et de toute la Russie

Retour sur le voyage du président russe en Égypte

Le texte ci-dessous est un extrait d’un très long article paru dans le magazine [russe] Zavtra le 25 février 2015, et écrit par de Konstantin Iourievich Douchenov, analyste politique nationaliste, auteur, publiciste et directeur de l’agence d’analyse de l’information « Rus’ Pravoslavnaya », (Rus’ Orthodoxe), à laquelle est attribué le triple label « patriotique, monarchiste et orthodoxe ».

 

Examinons la visite de Poutine en Égypte. Nombreux sont ceux qui la considèrent comme étant banale. Mais il n’en va pas du tout ainsi. La « percée égyptienne » de Poutine, avec l’accord avec la Turquie sur le transit du gaz, la récente visite de Sergueï Shoïgou en Iran et le renforcement de la coopération entre la Russie et la Chine, et entre la Russie et l’Inde constituent les nouvelles fondations géopolitiques de la future Eurasie, libérée de toute influence américaine et de toute hégémonie occidentale. Poutine implante à la périphérie de l’Eurasie les points d’ancrage de la nouvelle géopolitique russe, constituant la chaîne des alliés de la nouvelle et en vérité Grande Russie, en train de renaître.

Extérieurement, on obtient ceci : les 9 et 10 février 2015, le Président de Russie s’est rendu en visite officielle en Égypte. Cette visite a produit des résultats impressionnants. Après une longue interruption, les armes russes, les céréales russes et les technologies russes vont revenir en Égypte. Nos spécialistes iront y construire des centrales nucléaires, développer et redresser une économie délabrée. De plus la signification géopolitique de l’Égypte (et de toute la Méditerranée) confère à la reprise de la collaboration stratégique russo-égyptienne un sens véritablement global, mondial.

Le nouveau dirigeant égyptien, le feld-maréchal Al Sissi, nationaliste arabe convaincu, héritier de l’idéologie de Gamal Abdel Nasser, voit en Poutine un politicien animé d’un esprit pareil au sien, un nationaliste russe, et il est dès lors favorable à une collaboration étroite, favorable à une résistance commune au chaos que Washington sème avec succès dans la région, favorable à la pleine restauration de l’ancienne amitié russo-arabe.

La spirale de l’histoire vient d’accomplir une nouvelle révolution imprévisible. Au cours des années ’60 et ’70 du XXe siècle, l’URSS a construit ses relations avec le monde arabe, les pays du Proche-Orient, qui venaient d’accéder depuis peu à une réelle indépendance. Ils étaient pauvres et arriérés, inexpérimentés et maladroits en politique. C’est pourquoi l’URSS leur a consacré des moyens énormes, mais qui ont produit très peu d’effets. Pendant les années ’70, les États-Unis captèrent les initiatives de Moscou, et l’Égypte se vit pour des décennies coupée de l’influence russe.

Aujourd’hui la situation a fondamentalement changé. Après la chute de l’URSS, l’Occident décida que rien ne pourrait plus l’arrêter. Aujourd’hui, le satanisme libéral-démocratique s’expose revêtu des ornements de la sodomie devant les Arabes stupéfaits. L’hypocrisie et l’arrogance de Washington ont atteint une mesure inconnue à ce jour. L’exclusivisme américain a prouvé qu’il ne plaisantait pas : bombardements de ceux qui gênent, agression de grande ampleur, assassinat des opposants politiques et autres charmes du mode de vie américain. Aujourd’hui, les élites arabes peuvent comparer l’aide reçue jadis de l’URSS « totalitaire », accusée d’être l’empire du mal, et ce que fit pendant les vingt-cinq années suivantes l’Amérique civilisatrice. Le résultat est évident : aujourd’hui, le monde arabe tout entier hait viscéralement les États-Unis. Les pétro-monarchies constituent l’exception, l’Arabie Saoudite en tête, à qui on achète la loyauté de leurs populations envers les États-Unis, arrosant leurs citoyens de pétro-dollars. Mais ce mécanisme manifeste de sérieux ratés et suscite chez les Arabes eux-mêmes la haine envers les pétro-monarchies. Dans le golfe Persique, serviteur de Washington, elle croît non de jour en jour, mais d’heure en heure.

La presse occidentale elle-même en fait état. « À en croire la partie suivante de l’enregistrement (communiqué dans le cadre d’une fuite dans l’entourage du dirigeant égyptien), des officiels haut placés nourrissent du mépris envers leurs protecteurs des pays du golfe Persique », écrit le Financial Times. « Sur l’enregistrement, diffusé le 7 février, on entend certaines personnes, dont sans doute Abdel Fattah Al Sissi, président d’Égypte, et deux de ses conseillers, examiner les moyens de convaincre les dirigeants d’Arabie Saoudite, des Émirats et du Koweït, de se fendre d’un cadeau de quelques milliards de dollars », lit-on encore dans l’article. « Mon peuple souffre de la faim et vit dans des conditions cauchemardesques », s’indigne Al Sissi. « Et les dirigeants des pays du golfe Persique profitent des délices de la vie ; ils ne savent où aller avec leur argent. Chaque Cheik dispose de centaines de millions et de milliards. » Selon Koert Debeuf, analyste belge basé au Caire et auteur du livre Inside Arab Spring, ces enregistrements expriment le désespoir qui règne dans l’armée égyptienne : « Ils se sentent méprisés car ils sont obligés de quémander de l’argent aux pays du golfe Persique, mais en même temps ils regardent de haut leurs protecteurs. »

Dans de telles conditions, la Russie de Poutine, qui a pris la tête du mouvement mondial antiaméricain, antilibéral, antisodome, a toutes les chances de restaurer l’ancienne stratégie d’union avec les principaux États arabes, comme l’Égypte et la Syrie. Pour les États-Unis, la résurrection de cette union équivaudrait à une véritable catastrophe car ils ont investi leurs moyens financiers colossaux et leur potentiel militaire pour préserver à cet endroit le statu quo et le maintien des relations existantes avec l’Occident en tant qu’hégémon mondial. Les ressources supplémentaires indispensables pour contrer la menace sérieuse que constituerait une alliance politico-militaire entre la Russie et l’Égypte, ils n’en disposent tout simplement pas ! Et si vous prenez également en compte le fait que l’alliance qui se dessine entre Moscou et l’Égypte se complète par une alliance avec l’Iran, et même la Turquie, vous commencez à comprendre que la réalisation d’un pareil scénario est pis que le pire des cauchemars pour les géopoliticiens de Washington.

Article original (en russe) : « Путин - паша каирский и всея Руси »

Voir aussi, sur E&R :

Sur le projet eurasiatique, chez Kontre Kulture :

Pour en avoir plus sur le dirigeant de la Russie, chez Kontre Kulture :

 



Article ancien.
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7 Commentaires

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  • #1132091

    Voilà qui "remonte" le moral en ces temps difficiles..


  • #1132106

    Hugo Chavez qui se savait en mauvaise posture avait trouvé - parce qu’il en avait eu le temps - son remplaçant au pouvoir, en la personne de Maduro : j’espère que Poutine en a fait autant de son côté, car ce qu’il construit devra être pérein, et non récupéré par l’ennemi qui n’attend que çà !
    Il en va de la Russie mais aussi de nous !

     

    • #1132358

      Très juste, et il leur faudra autre chose qu’un Medvedev.

      En tout cas, ce qui est certain, il n’y aura personne comme Poutine, c’est vraiment un cas ce gars là, pourtant je ne l’apprécie pas plus que ça, mais quelqu’un d’autre avec son savoir et sa patience, ça ne cours pas les rues, ça va être difficile de continuer sur le même chemin avec quelqu’un d’autre.


  • #1132193

    A lire, du même auteur. Un article court et visionnaire :
    En 2015, sortir Poutine du Kremlin « les pieds devant… »


  • #1132214

    Ces rapprochements entre la Russie et certains pays du Moyen-Orient sont surtout le cauchemar des israéliens , qui depuis des décennies manipulent les USA et l’Europe et se servent de l’OTAN donc, de leurs armés, pour semer le chaos dans la région , l’hystérie des occupants de la Palestine qui se déchaine , avec les ultimatums, que le fou de Tel-aviv netanyaou lance au nègre de maison blanche est symptomatique de la panique qui règne chez les foucons impérialo-sionistes !! la quenelle Poutinienne passe apparemment très mal !!!


  • #1132522

    Hollande a passé des contrats avec l’Égypte en leur vendant des avions... pour une fois il a fait un truc intelligent...

     

    • #1132574

      Hollande n’a rien passé du tout ! l’Arabie des saouds règle la note pour le soutient de la France à la politique terroriste de Riyad ,et c’est parce qu’ils ne déboursent pas un seul dollar que les militaire égyptiens ont pris les rafales et le reste, en promettant de ne pas soutenir la Syrie que Paris et les Saouds s’acharnent à détruire !!